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Julien Papp, Révolution ou "soviétisation" : la Hongrie à la fin de la Seconde guerre mondiale (septembre 1944-septembre 1947)

Révolution ou "soviétisation" : la Hongrie à la fin de la Seconde guerre mondiale (septembre 1944-septembre 1947)

 

 

 

Bulletin n° 15, printemps 2003

 

 

 

 

Julien Papp

 

 

La défaite militaire du nazisme et la réoccupation par l'Armée rouge des territoires qu'elle venait de libérer ont créé en Europe orientale une situation qui présentait «l'aspect d'une véritable mosaïque» au lendemain de la Seconde Guerre mondiale[1]. De fait, il ne pouvait pas en être autrement car malgré la ressemblance de leurs structures socio-économiques, les pays de la région n'avaient pas le même statut de belligérants et surtout ils ne présentaient pas le même intérêt géo-politique pour l'Allemagne et les puissances de «l'étrange alliance»[2].

Si l'argument militaire préside au sort de ces pays bien avant que la guerre ne s'achève, dans les conférences interalliées qui se poursuivent depuis «l'année bissectrice» de 1943, la question du «couloir» germano-polonais et le complexe balkano-méditerranéen occupent toutefois une place autrement plus importante que le bassin des Carpathes, ce qui précisément se traduira dans cette partie de l'Europe par une abstention relative et assez prolongée des grandes puissances alliées après leur victoire[3].

 

 

Transition démocratique et stalinisme: les raisons d'une assimilation

 

 Pour diverses raisons cependant, la diversité initiale des futures «démocraties populaires» sera vite confondue dans une vision globale et approximative des «pays de l'Est». Le poids de l'URSS sur la scène internationale, l'importance de l'Europe centrale et orientale dans la genèse de la guerre froide tout autant que la connaissance incertaine de ce qui s'y est passé (et pourquoi) dans la dernière phase de la guerre ont pu ainsi contribuer à l'effacement des caractères spécifiques des pays de la région et à l'assimilation plus ou moins marquée de leurs années de l'après-guerre à la dictature stalinienne. La chape de plomb tombée d'un seul coup sur ces pays a joué aussi son rôle dans l'oubli du passé immédiat.

 

 L'annonce de la fin de la «soviétologie» à la faveur de l'ouverture des archives soviétiques[4] risque de donner lieu à une sorte de fascination, contribuant à perpétuer l'idée que le sort des «pays de l'Est» a été planifié à Moscou. Dans le même ordre d'idées, on observe que la vision d'en haut habitue les auteurs à retenir ce qu'ils jugent utiles, en fonction de leur sensibilité, pour démontrer les «responsabilités» dans l'avènement de la guerre froide ou pour construire des systèmes d'interprétation, sans s'occuper vraiment des réalités internes des pays évoqués[5]. L'enjeu le plus ordinaire de ces problèmes est l'idée implicite que l'histoire (la réalité et celle de l'historien) n'a pas lieu d'être, l'essentiel étant de retrouver et rassembler les éléments du projet du «grand planificateur».

 

 Les observations qui précèdent, particulièrement frappantes pour nous dans le cas de la Hongrie, ont paru suffisamment stimulantes pour revisiter les années 1944-1947 qui constituent, malgré leur brièveté, toute une époque dans l'histoire de ce pays.

 

 Époque incarnée au départ de façon institutionnelle par un gouvernement provisoire négocié à Moscou (octobre-décembre 1944) après l'échec de la tentative du désengagement hongrois, qui associe des généraux horthystes et les anciens partis d'opposition (petits propriétaires, communistes, sociaux-démocrates, paysans nationaux). Ce régime dit de coalition ou de transition démocratique s'achève en septembre1947, quand le parlement hongrois ratifie le traité de paix signé à Paris le 10février précédent, et c'est en septembre également que Moscou met en place le Kominform, organe de coordination des partis communistes, proclamant par la même occasion que désormais le monde est divisé en deux blocs opposés. Loin d'être fortuite, la coïncidence de ces deux événements est chargée de sens, dans la mesure où le Kominform matérialise la rupture avec la politique de front populaire adoptée en 1935 par le VIIecongrès du Komintern et que la ratification du traité de paix implique le départ des troupes soviétiques. Mais la corrélation de ces deux phénomènes a été obscurcie du fait que l'occupation a perduré en concomitance avec l'instauration du régime monolithique, ce qui favorisera la résorption de la «transition démocratique» dans une continuité. En outre, le parti communiste ne cessera de s'en réclamer, comme d'une époque fondatrice, pour légitimer ainsi la confiscation du pouvoir, alors que ses adversaires (et ses victimes) feront des années 1944-1947 un repoussoir en y associant surtout la mise en place de la «soviétisation»[6].

 

 

Légitimités et pouvoirs en Hongrie après la guerre

 

 On a donc affaire à une convergence de faits qui soulève non seulement une question d'interprétation, mais qui aboutit à priver de ses traits une époque charnière particulièrement riche, comme toute époque de transition. Au-delà de cette vision largement accréditée, l'enquête tournée vers le processus historique propre à la période semble devoir formuler trois interrogations: quels sont les traits originaux et la nature de la transition démocratique hongroise de 1944-1947, comment celle-ci a-t-elle été possible, pourquoi n'a-t-elle pas pu devenir un état permanent? Une question subsidiaire serait de savoir quelle contribution l'étude de la situation en Hongrie peut apporter à la problématique des origines de la guerre froide.

