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Laurence Coulon, L'opinion française et les Jeux Olympiques de Munich

L'opinion française et les Jeux Olympiques de Munich

 

Bulletin n° 16

 

 

 

 

 

Laurence Coulon

 

Lorsque les Jeux Olympiques s'ouvrent le 26 août 1972 à Munich, l'excitation est à son comble. En effet, depuis plusieurs semaines la presse écrite, audiovisuelle et radiophonique propulsent cette actualité comme l'événement de la rentrée et le signe d'un climat général de Détente avec, pour la première fois, la participation de l'Allemagne de l'Est. Surtout, ils présentent pour le public français l'avantage de se dérouler à quelques kilomètres de la frontière et par conséquent d'être retransmis en direct. Mais, le onzième jour, mardi 5 septembre, un drame imprévu vient tout bouleverser.

Onze athlètes israéliens sont pris en otages par un commando palestinien. Chacun peut alors voir à la télévision l'image d'un homme sans visage masqué derrière une cagoule claire sur le balcon d'un immeuble, image reproduite d'ailleurs dans la presse écrite et qui restera longtemps gravée dans les mémoires comme l'icône du terroriste. Le lendemain, tombe la tragique nouvelle : à la suite d'une opération ratée de la police munichoise, seize personnes dont tous les otages ont trouvé la mort. Ainsi en l'espace de vingt-quatre heures, la joie s'est transformée en effroi puis, finalement, en chagrin et en douleur dont le paroxysme est atteint lors de la cérémonie solennelle à la mémoire des onze athlètes israéliens, retransmise en direct du grand stade olympique. Pourtant ce n'était pas, loin de là, la première fois qu'un attentat palestinien était perpétué en Europe c'est-à-dire en dehors de son théâtre naturel, le Proche-Orient[1]. Alors, comment expliquer que cette fois, l'émotion ait été si forte et la réprobation quasi-générale ? Autre interrogation, cet attentat a-t-il bouleversé la perception que les Français se faisaient du conflit israélo-arabe ?

 

 

L'attentat de Munich

 

 

Le mardi 5 septembre 1972 à l'aube, huit Palestiniens membres de l'organisation « Septembre noir » pénètrent dans le bâtiment du village olympique où est hébergée la délégation des sportifs israéliens, 31 rue Conolly. Des coups de feu sont tirés. Moshé Weinberg, l'entraîneur de lutte, est abattu alors que l'haltérophile Joseph Romano est mortellement blessé. Les terroristes dictent alors leurs conditions : remise en liberté des otages contre la libération de deux cents prisonniers palestiniens détenus en Israël. Vers sept heures les pourparlers débutent. Dans la matinée, le chancelier social-démocrate ouest-allemand Willy Brandt entre en contact avec le Premier ministre israélien Golda Meir. Fidèle à sa politique de ne pas céder au chantage, celle-ci fait savoir qu'elle n'entend pas céder aux exigences du commando et donne carte blanche au Chancelier pour régler au mieux cette affaire, au besoin par la force. En raison de la situation, de plus en plus figée et tendue, décision est prise de tendre une embuscade aux terroristes. L'attaque à l'intérieur du bâtiment étant techniquement impossible et trop risquée pour la vie des otages, il faut donc les en éloigner. Les responsables allemands proposent aux Palestiniens un compromis : un avion sera mis à leur disposition pour les emmener, avec leurs otages, dans un pays arabe de leur choix. Ils acceptent. Entre temps, à 16 heures, le président du Comité international olympique (CIO) annonce la suspension des Jeux Olympiques. Le soir, trois hélicoptères déposent le commando et les neuf otages à l'aérodrome militaire de Fürstenfeldbruck où les attend un Boeing de la Lufthansa. C'est alors que l'assaut est lancé par la police bavaroise. Mais l'opération échoue et c'est le drame. Tous les otages israéliens, cinq Palestiniens, un pilote d'hélicoptère et un policier allemand trouvent la mort. Le lendemain matin, mercredi, une cérémonie funèbre est célébrée au stade olympique de Munich en présence de quatre-vingt mille personnes. L'après-midi, les Jeux reprennent.

 

 

Les réactions indignées en France

 

 

En France, deux mots expriment d'une manière générale les réactions devant l'attentat de Munich : horreur et indignation. La réprobation est quasi générale.

 

 Pierre Messmer, au nom du gouvernement français fait la déclaration suivante : « La France est indignée par l'attentat de Munich, comme par toutes les atteintes aux droits de l'homme. Elle réprouve avec une force particulière l'utilisation d'une manifestation sportive comme "la paix olympique" à des fins criminelles ». Pour Joseph Comiti, secrétaire d'État chargé de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs il s'agit d'un « acte de barbarie inqualifiable ». « Je sais bien - déclare-t-il - que d'aucuns prétendent que la fin justifie les moyens. Je ne pense pas, pour ma part, qu'une fin soit justifiée par les moyens, et les moyens employés parfois mettent en doute la valeur de l'objectif poursuivi par ceux qui font cela ». Avant d'ajouter : « Personnellement, je ne pense pas qu'il faille céder au chantage ».

 

 Le bureau du parti socialiste, du parti social-démocrate, des Jeunes Républicains Indépendants, du Centre démocrate, de l'Union travailliste condamnent également l'attentat. Le Centre Démocratie et Progrès dont le président est Jacques Duhamel, ministre des Affaires culturelles, adresse au chef du gouvernement israélien un télégramme de sympathie. C'est également le cas de la municipalité de Grasse ou encore de Jacques Médecin, maire de la ville de Nice, jumelée avec la ville israélienne de Netanya sans oublier Pierre Baudis, maire de Toulouse, ville jumelée avec Tel Aviv.

