X
Bientôt fans, merci !
Pourquoi pas vous ?
Facebook J'aime Paris 1
Accueil » Institut Pierre Renouvin » Les revues » Le bulletin de l'Institut Pierre Renouvin » Tous les bulletins » Bulletin n° 11, Chantiers 2001 » Georges Saunier, Temps présent et relations internationales

Georges Saunier, Temps présent et relations internationales

Temps présent et relations internationales

 

 

 

Bulletin n° 11, printemps 2001

 

 

 

 

Georges Saunier

 

 

 

Pourquoi théoriser? C'est la question que posait René Girault dans son tout dernier ouvrage, Être historien des relations internationales[1]. Très vite, il nous donnait sa réponse: «pour mettre un peu d'ordre.»

Comment résister à une telle injonction lorsque l'on est doctorant et qu'il s'agit, après avoir longuement travaillé sur ses archives, après s'être imprégné le plus possible de sa période et de son sujet, d'en rendre compte et d'en faire la synthèse?

 

 La réflexion épistémologique est aussi passionnante que difficile. Passionnante parce qu'elle constitue un précieux fil conducteur et permet - le moment venu - de guider l'écriture. Difficile, car elle est une confrontation brutale entre l'historien et sa discipline. On touche là à l'essentiel du travail. Ah! Les affres du doctorant...

  

Cet article poursuit deux objectifs. D'une part mettre «un peu d'ordre» dans une recherche traitant de la politique européenne française entre 1981 et 1984 ; d'autre part, montrer que les chemins empruntés pour ce travail sont bien ceux de l'histoire. En effet, l'énoncé de ce thème de recherche, si proche de nous dans le temps, m'attire invariablement les mêmes questions: est-ce bien de l'histoire? Ne s'agit-il pas plutôt de sciences politiques ou de journalisme? C'était l'occasion de répondre: oui, les réflexions et interrogations d'une période vieille de moins de vingt ans sont bien celles de l'histoire; oui - mille fois oui - l'historien peut légitimement traiter des relations internationales dans le temps présent.

 

 

Quelques chiffres

 

 

Si l'histoire est bien, comme l'écrit Antoine Prost[2], «ce que font les historiens», alors nul doute que l'histoire des relations internationales du temps présent connaisse un certain succès. C'est en tout cas le constat que l'on peut tirer de l'étude informatique du fichier national des thèses[3].

 

 Tout en tenant compte des réelles limites de cet outil informatique[4], il est possible de se faire une idée assez précise de l'état de la recherche historique française dans ce domaine et depuis vingt ans:

les thèses d'histoire portant sur le second vingtième siècle sont en progression, s'établissant aujourd'hui à plus de 15 %;

celles se rattachant aux relations internationales progressent elles aussi. 14 % pour l'année 1999-2000;

enfin, si l'on compte les thèses traitant simultanément de la colonisation, de l'histoire militaire ou des relations internationales - sujets qui sont traditionnellement suivis à l'Institut Pierre Renouvin et en excluant le champ des relation s culturelles[5] - dont la période couvre les années 1945 à nos jours, on s'aperçoit que c'est plus d'une thèse sur dix qui est aujourd'hui soutenue dans ce domaine, contre une poignée au début des années quatre-vingts.

  

L'histoire de l'après Seconde Guerre mondiale, et particulièrement celle traitant de relations internationales, attire donc un nombre non négligeable de chercheurs. D'où cette question: comment expliquer que la notion de temps présent soit encore l'objet de débats si animés à l'intérieur de l'Université?

  

Pour répondre à cette question, certains[6] mettent en évidence la tardive introduction du temps présent dans l'enseignement supérieur, alors que son entrée dans le secondaire est plus ancienne. D'autres insistent sur les difficultés méthodologiques rencontrées. Au passé «qui ne passe pas» - Vichy, la décolonisation, etc. - s'ajoute en effet, dans les années soixante, l'hégémonie de la longue durée braudelienne s'opposant à un événement déconsidéré, simple «agitation de surface »[7] à jamais «emprisonn[é] dans la courte durée»[8] et, finalement, dans l'actualité. Le triomphe des grands cycles démographiques, économiques ou sociaux semblait total, excluant toute interrogation sur des périodes récentes et courtes. D'où, certainement, une entrée tardive du temps présent dans le supérieur: l'IHTP ne voit le jour qu'en 1978[9] ; ce n'est qu'en 1982 que la revue des Annales consacre - enfin - une rubrique au temps présent ; la revue XXe siècle naît en 1984.

  

Dans le domaine des relations internationales, la situation est contrastée. Si l'action de Pierre Renouvin a été déterminante pour «précipiter» l'histoire dans le XXe siècle, les grandes thèses soutenues dans son sillage à la fin des années soixante restent attachées à la fin du XIXe siècle et à la Première Guerre mondiale, beaucoup plus rarement à l'entre-deux guerres. On hésite, semble-t-il, à aller au-delà.