 

 Les forces en présence ont pour la plupart une conscience claire du vide politique qui se produit en Hongrie à l'automne 1944. Kálmán Saláta, jeune militant brillant du parti des petits propriétaires, écrit par exemple en août 1945 que «le peuple hongrois est [...] dans une situation où il peut façonner lui-même son propre avenir. À la suite de la défaite militaire et de la révolution, l'ancienne classe dirigeante hongroise s'est brisée, il y a un vide à sa place»[7].

 

 En effet, la disparition de la «Hongrie millénaire» au terme d'une série de désastres[8] est suivie de la naissance de trois légitimités: celle des assemblées et comités populaires multiformes qui se créent dans les villes et les communes à la place des administrations disloquées et qui forment souvent le noyau des comités nationaux organisés plus tard sur le modèle de la coalition; celle du gouvernement provisoire, fondée sur des élections menées au pas de charge, dépositaire d'une souveraineté limitée; et celle de l'occupant soviétique qui la tient des sacrifices consentis pour vaincre le nazisme. L'armistice signé le 20janvier 1945 légalise la souveraineté limitée qui sera visible par la présence d'une Commission de contrôle alliée (SZEB) à dominante soviétique, sous la présidence du maréchal Vorochilov. Neutre en principe dans les affaires intérieures, la Commission, ses chefs soviétiques et ses représentants locaux interviennent assez souvent et parfois de façon contradictoire dans la vie publique. De leur côté, les Anglo-Américains sont régulièrement renseignés sur les affaires hongroises par leurs ami(e)s travaillant notamment dans les différentes administrations, ainsi que par les partis amis[9].

 

 En réalité, le contrôle de l'application de la convention d'armistice, qui est la raison d'être de la SZEB, permet aux responsables soviétiques de justifier la plupart de leurs interventions: après la réforme agraire dont ils ont pressé l'application pour des raisons militaires, on les voit agir au moment des élections, lors de la formation des gouvernements et parfois de la préparation des réunions ministérielles, ou encore dans la mise en oeuvre de l'expulsion des Allemands de Hongrie et lors des grandes crises de la coalition[10].

 

 Si le «complot antirépublicain» et l'arrestation de Béla Kovács font grand bruit[11], il semble bien que les Soviétiques redoutent surtout les troubles et le blocage de l'État qui mettraient en danger les réparations[12] ainsi que l'entretien de la SZEB et des troupes d'occupation. Cette question des réparations (assurer toutes les conditions nécessaires pour la livraison continue) et la dévolution des «biens allemands» de Hongrie à l'URSS sont très visiblement à l'origine des mécanismes d'interdépendance entre le pays occupé et la puissance occupante qui apparaîtra rétrospectivement comme la réalisation d'un projet expansionniste.

 

 La souveraineté limitée s'exerce en effet dans le contexte d'une multiplicité de pouvoirs. Dès leur arrivée, les troupes avaient affaire un peu partout à des «comités populaires» aux noms divers et aux fonctions multiples et, dans l'industrie, à des comités d'usine. De sorte qu'avant la renaissance de l'État et la réorganisation de ses services, ces organismes populaires et ouvriers restent les interlocuteurs les plus efficaces des commandants militaires locaux qui ne sont guère préparés à leurs tâches et qui agissent, pour la plupart, selon leur tempérament personnel[13].

 

 Héritiers à maints égards des premiers organismes populaires, les comités nationaux, dont les origines dépassent, rappelons-le, les limites de la Hongrie, et parfois les comités d'usines, sont comme revitalisés au printemps 1945 par la réforme agraire, le partage des terres devenant une action révolutionnaire sous l'impulsion des communistes et du parti des paysans nationaux. Cet événement engendre un troisième type de comités dont l'action brise définitivement en Hongrie les bases de l'ancien régime et décide donc de l'issue du «procès millénaire» de la paysannerie hongroise. «La révolution française est datée de la démolition de la Bastille, la Hongrie nouvelle commence avec la suppression de la grande propriété foncière», écrit Mihály Károlyi en avril 1945[14].

 

 Par ailleurs, l'adhésion massive aux partis politiques, les taux de participation très élevés aux élections et la richesse remarquable de la presse caractérisent la vie publique. Le nouveau régime qui se réclame des révolutions de 1848 et de 1918 entreprend aussi la laïcisation de l'État et de l'enseignement, proclame la République malgré les campagnes légitimistes virulentes menées par le cardinal Mindszenty et les siens. Au demeurant, le pullulement des associations, dont un grand nombre sont sous l'influence de l'Église catholique, tout autant que la loi électorale extrêmement libérale permettant à une masse de gens imprégnés de la propagande horthyste et Croix-fléchée de s'exprimer dans la vie publique, témoignent d'une grande tolérance de l'occupant soviétique vis-à-vis des idéologies.

 

 

Démocratie directe et démocratie représentative

 

 Cette ambiance encourage les espoirs de ceux qui veulent croire que l'effondrement de l'ancien régime n'est pas définitif. D'une manière générale, la coexistence entre démocratie directe et démocratie représentative, qui est à coup sûr une caractéristique majeure de l'époque, est loin d'être sereine. Les rivalités sont fortes autour de la moindre parcelle de puissance publique, y compris dans l'attribution des emplois subalternes, les enjeux les plus importants étant situés dans l'ordre économique et le contrôle de la police. On voit ici l'importance de ce que certains auteurs appellent la «surenchère» révolutionnaire, car si elle n'avait pas tenu en haleine les populations intéressées dans les transformations apportées par la défaite du nazisme, les forces politiques impliquées auraient probablement sombré sans que la Hongrie connût l'expérience de la «transition démocratique». Ce que représente le tournant stalinien de septembre 1947 se serait produit, peut-on supposer, sans cette expérience puisque, de toute façon, l'Union soviétique n'aurait pas accepté que les droits et les dédommagements lui échappent ou soient mis en danger par un retour à l'ancien ordre des choses. De toute façon, cela est un fait, les Anglo-Américains se sont démarqués sèchement des tentatives et des spéculations des milieux «modérés» hongrois qui croyaient obstinément que les Occidentaux prendraient en charge les obligations de leurs pays pour sauver une parcelle du «monde libre».