 

 Du côté des organisations syndicales, Force Ouvrière déclare dès mardi que « de tels crimes sont indignes d'un monde civilisé » alors que la CGC (Confédération générale des cadres) « dénonce une fois de plus la forme particulièrement odieuse de violence que constituent les prises d'otages ».

 

 Le monde religieux n'est pas en reste. L'archevêque de Paris, le cardinal Marty, s'adressant à l'ambassadeur d'Israël, se dit « [p]rofondément bouleversé par le drame atroce de Munich (...) ». L'Amitié judéo-chrétienne de France, la Fraternité Abraham, l'évêque de Meaux, entre autres, font également part de leur désapprobation et de leur émotion. Du côté de la communauté juive, à l'appel du Consistoire israélite de France et du Consistoire israélite de Paris auquel s'est associée la LICA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme)[2] un office à la mémoire des victimes est célébré le mercredi 6 septembre à la grande synagogue, rue de la Victoire, en présence de plus de deux mille personnes aux premiers rangs desquels figurent Claude-Gérard Marcus, député gaulliste de Paris, Gérard Laborde, vice-président du Conseil de Paris, Bernard Lafay, ancien président du Conseil de Paris, Jean-Pierre Bloch, ancien ministre et président de la LICA. De plus, à l'appel du Rassemblement contre la violence et pour la paix au Moyen-Orient, deux mille personnes environ se réunissent jeudi 7 septembre à la Mutualité pour manifester contre l'attentat. Outre des personnalités israéliennes, sont présents Daniel Meyer, président de la Ligue des Droits de l'Homme, Beate Klarsfeld, l'écrivain Claude Lanzmann, le révérend père Michel Riquet, co-fondateur de la Fraternité Abraham et les professeurs Jankélévitch et Guy Penne.

 D'ailleurs, plusieurs manifestations et cérémonies religieuses ont également lieu ce jeudi dans plusieurs villes de province, notamment à Avignon, Limoges, Lyon, Nîmes, Montpellier ainsi qu'à Toulouse - où une minute de silence est observée au Stadium municipal avant le match de rugby. À Marseille, près de mille deux cents personnes assistent à l'office célébré dans une synagogue de la ville et trois cents d'entre elles se rendent ensuite en une marche silencieuse devant le consulat d'Israël. Vendredi, des cérémonies semblables se déroulent dans plusieurs villes de Lorraine, notamment à Metz et à Nancy. L'évêque de cette ville fait en outre savoir que toutes les messes de son diocèse seront offertes à la mémoire des victimes de l'attentat. À Rouen, une cérémonie est célébrée en présence du maire de la ville Jean Lecanuet ainsi que des représentants des cultes catholique et protestant.

 

 Par ailleurs, les titres de la presse écrite sont éloquents. L'Aurore et La Croix parlent de « carnage », Le Monde de « drame » alors que pour Le Figaro, Munich représente un « cauchemar » et même « l'horreur ». Le quotidien catholique dénonce en outre le « geste criminel » des terroristes alors que le quotidien populaire de droite stigmatise leur « fanatisme sauvage et meurtrier » et Les Échos, « l'ignominie et la lâcheté de [leurs] actes ». De leurs côtés, Le Nouvel Observateur, L'Express et Hebdo-TC (Témoignage Chrétien) publient la photo du terroriste palestinien encagoulé au balcon de l'immeuble. L'hebdomadaire dirigé par Françoise Giroud juxtapose également deux photos bouleversantes : la première représentant le défilé de la délégation israélienne à l'ouverture des Jeux à Munich ; la seconde, l'arrivée des cercueils à Tel Aviv[3].

 

Enfin, dernier élément tendant à prouver la très forte émotion de l'opinion, un sondage révèle que 96% des personnes interrogées ont entendu parler de l'attaque de la délégation aux Jeux Olympiques. Le retentissement de cet événement est donc considérable, la proximité et la forte médiatisation des Jeux expliquant très certainement cette situation exceptionnelle. D'ailleurs, à la télévision, Les Dossiers de l'écran d'Armand Jammot et Alain Jérôme consacrent le 13 septembre une émission spéciale au problème des otages. Les résultats d'un sondage effectué à cette occasion révèlent que 95% des téléspectateurs condamnent dans leurs principes et dans les faits toutes les prises d'otages quel qu'en soit le mobile. En outre, un sondage IFOP confirme cette tendance unanime : 90% désapprouvent les détournements d'avions et les prises d'otages[4].

 

 Mais au-delà du choc émotionnel, cet événement a également donné lieu à toute une série de réflexions qu'il est utile de rapporter. Et en premier lieu, d'aucuns s'interrogent sur l'évolution des Jeux Olympiques.

 

 

Dérive des Jeux Olympiques ?

