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Laurent Courmel, L'URSS dans l'histoire des relations internationales. L'apport des nouvelles archives

L'URSS dans l'histoire des relations internationales. L'apport des nouvelles archives

 

 

 

Bulletin n° 11, printemps 2001

 

 

 

 

Laurent Courmel

 

L'histoire des relations internationales ne pouvait pas ne pas être ébranlée par le bouleversement méthodologique qu'ont connu, depuis près d'une décennie, les études sur l'URSS. Durant cette période, les archives soviétiques se sont, selon la formule consacrée - qu'il faut toutefois nuancer, nous y reviendrons - «ouvertes». Quels ont été les impacts de ce changement dans l'historiographie récente?

Durant l'été 1992, des documents apportaient, sous les yeux d'un public occidental particulièrement attentif, des révélations majeures sur certains événements de la Guerre froide[1]. Peu de temps après, non sans hésitations et débats, le nouveau pouvoir russe mettait en place la législation qui permet encore aujourd'hui, de façon inédite dans l'histoire du pays, la libre consultation des archives. Cependant tous les documents ne sont pas devenus accessibles, et des entraves juridiques fortes subsistent, en particulier avec la notion floue de «secret d'État»[2]. Aujourd'hui, dans un climat dépassionné, alors que les chercheurs peuvent poser sereinement les problèmes liés à cette nouvelle documentation, on peut tenter de faire un bilan provisoire de ce qu'elle a d'ores et déjà apporté à l'étude de l'URSS dans les relations internationales. Avec l'affaiblissement des enjeux idéologiques et la fin de la Guerre froide, l'intérêt porté par les médias et le grand public sur ces questions a considérablement diminué[3]. Les historiens russes et occidentaux n'en poursuivent pas moins, portés par une motivation stimulée par leur frustration documentaire antérieure, et par une coopération internationale efficace[4], leur travail dans ce domaine essentiel de l'histoire de l'URSS.

  

L'entretien que nous avons mené ici auprès de Marie-Pierre Rey[5] et de Sabine Dullin[6] porte à la fois sur les nouvelles approches suscitées par l'ouverture des archives, sur les problèmes méthodologiques qu'elle pose, et les débats qu'elle provoque. Ainsi, les éventuelles «révélations» ne doivent pas focaliser toute notre attention: si la chronologie et l'interprétation des événements bénéficient incontestablement de l'accès à de nouveaux documents, c'est toute la conception, mais aussi la mise en œuvre de la politique extérieure soviétique qui font l'objet d'une redéfinition dans les recherches récentes, au profit de notre compréhension globale du système politique.

 

 

Des archives enfin ouvertes?

 

 

Évoquons rapidement les fonds qui concernent les relations internationales[7] :

 

 Les Archives du MID (Ministère des Affaires étrangères, avant 1946 Commissariat du Peuple aux Affaires étrangères: Narkomindel), ou «Archives de la Politique Extérieure de la Fédération de Russie» (AVPRF), contiennent notamment toute la correspondance du MID, les traités, les rapports annuels des ambassades, les journaux des ambassadeurs, les papiers du commissaire/ministre et de ses adjoints, des mémoranda internes. Depuis 1992, la déclassification se fait avec une aide financière internationale et elle avance en parallèle à partir de 1917 et de 1945. Les conditions d'accès à ces archives sont particulières, et problématiques: demandes longues à obtenir, impossibilité pour les chercheurs de disposer d'inventaires (opisi) efficaces[8] soumission au bon vouloir des archivistes...

 

 

Les Archives du ministère de la Défense sont fermées sauf permission spéciale.

  

Les Archives du FSB (de la sécurité d'État), officiellement fermées, sont en fait partiellement et indirectement ouvertes, à condition de prendre en compte des «considérations financières»[9].

 

 Les Archives du Parti et des organisations internationales sont essentielles: la politique étrangère de l'URSS se décidait souvent dans ses instances dirigeantes, et ces documents sont plus facilement accessibles que ceux du MID. Tous les fonds du Politburo, du Komintern puis du Kominform et des conférences des partis communistes, ainsi que ceux du département international du Comité Central du Parti, jusqu'à la fin 1952, sont conservés dans les anciennes «archives centrales du Parti», maintenant RGASPI (Archives d'État russes d'histoire politique et sociale, ex-RTsKhIDNI), après cette date, au RGANI (Archives d'État russes d'histoire contemporaine, ex-TsKhSD). Toutefois, les archives du Politburo qui concernent la politique étrangère, la défense et le renseignement sont classées en osobye papki («dossiers spéciaux»): ces documents, de la plus haute catégorie de confidentialité, gardés aux archives présidentielles du Kremlin, ne sont qu'en partie accessibles aux chercheurs[10].

 

 

Sur l'accessibilité des archives: comment évolue la pratique face à la réglementation, notamment sur la notion de «secret d'État »[11] ?

 

 Marie-Pierre Rey: «Il faut évoquer le cas paradoxal des documents qui ont été déclassifiés, puis à nouveau interdits d'accès: les dossiers sur l'occupation soviétique en Allemagne, les rapports annuels du MID, et bon nombre de documents du MID concernant, par exemple, les relations franco-soviétiques de la période 1955-1965, les communications télégraphiques entre le Komintern et les membres du PCUS...»

 

 Sabine Dullin: «La réglementation est une chose, la pratique une autre. On peut dire que dans ce domaine, le MID est particulièrement restrictif non seulement pour ses propres archives mais aussi par exemple pour les archives présidentielles reversées au RGASPI. Ainsi, le fonds Molotov est maintenant intégralement ouvert, sauf les dossiers concernant son activité en tant que ministre des Affaires étrangères, le MID ayant mis son veto».