  

Ce serait toutefois commettre une grave erreur que de négliger l'apport des «forces profondes.» Ce concept permet en effet une réconciliation heureuse entre événement et temps long, entre conjonctures et structures. En intégrant à l'histoire diplomatique traditionnelle les analyses géographique, économique et sociologique sans pour autant rompre avec le temps de l'acteur - indispensable lorsqu'il s'agit d'étudier les relations entre États - Pierre Renouvin évitait en quelque sorte le «piège» de la longue durée. La porte restait ouverte à l'action humaine. Aussi puissantes pouvaient-elles être, les forces profondes restaient tributaires des hommes pour s'incarner.

 

 

Les brûlures de l'histoire

 

 Du point de vue méthodologique, l'historien s'attaquant à l'étude des relations internationales dans les années quatre-vingts n'est donc pas sans ressource. Malgré tout, il lui reste à répondre à la terrible question de l'objectivité, la principale critique qui lui est adressée. Cette dernière porte d'ailleurs moins sur les méthodes employées que sur la «systématisation», c'est-à-dire ce moment où l'historien formule ses conclusions et construit son récit. Une phrase résumerait le débat: travaillant sur une période récente, l'historien serait incapable d'opérer la distanciation nécessaire par rapport à son objet. En d'autres termes, l'histoire du temps présent - contrairement, bien entendu, aux autres périodes - serait trop «brûlante» pour être faite. Le reproche est tenace.

 

 Pourtant, Marc Bloch[10] a déjà répondu, par l'absurde, à tout cela: si le temps présent est trop proche pour être étudié - s'interrogeait-il - quand commencerait donc le temps passé où l'historien atteindrait une sorte d'état d'objectivité naturelle? En d'autres termes, où fixer la limite entre présent et passé? Problème délicat que les philosophes eux-mêmes peinent à résoudre.

  

On peut aussi objecter que l'éloignement dans le temps n'est aucunement une garantie de sérénité pour le chercheur: n'est-il pas plus «brûlant» de mener des recherches sur la genèse de la nation serbe - ce qui peut nous entraîner jusqu'au IXe siècle - que sur le Conseil européen de Fontainebleau de juin 1984 pourtant plus proche de nous?

 

 Rejeter sur le seul temps présent toutes les brûlures de l'histoire ce serait nier la difficulté de «l'objectivité» dans notre discipline. Qu'il traite du XXe siècle ou de l'Antiquité, un historien reste «de son temps»[11] ; aucun artifice ne peut l'y soustraire.

 

 

Difficile temps présent

 

 

Les réflexions de Marc Bloch soulèvent toutefois une interrogation: si la frontière entre présent et passé reste insaisissable, pourquoi, dans ces conditions, parler de temps présent ?

 

 Certains avancent l'idée suivante: tant que des témoins sont encore vivants, on «est» dans le temps présent[12]. Cette définition a certains mérites mais ne résout pas entièrement notre problème.

 

 

Les mérites. Tout d'abord, la notion de «témoin vivant» offre une limite pratique. Elle donne corps à ce temps présent qui reste une «expression-raccourci» bien pratique. Autre avantage, elle rappelle une spécificité: le recours possible à l'entretien[13]. Point évidemment capital. C'est grâce à un entretien avec Michel Rocard, ministre de l'agriculture de 1983 à 1985, qu'une proposition néerlandaise - c'est en tout cas sous ce vocable qu'elle apparaissait dans les archives[14] - s'est révélée être en réalité d'origine française, mettant à jour par là même certaines connivences entre ministres des Dix, grâce auxquelles ils ont pu dépasser le cadre quelque fois trop strict des instructions reçues; ou comment la sociabilité bruxelloise permet parfois de doubler le cadre politique national.

  

Toutefois, une notion aussi ambiguë que celle de la vie des témoins est loin d'être satisfaisante pour qualifier le «temps présent». François Mitterrand étant décédé, faut-il considérer que l'étude de sa politique européenne est en dehors du temps présent? Doit-on, prendre en compte le décès de tous ceux qui ont participé à cette politique? Et si oui, comment déterminer les frontières de ce groupe de témoin? Prendre comme référence la vie des témoins semble poser plus de questions qu'elle n'en résout.

  

Mais alors, comment définir le temps présent?

  

À chercher d'improbables limites, ne court-on pas le risque de la ghettoïsation?

 

 Entendons-nous bien: il ne s'agit pas de refuser à l'historien le droit de «découper» le temps en séquence, mais il faut empêcher que ce découpage ne devienne carcan. Or, pour le temps présent, ce carcan est plus dangereux qu'ailleurs. Lorsque l'on travaille sur un objet historique vieux d'une vingtaine d'années par exemple, on est immédiatement confronté à la singulière limite de son devenir. Là où le médiéviste disposera de plusieurs siècles pour comparer les caractères de son objet dans ses développements ultérieurs, l'historien du temps présent n'aura pas cette profondeur: ses objets ne sont pas «clos.» Ce n'est pas en aval qu'il pourra tourner son regard dans une perspective comparatiste, mais en amont. Pour l'historien du temps présent, c'est le «temps passé» qui constitue la profondeur de champ, la longue durée. C'est entre ce temps présent et ce «temps passé» qu'il réalise les médiations[15]. Dans ces conditions, refermer le temps présent sur lui-même conduit à l'étouffement. Étudier la politique européenne française entre 1981 et 1984 sans la replacer dans un mouvement plus long - celui du développement des États nations tels que nous les connaissons depuis le XVIe siècle ou, plus largement encore, des forces centrifuges qui agissent sur les sociétés humaines - ce serait réduire le sujet à de simples considérations chronologiques sans aucun sens, y compris celui que les acteurs eux-mêmes pouvaient lui donner.