 

 Jusqu'à l'été 1945, les organes de la démocratie directe tiennent le haut du pavé. «Au printemps 1945, le pouvoir des comités nationaux fut en réalité exclusif», souligne un historien de l'administration hongroise[15]. Il existe notamment un véritable antagonisme entre le Gouvernement provisoire installé à Debrecen depuis le 22décembre 1944, quand la moitié ouest du pays est encore livrée aux combats, et le Comité national de Budapest, organisé en plein siège de la ville le 21janvier 1945 et qui fait figure d'un second gouvernement: ni leur légitimité, ni leur principe de fonctionnement, ni le milieu social et politique où ils s'insèrent ne sont identiques. Lors de la séance du 11avril tenue à la veille du déménagement du Gouvernement à Budapest, tous les membres du Comité sont d'accord pour dire qu'il faudra accueillir celui-ci «sans aucune manifestation d'enthousiasme»[16].

 

 Les conflits entre gouvernement et comités provoquent l'intervention de la SZEB, alertée par le général Miklós, Premier ministre, qui déclare que les comités nationaux «ne peuvent pas constituer un État dans l'État ni un gouvernement annexe»[17]. Malgré les différents décrets qui enlèvent à ces derniers leur pouvoir de décision, les deux légitimités continuent à s'affronter:

 

 «Plusieurs comités nationaux ne veulent pas admettre, écrit un sous-préfet, que leurs attributions administratives ont pris fin. Ainsi, dans certaines localités, ils dissolvent les conseils municipaux, élisent des secrétaires généraux et d'autres responsables exécutifs communaux, s'opposent directement aux décisions de l'autorité, qui sont (pourtant) parfaites tant du point de vue démocratique que juridique... Je vois la raison de tout cela en ce que la population est en général méfiante et se comporte avec aversion envers l'administration, à cause de son rôle dans le passé»[18].

 

 Tous les partis sont d'accord pour reléguer et dévitaliser les comités nationaux au profit de l'État. Si les comités d'usines connaissent une plus grande longévité, le déclin se produit là aussi, suite au découragement des ouvriers qui ont consenti des sacrifices énormes tant qu'ils exerçaient de réels pouvoirs et du fait que les administrations centrales aspirent les meilleurs éléments pour reconstituer une bureaucratie spécialisée.

 

 

La prédominance des pouvoirs exécutifs

 

 Le jeu des forces politiques se déplace ainsi vers les positions de l'État restauré. Les conflits sont alimentés par les difficultés (réparations, reconstruction, ravitaillement) insolubles sans l'instauration de l'«économie dirigée» et par la question de la police qui est d'autant plus aiguë que la vie publique frise souvent l'état de guerre civile. Au sommet de l'État, le conflit affecte l'organisation des pouvoirs, à telle enseigne qu'on parle d'une «dualité» du système gouvernemental[19]. Après les élections du 4novembre 1945 qui, avec la proclamation de la République le 1er février 1946, mettent fin à l'état provisoire des institutions du pays, le parti des petits propriétaires, fort de sa victoire, exige certains portefeuilles, dont l'Intérieur, et la redistribution proportionnelle des positions administratives (préfectures, sous-préfectures, préfectures et commissariats de police, municipalités, etc.), occupés pour l'essentiel par les partis ouvriers qui se trouvaient aux avant-postes au moment de l'effondrement de l'ancien État. Or, la gravité des problèmes à résoudre pousse à la prédominance des fonctions exécutives et à la primauté de la classe ouvrière qui, par son dynamisme et ses organisations, constitue le fer de lance de la reconstruction, même si la paysannerie est numériquement plus importante. Étant donné qu'il n'existe pas d'opposition politique organisée, les clivages se développent à l'intérieur même de la coalition gouvernementale.

 

 Le consensus minimal des partis qui s'est maintenu jusque vers le milieu de 1946 cède la place aux affrontements des deux plus importantes formations, communistes et petits propriétaires, la première bénéficiant du soutien des sociaux-démocrates et des paysans nationaux, avant que ces deux partis soient tout à fait laminés à leur tour.

 

 

L'effet catalyseur du traité de paix

 

 Cette évolution est accélérée et les tensions aggravées par la perspective du départ des troupes soviétiques. L'article22 du traité de paix qui entre en vigueur le 15septembre 1947 prévoit que «toutes les forces militaires alliées» quitteront la Hongrie dans les 90jours, l'URSS se réservant le droit de maintenir des «unités de liaison» pour assurer la sécurité de ses lignes de communication avec l'Autriche[20]. Les forces modérées les plus conciliantes espèrent une solution à la finlandaise par la reconnaissance des transformations socio-économiques essentielles (réforme agraire, nationalisations), du multipartisme ou des rapports de bon voisinage avec l'Union soviétique. Mais de larges fractions de la société hongroise, travaillées notamment par l'Église catholique qui est restée une force idéologique puissante, n'attendent que de pouvoir régler leur compte aux communistes et autres «partageux» qui voient se dessiner une situation similaire à celle de 1919-1920, après l'échec de la République des conseils. L'enseignement peut-être le plus important à tirer des fameux documents secrets récupérés dans les archives soviétiques[21], c'est que les communistes hongrois ne sont pas du tout rassurés quant au soutien de Moscou. Devant la perspective d'une guerre civile, on voit ainsi M.Rákosi quémander littéralement des armes au cours d'un entretien avec Molotov[22].

