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Annick Lemperière, Editorial

Editorial

 

 

Bulletin n° 17, automne 2004

 

 

 

Annick Lemperière

 

 

Il y a un an environ, disparaissait François-Xavier Guerra. Afin de rendre hommage à son enseignement, à sa patience et à son ouverture d'esprit, nous avons voulu écrire ensemble ce numéro.


Nos travaux de maîtrise, de DEA ou de thèse s'y croisent sous le regard de nos aînés. Échos d'une présence que le temps n'efface pas, d'une voix, d'un homme qui nous a tant appris...

Au milieu des années 1980, lorsque François-Xavier Guerra succédait à François Chevalier, l'Amérique latine entrait à peine dans l'ère des transitions démocratiques et son histoire politique contemporaine, entre révolutions et dictatures militaires, alimentait des passions plus militantes qu'historiennes, ou bien nourrissait des jugements vaguement condescendants dont la Revue des Deux Mondes avait savamment forgé la tradition et les topoi tout au long du XIXe siècle. Au demeurant, la mal nommée «Histoire coloniale» des XVIe-XVIIIe siècles dominait largement, en France comme ailleurs, le panorama historiographique.

 

Les seize articles réunis ici par des étudiants et jeunes chercheurs issus des dernières promotions formées à la recherche par François-Xavier Guerra, illustrent les profondes mutations du latino-américanisme depuis une vingtaine d'années. Le Mexique reste, selon une tendance lourde qui n'est pas propre au CRALMI, surreprésenté, mais six autres pays font l'objet d'un article. Le désenclavement historiographique de l'Amérique latine est de nos jours une réalité. Il est devenu plus approprié de parler d'ibéro-américanisme, en incluant la péninsule ibérique, ou encore d'euro-américanisme, car l'histoire des transferts culturels, incessants d'un continent à l'autre et dans les deux sens, est désormais en mesure de démontrer l'existence d'identités communes. Aucun article n'est prisonnier de références purement nationales: les transferts culturels concernent également la circulation des problématiques historiographiques.

 

 L'essor de l'histoire contemporaine ibéro-américaniste bénéficie aussi bien au XIXe siècle qu'au XXe siècle, y compris ses trois dernières décennies, et autant à l'histoire politique qu'à l'histoire culturelle et intellectuelle, encore presqu'inexistante il y a une vingtaine d'années. Notre discipline enregistre la «fin des idéologies». L'histoire du MIR chilien, celle des Montoneros argentins ou celle de la fin du franquisme en Espagne, sont abordées comme s'il s'agissait du Moyen-Age ou de la Renaissance, avec les outils de l'historien.

 

 La Chute du Mur n'est, bien sûr, pas seule en cause. Parmi les apports de François-Xavier Guerra à l'histoire politique ibéro-américaniste, il faut compter la mise en œuvre d'approches méthodologiques et conceptuelles dont les seize articles démontrent la socialisation réussie et l'efficacité. L'étude des acteurs concrets, l'observation des pratiques, l'analyse des discours, des valeurs et des imaginaires, d'une part, l'historicisation systématique de concepts tels que «nation», «peuple» ou «révolution», l'usage de notions comme «sociabilités» (savantes ou politiques), «élites» ou «modernité politique», d'autre part: autant d'instruments qui expliquent, par-delà la diversité des sujets abordés, l'homogénéité des problématiques, la très grande unité de ton des articles ainsi que la capacité à rendre compte de la spécificité des contextes et des cas dans des termes qui favorisent le comparatisme.

 

 Gageons que le fructueux dialogue interne dont témoigne l'élaboration de ce numéro du Bulletin de l'IPR par les jeunes ibéro-américanistes, peut s'élargir à tout moment vers l'ensemble des chercheurs des «mondes étrangers» européens ou extra-européens.