 

 

Dans la presse écrite, beaucoup s'accordent à dire que le groupe palestinien a réalisé un formidable coup médiatique. Et, en effet, il est indéniable que Septembre noir a saisi, pour frapper, l'occasion de la plus forte concentration de mass media venus de tous les pays du monde. Du Monde à L'Aurore, nombre d'analystes parlent de « caisse de résonance » que constitue cet événement[5]. Mais de se demander si ce n'est pas non plus parce que l'on assiste aujourd'hui à une dérive des Jeux Olympiques modernes. Le déploiement de moyens en hommes et en matériel que requiert une telle organisation, son énorme budget, la mobilisation des techniques, l'équipement, l'orchestration publicitaire, la mise en place de services innombrables ne sont-ils pas le reflet de leur gigantisme ? Et les luttes politiques, le nationalisme voire le chauvinisme qui s'y manifestent ne constituent-ils pas une trahison de l'idéal olympique tels que le concevaient les Grecs et que réaffirme la Charte olympique qui entend promouvoir le développement des qualités physiques et morales dans le but de construire un monde meilleur et pacifique?[6]

 

 Pour Lucien Guissard de La Croix, « [o]rganiser les Jeux donne l'occasion d'affirmer à la face du monde le prestige d'une nation, plus précisément encore la réussite pour un gouvernement. La cité olympique devient la vitrine de la puissance »[7]. De même, Paul Guimard pour L'Express, détournant la célèbre formule de Karl von Clausewitz (De la guerre), dénonce « une lutte féroce d'intérêts matériels et de prestiges nationaux, la continuation de la politique par d'autres moyens »[8]. D'ailleurs pour Le Figaro l'olympisme est à l'agonie[9] et un éditorial de Jean-François Brisson de préciser :


« (...) Mais si l'olympisme sort un peu plus meurtri du choc de Munich, il souffrait déjà auparavant de bien des maux. À la veille de l'ouverture, nous écrivions que les sept péchés capitaux de l'olympisme étaient l'incompréhension, le gigantisme, la commercialisation, le fonctionnarisme, la surenchère nationaliste, la monstruosité et le mensonge »[10]
.

 

 Alors, pour Jacques Zissel de La Croix, il est nécessaire d'opérer de « profonds changements » dans l'organisation et le déroulement des Jeux[11] même si, dans le même quotidien, Roland Itey estimait quelques jours plus tôt qu'ils gardaient « encore le caractère d'une libre et amicale compétition, d'une tentative de fraternité internationale par le sport »[12].

 

 

Une messe expiatoire

 

 

 Outre la question du devenir des Jeux, ce qui a frappé les esprits c'est que ce drame a eu lieu à Munich, autrefois bastion du nazisme, capitale bavaroise située à quelques kilomètres du camp de concentration de Dachau. Comme l'expliquent dans une phrase laconique Jean Lacouture et Josette Alia du Nouvel Observateur : « à Munich, une fois de plus, le sang juif a coulé »[13].

 

 En effet, s'il est très probable que ce thème a été largement débattu en Allemagne et en Israël, certains organes de la presse française ont bien montré que, pour spectaculaire qu'a été l'opération palestinienne, « l'Allemagne était la pire des cibles »[14]. Munich 1972 devait effacer Berlin 1936 voire Munich 1938[15]. Munich 1972 devait à tout prix gommer le racisme et l'oppression nazie, la guerre, les destructions et les camps de la mort. Or, involontairement ou pas, le commando palestinien a remis les Allemands et avec eux tous les Occidentaux face à leur propre histoire. Comme l'explique très justement Jean Daniel,


« au lieu de rappeler qu'il existait une nouvelle diaspora faite d'Arabes errants et de personnes déplacées, trahie de toute part à commencer par les leurs, au lieu de concentrer les regards du monde sur la valeur de leur cause en brisant le symbole olympique, ces terroristes n'ont fait qu'aviver une conscience coupable dans les lieux privilégiés de la culpabilité ».

 

 De ce fait, si l'opération palestinienne en violant la trêve olympique a suscité la désapprobation, le lieu symbolique dans laquelle elle s'est déroulée expliquerait la multiplication des gestes de sympathie à l'égard des Israéliens et plus généralement la très forte émotion de l'opinion. En effet, il faut constater que celle-ci ne s'était jamais exprimée avec autant de vigueur lors des précédents attentats et détournements d'avion effectués sur le sol européen et qui pourtant avaient fait de nombreuses victimes civiles. Alors, si tel a été le cas à Munich, c'est que, comme le souligne encore le directeur du Nouvel Observateur,


« [il] s'est passé quelque chose d'exceptionnel et qui allait bien au-delà de la compassion pour les victimes israéliennes de la tuerie. (...) Les morts auxquels on a rendu hommage au cours de cette stupéfiante cérémonie [funèbre], ce ne sont pas les entraîneurs et les athlètes israéliens abattus. Ce sont les juifs (...) qui ont subi, il y a vingt-huit ans, un génocide, lequel demeure aujourd'hui encore, insupportable à cette conscience que l'on dit universelle ». Et de constater : « L'Occident chrétien et blanc a encore mal à ses juifs. Il a raison. La cérémonie de Munich était une messe expiatoire »[16]
.

 

 Ce malaise apparaît d'ailleurs très clairement dans l'éditorial de L'Express dans lequel Françoise Giroud s'exclame :


« Quelque nom qu'on vous donne monsieur le Feddayin - salaud de terroriste, dingue enragé ou très cher frère palestinien au sort par trop cruel - quelque nom qu'on vous donne, ne tuez plus de Juifs en Allemagne. Ce n'est pas le lieu. Non ce n'est pas le lieu.[17]
»

 

 

La lutte contre le terrorisme

 

 Ce contexte exceptionnel explique également que la lutte contre le terrorisme est devenue - au moins momentanément - au centre des préoccupations des dirigeants occidentaux. En effet, que faire contre ces actes de terrorisme et de piraterie aérienne ? En France, certains appellent à une condamnation et à une neutralisation des mouvements terroristes. Pierre Marcilhacy, sénateur non-inscrit de la Charente, demande dans une question orale au ministre des Affaires étrangères Maurice Schumann


« s'il ne lui paraît pas désormais convenable et indispensable que la France prenne l'initiative de demander à l'ONU de déclarer hors la loi internationale tout mouvement, national ou international, utilisant des moyens d'action qui ne respectent ni les vies, ni les frontières, ni les usages de la Communauté des nations libres et civilisées ».