 

 

Où trouver ce qu'on ne peut pas obtenir au MID?

  

M.-P. R.: «Dans les archives du Parti: en particulier pour la période postérieure à 1954; certes, les archives du Département International du Comité central du PCUS, lieu stratégique dans l'élaboration de la politique extérieure post-stalinienne, demeurent fermées. Mais un certain nombre de documents faisant échoà ces fonds sont accessibles via le Département Général du Comité central et de manière éparse, via le fonds 89, constitué en 1991-1992, lorsqu'il s'est agi de faire le procès du PCUS. On y trouve ainsi des données chiffrées très détaillées et annuelles sur le financement par le PCUS des partis communistes de la seconde moitié des années 1950 à la fin des années 1970. Les données concernant le financement des PCF et PCI sont très précieuses à l'historien de l'URSS comme à l'historien du mouvement communiste international.

  

A ces archives du Parti, s'ajoute évidemment le corpus constitué par les Mémoires et souvenirs d'anciens diplomates, publiés à partir de la perestroïka, et qui constituent une source d'intérêt majeur, comme ceux d'Aleksandrov-Agentov ou de l'ambassadeur Dobrynine[12] ; mémoire vivante des relations américano-soviétiques, Dobrynine livre untémoignage crucial sur de nombreux points, en particulier la crise de Cubadont il a été un des premiers à bien expliciter les enjeux du côté soviétique».

  

S. D.: «Les archives du Parti et du Komintern sont très riches, même si, sur certains aspects, la grande ouverture qui a caractérisé l'année 1992 n'est plus de mise (en particulier les dossiers personnels). Au RGASPI, sont aujourd'hui consultables de nouveaux fonds, en particulier ceux des dirigeants. Le fonds Staline, où l'on trouve des collections des télégrammes chiffrés qu'il a reçus de l'étranger, ses documents de travail, sa correspondance, suscite actuellement la curiosité des chercheurs. Les fonds du Komintern, et surtout des multiples associations qui gravitaient autour, restent très largement à explorer».

  

Dans ces conditions, l'historiographie des relations internationales ne progresse pas avec la même constance sur tous les terrains; beaucoup de chercheurs estiment qu'on en sait aujourd'hui «plus sur l'ère Brejnev que sur l'ère stalinienne»[13]. Mais Marie-Pierre Rey estime, au contraire, qu'actuellement «on connaît bien mieux le fonctionnement de la diplomatie stalinienne que celui de la diplomatie brejnévienne». Le décalage tient aussi à l'intérêt des médias pour les questions les plus récentes et au fait que certains événements sont mieux documentés que les autres. Il en va ainsi pour les interventions soviétiques en Europe de l'Est: la Hongrie, la Pologne et la Tchécoslovaquie ont obtenu du gouvernement russe, au milieu des années 1990, la communication d'archives importantes[14].

 

 

Le renouvellement historiographique et ses limites

 

 

Sur les années 1920 et 1930: quelle vision a-t-on désormais du rôle de l'URSS dans la sécurité collectiveet son échec?

 S. D.:«Le débat sur les origines du pacte germano-soviétique a été réactivé au début des années 1990. Les ouvrages fondés sur les archives ont tendance à considérer la diplomatie soviétique comme très réactive à la conjoncture et fondamentalement défensive. Gorodetsky dans son dernier livre a tenté de démonter la version médiatisée par Souvorov dans le Brise-glace d'un Staline offensif prévoyant l'attaque contre l'Allemagne en 1941 pour porter la révolution en Europe, en présentant un Staline surtout préoccupé de géopolitique dans la lignée des tsars. Les fonds très intéressants des commissions Litvinov et Maïski de préparation de l'après-guerre, étudiés dans le cadre du CWIHP[15], en témoignent également. Cependant, il est difficile de faire l'économie du projet idéologique et de l'existence d'une grille de lecture profondément anticapitaliste du monde chez Staline et ses proches[16].

  

Pour comprendre l'évolution de la politique extérieure soviétique avant l'accession au rang de Grande Puissance, il s'avère plus fructueux d'envisager les moyens que l'URSS a ou croit avoir à sa disposition, que les fins. A ce titre, le tournant de la guerre d'Espagne apparaît bien plus fondamental que Munich dans la remise en cause de la stratégie soviétique en Europe».

 

 

Staline a-t-il joué le rôle de premier plan qu'on lui a prêtédans le déclenchement de la Guerre froide?

 

 

L'idée que Staline décidait tout seul, en partie héritée des attaques de Khrouchtchev au XXecongrès, a été partiellement remise en cause. Il est prouvé que si Khrouchtchev était bien écarté des questions de politique extérieure, d'autres dirigeants étaient régulièrement sollicités par Staline, comme en témoigne la liste des télégrammes envoyés pendant la guerre de Corée (à Molotov, Malenkov, Beria, Mikoyan, Kaganovic)[17].

 

 M.-P. R.: «Si Staline tient de fait sa garde rapprochée informée des questions cruciales de politique extérieure, voire lui demande son avis, il n'empêche que son point de vue l'emporte systématiquement. Ce qui conforte bien l'historien dans la perception d'un Staline pesant personnellement très lourd dans le processus de décision. Par ailleurs, les mémoires de Molotov, publiées sous la forme d'entretiens avec Félix Tchouev, vont dans le même sens.