  

Aussi, en dehors d'outils qui peuvent varier[16], l'histoire du temps présent doit d'abord être histoire: étudier le temps présent, ce n'est pas revendiquer un quelconque pré carré disciplinaire; cette démarche doit avant tout être vécue comme une posture intellectuelle spécifique, c'est à dire réaliser une étude historique sur une période récente en tenant compte des problèmes spécifiques posés par ce choix. Quelques exemples permettront de l'illustrer. Démarche historique à part entière, le travail sur le temps présent des relations internationales peut dès lors contribuer à une réflexion historiographique d'ensemble.

 

 

Le nez dans les cartons

 

 

Il faut bien l'avouer les questions qui précèdent ne sont pas de celles qui obsèdent quotidiennement le chercheur. Sans aller jusqu'à évoquer l'accès aux archives, les dérogations, l'organisation des entretiens, etc., le principal problème rencontré par le chercheur réside dans la formidable quantité de documents disponibles.

  

Prenons l'exemple de la radio et surtout de la télévision: dans les années quatre-vingts, il s'agit de puissants vecteurs d'informations et des acteurs essentiels de la vie publique et politique. Difficile sinon impossible d'en négliger l'étude. Or, entre 1981 et 1984, la base de données informatiques de l'Inathèque renvoie plus de 5 000 documents audiovisuels relatifs à la politique européenne française. Ce sont plusieurs milliers d'heures de reportages, d'émissions ou de documentaires qu'il faudrait analyser.

  

Faut-il tout lire et tout consulter sur son sujet? Les historiens ont depuis longtemps débattu à ce propos - on se souviendra de la controverse entre Aulard et Mathiez - et répondent clairement par la négative. Devant le flot infini des phénomènes[17], l'historien doit choisir la question historique qu'il compte traiter; question qui lui permettra “d'entrer” dans ses archives et de les sélectionner.

  

Malheureusement, en histoire, rien n'est simple: déterminer une question historique suppose préalablement de s'interroger sur les sources utilisables. Théoriquement, donc, on tourne en rond. Pratiquement - car l'histoire reste une pratique - c'est l'opportunité de consulter les archives de la Présidence de la République - les archives Mitterrand[18] - qui a permis de trancher.

  

À l'Élysée - puisque les archives des autres départements publics, français comme étrangers, restent inaccessibles-, la politique européenne de la France est largement, bien que pas uniquement, rythmée par les Conseils européens. Certes, au quotidien, les conseillers du Président suivent l'évolution de chaque dossier, mais c'est bien lorsque se préparent les Sommets des Dix que la machine diplomatique française se déploie à son maximum. C'est à ce moment que les différents ministères, le SGCI, Matignon, etc., produisent le maximum de documents. C'est afin de préparer les travaux en séance que les conseillers informent le chef de l'État. C'est à cette occasion que ce dernier s'exprime le plus clairement sur ces questions.

  

C'est la consultation des archives de la présidence de la République qui a permis de mettre à jour ce temps des acteurs, ce temps «européen» de l'Élysée. C'est en fonction de cette première recherche que le point d'entrée vers les autres sources a pu être déterminé. À l'Inathèque - pour reprendre cet exemple - ce sont les émissions et journaux télévisés traitant des Sommets européens qui ont été sélectionnés[19]. Idem pour la presse écrite.

  

Un autre point commun reliait les archives présidentielles entre elles: leur très grande technicité. Les Montants compensatoires monétaires, voilà un dossier technique particulièrement complexe. Il met successivement en jeu des problèmes agricoles, monétaires et financières. C'est aussi une affaire politique importante en France, en Allemagne comme au Pays-Bas dans la mesure où les milieux agricoles y sont très sensibles. D'ailleurs à y regarder attentivement, l'étendue des dossiers communautaires semble sans limite car, comme l'indique Pierre Morel - principal conseiller en charge des dossiers européens à l'Élysée-, ceux-ci sont «directement branché[s] sur la politique intérieure »[20].

  

Cette technicité implique que l'historien s'immerge dans un autre type de sources: la «littérature grise.» Certaines revues spécialisées (la revue du Marché commun par exemple), certaines publications administratives (les précieux rapports de la Commission ou ceux de la Documentation française, etc.), des travaux universitaires ou certaines archives publiques (les rapports de commissions de l'Assemblée nationale ou du Parlement européen) permettent de cerner les multiples enjeux de dossiers très différents les uns des autres, et surtout d'en saisir les interactions. Leurs vocabulaires aussi. Pour l'historien cette littérature est précieuse. Elle l'aide à déchiffrer des documents qui, sinon, resteraient hermétiques. Mais au-delà de cette première approche, il s'agit de donner du sens à cette technicité. Il faut comprendre qu'elle est une composante du quotidien des acteurs. Une grande part de la politique européenne est affaire d'experts, d'intérêts et de calculs. En lisant l'abondante littérature technique, l'historien ne fait pas que s'informer, il doit procéder à une lecture historique. Est-ce un hasard si la revue Actes de la Recherche en sciences sociales de Pierre Bourdieu publie plusieurs articles consacrés aux mouvements agricoles alors que les manifestations paysannes se multiplient en 1981-1984? Est-ce un hasard si les éditions Économica publient, entre 1984 et 1986, dans sa collection intitulée «Économie agricole et agroalimentaire», une série d'ouvrages consacrés aux problèmes agricoles européens? Non. Tout cela participe d'un certain contexte.

