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Marie-Pierre Rey, Editorial

Editorial

 

 

 

Bulletin n° 14, automne 2002

 

 

 

Marie-Pierre Rey

 

C'est une grande joie pour moi que de signer l'éditorial de ce numéro spécial du Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin qui réunit neuf contributions inédites présentées lors de la journée d'études doctorales du Centre de Recherches en histoire des Slaves qui s'est tenue le 6 novembre 2002 à l'Université de Paris I. Variés par leur contenu, ces articles attestent du dynamisme et de la diversité des centres d'intérêt des jeunes chercheurs du CRHS.

Si jusqu'à ces dernières années les études portant sur le XXe siècle soviétique dominaient largement les recherches doctorales au sein du CRHS,l'on constate depuis peu un net engouement pour la période tsariste au point que les deux périodes, tsariste et soviétique,sontmaintenant représentées à part quasiment égale dans les travaux du centre.

 L'article d'Elena Jourdan consacré à l'image des tsars et du peuple russe dans la littérature française de la fin du XVIIIe siècle aux années 1830 traite avec brio des images et des perceptions dont les Russes, élites et peuple, ont fait l'objet en France au début du XIXe siècle et atteste de manière très claire de la force et de la permanence durable des stéréotypesmentaux. L'article de Lorraine de Meaux qui porte sur le milieu des historiens orientalistes russes de la première moitié du XIXe siècle, rend compte avec rigueur et érudition de l'émergence des études orientalistes en Russie, tandis que celui de Benjamin Guichardtraitant de la censure morale en Russie entre 1905 et 1917, repère très finement les atermoiements du pouvoir tsariste et des élites face au fait pornographique. Enfin, la contribution de Michel Tissier qui s'est attaché à cerner la question de la liberté de conscience en Russie au lendemain de la révolution de 1905, met en avant, et ce de manière fort originale, les processus de conversions dans l'empire russe.

 Tous fondés sur des archives encore très peu exploitées jusqu'à présent, ces différents articles illustrent bien le renouveau historiographique dont la période tsariste fait aujourd'hui l'objet et je me félicite de cet élan qui conduit de jeunes chercheurs du CRHS à s'intéresser à un XIXe siècle russe auquel il convient d'apporter de nouvelles approches et de nouvelles perspectives.

 Les articles portant sur la période soviétique s'inscrivent résolument dans les problématiques actuellement les plus en pointe sur le plan historiographique. Les études politiques au sens strict sont pratiquement absentes, tandis que l'on observe au contraire la primauté des thématiques socio-politiques et culturelles. L'article de Corinne Nicolas rend compte avec détail et conviction de la complexité du problème politique et humanitaire qu'a constitué l'émigration des Russes dans l'entre-deux-guerres. Celui de Laurent Coumel traite des milieux universitaires, de la question de la réforme scolaire tentée par Khrouchtchev en 1958, et s'appuyant sur ces questions concrètes, il aborde de manière très neuve le problème des liens entretenus parle pouvoir et la société à l'heure de la déstalinisation. Enfin, la contribution de Cyril Horiszny consacrée au communisme national ukrainien, s'attache à rendre compte de la richesse des idées politiques et sociales à l'œuvre dans l'intelligentsia nationale ukrainienne des années 60 et 70.

 Si l'histoire des Slaves constitue la priorité du CRHS, d'autres territoires situés à la périphérie du territoire slave, nous intéressent aussi et plusieurs recherches sont actuellement en cours sur les États baltes. Le bel article de Suzanne Pourchier nous permet ainsi d'appréhender avec précision le rôle joué par les arts visuels et les artistes dans la construction de l'identité nationale lettone.

 Enfin, l'article prometteur de Sabine Dullin, prologue à une nouvelle recherche d'envergure, s'interroge avec talent sur la signification et les enjeux politiques, sociaux et culturels autant que diplomatiques et militaires revêtus par la frontière dans l'histoire soviétique.

 Riche de problématiques et de thématiques nouvelles, ce numéro spécial aurait sans nul doute intéressé notre collègue et ami François-Xavier Guerra. Sa disparition brutale nous cause une peine immense. Nous dédions ce recueil d'articles à sa mémoire.