  

En ce qui concerne la stratégie stalinienne à l'égard de l'Occident, la donnée clef à prendre en compte, c'est la nature du rapport des forces conventionnelles et stratégiques entre l'Est et l'Ouest, au début de la Guerre froide comme pendant toute la période stalinienne. Or, ce rapport est systématiquement défavorable à l'URSS qui, tout en affichant une supériorité en ce qui concerne les forces conventionnelles, n'en est encore qu'au stade du prototype en matière d'armement nucléaire. Cette donnée explique la prudence de Staline qui s'est toujours efforcé d'éviter tout affrontement direct avec les États-Unis, tout en cherchant à exploiter toutes les situations potentiellement favorables pour élargir la zone d'influence soviétique».

 

 

La détente a-t-elle été une politique sincère de la part des dirigeants soviétiques?

 

 M.-P. R.: «La question est mal posée: il n'y a pas de «sincérité» en politique extérieure, de quelque côté que l'on se trouve mais il y a des choix qui sont effectués en réponse à des intérêts ou du moins à ce que les décideurs perçoivent comme des intérêts. Or, de fait, l'URSS brejnévienne avait intérêt à la détente; cette dernière lui permettait d'alléger le coût de sa défense et de redistribuer ainsi vers une économie déjà essoufflée un certain nombre de moyens financiers et de se procurer en Occident les technologies et les biens d'équipement indispensables à sa modernisation, tout en avançant dans la voie de la négociation sur les questions internationales encore non résolues, comme la question de l'existence des deux États allemands ou la reconnaissance définitive de la ligne Oder-Neisse par la communauté internationale. Mais cette détente, si nécessaire fût-elle, n'a concerné que les relations Est-Ouest stricto sensu; autrement dit, elle ne changea rien à la rivalité américano-soviétique dans le Tiers monde-qui joua pendant toute la période brejnévienne à l'avantage de l'URSS-pas plus qu'elle ne concerna les relations internes au bloc de l'Est. D'où la tragédie du Printemps de Prague survenue en pleine phase de 'détente'».

  

À propos du refus des dirigeants soviétiques d'intervenir en Pologne en 1981[18], et du jugement qu'on a parfois porté sur Jaruzelskilorsqu'il a décrété l'état de guerre:

  

M.-P. R.: «A mon sens, Jaruzelski n'a pas «menti». La question de l'intervention en Pologne a été débattue au Politburo (cf. les archives du fonds 89) et a donné lieu à une discussion très dure entre partisans de l'intervention et opposants. Le rapport de force a finalement été favorable à ces derniers mais au moment où Jaruzelski a été contraint de faire ses propres choix, la décision de non-intervention n'était pas complètement installée. Il lui a donc fallu anticiper sur la décision soviétique; or dans le contexte de forte dégradation des relations Est-Ouest et de la guerre en Afghanistan, l'intervention pouvait apparaître comme possible. En conséquence, je ne pense pas que l'on puisse lui reprocher d'avoir tenté, tant bien que mal, de minimiser les risques encourus par l'État et le peuple polonais».

 

 

La Perestroïka visait-elle à renforcer la puissance soviétique?

 

 M.-P. R.: «À son arrivée au pouvoir, Gorbatchev cherche à améliorer le fonctionnement de la machine soviétique en se lançant d'abord dans un courageux état des lieux puis, progressivement, dans une large entreprise de réforme. On peut évidemment considérer que le projet gorbatchévien souhaitant rendre l'économie nationale plus performante vise, à terme, à renforcer la puissance de l'URSS. Mais les moyens mis en œuvre-promotion d'un véritable accord de désarmement avec Washington, renonciation au glacis est-européen et au Pacte de Varsovie, trop coûteux sur le plan économique et militaire, et lâchage progressif du réseau soviétique d'États clients-témoignent d'un repli sur soi et d'une nouvelle conception de la puissance qui n'a plus rien à voir avec la conception offensive, tant sur le plan territorial qu'idéologique, de la puissance brejnévienne. Et de ce point de vue, je ne crois pas du tout à une «manœuvre» pour déjouer la vigilance de l'Occident, comme le soutient l'ex-dissident Vladimir Boukovsky, mais à une volonté, de plus en plus désespérée d'ailleurs, de sauver ce qui pouvait l'être encore, c'est-à-dire l'entité soviétique.»

 

 

Quelles sont les principales zones d'ombre qui restent à éclairer, faute d'archives encore accessibles, voire après lecture des archives?

 

 

M.-P. R.: «La stratégie soviétique à l'égard du Tiers monde reste encore trop mal connue».

  

S. D.: «Il me semble qu'il est encore trop tôt pour faire un bilan. Bien des recherches sont encore en cours. On a plus de publication de documents d'archives que d'ouvrages définitifs. Les articles très intéressants du CWIHP témoignent davantage des hypothèses de travail en cours, de la recherche en train de se faire que de mises au point définitives sur bien des sujets».

 

 

D'autres approches, au-delà de l'histoire diplomatique

 

 

Alors que l'histoire diplomatique n'a pas livré tous ses secrets, l'étude de l'URSS dans les relations internationales exige qu'on s'en écarte un peu: ce n'est pas là un fait nouveau, et la spécificité de l'idéologie de ce régime rend d'autant plus importante, mais aussi délicate, la prise en compte des questions de prestige et d'influence politique et culturelle. En particulier, le mouvement communiste international, depuis la fondation de l'Internationale Communiste (Komintern) en 1919, a fait l'objet d'interprétations variées, voire opposées, quant au rôle qu'il a pu jouer sur la scène internationale (et sur les scènes nationales)[19]. Les archives en elles-mêmes ne permettent pas de trancher entre ceux qui voient dans le mouvement communiste un simple relais de la «stratégie soviétique»[20], et ceux qui soulignent la complexité de son histoire et sa marge d'autonomie par rapport à Moscou[21]. En revanche, on connaît plus en détail le rôle d'autres organisations instrumentalisées par l'URSS pour diffuser sa propagande dans les opinions occidentales: par exemple la Société panrusse pour le rapprochement culturel entre l'URSS et l'étranger (VOKS en russe)[22].