 

 De son côté, Arthur Notebart, député socialiste, maire de Lomme et membre du bureau exécutif du parti socialiste décide de proposer devant les instances de son parti une motion réclamant la dissolution des bases feddayin installées dans divers États et la suppression de tous leurs moyens d'existence. Mais devant le refus des responsables socialistes, Arthur Notebart a préféré démissionner.

 

 En outre, devant l'insistance des autorités israéliennes, le président de la République fédérale d'Allemagne et le gouvernement américain appellent (déjà !) à une action de la communauté internationale contre les pays qui abritent et protègent les organisations terroristes ou qui offrent asile aux responsables des détournements d'avions. Ce thème a également retenu l'attention de nombreux observateurs en France (en particulier de droite).

 

 Si d'aucuns constatent que des progrès sensibles ont été accomplis en ce qui concerne la sécurité du trafic aérien, ils estiment cependant qu'il faut maintenant aller plus loin. Roland Faure dans un éditorial appuie l'initiative germano-américaine et déclare : « Seule pourtant une initiative internationale contraignant tous les gouvernements du monde à refuser leur assistance aux terroristes permettra de combattre efficacement la prise d'otages. » Et d'accuser l'URSS et les pays arabes de complicité en prêtant main forte aux mouvements terroristes et par voie de conséquence, d'être un obstacle majeur à cette coopération planétaire[18]. De son côté, le général Beaufre estime que cette action internationale doit prendre la forme d'une législation répressive à l'encontre des seuls terroristes. Ce qu'il souhaite, c'est la mise en place d'un


« tribunal international compétent [déjà aussi !] pour les actes de terrorisme perpétrés à l'étranger et qui permettrait des sanctions rapides et exemplaires. Ainsi seulement se trouverait dégagée la responsabilité politique de l'État où l'agression s'est produite. Ce serait le seul moyen répressif efficace »[19]
.

 

 Il est probable que, outre le cas de la RFA, l'auteur pense en particulier au Liban, refuge de la plupart des mouvements terroristes et cible principale des représailles israéliennes. Ainsi, grâce à ce tribunal pénal international, cet État serait donc blanchi de toute complicité avec le terrorisme et peut-être même libéré de cette épée de Damoclès que fait peser sur la stabilité de son régime la mainmise des organisations palestiniennes à Beyrouth et dans le sud du pays. Pour autant, l'efficacité de ce projet paraît bien mince. Il est en effet peu vraisemblable qu'un tel appareil législatif puisse seul arrêter les actions des feddayin.

 

 Surtout, Raymond Aron souligne que la portée d'une telle coopération internationale dépend en priorité d'un autre facteur : la convergence d'intérêts des puissances et, par voie de conséquence, la fin de toute duplicité.


« Tant qu'ils y ont trouvé leur profit dans le passé, certains États ont toléré, justifié sinon organisé la piraterie. Ils ne se mettront d'accord pour agir ensemble contre la piraterie aérienne et l'ubiquité du terrorisme que le jour où l'intérêt commun d'éliminer la violence aveugle l'emportera sur les divergences d'intérêts au Proche-Orient et dans le monde »[20]
.

 

 Et de citer à titre d'exemple la France qui a cru bon d'affirmer le 6 septembre, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Maurice Schumann, que « non seulement pas un État arabe n'a à aucun moment cherché la moindre excuse aux criminels mais encore les organisations palestiniennes elles-mêmes semblent s'être désolidarisées du forfait perpétré par un fanatisme atroce et infantile ». Affirmation largement abusive puisque seul le roi Hussein a ouvertement condamné l'attentat mais qui a le mérite d'éviter une contradiction entre la politique arabe de la France et la condamnation de l'attentat[21].

 

 De fait, cette déclaration a immédiatement relancé la polémique entre Paris et Jérusalem, preuve que les relations bilatérales, tendues depuis juin 1967 (guerre des Six jours), n'ont guère connu d'amélioration. Ainsi, alors que l'Ambassade d'Israël fait publier un document destiné à démontrer l'appui des pays arabes aux auteurs de l'attentat de Munich, les autorités de Jérusalem font part de leur indignation et murmurent que c'est à Paris qu'ils s'attendent à rencontrer la plus vive résistance au projet de coopération internationale contre le terrorisme[22].

 Pour autant, au-delà des remous diplomatiques, beaucoup en France s'accordent pour dire que le terrorisme international prendra réellement fin moins par une action internationale que par le règlement de la question palestinienne.