 

 

Une microhistoire de la politique européenne

 

 

De ce qui précède, il ne faudrait pas conclure que les archives Mitterrand recèlent une histoire de la politique européenne sèche et «technocratique.» Elle est technocratique dans la mesure où les traces laissées le sont. Le monde qui apparaît là, c'est celui de hauts fonctionnaires préparant la décision du politique. Mais derrière ces notes, ces comptes rendus de réunions et ces rapports, c'est bien d'hommes dont il est question. Montants compensatoires, Programmes méditerranéens, Systèmes monétaires, armes stratégiques - que sais-je encore-, tous ces sujets renvoient à une activité humaine confrontée aux «forces profondes.» Dans tel rapport ministériel consacré à la sidérurgie européenne comment ne pas voir transparaître toute la question du déclin industriel européen et, plus largement, celle de la mutation économique du vieux continent? Ce sont là les conséquences de la fin du modèle «charbon-acier» - voire «aluminium-pétrole-électricité» - et le début de la troisième révolution industrielle. Et ce sont contre ces forces-là que les conseillers et les ministres se débattent. Au cœur de la machine administrative française, ce que révèlent les archives Mitterrand, c'est l'activité de ce groupe d'hommes. Ce que l'historien met à jour, autour de dix Conseils européens, ce sont les évolutions de ce groupe: évolution de sa «culture», de ses intérêts, de ses hiérarchies, etc. C'est aussi l'évolution de ses contours, car loin d'être monolithique, il change constamment selon les trajectoires individuelles des hommes et des femmes - très peu nombreuses - qui le composent.

  

Plutôt qu'un groupe - ce qui laisserait entendre des frontières claires-, il serait d'ailleurs plus juste de parler de milieu: le milieu décisionnel communautaire français.

 

 Cet agrégat d'individus, entre trente et cinquante, rassemblés autour d'une même activité, semble avoir une certaine conscience de son unité. Charles Debbasch, universitaire, conseiller auprès de Valéry Giscard d'Estaing, en a donné une illustration dans son livre-souvenir pour la période 1978-1981[21]. Plus intéressant dans notre cas, ce paragraphe écrit par le conseiller diplomatique de François Mitterrand, Hubert Védrine. Dans Les mondes de François Mitterrand, écrit en 1996, il terminait ainsi sa description de la machine diplomatique française:


«ce groupe de dirigeants [français], à force de brasser les mêmes informations et de passer en revue les mêmes scénarios, de se réunir à toutes heures du jour et de la nuit - à l'Élysée, chez le secrétaire général, le sherpa [Jacques Attali], ou le conseiller diplomatique; au Quai d'Orsay en salle de crise, au cabinet du ministre, chez le secrétaire général de la Défense-, finit par acquérir des réflexes, une culture commune très particulière. Il ne s'agit pas d'une vision élitiste, du genre de celle à laquelle les démagogues de tous poils reprochent d'être coupée “des gens” ou du “terrain”, mais du type de liens professionnels qui s'instaure entre pompiers au sein d'une caserne ou entre les personnels du service d'urgences d'un hôpital. La “réaction de la France” à tel ou tel événement est ainsi le résultat alchimique d'une série très rapide d'interactions entre les membres de ce groupe - au sein duquel les rapports de forces sont en évolution constante et auquel il convient encore d'ajouter les porte-parole et les chefs de services de presse-, arbitrées et ajustées par les ministres et, in fine, par le Président lui-même.»[22]

  

Les acteurs ont donc bien conscience d'appartenir à un «milieu». Les archives l'attestent elles aussi: certaines réunions sont convoquées sous l'appellation «Groupe Europe»[23]. À lire les comptes rendus de ces réunions, il apparaît clairement que c'est là que sont formulées les positions françaises sur chacun des grands dossiers européens.

 

 Comment étudier un tel milieu décisionnel? Nous disposons d'archives, mais peut-on aller au-delà et utiliser quelques concepts? Oui. L'attention portée aux milieux est depuis longtemps une composante de l'histoire des relations internationales. Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, dans l'Introduction à l'histoire des relations internationales[24], évoquaient déjà certains de ces aspects. L'article de Jean-Claude Allain paru dans la revue Relations internationales[25] en 1984 était encore plus précis. La notion de «groupe dirigeant» y était longuement développée. Enfin, l'historien dispose des travaux réalisés dans d'autres disciplines. On pense en premier lieu à ceux de la sociologie politique qui offrent plusieurs modèles intéressants. Le système formel décrit par Amitaï Etzioni dans les années soixante, lorsqu'on l'applique au fonctionnement de l'Élysée, semble particulièrement opératoire[26]. En France, à la suite de Jacques Lagroye et de bien d'autres, le fonctionnement des institutions a fait l'objet de nombreuses études. Catherine Grémion par exemple décrivait ce qu'elle appelait, quant à elle, le milieu décisionnel central[27].