 

 Selon l'esprit de la grande coalition et la décision du comité de Défense nationale soviétique du 27octobre 1944, le conseil militaire du 2eFront d'Ukraine, auquel revenait, sous le commandement du maréchal Malinivski, l'essentiel des opérations militaires en Hongrie, avait prescrit qu'il fallait rétablir derrière le front, dans une zone de 50 à 100kilomètres de large, l'ancienne administration au fur et à mesure et conserver l'ordre social existant, en interdisant en particulier la création de conseils de type soviétique.

 

«Cependant, cette politique pratique ne s'accordait pas tout à fait avec les objectifs des forces populaires-révolutionnaires hongroises libérées, écrit l'historien du Gouvernement provisoire. Ces forces voulaient obtenir vite, quasi simultanément la libération de l'occupation étrangère et du fascisme, et la délivrance du régime Horthy réactionnaire détesté.... C'est de cette situation complexe que résultèrent les quelques affrontements qui se produisirent en octobre 1944 sur les territoires libérés entre les forces communistes et de gauche hongroises et les organismes politiques du 2eFront d'Ukraine, qui se traduisirent par la non autorisation de journaux locaux communistes prônant le pouvoir prolétarien et le socialisme et par l'appui occasionnel donné aux hommes de l'ancien appareil contre les organismes populaires»[23].

 

 Motivées d'abord par les nécessités militaires (transports, ravitaillement et sécurité des troupes, travaux divers) puis par la reprise de la production et la gestion des réparations, les autorités militaires soviétiques réaffirment qu'il faut relever l'ancien État et se contenter d'écarter le personnel «fasciste». On désigne une dimension essentielle des transformations politiques de l'époque par l'expression de «réorganisation administrative». Quand l'épuration, effectuée selon la légalité de l'État reconstruit, aboutit à des résultats dérisoires[24] et que le licenciement massif et souvent musclé des fonctionnaires par l'application de la «liste B» met en danger la perception des impôts et les livraisons obligatoires diverses, les Soviétiques réagissent avec vigueur contre les «excès gauchistes graves» des communistes, en même temps d'ailleurs que les députés «modérés» dénoncent la procédure «illégale et arbitraire» de László Rajk, ministre de l'Intérieur.

 

 On a le sentiment que le gouvernement de Moscou a du mal à insérer dans la ligne démocratique front populiste la rupture historique qui s'est produite en Hongrie avec la dispersion de l'État et l'effondrement de l'ancien ordre social. Le fait, d'une part, que la fuite des appareils, à l'exception du clergé, a eu lieu malgré les promesses de la direction de l'Armée rouge, et que d'autre part, pour une partie importante de la société hongroise l'armée soviétique apportait la liberté et la révolution, semble traduire le sens de la phrase bien connue de Staline adressée à M.Djilas selon laquelle dans cette guerre la présence des armées de chaque camp déterminera le régime politique des pays occupés[25] et refléter le «précédent italien» créé par les Anglo-Américains[26].

 

 

Staline et la révolution prolétarienne

 

 Malgré la vision qui prévaut souvent quant aux visées expansionnistes et révolutionnaires de Staline, que, sous bénéfice d'inventaire, aucun document significatif n'est encore venu attester[27], on préférera retenir ici l'idée que l'attitude du dictateur soviétique prenait forme par touches successives, en liaison étroite avec les Alliés occidentaux et, le plus souvent, en réaction à leurs comportements et initiatives. En tout cas, parler de «bolchevisation» et d'extension de la révolution par la volonté de Staline depuis les événements majeurs que sont les procès de Moscou, le VIIecongrès du Komintern et sa dissolution, pose problème et apparaît même comme un abus de langage. À défaut de «preuves matérielles», les déclarations de Staline lui-même et les observations que nous avons pu faire sur le terrain du pays étudié restent les éléments de démonstration les plus palpables.

 

 Sur le premier point, les lecteurs connaissent assez bien la phrase presque proverbiale de Staline selon laquelle l'extension du socialisme par la révolution est «un malentendu tragi-comique»[28]. Or ce genre de déclaration est réitéré par la suite. Lors des discussions sur les fameux pourcentages à Moscou, où le 14octobre 1944 Churchill soulève combien «les petits pays européens sont mortellement effrayés par la révolution bolchevique» en rappelant «à quel point en 1919-1920 le monde entier tremblait devant la révolution mondiale», Staline répond sans ambages que «le monde ne tremblera pas de peur. L'Union soviétique n'a pas l'intention de faire des révolutions bolcheviques en Europe»[29]. En avril 1945, il déclare à nouveau à Tito pendant une visite de la délégation yougoslave: «Aujourd'hui, le socialisme est possible, même sous le régime monarchique anglais. La révolution n'est plus nécessaire, nulle part»[30].

 

 Réellement négligés ou sous-estimés par les auteurs consultés, les procès de Moscou, en rapport avec le lancement de la ligne front populaire, semblent constituer la pierre de touche de la politique stalinienne dans le contexte de l'après-guerre en Hongrie. Le destin de Béla Kun montre que pour Staline il fallait exterminer les communistes qui exprimaient le moindre doute sur la validité de la collaboration avec les partis bourgeois (doute non dénué de fondement puisqu'il y avait eu le précédent effrayant de l'expérience avec Chang-Kaï-Check): aussi bien les dirigeants du Komintern «estimaient qu'on ne pouvait faire une politique nouvelle dans le parti hongrois non plus qu'avec des hommes nouveaux; il fallait donc débarrasser le parti hongrois des anciens cadres «compromis». Avant tout, de Béla Kun. C'était ce but là que visait le groupement tendancieux des accusations»[31].