 

 Il est en outre nécessaire d'étudier les conditions de la réception de cette propagande[23] : l'histoire des relations internationales rejoint ici celle des contextes politiques et sociaux intérieurs de chaque pays. Mais, du côté de Moscou, une question fondamentale reste posée:

 

 

L'URSS était-elle une puissance à part, car révolutionnaire, ou une puissance classique?

 

 

M.-P. R.:«La question de l'éventuelle spécificité de la puissance et de la diplomatie de l'URSS est depuis longtemps, au cœur de toute réflexion sur l'aventure soviétique. Pour ma part, je pense comme Jacques Lévesque qu'il y a complémentarité des deux sphères[24] ; toutefois, dès le début des années 1920, l'URSS s'est comportée comme une puissance classique privilégiant des intérêts géopolitiques tout en actionnant les leviers d'action originaux et spécifiques qui étaient les siens, dont le Komintern puis le Kominform et l'ensemble des «fronts». Ce qui n'exclut pas que, à certains moments, ces dernières instances aient pu chercher et parfois aient réussi à conquérir une marge de manœuvre susceptible de peser sur les priorités de la politique extérieure proprement dite. En ce qui concerne la période khrouchtchévienne, elle n'a pas été marquée par un "abandon" des intérêts soviétiques. Au contraire, la période khrouchtchévienne installe en URSS une conception mondialisée de la puissance et instrumentalise, au service des intérêts géopolitiques soviétiques, le discours révolutionnaire. On le voit très clairement dans le comportement des décideurs soviétiques à l'égard des pays en voie de décolonisation.»

  

S. D.: «Le paradigme 'impérial-révolutionnaire' utilisé par Zubok et Pleshakov[25] me paraît stimulant car cela met au premier plan une synthèse plus qu'une dualité. Il me semble que la dualité d'ailleurs institutionnalisée des premiers temps de la Russie révolutionnaire s'est muée sous Staline en autre chose. On pourrait dire que la vision de Staline, y compris de l'extension révolutionnaire, est profondément «étatique». Cela renvoie à l'exégèse nécessaire d'une culture politique spécifique chez les dirigeants soviétiques.»[26]

 

 

L'étude du système soviétique en toile de fond?

  

Le travail dans les archives amène les chercheurs à se poser des questions plus globales: ils se penchent sur le fonctionnement complexe des administrations et des cercles du pouvoir soviétiques. Ici se jouent des avancées qui ne sont pas à proprement parler des révélations, mais plutôt des jalons dans la compréhension des processus de décision en matière de politique étrangère. Deux questions sont privilégiées par la recherche actuelle[27] : celle des relations entre les différentes institutions concernées, notamment la dichotomie État-Parti, et celle du fonctionnement interne du ministère / Commissariat du Peuple.

 

 

Quels sont les éléments qui remettent en cause le monolithisme supposé du système soviétique dans le domaine des relations internationales?

 

 

S. D.: «Bien sûr, il y a une division des tâches entre État et Parti et une rivalité institutionnelle entre ministère des Affaires étrangères et Comité central ou Komintern pendant l'entre-deux-guerres. Staline et les autres membres influents du Bureau politique jouant les arbitres entre des logiques professionnelles et institutionnelles différentes ou composant avec. Mais, les conflits peuvent aussi bien opposer deux ministères (par exemple le Commerce extérieur et les Affaires étrangères) tout comme on peut retrouver des tendances qui traversent plusieurs institutions (Togliatti et Dimitrov sont plus proches des options de Litvinov que de celles défendues par Manuilski au sein de leur propre institution, le Komintern). La verticalité et le cloisonnement des relations entre chaque chef d'administration et Staline ne cessent de se renforcer pendant les années 1930.»

 

 M.-P. R.: «Pour la période post-stalinienne, il n'y a plus de monolithisme mais des instances,-le Politburo, le département international du Comité central, le MID...-qui évoluent dans des sphères d'action bien définies. Toutefois, cette répartition des tâches n'exclut pas des rivalités; ainsi, dans la première moitié des années 1970, apparaissent des désaccords croissants entre le MID, acquis à la détente et épaulé par différents instituts de recherche, dont l'IMEMO et l'Institut des États-Unis et du Canada, et, face à lui, le département international du Comité central réservé, voire hostile à la politique d'ouverture à l'Occident. On ne connaît pas encore suffisamment le fonctionnement de la diplomatie brejnévienne pour avoir une vision d'ensemble du poids des différents acteurs[28] »

 

 

Quel est le degré d'autonomie des acteurs, notamment des diplomates, et quelle évolution peut-on esquisser à ce sujet sur toute la période soviétique?