 

 

L'historien ira toutefois au-delà.

 

 

Se concentrer sur l'activité d'un petit groupe et adopter la perspective historique pour en construire le récit, c'est adopter une approche particulière, bien que rarement contemporaine: la microhistoire[28]. L'approche microhistorique semble en effet très féconde pour l'étude d'un «milieu décisionnel».

  

Attentive aux pratiques, à l'événement, aux comportements des acteurs, la microhistoire opère à échelle réduite tout en restant attachée au contexte général. Avec la microhistoire, nous sommes dans l'action et dans le quotidien, ce que le modèle ne permet pas toujours. Or, c'est bien d'actions qu'il est question dans nos sources.

 

Il y a pourtant une différence de fond entre le milieu décisionnel communautaire français et une petite communauté villageoise où se déploie habituellement la microhistoire. La différence, c'est l'interaction plus large de ce milieu avec le reste de la société. Lorsque les dirigeants français prennent finalement la décision, entre juillet et septembre 1983, d'accepter la mise en place des quotas laitiers, c'est le revenu de 450 000 exploitants agricoles français qui se trouve directement concerné. Les conséquences d'une telle décision sur le prix du lait sont importantes et auront des répercussions dans toute l'industrie agroalimentaire. On peut aller plus loin: en acceptant ces quotas, la diplomatie française fait basculer le rapport de force qui existait entre les Dix. Au-delà des seuls exploitants français, c'est donc l'ensemble des producteurs européens qui se trouvaient concernés. Confronté au milieu décisionnel communautaire français, l'historien doit ainsi envisager les multiples interconnexions entre ce milieu et son environnement. De ce fait, ce vers quoi nous entraînent les archives élyséennes c'est à une histoire qui serait à mi-chemin entre microhistoire, études des processus de décision et relations internationales; une histoire de la politique européenne française organisée en incessants va-et-vient entre des notions différentes et des changements d'échelle permanents.

 

 

De la complexité à l'écrit

 

 

D'où un temps historique des plus complexes. Mais comment rendre compte de la complexité sans la dénaturer à l'excès?

  

Pêle-mêle - c'est-à-dire souvent dans la même heure-, le milieu décisionnel communautaire français doit prendre position sur des sujets aussi différents que la réforme de la politique agricole commune - c'est-à-dire la réorganisation de l'ensemble des flux économiques du secteur agroalimentaire des Dix-, l'élargissement à l'Espagne et au Portugal, la libéralisation des transports, le renforcement de la libre circulation dans le marché commun, la modernisation de l'appareil industriel du vieux continent, la mise en œuvre de politiques de recherche adéquates, la recherche d'une plus grande convergence des politiques économiques entre partenaires, l'organisation internationale du commerce, la préservation de la solidarité européenne dans le conflit est-ouest, etc. La liste pourrait s'allonger indéfiniment tant le champ des sujets traités est vaste.

  

Cette hétérogénéité ne doit pas faire oublier l'extrême interdépendance des dossiers entre eux. Lorsqu'il ne s'agit pas de liens évidents - la Politique agricole commune et l'élargissement par exemple-, il peut s'agir de liens «tactiques.» Rappelons que le dossier «pluies acides», celui de l'utilisation de combustibles solides (charbon) dans la production de l'énergie en Europe ou les quotas de production d'huile d'olive se trouvent mêlés par l'étrange alchimie des négociations bruxelloises. Enfin, Bruxelles n'est pas tout. La politique «strictement» communautaire se trouve souvent reliée - sinon pratiquement au moins dans les esprits - à des considérations plus larges. Les problèmes de sécurité en sont l'exemple le plus flagrant, comme nous le rappelle, à l'époque, l'ambassadeur de France à Bonn:


«À la veille d'échéances décisives pour la sécurité de l'Europe, l'accord profond des deux gouvernements sur la question de l'application de la double résolution de l'OTAN illustre la solidarité de destin entre Paris et Bonn. Il reste par contre des progrès à accomplir pour harmoniser les points de vue sur l'avenir de la Communauté européenne, dans la perspective du Conseil européen d'Athènes.»[29]

 

 Comment, dans cette multitude, l'historien peut-il définir ce qui aura pesé de façon décisive sur le milieu décisionnel? Comment savoir ce qui, dans cet écheveau de relations humaines et d'intérêts, joue le rôle le plus important?

  

L'historien ne peut bien entendu prétendre à la résurrection intégrale du passé. La chose est entendue. Un bref coup de téléphone du Président de la République à l'un de ses ministres, quelques minutes avant que ce dernier ne prenne position au sein du Conseil des ministres à Bruxelles, nous est à jamais perdu. Le travail de l'historien admet nécessairement un certain degré d'incertitude. Cette incertitude, dans la mesure du possible, doit être objectivée pour permettre la construction du récit historique.