 

 

Les hantises du passé

 

 Les témoins qui connaissent intimement l'époque confirment que les dirigeants communistes hongrois «moscovites», Rákosi, Gero, Révai, «sont revenus en 1945 en Hongrie avec l'instruction qu'il leur fallait se situer dans la perspective d'une longue période démocratique populaire»[32]. Ni l'ambiguïté de cette formule ni l'effort des communistes pour occuper la première place dans la vie politique ne permettent de mettre sérieusement en cause la sincérité de leurs intentions. Aussi bien, tous ces dirigeant sont-ils extrêmement surpris lors du grand tournant annoncé en septembre 1947 à Sklarska Poreba, et tous doivent procéder à une autocritique, ce dont ils avaient l'habitude au demeurant. Dans la question fondamentale de la police, le témoignage d'un communiste intègre comme Zoltán Vas montre que l'attachement crispé à cette institution est dicté moins par l'intention cachée de s'emparer de tout le pouvoir que par l'extrême prudence devant toute une série de menaces qui rappellent la terreur blanche de 1919-1920.

 

 On ne peut qu'approuver les auteurs qui pensent qu'il n'y a pas de liens nécessaires entre le régime intérieur et la politique étrangère du stalinisme[33], car celui-ci se caractérise précisément par un repli nationaliste farouche (la «construction du socialisme dans un seul pays»)[34]. Mais la politique du front populaire «exporte» nécessairement le stalinisme et quand elle se révèle être un régime de guerre civile, ce dernier reprend spontanément en quelque sorte sa véritable identité.

 

 Dans les rapports avec l'Occident, cela ne pouvait pas durer raisonnablement. Certes, l'opinion que Churchill aurait exprimé devant le cardinal américain Spellman, à savoir que «seule l'URSS peut faire régner l'ordre dans la majeure partie de l'Europe»[35], est tout à fait plausible. Mais les Américains, qui menaient le jeu, pouvaient-ils compter à la fois sur le rôle de gendarme de Staline et sur le principe des «portes ouvertes», avec la manne de la reconstruction d'une URSS ruinée, qui aurait privé le dictateur soviétique des fondements socio-économiques de son pouvoir? D'où, inévitablement, la cohabitation orageuse dela guerre froide. Dans cette crise, on ne saurait négliger en outre un aspect psychologique: «la caste de parvenus que la Révolution a portée au pouvoir», et dont l'ambassadeur français à Moscou à l'époque n'est pas le seul à relever le «complexe d'infériorité et d'orgueil en même temps»[36], ne pouvait que se sentir mal récompensée par les Occidentaux pour l'abandon de la politique révolutionnaire internationaliste.

 

 À l'intérieur, la politique de l'union nationale, ou front populaire, élaborée comme une stratégie pacifique de la conquête du pouvoir, se révèle un régime de crises permanentes. En Hongrie, les forces bourgeoises sont encore plus ténues qu'avant la guerre, en raison de l'extermination des Juifs qui comptaient l'essentiel du libéralisme hongrois, de sorte que les communistes se retrouvent en présence de la Hongrie archaïque et obscurantiste. Ce n'est pas un hasard si les deux personnages forts, emblématiques de l'époque de la coalition sont Rákosi et Mindszenty. Le parti lui-même se laisse submerger, pour les nécessités du recrutement, par une masse d'arrivistes et de prolétaires imprégnés de la propagande cléricale, irrédentiste et antisémite.

 

 Les réparations, dont la gestion efficace devait être, aux yeux des Soviétiques, garantie par la stabilité politique et la paix sociale, contribuent largement à aggraver la crise et à transformer les partis ouvriers en boucs émissaires; d'autre part, cette union nationale n'en est pas une dans la mesure où chacun des protagonistes a le regard tourné vers le grand protecteur étranger, respectivement les États-Unis et l'URSS.

 

 Si l'expérience de la «transition démocratique» a donc été possible pendant la période de la «souveraineté limitée», elle devient intenable devant la perspective du traité de paix qui devra laisser la Hongrie à son sort: les Occidentaux, redoutant la contagion révolutionnaire et n'ayant pas d'intérêt majeur qui vaudrait la peine de prendre en charge un régime de guerre civile comme en Grèce, préfèrent à coup sûr l'équivalent d'un cordon sanitaire, c'est-à-dire le «rideau de fer», tandis que pour gérer ses intérêts matériels et politico-militaires l'URSS résoudra les problèmes par les méthodes qui lui sont familières depuis les années 1930.

 

 Du reste, pour que ce basculement se réalise, il n'est pas nécessaire d'«importer» le «soviétisme» puisque l'Union soviétique trouve dans les structures de l'État reconstitué et dans les traditions politiques du pays la plupart des ingrédients nécessaires: l'administration comme instrument des luttes politiques, la prédominance du pouvoir exécutif derrière la façade parlementaire, l'existence d'un «parti gouvernemental», la pratique des «jugements populaires» et de la «liste B», les méthodes terroristes de la police, la défense de l'ordre social inscrite dans le droit pénal, etc. apparaissent comme la réactivation d'un héritage. Toutes ces données, et bien d'autres, relèvent d'une continuité endogène, autochtone, et dès l'été 1945 elles commencent à l'emporter sur les différentes formes de la démocratie directe.

 

 Il semble finalement que, si la Hongrie possède peu d'intérêt géo-politique aux yeux des grandes puissances après la guerre, l'étude de son cas permet de souligner l'importance des facteurs internes dans les transformations qui ont affecté alors cette partie de l'Europe.