 

 S. D.: «La périodisation est importante pour sortir d'un modèle totalitaire statique. Le totalitarisme s'est construit sous Staline. Litvinov pouvait, tout en ayant une forte personnalité et être marié à une Anglaise d'origine aristocratique, être le diplomate en chef de Staline, en tant qu'expert reconnu comme compétent. En 1939, ce n'est déjà plus envisageable. La logique exclusivement politique l'emporte au moment des purges sur la logique de compétence professionnelle (c'est sans doute ce qui s'inverse après la mort de Staline). Molotov indique dans ses conversations que Litvinov était un bon diplomate mais que l'important c'était d'être loyal. On ne peut cependant pas parler d'autonomie même au tout début du régime, les affaires extérieures, «monopole du prince» selon Marcel Merle, ayant été un domaine réservé du Bureau politique du PCUS dès Lénine».

 

 M.-P. R.:«Certains auteurs soulignent que Molotov ne lisait que 10% des papiers qui lui étaient adressés[29], cela dit, ce n'est pas là une spécificité soviétique mais plutôt une conséquence de l'inflation documentaire qui caractérise tous les appareils modernesde décision. Il est vrai, en revanche, que la marge de manœuvre des diplomates a grandi au fur et à mesure que s'installait la détente et que s'approfondissaient les relations Est-Ouest, car, en privilégiant les relations inter-étatiques, la détente a eu pour effet de donner plus de rayonnement et d'influence aux acteurs de ces relations. En témoigne le parcours très emblématique de l'ambassadeur Dobrynine, qui, par ses perceptions et ses analyses, a pesé de manière personnelle sur les relations américano-soviétiques.»

 

Au total, la plupart des chercheurs reconnaissent que «la prise de décision en politique étrangère était inévitablement plus complexe que ne l'admet l'image irréelle totalitarienne»[30]. Cette question du decision-makingpermet de replacer les faits dans un cadre plus général, qui tient compte de la perception des dirigeants, des moyens qu'ils ont d'être informés, voire des mentalités qui caractérisent le pouvoir, et la société dans son ensemble.

 

 

L'opinion intérieurea-t-elle été, à certains moments, une «force profonde» dont il fallait tenir compte du côté soviétique?

 

 S. D.: «Pendant les années 1930, il existe sans aucun doute des peurs chez les dirigeants, en particulier à l'égard des populations frontalières. De même, la crainte d'une cinquième colonne n'est pas qu'un simple outil de propagande et s'est renforcée au moment de la guerre d'Espagne (Voir l'ouvrage de Oleg Khlevniouk[31]). Il y a encore beaucoup à faire pour rechercher les liens entre la politique répressive à l'intérieur (déportations, famine) et la perception d'un danger extérieur. Par ailleurs, il faut noter le poids relatif de l'opinion publique extérieure dans les moments de détente ou de coexistence pacifique (milieu des années 1930, milieu des années 1970). Le régime cherche alors à améliorer son image: c'est tout l'enjeu de l'activité des diplomates soviétiques à la SDN ou des grandes constitutions démocratiques de 1936 et 1977, vitrines légalistes du régime».

 

 M.-P. R.:«De fait, si l'opinion n'a pas pesé de manière sensible sur la politique extérieure soviétique - sauf à partir de la guerre d'Afghanistan où, par exemple, la création des Comités de Mères de Soldats a joué un rôle important dans la levée progressive des tabous et des mensonges qui entouraient la guerre - en revanche, la question de la dissidence politique et intellectuelle autant que la question des «refuzniki», juifs candidats à l'émigration en Israël auxquels le pouvoir refusait le droit de partir au motif qu'ils détenaient des secrets d'État, ont constitué très tôt un enjeu des relations Est-Ouest. Il suffit de rappeler les listes de "noms" à sauver que le président Pompidou apportait avec lui à chacun de ses voyages en URSS, ou, dans un registre plus «agressif», l'adoption en 1975, par le Congrès américain, de l'amendement Jackson-Vanik. De même, il faut évoquer ici le combat mené en 1972 par les Occidentaux en faveur de la mise en place d'une «troisième corbeille», consacrée aux droits de l'homme, lors des préliminaires des négociations sur la Conférence pour la Sécurité et la Coopération en Europe. Cette question des droits del'homme et des libertés a posé au pouvoir soviétique un véritable dilemme,car, souhaitée et nécessaire pour des raisons stratégiques et économiques, l'ouverture à l'Occident s'avérait dangereuse pour la viabilité du système lui-même. D'où, à partir de 1979-1980, le choix par l'équipe au pouvoir en URSS d'un retour progressif à la Guerre froide. Mais, en définitive, ce retour à la Guerre froide ne permettra pas d'assurer la consolidation d'un édifice miné de l'intérieur et contesté à l'extérieur».

 

Confronter entre elles les archives soviétiques et occidentales[32], remplir les blancs par des hypothèses, reconstituer les conceptions idéologiques et la psychologie des dirigeants de part et d'autre du rideau de fer, identifier les différents acteurs et leurs logiques propres, et la marge d'alternative présente à chaque prise de décision, évaluer l'influence des opinions publiques: cette profusion de pistes nouvelles fait la richesse du chantier ouvert par l'historiographie récente. La nouvelle documentation pose ainsi autant de questions qu'elle apporte de réponses, et celle de leur interprétation n'est pas, pour les chercheurs, la moins cruciale: toute archive est aussi un objet d'histoire, et l'étude de l'ex-Union soviétique exige une grande prudence dans la lecture des traces écrites qu'elle nous a laissées. En cherchant partout des révélations, l'historien risque de se fourvoyer. Mais si les faits sont connus, ils sont loin d'être parfaitement compris, et ce sont justement les processus (prise de décision, mise en œuvre des politiques, rivalités d'appareils et d'administrations) que les archives permettent, enfin, de mieux appréhender.