 

 Mais la complexité n'est pas qu'incertitude ou ignorance. La complexité est, par définition, une multitude que l'on ne peut dissocier. Elle semble échapper à toute synthèse. Échappe-t-elle à toute compréhension?

 

 Pour beaucoup, la complexité représente un nouveau paradigme. Edgar Morin affirme qu'il y a là un défi majeur à la pensée[30]. Certes, cette question est ancienne et l'homme s'est souvent interrogé sur les limites de la «raison pure.» Ce qui est nouveau, en revanche, c'est que le complexe était jusque là réservé aux sciences humaines. Aujourd'hui, ce n'est plus vrai. En physique, en mathématique, en chimie, etc., les théories les plus solides ont révélé leurs limites. Certaines des convictions scientifiques les plus tenaces se sont effondrées devant les progrès de la physique quantique ou des études sur le chaos. Les scientifiques ont définitivement quitté le monde du certain pour celui du probable. Ils sont eux aussi perplexes devant les flots infinis pour reprendre l'expression de Paul Lacombe[31]. Et devant ce monde complexe qui se déploie désormais devant eux, les scientifiques ont dû développer un certain nombre de concepts afin d'en rendre compte. D'où cette question[32] : certains de ces concepts - sans qu'il s'agisse ici de renouer avec un quelconque scientisme historique - pourraient-ils être opératoires en histoire?

  

Les principes de décohérence ou d'émergence utilisés en physique quantique fournissent deux bons exemples[33]. Ces deux principes apportent en quelque sorte une réponse au célèbre paradoxe du chat de Schrödinger[34] en introduisant une réflexion sur la notion d'échelle. Sans entrer dans les détails, on peut dire que grâce à ces changements d'échelle, le physicien peut expliquer l'état d'un corps sans qu'il ait eu besoin de mettre à mal les interactions complexes des parties composant ce même corps. Appliqués aux sciences humaines, de tels concepts aident à penser les interactions entre un groupe social - un milieu de hauts fonctionnaires et d'hommes politiques par exemple - avec ses parties ou son environnement, sans qu'il soit nécessaire d'en «saturer» la connaissance. Ils facilitent les changements d'échelles et d'éventuels va-et-vient entre structure et conjoncture. Enfin, les concepts de décohérence et d'émergence reposent sur l'utilisation de dynamiques comparatives utilisant le temps comme référence. Edgar Morin a utilisé le terme de «rétroaction» pour décrire cette utilisation du temps. Ceci est évidemment très fécond pour l'historien, car ce temps «rétroactif» est en mouvement, et il est porteur de changement sinon de nouveauté. Le temps de la rétroaction, c'est le temps de l'histoire complexe.

  

La complexité n'est plus aujourd'hui une contrainte. Au contraire, penser la complexité aide à construire le récit historique[35]. Dans notre cas, il ne s'agit pas de décortiquer à l'infini les ressorts des différents dossiers communautaires mais de montrer, dans un temps qui soit fonction des acteurs et de leurs horizons d'attente, comment les différents éléments d'un monde complexe ont pu interagir. En d'autres termes, comment un petit groupe de décideurs, dont les contours vont varier, agissant dans un domaine particulier de l'appareil politico-administratif français, va répondre aux sollicitations de la complexité. Entre 1982 et 1983, le ministère de l'Économie et des finances d'une part, et le quai d'Orsay d'autre part, ont des approches très différentes au sujet des déséquilibres budgétaires entre les États membres. Fallait-il, ou non, accepter de signer le «chèque» de MmeThatcher? Dans cette grande controverse, ce qui donne sens, ce n'est pas de dire sur quelles bases reposaient les positions des deux administrations - on échouerait d'ailleurs à toutes les recenser-, mais de voir comment, au fil de mois, une vision va l'emporter sur l'autre. Comment ce processus a finalement conduit à des décisions précises.

  

Il ne s'agit plus de démonter à l'infini les processus, il s'agit de décrire ce qui s'y passe, dans les limites de la connaissance à laquelle l'historien est en droit de prétendre. Ceci revient, comme le soulignait Bernard Lepetit[36], à privilégier l'acteur et à décrire le complexe plutôt qu'à l'expliquer. Comment les acteurs sont-ils mobilisés, informés; comment sont perçus les enjeux; comment sont traités les dossiers; comment sont évalués les intérêts spécifiques de la France et ceux des partenaires; comment sont conduites les négociations; et, finalement, comment sont acceptés les compromis. Le comment permettant la compréhension du pourquoi. Dès lors, dans cette microhistoire internationale, le récit est loin d'être une belle petite mécanique de causalités. Au contraire, l'histoire ainsi construite laisse apparaître les attentes, les craintes, les espoirs, les réussites et les échecs des acteurs. En d'autres termes, un temps historique incertain.

 

 

C'est donc par le récit que l'historien peut rendre compte de la complexité.

 

 

Privilégier le récit, c'est évidemment s'interroger sur les conditions de son écriture. Interrogations d'autant plus nécessaires que l'on s'approche de la rédaction ... où l'on retrouve les affres du doctorant.