 



[1] LÉVESQUE (Jacques), L'URSS et sa politique internationale de 1917 à nos jours, Paris, A. Colin, 1980, p.127.

[2] En août1944, après l'effondrement des régimes roumain et bulgare, et la tentative du décrochage hongrois ayant échoué, la nouvelle ligne de défense de la Wehrmacht est fixée sur l'axe Varsovie-Slovaquie-Budapest. D'autre part, le projet de Churchill d'une offensive anglo-américaine vers la plaine danubienne par la «porte» de Ljubjana, soulevé lors des entretiens de Moscou des 9-18octobre 1944, aurait inquiété Staline et joué comme accélérateur de l'avance soviétique en Hongrie: UNGVÁRY (Krisztián), Budapest ostroma [Le siège de Budapest], Budapest, Corvin, 1998, p.13; VARGYAI (Gyula), Magyarország a második világháboníban [La Hongrie dans la Seconde Guerre mondiale], Budapest, Korona, 2001, p.383. À l'opposé de cette vision d'une rivalité entre Soviétiques et Anglo-Saxons, FUNK (Arthur) écrit que «ce sont (les) échanges de vue avec les Occidentaux qui ont amené le commandement russe à prendre la décision d'une offensive vers Vienne à travers la Tchécoslovaquie et la Hongrie» (De Yalta à Potsdam. Des illusions à la guerre froide, Bruxelles, Complexe, 1995, p.78). Tout en signalant les inquiétudes de Staline au moment de l'offensive américaine en Allemagne, BEEVOR (Antony) précise que le 15avril 1945, alors que la Neuvième Armée se trouve à moins de 100km de la capitale du Reich, le général Bradley ordonne de «s'arrêter sur l'Elbe et ne pas avancer en direction de Berlin» (La Chute de Berlin, Paris, de Fallois, 2002, p.235-236).

[3] Une note de recommandations rédigée en janvier 1944 par MAISKY (Ivan M.), vice-commissaire soviétique aux Affaires étrangères, consacre peu de place à la Hongrie qu'il souhaite «maintenir dans l'isolement international, du moins pendant les premières années de l'après-guerre»: «A jövendo világ kívánatos alapelveirol (1944)» [Des principes fondamentaux souhaitables du monde à venir (1944)], Külpolitika [Politique étrangère], 1996, n°3-4, p.154-184.

[4] WERTH (Nicolas), «De la soviétologie en général et des archives russes en particulier», Le Débat, n°77, novembre-décembre1993, p.126-143. RUCKER (Laurent), «Les archives de la politique extérieure soviétique», Vingtième Siècle, n°45, janvier-mars1995, p.139-143. COUMEL (Laurent), «L'URSS dans l'histoire des relations internationales. L'apport des nouvelles archives», Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, n°11, printemps2001, p.159-182.

[5] Par exemple, l'affirmation de Truman au moment de la conférence de Potsdam, citée par FUNK (Arthur), op.cit., p.151-152, à savoir que des restrictions sont apportées «aux libertés d'expression les plus élémentaires» dans les pays soumis à l'occupation soviétique, est toujours prise pour argent comptant par les auteurs traitant de cette époque, tandis que la Hongrie connaît alors une grande liberté d'expression. Par ailleurs, un ouvrage comme celui de GROSSER (Pierre), Les Temps de la guerre froide, Bruxelles, Complexe, 1995, cite la Hongrie une fois peut-être (p.119) dans le contexte de l'après-guerre, et celui de GARDNER (Lloyd C.) trois fois (Spheres of Influence. The Great Powers Partition of Europe, from Munich to Yalta, Chicago, I.R. Dee, 1993, p.107, 261, 265). Dans le livre de SOULET (Jean-François), Histoire comparée desÉtats communistes de 1945 à nos jours, Paris, A. Colin, 1996, la première partie s'intitule carrément «L'ordre stalinien (1945-1953)», effaçant d'emblée la spécificité de la période qui précède le tournant stalinien, avant de procéder à une construction «logique» passablement coupée du contexte diplomatico-militaire et de la genèse de la politique intérieure des États évoqués. Je citerai encore le livre impressionnant de SOUTOU (Georges-Henri), La Guerre de Cinquante Ans. Les relations Est-Ouest 1943-1990, Paris, Fayard, 2001, qui écrit, p.41, qu'après la bataille décisive de Koursk en juillet1943, Staline «développa de plus en plus fermement ses objectifs jusqu'en 1945. Ceux-ci concernaient les frontières de l'URSS, la préparation de l'occupation et de la communisation de l'Europe orientale». À notre sens, ce Staline «en majesté», omniscient, est contredit par toutes les erreurs et toute la politique en zigzag du dictateur soviétique. Et sur le terrain les faits sont nombreux qui ne vont pas dans le sens d'un projet d'expansion, d'une volonté de «communisation» et du «facteur idéologique révolutionnaire de la politique soviétique».

[6] Après avoir noté l'ingratitude des «politiques officiellesdu passé» vis-à-vis des années 1944-1947, le «doyen» des historiens de la Hongrie contemporaine, Sándor Balogh, constate que depuis le milieu des années 1980 la période en question «commençait, grâce aux recherches historiques, à occuper la place qui lui convenait [...] lorsque, à partir de 1990, plus précisément à l'époque du changement de régime, elle est retombée dans la pénombre et l'oubli» pour ne plus apparaître «dans les déclarations officielles et les projets de lois que comme le point de départ de l'occupation, de l'épuration, des illégalités, etc.»: «Az Ideiglenes Nemzetgyulés és az Ideiglenes Nemzeti Kormány a magyar történelemben» [L'Assemblée nationale provisoire et le Gouvernement national provisoire dans l'histoire hongroise], in FEITL (István) (s.d.), Az Ideiglenes Nemzetgyulés és az Ideiglenes Nemzeti Kormány 1944-1945 [L'Assemblée nationale provisoire et le Gouvernement national provisoire 1944-1945], Budapest, 1995, p.21.