 

 

Le problème palestinien

 

 En 1972, ce problème n'est pas inconnu de l'opinion, tout au moins des cercles dirigeants et intellectuels. L'après-Guerre des Six jours et la venue massive des correspondants de la presse écrite, radiophonique et audiovisuelle en Israël et dans les territoires occupés, la pression exercée par les pays arabes, les attentats perpétués par les organisations palestiniennes ont fait connaître aux opinions occidentales ce que l'on appelle désormais le drame des réfugiés palestiniens. Certes, comparé à la tension toujours croissante qui oppose Israël à l'Égypte et à la Syrie, ce sujet n'est pas encore perçu comme prioritaire. Pour autant, depuis 1967, celui-ci a bien pris une dimension nouvelle. À telle enseigne que Raymond Aron constate :


« L'attentat de Munich a déchaîné une vague de passion : chacun a réagi avec son cœur autant qu'avec raison. Les journalistes ont voulu exprimer à la fois leur condamnation de l'acte et leur compréhension des acteurs. Selon les personnes, l'une ou l'autre prenait plus de relief »[23]
.

 

 En effet, il est possible de synthétiser les opinions sur ce thème en deux catégories bien distinctes : la première, pour qui la détresse des Palestiniens est une explication à leur geste ; la seconde, pour laquelle c'est une excuse.

 

 Le Monde appartient au premier groupe et évoque en outre l'idée d'un État palestinien mais dont il ne fixe ni les frontières ni la forme :


« Survivants du massacre de leurs frères par les troupes jordaniennes, ils sont prêts à tout pour éviter qu'on ne vienne à oublier que, maintenant qu'Israël a retrouvé un territoire et un État, il existe un autre peuple qui s'en trouve privé. Persuadés qu'ils n'ont rien à attendre des grandes puissances, voyant que le roi Hussein s'achemine de plus en plus vers une paix "de facto" avec le "sionisme abhorré", se méfiant de M. Sadate, ils ne voient de salut que dans la violence et le crime. » Avant de constater : « Quelque répugnance qu'on ait à le faire devant tant de cruauté, c'est aussi du point de vue de l'efficacité qu'il faut juger l'action. »

 

 Certes, constate le quotidien du soir, les terroristes ont fait parler d'eux. Mais « [c]es résultats comptent peu cependant, en regard de la réprobation universelle que l'attentat vaut à ses auteurs »[24].


« La cause palestinienne est hautement respectable et requiert des solutions appropriées. Ce n'est pas par ces voies maladroites et démesurées que ce peuple malheureux retrouvera le statut respectable qu'il mérite » estime le général Beaufre[25]
. Thierry Maulnier, qui compare l'attentat de Munich à « un terrorisme publicitaire », abonde dans ce sens : « Tout ce qu'ils peuvent obtenir par le paroxysme de la violence, c'est une attention mêlée d'horreur qui n'accroît pas, loin de là, la sympathie qu'on ne refuse pas à leur drame.[26] »

 

 Caractéristique encore de ce premier groupe est l'opinion de Jacques Goddet pour L'Équipe, journal sportif de première importance en ces temps olympiques :


« Le douloureux problème des Palestiniens ne nous appartient pas. Nous dirons seulement, comme tout homme de la rue, qu'on reste stupéfait en constatant que ni l'ONU, ni ce qu'on appelle les grandes puissances (...) ne sont parvenues à édifier un juste statut pour régler honnêtement le sort d'une collectivité qui a sa personnalité propre et ses droits à l'existence. Mais ce n'est pas parce que les Palestiniens sont devenus des parias dans notre société contemporaine qu'ils peuvent penser que leur sont permis des actes déments, contre nature, qui leur valent, forcément, la réprobation unanime »[27]
.

 

 De fait, il apparaît qu'avec l'attentat de Munich, se consolide un mouvement d'opinion selon lequel les Palestiniens forment une identité distincte, une entité particulière - mais encore rarement élevée au rang de nation - et dont le sort devra être obligatoirement pris en compte dans les futurs compromis de paix au Proche-Orient.

  

En conséquence, il est maintenant nécessaire de « tirer le bien du mal »[28], de regarder vers l'avenir qui


« réclame de toute urgence que le conflit du Proche-Orient s'achemine vers un règlement et que les puissances en présence fassent l'impossible pour réactiver les négociations de paix. Cela, c'est l'impératif de portée générale. Mais le problème palestinien en constitue un point très précis qu'il faudra prendre de front, en sachant d'évidence que sa solution est fort difficile (...) »[29]
.

 

 Cette préoccupation apparaît très clairement dans la déclaration adoptée par le bureau exécutif du parti socialiste : « Faute d'un règlement politique négocié, la situation au Proche-Orient justifie aux yeux des pires extrémistes le recours à des méthodes déshonorantes et intolérables qui ne servent en rien la cause qu'ils prétendent défendre ». Texte équilibré qui permet ainsi de contenter aussi bien les socialistes proche de la vieille garde de l'ex-SFIO, généralement pro-israéliens, que les socialistes de gauche, plus sensibles aux thèses défendues par les jeunes progressistes pro-palestiniens. C'est également la ligne choisie par le MRAP (Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix), d'obédience communiste mais patronné par des personnalités de toutes tendances politiques (et parmi eux plusieurs pro-israéliens) qui publie un communiqué exprimant son « indignation ». Avant d'ajouter :


« De même que l'attentat de Lod, où périrent vingt-huit innocents, la violence aveugle est inacceptable. Elle ne peut que nuire à la cause du peuple palestinien, qu'on ne saurait confondre avec ceux qui ont recours à de telles méthodes. Seule la recherche d'une solution pacifique peut ouvrir la voie à une paix juste et durable répondant aux aspirations des peuples en présence au Proche-Orient »[30]
.