 

 

Éléments de bibliographie sur l'apport des archives soviétiques à l'histoire des relations internationales

 

 

[Les titres précédés d'un astérisque* sont disponibles à la bibliothèque du CRHS]

 

 

Guides de recherche

 

 GRIMSTED (Patricia K.), éd., Archives of Russia, A Directory and Bibliographic Guide to Holdings in Moscow and St. Petersburg, Armonk - New York - Londres, M.E. Sharpe, 2000, 2 volumes [Un guide complet pour toutes les archives déposées à Moscou et Saint-Pétersbourg, qui recense à la fois les centres de conservation et les publications de documents, ainsi que les CD-Rom réalisés pour de nombreux fonds, contenant une partie des inventaires. Ce guide mis à jour est disponible sur le site internet de l'Institut d'Histoire Sociale d'Amsterdam (IISG), sous le nom d'ArcheoBiblioBase:http://www.iisg.nl/abb ]

 JOHNSTON (Robert H.), Soviet foreign policy 1918-1945, Washington, Scholarly Resources (Guides to European diplomatic history research and research materials), 1991

 

 

Collections et périodiques spécialisés

 

 

*Cold War International History Project Bulletin (CWIHPB) et *Cold War International History Project Working Papers, Washington DC [publiés depuis 1992, ces périodiques contiennent des documents en anglais et des analyses sur l'histoire de la Guerre froide à la lumière des nouvelles sources soviétiques et américaines disponibles; ils sont également sur internet: www.cwihp.si.edu ]

 The International Newsletter of Historical Studies on Comintern, Communism and Stalinism

 Parallel History Project on NATO and the Warsaw Pact [un programme de recherche international, dirigé par Vojtech Mastny, sur l'affrontement des blocs en Europe, qui édite de nombreux documents sur www.isn.ethz.ch/php/]

 

 

Sur l'accès aux archives et leur utilisation (questions pratiques et méthodologiques)

 

 

*Les archives: la nouvelle histoire de l'URSS, Communisme, n°42-44, 1995.

 

«Archives», Cahiers du Monde Russe, n°40/1-2, 1999.

DEPRETTO (Jean-Paul), «L'histoire dans la Russie d'aujourd'hui», article non daté (1999?) [fait le point sur l'histoire des archives depuis la période soviétique et l'historiographie russe actuelle, disponible sur le site internet www.samovarnet.org/textes/histoire.html]

*DULLIN (Sabine), «La politique extérieure de l'URSS: une histoire en friche», Matériaux pour l'histoire de notre temps, n°36, octobre-décembre 1994, p.34-37.

 GRIMSTED (Patricia K.), Archives of Russia Five Years After: 'Purveyors of Sensations' or 'Shadows Cast to the Past'?, Amsterdam, Institut International d'Histoire Sociale, Research Papers n°26, 1997 [Ce recueil d'articles publiés depuis 1993 par une spécialiste des archives russes évoque notamment l'organisation de l'administration russe, la législation, la situation des archives personnelles de Staline (qui ont fait l'objet d'une polémique virulente), la question des «Trophy archives» (prises de guerre de l'ex-Union soviétique, revendiquées par certains États européens dans les années 1990), les projets de coopération internationale, le développement d'outils bibliographiques pour les chercheurs (http://www.iisg.nl/publications/grimsted.pdf) ].

MINJUK (A.I.), «Sovremennaja arhivnaja politika: ojidanija i zaprety», in Istoritcheskie issledovanija v Rossii. Tendencii poslednih let, Moscou, 1996.

PINCINCE (Jacques), «L'histoire de la guerre froide au compte-gouttes: les révélations des archives soviétiques depuis 1991», Bulletin de l'Association des Professeurs d'Histoire des Collèges du Québec, vol.6, n°3, avril 2000 (http://pages.infinit.net/aphcq/fframes.htm).

 *RUCKER (Laurent), «Les archives de la politique extérieure soviétique», Vingtième Siècle, n°45, janvier-mars 1995, p.139-143.

WOLIKOW (Serge), dir., Une histoire en révolution? Du bon usage des archives, de Moscou et d'ailleurs, Dijon, Université de Bourgogne, 1996.

 

 

Quelques éditions de documents d'archives

 

 

Nous renvoyons aussi à la bibliographie de Peter A. Blitstein parue dans les Cahiers du Monde Russe n°40 /1-2, 1999 (cf. supra).

 *BOUKOVSKY Vladimir, Jugement à Moscou: un dissident dans les archives du Kremlin, Paris, Robert Laffont, 1995 [L'auteur a pu avoir accès aux archives présidentielles grâce au ministre de l'Information de Boris Eltsine à l'époque, Poltaranin, et il a pu notamment reproduire tous les documents des «dossiers spéciaux» (osobye papki du Politburo) du milieu des années 1970 à 1982. Ces documents sont disponibles sur le site psi.ece.jhu.edu/kaplan/IRUSS/BUK/GBARC/buk.html].

 KOENKER (Diane P.) et BACHMAN (Ronald D.), ed., Revelations from the Russian Archives, Washington, Library of Congress, 1997 [Un ouvrage grand public, qui édite des documents en anglais; la deuxième partie de l'ouvrage, intitulée «The Soviet Union and the United States», contient des documents dans cette optique bilatérale exclusivement].

PROCACCI (G.), ed., The Cominform. Minutes of the three conferences 1947/1948/1949, Milan, Feltrinelli, 1994.