[7] Cité par CSICSERY-RÓNAI (István), CSERENYEI (Géza), Koncepciós per a Független Kisgazdapárt szétzúzására 1947. Tanulmány és válogatott dokumentumok [Procès préfabriqué pour détruire le parti indépendant des petits propriétaires, 1947. Étude et documents choisis], Budapest, Institut de 1956, 1998, p.15.

[8] Pour n'en citer que les étapes successives les plus importantes: destruction de la 2eArmée sur le Don (12janvier - 9février 1943); déportation et extermination de près de 600000juifs hongrois (dont la grande majorité en quelques semaines, du 15mai au 8juillet 1944); destruction de Budapest (décembre1944 - février1945); démantèlement et évacuation vers l'Allemagne d'une partie importante des biens d'équipement; occupation du pays par une armée soviétique désorganisée qui se livre aux viols, aux pillages et aux transferts de main-d'œuvre en URSS.

[9] FIGDER (Éva), PALASIK (Mária), «Brit jelentés a magyar politikai rendorségrol 1946-ban» [Rapport britannique sur la police politique hongroise en 1946], in GYARMATI (György), A Történeti Hivatal évkönyve 1999 [Annuaire de l'Office historique 1999], Budapest, 1999, p.167-188. DOBI (István), Vallomás és történelem [Témoignage et histoire], Budapest, 1962, t.2, p.450.

[10] GERGO CSEH (Bendegúz) (ed.), Documents of the Meetings of the Allies Control Commission for Hungary, Budapest, MTA, 2000, 456p. FÖLDESI (Margit), A Szövetséges Ellenorzo Bizottság Magyarországon [Commission de Contrôle alliée en Hongrie], Budapest, IKVA, 1995, p.67-176

[11] Secrétaire d'État à l'Intérieur, ministre de l'Agriculture puis secrétaire général du parti des petits propriétaires, Béla Kovács (1908-1959) est arrêté par les autorités militaires soviétiques le 25février 1947. Il reste emprisonné jusqu'en 1956.

[12] L'article12 de la convention d'armistice impose à la Hongrie le remboursement des dommages causés à l'Union soviétique, à la Tchécoslovaquie et à la Yougoslavie. Le montant des réparations est fixé à 300millions de dollars, dont le versement pendant 6ans doit être effectué en biens industriels et agricoles

[13] Contrairement aux Soviétiques, les Anglo-Américains ont pensé, dans le style de l'AMGOT (Allied Military Government for Occupied Territories), à l'occupation de la Hongrie, comme le laisse voir PÓK (Attila), «Magyarország, 1944. Egy angol katonai kézikönyv története» [Hongrie, 1944. L'histoire d'un manuel militaire anglais], História, 1985, n°2, p.30-31.

[14] Lettre à Vilmos Böhm du 16 avril 1945, in SZABÓ (Éva), SZUCS (László) (éd.), Böhm Vilmos válogatott politikai levelei 1914-1919 [Lettres politiques choisies de Vilmos Böhm 1914-1919], Budapest, Napvilág, 1997, p.245-247.

[15] FARKAS (Gábor), A megye, a város és a község igazgatása Magyarországon 1945-1950 [L'administration du département, de la ville et de la commune en Hongrie 1945-1950], Budapest, Akadémiai Kiadó, 1992, p.38.

[16] GÁSPÁR (Ferenc), HALASI (László), A Budapesti Nemzeti Bizottság jegyzokönyvei 1945-1946 [Procès-verbaux du Comité national de Budapest 1945-1946], Budapest, Archives municipales de la capitale, 1975: PV, n°17, 26février 1945 (XV/2) et note2, p.42; n°27, 11avril 1945 (XXV/5) et note4, p.90; n°28, 18avril 1945 (XXVI/3) et note7, p.108

[17] Szabad Nép (Peuple Libre), 11 avril 1945 et SZUCS (László), Dálnoki Miklós Béla kormányának (Ideiglenes Nemzeti Kormány) minisztertanácsi jegyzokönyvei 1944. december 23. - 1945. november 15. [Procès-verbaux des conseils des ministres du gouvernement de Béla Dálnoki Miklós (Gouvernement national provisoire) 23décembre 1944 - 15novembre 1945], vol.A, note16, p.291

[18] Archives nationales hongroises, XIX-A-1-j-XX. t.-5831/1945, carton 18: rapport du sous-préfet des comitats de Szabolcs-Ung, 23juillet 1945.

[19] GYARMATI (György), «Harc a közigazgatás birtoklásáért. A koalición belüli pártküzdelmek az 1946. évi hatalmi dualizmus idoszakában» [La lutte pour la possession de l'administration publique. L'affrontement des partis au sein de la coalition à l'époque du dualisme des pouvoirs de l'année 1946], Századok [Siècles], 1996, n°3, p.497-568.

[20] D'après l'annonce du gouvernement soviétique, le 14décembre 1947, il ne reste plus dans le pays que ces troupes. Le traité du 15mai 1955 avec l'Autriche aurait dû libérer entièrement la Hongrie, mais le Pacte de Varsovie signé la veille a fourni à Moscou une base juridique pour maintenir l'occupation.

[21] IZSÁK (Lajos), KUN (Miklós) (éd.), Moszkvának jelentjük... Titkos dokumentumok 1944-1948 [Nous rapportons à Moscou... Documents secrets 1944-1948], Budapest, Századvég Kiadó, 1994, 293 p.