 

 Pour autant, ils sont encore peu nombreux à proposer des solutions. Parmi eux, Jean Daniel réitère la position qu'il a défendue dès après 1967 et appelle à mettre en place une confédération israélo-palestinienne. Raymond Aron, quant à lui, plaide en faveur d'une confédération jordano-palestinienne :


« Aucune solution politique ne peut donner à la masse des réfugiés de 1948 ou à leurs enfants une chance de retour. En revanche, nombre de ces réfugiés peuvent, avec l'aide d'Israël et le concours financier d'autres pays, trouver ailleurs un foyer, en Transjordanie, en Cisjordanie, dans d'autres pays arabes. Le royaume du roi Hussein deviendrait un État jordano-palestinien. Solution imparfaite, non sans un coefficient d'injustice ? Nul ne le niera »[31]
.

 

 Mais tout comme ce plan de paix a essuyé un non catégorique de la part des organisations palestiniennes, il s'est attiré en France la foudre des militants pro-arabes et pro-palestiniens et parmi eux Pierre Rondot, dans La Croix, qui stigmatisme ce qu'il qualifie d'« agrément jordano-sioniste »[32]. Celui-ci appelle d'ailleurs « l'opinion internationale » à prendre « le recul nécessaire pour apprécier, avec une complète objectivité, toutes les circonstances de la tragédie de Munich ». Il faut dire que, suivant les principes de Machiavel, pour lui comme pour ceux qui forment notre seconde catégorie, la fin justifie les moyens.

 

Or, pour ces hérauts de la cause arabo-palestinienne en France, l'attentat de Munich est un acte révolutionnaire et, par voie de conséquence, hautement justifiable puisqu'il entend renverser l'ordre mondial établi et faire avancer la cause de la Révolution. D'ailleurs, la Palestine dirigée par l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) est perçue comme le moteur de la Révolution au Moyen-Orient. L'éditorial de Georges Montaron pour Témoignage Chrétien, l'hebdomadaire des chrétiens de gauche, ne dit pas autre chose. « On comprend l'amertume des Palestiniens qui assistent à ce spectacle de riches et qui doivent camper aux portes de leur patrie et cacher leurs drapeaux »[33]. Plus explicite encore, Pierre Rondot écrit :


« Ce serait plus qu'un crime, ce serait une faute politique capitale, s'il ne s'agissait de désespérés pour lesquels nos critères et nos jugements n'ont plus aucun sens. (...) Le commando de Munich a perpétré une action révolutionnaire totale. Ce n'est plus de la Palestine qu'il s'agit, c'est d'une conception du monde, hélas, dans laquelle nous savons bien que la raison et la justice n'ont pas toute leur part ».

 

 Et de conclure : « Condamner les crimes est vain, si les causes qui les ont rendus possibles, et qui sont à la mesure de leur horreur, ne sont pas encore extirpées »[34].

 

 

Autrement dit, la Révolution passe par la création d'un État palestinien, au pire - pour eux ! - sur les frontières prévues par le plan de partage de l'ONU du 29 novembre 1947, au mieux sur les limites de l'ancienne Palestine mandataire après destruction de l'État d'Israël. Comme l'affirme Georges Montaron, le problème palestinien ne pourra se résoudre « par une simple évacuation des territoires occupés et par une reconnaissance par les Arabes, de l'État d'Israël. Il faudra aller au cœur du problème. Et celui-ci, c'est un peuple qui crie justice, une nation qui réclame sa terre »[35].

 

 

Dans ces conditions, s'éclairent également les raisons pour lesquelles ces militants entendent moins défendre la cause du peuple palestinien que condamner les politiques suivies par la République Fédérale d'Allemagne et l'État d'Israël, perçus comme le fer de lance du capitalisme et de l'impérialisme en Europe et au Proche-Orient.


« À qui profite le crime ? » se demande L'Humanité ? Et de répondre : « Il suffit de poser la question pour voir qu'il apporte de l'eau au moulin de tous ceux qui veulent perpétuer l'occupation, la colonisation des territoires occupés, pour maintenir au Moyen-Orient l'ordre des grandes compagnies et des féodaux ». En d'autres termes, le quotidien communiste accuse les dirigeants israéliens d'avoir voulu ainsi détourner l'opinion internationale des crimes qu'ils persistent à perpétrer dans les territoires occupés. Et finalement, le vrai terrorisme est israélien, fer de lance, au Proche-Orient, de l'impérialisme, qui est lui-même le « véritable instigateur » de l'opération de Munich[36]
. Sans surprise, la déclaration du secrétariat du parti communiste abonde dans ce sens et affirme :


« Chacun peut voir le parti que tirent les forces de l'impérialisme et de la réaction en vue de dissimuler leurs responsabilités profondes dans la situation au Moyen-Orient où, depuis vingt-quatre ans, plus d'un million de Palestiniens sont chassés de leur terre natale ».

 

 Autre exemple, le Groupe de soutien à la révolution palestinienne publie une déclaration signée par l'avocat(e) à la Cour Michèle Bauvillard, le dominicain Paul Blanquard, le journaliste Hubert-Paul Lentin, le sociologue Gilbert Mury, le prêtre Robert Davezies et l'universitaire Vincent Monteil dans laquelle ils dénoncent

 

« la sanglante agression organisée par la police allemande, conformément aux exigences de Mme Golda Meir. Cette agression a provoqué le drame. Elle est d'autant plus odieuse que le commando de Septembre noir avait déjà commencé à appliquer un accord destiné à préserver les vies humaines »,

 

 

accord dont pourtant personne n'a jamais entendu parler - rien en effet n'assurait que les otages une fois arrivés dans un État arabe auraient eu la vie sauve.