  

Longtemps ignoré en France - en dehors de quelques vieux étudiants de Nanterre-, Paul Ricœur est désormais une référence incontournable - et à juste titre - dans ce domaine.

  

Lire Paul Ricœur, lorsque l'on est non-philosophe, est pourtant une tâche ardue. Temps et récit, cet ouvrage qui traite fondamentalement et magistralement de l'histoire, reste très conceptuel[37]. L'œuvre, riche et difficile, quelque fois hermétique, offre pourtant aux historiens des passages d'une redoutable clarté. Il en est ainsi lorsque Ricœur décrit la «mise en intrigue», c'est-à-dire ce moment où l'historien passe de ses cartons à ses pages noircies par l'écriture. Ricœur y voit un tourbillon de facteurs hétérogènes - agents, buts, moyens, interactions, circonstances, résultats inattendus, etc.[38] -, que l'auteur-historien agence selon des modalités qui lui sont propres mais toujours en relation avec ses sources. Écrire c'est donc faire se rencontrer deux mondes: celui des «traces» du passé et celui de l'historien. C'est au moment où cette rencontre se produit que l'historien rompt définitivement avec le régime de la complexité et des doutes. C'est là qu'il fait naître la lucidité alors qu'il n'y avait que perplexité[39]. À l'écheveau des événements, aux questions non résolues, aux forces profondes qui se bousculent, aux acteurs qui s'interrogent, succède le temps de la synthèse et de la médiation. Le moment où il faut choisir ce qui sera, ou non, retenu et intégré au récit. Un récit d'histoire du temps présent.

  

En guise de conclusionLes historiens commencent à peine à se pencher sur les années quatre vingts. Les archives s'ouvrent lentement. Pour reprendre le découpage avancé par Georges-Henri Soutou[40], nous en sommes à la deuxième des trois phases historiographiques: celle de la «description apaisée.» Description qui appelle, comme le réclame Ricœur, à respecter l'incertitude de l'événement[41].

 

Avec la politique extérieure des «années Mitterrand», nous sommes bien dans le temps présent. Un temps que nous voulons résolument humain et porteur de changements; un temps qui ait du sens. Un temps historique à part entière qui a «quelque chose à dire» à l'ensemble de notre discipline. Ce que ces quelques réflexions ont cherché à montrer.

 

 



[1]    GIRAULT (René), Être historien des relations internationales, Publication de la Sorbonne, 1998, p. 24 et suivantes.

[2]    Prost (Antoine), Douze leçons sur l'histoire, Édition du Seuil, 1996, p. 13.

[3]    Philippe Chardevel, de l'Agence bibliographique de l'enseignement supérieur (ABES), qui en gère le fichier informatique (que l'on peut consulter sur Internet: thesenet.abes.fr), a bien voulu me communiquer un extrait de cette base de données.]

[4]    Sur les limites de cet outil, on lira les commentaires de Gérard Noiriel (Qu'est ce que l'histoire contemporaine?, Coll. Carré histoire, Hachette, 1998, p. 129).

[5]    Il s'agit là d'un problème informatique: il est très difficile d'isoler les travaux «sociaux» ou culturels portant sur les mondes étrangers.

[6]    Cf. RIOUX (Jean-Pierre), «Le temps présent en classe», Le Monde de l'Éducation, mai 1993.

[7]BRAUDEL (Fernand), La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, 1, La part du milieu, Neuvième édition, Armand Collin, 1990, p. 17.

[8]    BRAUDEL (Fernand), «La longue durée», Écrits sur l'histoire, Flammarion, 1994.

[9]    En héritant, certes, du Comité d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale créé en 1950.

[10]   Constatons que c'est l'un des pères fondateurs des Annales qui fournit l'une des réponses les plus satisfaisantes. BLOCH (Marc), Apologie pour l'histoire ou métier d'historien, Armand Colin, 1993, p. 91. On rappellera aussi l'ouvrage dans lequel le médiéviste Marc Bloch n'hésite pas à se lancer dans un magnifique essai sur le temps présent, relatant «l'étrange défaite» française de mai-juin 1940. BLOCH (Marc), L'étrange défaite, témoignage écrit en 1940, Société des éditions ?Franc-Tireur?, 1946

[11]   Chantal Grell a bien montré, dans sa thèse, l'enjeu politique qu'a représenté l'histoire de l'Antiquité au xviiie siècle et, de la même manière, les différentes approches politiques qui ont sous-tendu les débats historiques autour de la Révolution française lors de la célébration du bicentenaire. Cf. GRELL (Chantal), Le 18ème siècle et l'Antiquité en France, 1680-1780, Voltaire Foundation, 1996.

[12]   C'est le cas de Jean-Pierre Azéma par exemple. Cf. AZEMA (Jean-Pierre), «Temps présent», dans BURGUIERE (André), Dictionnaire des sciences historiques, PUF, 1986, p. 653 et suivantes.

[13]   Sur cet aspect très spécifique, on pourra se reporter à l'article synthétique et problématique de Thomas Gomart, publié dans le cadre des travaux de l'école doctorale d'histoire de l'Université Paris 1. GOMART (Thomas), «Quel statut pour le témoignage oral en histoire contemporain», Hypothèses 1999, Publication de la Sorbonne, 2000, p. 103 et suivantes.