[22] « Un problème essentiel que je voudrais poser, c'est la question de l'armement, dit-il..., notre police, de l'ordre de dizaines de milliers, ne possède pas d'armes. À présent, nous mettons en place deux-trois bataillons de police pour l'exécution de tâches spéciales. Nous avons déjà organisé un bataillon, mais les soldats n'ont pas de fusils. Il faut noter que les éléments criminels de la Hongrie sont équipés de bonnes mitraillettes soviétiques... En même temps, ni la police ni l'armée ne possèdent de voitures blindées. Les ouvriers n'ont pas d'armes. Alors que les fascistes en possèdent, cela est indéniable. En deux ans, nos camarades ont par exemple trouvé plus de 200canons cachés en différents endroits... Nous voudrions avoir au moins deux-trois mille bonnes mitraillettes... La situation est extrêmement tendue et nous n'avons pas d'armes... D'ici peu, la SZEB va quitter la Hongrie, et alors- je le crains- notre démocratie va être suspendue dans le vide». Entretien du 29avril 1947, ibidem, p.199.

[23] KOROM (Mihály), Magyarország Ideiglenes Kormánya és a fegyverszünet (1944-1945) [Le Gouvernement provisoire de la Hongrie et l'armistice (1944-1945)], Budapest, Akadémiai Kiadó, 1981, p.278

[24] À l'été 1945, quand la «vérification» des fonctionnaires s'achève, 96,7% du personnel de l'ancienne administration est réintégré. Le ministre de l'Intérieur constate que le travail des commissions d'épuration a été un échec. Selon les statistiques de la Centrale syndicale datées de la fin de 1945, l'effectif des ouvriers industriels a baissé de 35% et celui des fonctionnaires de 1%: HABUDA (Miklós), A magyar szakszervezetek a népi demokratikus forradalomban 1944-1948 [Les syndicats hongrois dans la révolution démocratique populaire 1944-1948], Budapest, Népszava, 1986, p.132-133. D'après le journal communiste Szabad Nép du 11novembre 1945, la Hongrie agrandie avait, en 1939, 116 000 fonctionnaires, alors que le pays ruiné, ramené à ses frontières d'avant-guerre (quelque 8 millions d'habitants), en emploie 175000

[25] DJILAS (Milovan), Conversations avec Staline, Paris, Gallimard, 1971.

[26] L'armistice italien préparé par les seuls Occidentaux ne fut signé que par le commandant en chef de leurs armées et la mise en place de l'AMGOT réglait le sort de la péninsule pratiquement jusqu'à la fin de la guerre. Ce qui fit que «l'URSS ne pouvait jouer aucun rôle exécutif au sein de l'appareil de contrôle du territoire italien... Rien, au début de 1944, ne pouvait plus dissimuler que le système de contrôle effectivement mis en place par les Anglo-Américains dans la péninsule ne correspondait guère au modèle d'inspiration paritaire présenté six mois plus tôt par les Britanniques eux-mêmes aux Soviétiques et accepté en octobre par ces derniers»: ARCIDIACONO (Bruno), «Le précédent italien. Les armistices de septembre 1943: la dimension interalliée», in VAÏSSE (Maurice) (s.d.), La Victoire en Europe, Lyon, La Manufacture, 1985, p.99.

[27] Évoquant les dîners de Staline et les tables chargées de nourriture, Djilas observe que «c'était au cours de ces dîners que se décidait le sort de l'immense terre russe, celui des territoires nouvellement acquis...», mais que bien des actions imaginées par ces «grands ingénieurs de l'esprit humain... furent sans doute abandonnées à jamais»: op.cit., p.116.

[28] Pravda, 5 mars 1936, cité par DEUTSCHER (Isaac), Staline, Paris, Gallimard, 1953, p.507.

[29] MARIE (Jean-Jacques), Staline, Paris, Fayard, 2001, p.695.

[30] DJILAS (Milovan), op.cit., p. 152.

[31] BORSÁNYI (György), Kun Béla. Politikai életrajz [Béla Kun. Biographie politique], Budapest, Kossuth, 1979, p.378.

[32] HEGEDÜS (András), Élet egy eszme árnyékában [Une existence à l'ombre d'un idéal], Budapest, Gábor Bethlen, 1989, p.92.

[33] Le «postulat selon lequel les Soviétiques opéreraient en matière de politique étrangère d'après un plan inspiré par leur idéologie et visant des objectifs précis, non seulement leur a valu une réputation plus large qu'ils ne méritent, mais encore a constitué un des facteurs fondamentaux des erreurs commises dans l'évaluation de la politique soviétique d'après la guerre. Cette conception a conduit les Américains à exagérer la cohérence de la politique du Kremlin, et le rôle qu'y jouent l'idéologie et le calcul»: YERGIN (Daniel), La Paix saccagée. Les origines de la guerre froide et la division de l'Europe, Paris, Balland, 1977, p.34. Plus récemment, HOBSBAWM (Eric J.) écrit: «La Russie stalinienne était un État effroyable, mais sa politique extérieure et ses objectifs internationaux n'étaient pas expansionnistes, encore moins belliqueux», Le Débat, 1997, n°93, p.88.

[34] GIRAULT (René), FRANK (Robert), Turbulente Europe et nouveaux mondes, 1914-1941. Paris, Masson, 1988, p.186.

[35]    MARIE (Jean-Jacques), op.cit., p.702.

[36]    CATROUX (général Georges), J'ai vu tomber le rideau de fer. Moscou 1945-1948. Paris, Hachette, 1952, notamment p.45, 72, 110 et 252.