 

 Il faut remarquer que les militants pro-arabes venus de la droite à l'instar du député gaulliste Louis Terrenoire ont également épousé cette dialectique consistant à transformer les victimes en bourreaux. S'il est probable que leur dessein a eu peu à faire avec la glorification de la Révolution, il n'en demeure pas moins que, comme les activistes tiers-mondistes, leurs seules accusations visent explicitement et exclusivement l'État d'Israël. La réprobation de celui-ci préparait, à l'instar de ce que voulaient à l'époque les États arabes les plus intransigeants comme la Syrie, sa disparition. Ainsi, pour le président de l'Association de Solidarité Franco-Arabe, Louis Terrenoire :


« C'est au prix de la honte que le sang a coulé, après qu'une ruse infâme eut été dictée à des Allemands tourmentés et complexés à quelques kilomètres des fours crématoires de Dachau. Dans son orgueil, Mme Golda Meir a décidé la mort des athlètes israéliens ».

 

 Pour autant, il ne faut pas surestimer l'importance de ce courant antisioniste radical qui demeure, malgré tout, minoritaire. À l'époque, l'outrance de ses propos n'était pas encore admissible et il s'est d'ailleurs attiré les critiques d'analystes modérés, partisans d'un compromis au Proche-Orient pour le bien de tous les peuples dans cette région. Plus généralement, conséquence essentielle de l'attentat de Munich, le problème palestinien va désormais retenir toutes les attentions. Il va ouvrir en France une nouvelle ère dans la perception du conflit proche-oriental : l'antagonisme israélo-arabe va bientôt se centrer sur le seul problème israélo-palestinien. En prouvant au yeux du monde qu'elles pouvaient viser non plus seulement des objectifs juifs ou israéliens mais impliquer toute la communauté internationale, en perturbant la tranquillité de l'opinion, les organisations palestiniennes ont incontestablement marqué un point. Comme l'écrit Jean-François Chauvel dans Le Figaro :


« Braqués l'un sur l'autre, Israéliens et Palestiniens sont décidés à se porter le maximum de coups sans s'occuper des bavures. C'est une lutte à mort où tout est permis. Mais en portant cette lutte à l'extérieur, c'est toute la communauté internationale qui se trouve concernée et risque de subir ces bavures. Il serait peut-être temps que cette communauté internationale impose une solution dont ne veulent ni les uns ni les autres, mais qui paraît désormais le seul moyen d'empêcher l'engrenage d'une violence dont nous risquons tous demain d'être les victimes »[37]
.

 

 Attitude symptomatique qui annonce le retournement de l'opinion. Mais pour l'heure, en dépit de l'émotion, les Français ont au moins pu se réjouir d'avoir ramené 13 médailles, dont 2 en or avant de faire une ovation à Guy Drut, médaille d'argent en athlétisme au 110 m haies.

 



[1]     A ce sujet, voir la longue liste des précédents attentats et détournements d'avions effectués par des Palestiniens ou pour le compte d'organisations palestiniennes depuis 1968 dans Le Monde du 6 septembre 1972

[2]     Le sigle LICA n'est mis en conformité avec le nom développé et devient LICRA en 1979.

[3]     Le Nouvel Observateur, 11-17 septembre 1972 ; L'Express, 11-17 septembre 1972 ; Hebdo-TC, 14 septembre 1972

[4]     Revue Sondages, n°3 et 4, 1976. Précisons que ce sondage, certes publié en 1976, a bien été réalisé en septembre 1972

[5]     LACOUTURE (Jean), « Une formidable caisse de résonance », Le Monde, 6 septembre 1972 ; FAURE (Roland), éditorial, L'Aurore, 6 septembre 1972. Voir aussi l'éditorial de Thierry MAULNIER dans Le Figaro du 6 septembre 1972

[6]     Précisons que selon la Charte olympique, le mouvement olympique a pour but de « promouvoir le développement des qualités physiques et morales qui sont les bases du sport, d'éduquer par le sport la jeunesse, dans un esprit de meilleure compréhension mutuelle et d'amitié, contribuant ainsi à construire un monde meilleur et plus pacifique, de faire connaître universellement les principes olympiques, suscitant ainsi la bonne volonté internationale »

[7]     GUISSARD (Lucien), « Les Jeux, la politique et la violence », La Croix, 7 septembre 1972.

[8]     GUIMARD (Paul), « La fin de l'innocence », L'Express, 11-17 septembre 1972

[9]     MACAIGNE (Pierre), « Quatre-vingt mille personnes ont pleuré, réunies sur le grand stade les jeunes hommes assassinés par le fanatisme », Le Figaro, 7 septembre 1972.

[10]    BRISSON (Jean-François), éditorial, « Sauvetage », Le Figaro, 11 septembre 1972

[11]    ZISSEL (Jacques), « La fin d'une certaine conception des Jeux Olympiques », La Croix, 12 septembre 1972

[12]    ITEY (Roland), éditorial, La Croix, 6 septembre 1972.

[13]    ALIA (Josette), LACOUTURE (Jean), « Golda Meir avait dit à Brandt : " un Israélien ne se monnaye jamais. Prenez tous les risques ! " », Le Nouvel Observateur, 11-17 septembre 1972.

[14]    DANIEL (Jean), éditorial, « L'héritage de Munich », Le Nouvel Observateur, 11-17 septembre 1972.

