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Bernard Michel, Editorial

Editorial

 

 

Bulletin n° 13, printemps 2002

 

 

 

 

 

 

 

Bernard Michel

 

 

Dans l'activité de l'Institut Pierre Renouvin, les maîtrises représentent un des secteurs les plus actifs et les plus vivants. Elles traduisent, dans leur foisonnement, la première rencontre, souvent passionnée, des jeunes historiens avec la recherche. Dans nos bibliothèques, ces maîtrises sont constamment lues et étudiées. Elles seront des modèles et des repères pour les promotions qui suivent.

Nous présentons aujourd'hui une sélection des meilleures maîtrises de chacun des instituts pour l'année 2000-2001. Sélection difficile car d'autres très bons travaux étaient dignes d‘y figurer.

  

Il existe un équilibre des thèmes traités. Équilibre chronologique puisqu'on part de la guerre de Sécession et que l'on va jusqu'aux guerres balkaniques des années 1992-2000. Notre Institut montre ainsi sa volonté de couvrir également le XIXe siècle, parce que sans lui l'interprétation du XXe siècle reste incomplète. Un de nos objectifs est aussi d'être présents dans l'histoire la plus contemporaine.

  

Notre sélection a aussi un équilibre géographique: les deux Amériques, l'Europe centrale jusqu'aux Balkans, les Pays Baltes et la Russie, le Moyen-Orient.

  

La variété des problématiques est très grande. Parfois, c'est l'étude d'un milieu fermé: les Vieux Croyants russes dans l'Estonie de l'entre-deux-guerres, dont Yvan Leclère montre les normes strictes qui séparent les «purs» du reste du monde, les «impurs». Elena Pavel a étudié un autre univers clos, celui du Goulag à travers le témoignage de Varlam Chalamov, déporté 17 ans dans les camps de la Kolyma. Libéré en 1953, il a aussi témoigné de la difficulté de la vie après le camp, sur l'impossibilité de se réadapter à l'univers normal du quotidien.

  

Un autre thème des relations internationales est l'influence des guerres non-européennes sur les doctrines militaires de la France. Farid Ameur s'est interrogé sur l'influence de la guerre de Sécession sur les milieux militaires dirigeants français. L'observation des combats a été menée par une mission, de huit mois, en 1864, commandée par François de Chanal. Ce rapport a été ensuite publié avec d'autres témoignages. Il insiste particulièrement sur l'usage des armes à tir rapide qui rendaient très meurtrières les attaques en terrain découvert et l'usage massif du chemin de fer pour déplacer rapidement les armées sur de grands espaces. Mais l'État-major français n'en a tiré aucune leçon.

  

Plusieurs maîtrises remettent en cause des interprétations couramment admises.

  

Céline Paillette a voulu démontrer que le refus du général de Gaulle d'admettre la Grande-Bretagne dans la Communauté économique européenne en 1972 n'avait pas que des causes politiques. La stratégie monétaire a joué un rôle important, comme le montrent les archives du ministère des Finances et du Quai d'Orsay. Il s'agissait de lutter contre le Système monétaire international et contre les deux monnaies nationales, la livre et le dollar, devenues monnaies de réserve internationales. La faiblesse de la livre a mené à la dévaluation de 1967. À travers elle, c'est la position du dollar qui était menacée.

 

 

Orane Sutre-Reginensi a étudié un épisode peu connu des relations internationales au Moyen-Orient, le rôle de la France dans la négociation des accords d'amnistie entre Israël et les pays arabes qui ont mis fin, en 1949, à la première guerre israélo-arabe. Même si les États-Unis ont joué un rôle essentiel, la France a préservé sa place dans les négociations, surtout avec le Liban et la Syrie avec lesquels elle pouvait nouer des relations privilégiées. Cette étude permet de remettre en question la thèse du «refus arabe» souvent invoquée par Israël. La plupart des dirigeants arabes vaincus ont souhaité conclure la paix au plus vite, mais ont été repoussés par les Israéliens.

 

 Eugenia Palieraki a rouvert le dossier de la chute du président chilien Allende, le 11 septembre 1973. Elle rejette comme trop simpliste la thèse idéologique du complot des États-Unis contre la démocratie chilienne. Au contraire, la chute du président semble plutôt la conséquence d'une politique qui a rejeté dans l'opposition les classes moyennes, alors que des mouvements d'extrême gauche révolutionnaires affaiblissaient son gouvernement. Aussi, elle a procédé à une étude des manifestations de rue à Santiago du Chili pour suivre les interventions des révolutionnaires et la mobilisation progressive des Gremios, les corporations des corps de métier qui, par leurs grèves, dans les derniers mois, ont déstabilisé le régime et provoqué sa chute.

 

 Il faut mettre à part le mémoire d'Emmanuelle Cathelineau qui a été consacré à l'étude des réfugiés et personnes déplacées en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et juillet 2001. Elle a étudié le processus par lequel deux millions de personnes sont devenues des «réfugiés dans leur pays». Elle a utilisé des documents du HCR (Haut commissariat aux réfugiés), la commission des Droits de l'homme, du Bureau du Haut Représentant de l'ONU, mais aussi les informations du Comité international de la Croix Rouge et de diverses ONG. Elle a enfin participé, à l'été 2001, à une opération humanitaire parmi les déplacés de Tuzla et du camp de Zenica. Elle montre qu'après le cessez-le-feu de 1995 l'action humanitaire n'a pas été relayée par un développement économique de la Bosnie-Herzégovine qui aurait pu prendre le relais. La faiblesse des retours montre que le problème des réfugiés n'a pas été réglé et qu'il reste l'indicateur principal de la manière dont est gérée la crise humanitaire provoquée par l'épuration ethnique.

  

Tous ces mémoires prouvent combien nos étudiants sont sensibles aux crises du monde actuel. Par l'étude d'un passé présent ou plus lointain, ils cherchent tous à expliquer et à comprendre les problèmes de notre temps.