 

Signalons aussi le site internet du Harvard Project on Cold War Studies, qui présente lui aussi des documents d'archives en ligne: www.fas.harvard.edu/hpcws/

 

 

Quelques mémoires d'acteurs de la politique étrangère et du renseignement

 

 

ALEKSANDROV-AGENTOV (Andrej), Ot Kollontaj do Gorbaceva: Vospominanija diplomata, Sovetnika A.A. Gromyko, pomošcnika L.I. Brezhneva, IU.V. Andropova, K.U. Cernenko, i M.S. Gorbaceva [De Kollontaï à Gorbatchev: Mémoires d'un diplomate, conseiller d'A.A. Gromyko, assistant de L.I. Brejnev, I.V. Andropov, K.U. Tchernenko et M.S. Gorbatchev], Moscou, 1994.

 BERNJAEV (Anatolij), Šest' let s Gorbacevym: Po dnevnikovym zapisiam [Six ans avec Gorbatchev: notes d'un journal], Moscou, 1993.

 DOBRYNIN (Anatolij), In Confidence: Moscow's Ambassador to America's Six Cold War Presidents (1962-1986), New York, 1995

 MODIN (Yurij), My Five Cambridge Friends, Londres, 1994.

SUDOPLATOV (Pavel et Anatolij), Special Tasks: The Memoirs of an Unwanted Witness: A Soviet Spymaster, Boston, 1994.

 

 

Études récentes

 

 

Collectifs, articles de périodiques

 

*La politique extérieure de l'URSS, Communisme, n°49-50, 1997.

«Symposium; Soviet archives: recent revelations and cold war historiography», Diplomatic History, vol.21, n°2, printemps 1997.

DULLIN (Sabine), «Diplomates et diplomatie soviétiques en Europe», Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, n°7, printemps 1999.

NARINSKY (M.) et ROJAHN (J.), éd., Centre and periphery. The history of the Comintern in the light of new documents, Amsterdam, International Institute of Social History, 1996.

*REY (Marie-Pierre), «L'URSS et la sécurité européenne, 1954-1975», Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, n°1-2, printemps-été 1996.

 WERTH (Nicolas), dir., Pour une nouvelle historiographie de l'URSS, Cahiers de l'IHTP n°35, décembre 1996.

 *GAJDUK (I.V.), KOROBOCKIN (M.L.), NARINSKIJ (M.M.), CUBAR'JAN (A.O.), Kholodnaja Vojna-novye podkhody, novye dokumenty [La Guerre froide-nouvelles approches, nouveaux documents], Moscou, 1995 [porte sur les années 1945-1980].

 

 

Ouvrages et travaux de recherche

 

 

*CŒURÉ (Sophie), La Grande Lueur à l'Est: les Français et l'Union soviétique, 1917-1939, Paris, Seuil, 1999.

  *DULLIN (Sabine), Diplomates et diplomatie soviétiques en Europe (1930-1939), Structures et méthodes d'une politique extérieure sous Staline, Thèse pour le Doctorat d'Histoire, sous la direction de René Girault, Université de Paris 1, septembre 1998.

  *DULLIN (Sabine), Des hommes d'influence. Les ambassadeurs de Staline, 1930-1939, Paris, Payot, 2001.

  *GORODETSKY (Gabriel), Le Grand jeu de dupes, Staline et l'invasion allemande, Paris, Les Belles Lettres, 2000.

  *MASTNY (Vojtech), The cold war and the soviet insecurity, The Stalin years, New York-Oxford, Oxford University Press, 1996.

 *NARINSKI (Mikhaïl), DU RÉAU (Élisabeth), SOUTOU (Georges-Henri), TCHOUBARIAN (Alexander), dir., L'URSS et l'Europe dans les années 20, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2000.

 PONS Silvio, Stalin e la guerra inevitabile, Turin, Einaudi, 1995 [sur la période 1936-1941].

  *REY (Marie-Pierre), L'URSS et l'Europe occidentale de 1953 à 1975, Contribution à une Histoire de la politique extérieure soviétique, Thèse pour l'Habilitation à diriger des Recherches, Université de Paris1, octobre 1997.

 *ROBERT (Carole), Échanges artistiques entre la France et l'URSS (1945-1985): les arts plastiques, Thèse pour le Doctorat d'Histoire, sous la direction de Gérard Monnier, Université de Paris1, octobre 2000.

 RUCKER (Laurent), Staline, Israël et les Juifs, Paris, PUF, 2001.

 *ZUBOK (Vladislav) et PLESHAKOV (Constantine), Inside the Kremlin's Cold War: from Stalin to Khrushchev, Cambridge, MA, 1996.

 

 

 


[1]     Il faut souligner ici le rôle précurseur qu'avait joué, en 1989-1990, le pouvoir soviétique moribond, pour initier en URSS même la remise en cause de l'histoire officielle sur quelques événements clefs, du pacte germano-soviétique à l'invasion de l'Afghanistan: voir DULLIN (S.), Matériaux, 1994, p. 34. [Voir notre bibliographie succincte, en fin d'article, pour les références précises]

[2]     La mesure la plus importante dans ce domaine date de juin 1992: l'administration des archives de la Fédération de Russie en autorisait l'accès aux citoyens russes et aux étrangers, sur la base de la prescription trentenaire, et dans la mesure où leur contenu ne constituait pas «un secret d'État ou un autre type de secret défini par la loi» - le délai s'élevant à 75 ans pour les archives «contenant des informations sur la vie privée des citoyens»: voir GRIMSTED (P.K.), Archives of Russia Five Years After, p. 20 [voir bibliographie]; ces dispositions furent reprises dans la loi sur les archives du 7 juillet 1993.