[15]    Notons à ce sujet la déclaration de Jean Pierre-Bloch pour la LICA : « Je pense que si l'opinion internationale ne réagit pas énergiquement, il sera prouvé hélas ! que l'esprit munichois règne encore ».

[16]    DANIEL (Jean), op. cit

[17]    GIROUD (Françoise), éditorial, L'Express, 11 septembre 1972

[18]    FAURE (Roland), « La prise d'otages : ce nouveau fléau que les Français condamnent sans restriction », éditorial, L'Aurore, 15 septembre 1972.

[19]    Général BEAUFRE, « Terrorisme, stratégie et politique », Le Figaro, 9-10 septembre 1972.

[20]    ARON (Raymond), « Terrorisme et guerre populaire », Le Figaro, 13 septembre 1972.

[21]    À noter, Le Monde prend lui aussi ses distances avec la déclaration du ministre des Affaires étrangères. Ainsi un éditorial daté du 11 septembre précise : « Rien d'efficace ne pourra évidemment être entrepris contre le terrorisme international tant que les principaux gouvernements intéressés, à commencer par ceux des pays arabes, n'accepteront pas de se distancer franchement des extrémistes palestiniens. Ce jour n'est pas encore en vue, en dépit des condamnations - un peu molles, sauf en Jordanie - entendues ça et là après l'attentat de Munich ».

[22]    Le correspondant du Figaro à Washington précise en outre que, comme l'atteste un article du New York Times, les États-Unis partagent les critiques de Jérusalem à l'égard de la France. Pour plus de détails, voir SAUVAGE (Léo), « Où et quand Israël passera-t-il à l'attaque ? », Le Figaro, 8 septembre 1972

[23]    ARON (Raymond), « Terrorisme et guerre populaire », Le Figaro, 13 septembre 1972.

[24]    « Les briseurs de paix », éditorial, Le Monde, 7 septembre 1972. Par ailleurs, le quotidien fait référence aux événements de septembre 1970 − appelés Septembre noir et dont le mouvement ayant revendiqué l'attentat de Munich a tiré son nom −, pendant lesquels le Front de Libération de la Palestine auquel s'est joint le Fatah de Yasser Arafat ont tenté de renverser le régime du roi Hussein de Jordanie, tentative qui s'est conclue par une sanglante répression.

[25]    Général BEAUFRE, « Terrorisme, stratégie et politique », Le Figaro, 9-10 septembre 1972.

[26]    MAULNIER (Thierry), éditorial, « " Septembre noir " », Le Figaro, 6 septembre 1972.

[27]    L'Équipe, 6 septembre 1972

[28]    LIMAGNE (Pierre), « Tirer le bien du mal », La Croix, 8 septembre 1972.

[29]    GUISSARD (Lucien), « Les Jeux, la politique et la violence », La Croix, 7 septembre 1972.

[30]    L'attentat de Lod, dont il est fait mention ici, a également frappé les esprits. Le 30 mai 1972 à l'aéroport de Lod en Israël trois Japonais, membres d'une organisation clandestine d'extrême-gauche et agissant pour le compte du Front Populaire de Libération de la Palestine, avaient attaqué à la grenade et à la mitraillette les passagers se trouvant dans le hall d'entrée de l'aéroport faisant vingt-six tués dont la plupart étaient des pèlerins portoricains

[31]    ARON (Raymond), « Israéliens et Palestiniens », Le Figaro, 14 septembre 1972. En fait ce que défend ici Raymond Aron, c'est le plan de paix proposé par le roi Hussein de Jordanie au début de l'année 1972. Fruit des négociations secrètes israélo-jordaniennes, celui-ci prévoit la transformation de la Jordanie en un Royaume Arabe Uni, dont l'objet est de permettre la création d'une province palestinienne

[32]    RONDOT (Pierre), « La paralysie du Conseil de sécurité favorise les tractations israélo-jordaniennes », La Croix, 12 septembre 1972.

[33]    MONTARON (Georges), « Pour que le droit prime la force », Hebdo-TC, 14 septembre 1972. Point de vue d'ailleurs surprenant puisque, au contraire, en raison même de son dessein fraternel, la participation aux Jeux Olympiques est ouverte à tous les pays, y compris les pays en développement. Sans oublier que les précédents Jeux s'étaient précisément déroulés à Mexico.

[34]    RONDOT (Pierre), « De la Palestine à la révolution mondiale », La Croix, 7 septembre 1972.

[35]    MONTARON (Georges), op. cit

[36]    L'Humanité, 6 septembre 1972. Il faut noter que l'hebdomadaire d'extrême-droite Minute se pose également la même question : « À qui profite le crime ? ». Bien évidemment sa réponse est tout autre. Le rédacteur en chef François Brigneau constate que, en raison des bouleversements au Proche-Orient, certes ce n'était pas encore la paix mais au moins la guerre semblait s'éloigner. Or depuis l'attentat de Munich, il remarque que le Moyen-Orient est à nouveau « chauffé à blanc au-dessus de son pétrole. À nouveau le retour de la politique chère à l'Union soviétique : permanence du conflit et menace de son extension aux grandes puissances ». Voir dans le même éditorial du 13-19 septembre 1972 le portrait de la RFA tracé par ces nostalgiques des régimes fascistes et nazis

[37]    CHAUVEL (Jean-François), « Une vedette israélienne coule un bateau palestinien », Le Figaro, 11 septembre 1972