[3]     Les chercheurs constatent ainsi une certaine indifférence à l'égard de leurs découvertes récentes: GRAZIOSI (A.), «The new soviet archival sources», Cahiers du Monde Russe, n°40/1-2, 1999 [numéro consacré aux archives soviétiques, voir bibliographie], et WOHLFORTH (W.C.), «New Evidence on Moscow's Cold War: Ambiguity in Search of Theory», Diplomatic History, n°2, 1997, p.229. [voir bibliographie]

[4]     Citons par exemple le Cold War International History Project, basé au Woodrow Wilson International Center for Scholars, à Washington, qui publie de nombreux documents inédits, ainsi que le Parallel History Project on NATO and the Warsaw Pact dirigé par Vojtech Mastny. [voir bibliographie].

[5]     Professeur d'histoire contemporaine, directrice du Centre de recherche en histoire des Slaves (CRHS) de ParisI

[6]     Maître de conférences en histoire contemporaine au CRHS et au CHRIC de Paris I.

[7]     Pour une présentation plus complète, voir RUCKER (L.), Vingtième siècle, n°45, janvier-mars 1995; PONS (S.), «The Papers on Foreign and International Policy in the Russian Archives», Cahiers du Monde Russe, n°40/1-2, 1999; HASLAM (J.), «Russian Archival Revelations and our Understanding of the Cold War», Diplomatic History, n°2, 1997. Il faut consulter aussi le site internet Archeo Biblio Base, car les appellations des centres d'archives ont encore changé depuis 1999. [voir bibliographie]

[8]     La situation de ce point de vue ne semble pas avoir changé depuis le milieu des années 1990: voir PONS (S.), op. cit., 1999, p.236.

[9]     HASLAM (J.), op. cit., 1997, p.220. Des recueils de documents édités par le FSB lui-même sont parus, sur la période de la guerre.

[10]    Jusqu'en 1934 seulement, selon PONS (S.), op. cit., 1999, p.241. Certains historiens russes ont pu obtenir des dérogations, ainsi que l'ancien dissident Vladimir Boukovsky. [voir bibliographie]

[11]    Un décret présidentiel a confirmé, fin 1995, la liste des thèmes considérés comme «secrets d'État»- un observateur russe avait alors remarqué qu'elle était similaire aux listes officielles publiées en URSS au début des années 1980: MURATOV (D.), cité par GRIMSTED (P. K.), op.cit., 1995, p.22.

[12]    Voir bibliographie

[13]    HASLAM (J.), op. cit., 1997, p.217.

[14]    Ibid, p. 218

[15]    Cold War International History Project, voir note 4 et la bibliographie.

[16]    Comme le montrent les travaux de Silvio Pons: voir bibliographie.

[17]    HASLAM (J.), op. cit., 1997, p.221.

[18]    D'après les documents secrets révélés par BOUKOVSKY (V.), 1995, p.383. [voir bibliographie].

[19]    Voir WOLIKOW (S.), «Les interprétations du mouvement communiste international», in DREYFUS (M.) et alii. (dir.), Le Siècle des Communismes, Paris, Les Éditions de l'Atelier, 2000, p.83-91

[20]    Conception développée par exemple, pour la période stalinienne, par COURTOIS (S.), «Parti communiste français, Komintern et dimension totalitaire», Communisme, n°53-54, 1998.

[21]    Voir l'approche de la création du Kominform comme le résultat d'une «improvisation», et des ambiguïtés de Jdanov, dans PONS (S.), «La direction stalinienne et le Kominform: quelques réflexions sur la conférence de 1947», dans WOLIKOW (S.) (dir.), 1996 [voir bibliographie.

[22]    Pour le rôle de cet organisme et d'autres comme moyen de pression sur les opinions occidentales, voir CŒURÉ (S.), «Défricher et déchiffrer: les archives de la propagande extérieure (1920-1930)», dans WERTH (N.) (dir.), 1996 [voir bibliographie], p.43-51; pour la période 1953-1975, REY (M.-P.), L'URSS et l'Europe occidentale de 1953 à 1975, 1997, chapitre IV, p.137-159, et ROBERT (C.), 2000. Voir bibliographie.

[23]    Sophie Cœuré parle ainsi d'un système «d'influence plutôt que de propagande», article cité, p.51.

[24]    LÉVESQUE (J.), «Quelques paradoxes de la politique internationale de l'URSS», Communisme, n°49-50, 1997, p.7-15. Voir aussi PONS (S.), «The papers...», article cité, 1999, p.249.

[25]    Voir bibliographie

[26]    Voir l'introduction de RUCKER (L.), 2001. Voir bibliographie

[27]    Voir l'exposé qu'en fait RUCKER (L.), 1995, p.141. Voir bibliographie

[28]    Certains chercheurs évoquent le passage des responsabilités aux mains d'un triumvirat à partir de 1977 environ: Andropov (KGB), Ustinov (Défense), Gromyko (MID), le CC ayant alors perdu de son pouvoir de décision, dans tous les domaines de politique intérieure et extérieure. Pourtant c'est au CC que se joue l'avenir de la Pologne en 1981 (voir supra).

[29]    HASLAM, article cité, p.222.

[30]    HASLAM, article cité, p.221.

[31]    KHLEVNIOUK (Oleg), Le cercle du Kremlin. Staline et le Bureau politique dans les années 30: les jeux du pouvoir, Paris, Seuil, 1996.

[32]    Voir Le Monde, 11-12 mars 2001. La CIA a rendu publiques, le 9 mars dernier, 19000 pages de documents sur l'ex-URSS