[14]   Archives nationales; 5AG4-25PM; État des travaux à la date du 12 mars à partir d'une suggestion de la délégation néerlandaise; 12 mars 1984

[15]   Cf. sur ce point: FRANK (Robert), «Enjeux épistémologiques de l'enseignement de l'histoire du temps présent», L'histoire entre épistémologie et demande sociale, p. 164. BALDNER (Jean-Marie, et al.), L'histoire, entre épistémologie et demande sociale, IUFM Créteil, Toulouse, Versailles, 1994.

[16] Bien d'autres débats soulevés par l'histoire du temps présent mériteraient d'être exposés ici. Signalons que dans son numéro de juin 2000, le bulletin de l'Institut d'Histoire du temps présent consacrait un dossier complet intitulé «L'histoire du temps présent, hier et aujourd'hui.» Les principaux articles de ce dossier sont disponibles en ligne à l'adresse internet suivante: www.ihtp.cnrs.fr/publications/bulletin75/som_dos_bul75.html

[17]   Paul Lacombe, De l'histoire considérée comme science, Hachette, 1894, p. 54

[18]   Cette opportunité a été décrite dans un précédent bulletin de l'Institut. Cf. SAUNIER (Georges), «Changer la vie, les années Mitterrand», Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, Institut Pierre Renouvin, 1999, p. 192 et suivantes.

[19]   Malgré cette sélection, il reste encore plus d'une centaine d'heures de documents

[20]   «L'Europe, au contraire de la plupart des grandes affaires internationales, est directement branchée sur la politique intérieure». Citation de Pierre Morel, conseiller technique à la Présidence de la République, chargé des questions communautaires. Archives nationales; AG/5(4)-21PM; MOREL (Pierre), Suivi des affaires communautaires; Présidence de la République; 09 août 1982.

[21]   Debbasch (Charles), L'Élysée dévoilé, Albin Michel, 1982.

[22]   VEDRINE (Hubert), Les mondes de François Mitterrand, à l'Élysée 1981-1995, Fayard, 1996, p. 54.

[23]   Sur la composition, la nature et la fonction de ce groupe, on consultera en particulier quatre notes des archives présidentielles: Archives nationales, AG/5(4)-21PM, Compte rendu de la réunion Europe, 05 avril 1983; MOREL (Pierre), Réunion du groupe Europe du lundi 6 juin: mandat pour Stuttgart (9h à 10h30), 04 juin 1983; MOREL (Pierre), Réunion EUROPE, Présidence de la République, le conseiller technique, 10 juin 1983. Archives nationales, AG/5(4)-22PM, Questionnaire pour la réunion "Europe", 1e juillet 1983; NALLET (Henri), Préparation de la réunion "Europe" du mercredi 27 juillet. La position française sur la PAC, Présidence de la République, le conseiller technique, 25 juillet 1983; Réunions Europe, 24 août 1983

[24]   Entre autre dans le chapitre consacré aux pressions directes. Renouvin (Pierre), Duroselle (Jean-Baptiste), Introduction à l'histoire des relations internationales, Armand Collin, 1991, p. 356 et suivantes.

[25]   ALLAIN (Jean-Claude), «Le groupe dirigeant», Relations internationales; n°41, printemps 1985, p. 79 et suivantes.

[26]   ETZIONI (Amitaï), Modern organizations, Prentice-Hall, 1964.

[27]   GREMION (Catherine), «Le milieu décisionnel central», dans Quermonne (Jean-Louis), BAECQUE (Francis), Administration et politique sous la Cinquième République, FNSP, 1982, p. 205 et suivantes.

[28]   En plus de l'important article de Giovanni Lévi («On microhistory», dans BURKE Peter (dir.), New Perspectives on Historical Writing, Oxford, Polity Press, 1991, p. 93 et suivantes) et de l'ouvrage collectif dirigé par Jacques Revel consacré à la microhistoire (Jeux d'échelles. La micro-analyse à l'expérience, Le Seuil-Gallimard, 1996), on pourra se reporter à l'adresse web suivante pour des références plus détaillées: ipr.univ-paris1.fr/saunier/microhist.htm. Un autre courant historique - d'origine allemande cette fois-ci - suit le même chemin que la microhistoire. Il s'agit de l'Alltagsgeshichte. Pour une bibliographie succincte de cette dernière perspective historique, plus «contemporaine», on se reportera à la même adresse Internet

[29]   Archives nationales; 5AG4-24PM; MORIZET (Jacques), Relations bilatérales franco-allemandes (consultations franco-allemandes des 24 et 25 novembre). (II); Ministère des Relations extérieures, Télégramme à l'arrivée; 19 novembre 1983

[30]   La revue Sciences humaines a consacré un dossier spécial sur cette question. «Penser la complexité», Sciences Humaines, n°47, février 1995. On peut le trouver en ligne à l'adresse suivante: www.scienceshumaines.fr/Dossier47.htm , à la fin se trouve une solide bibliographie. On lira aussi l'ouvrage d'Edgar Morin sur ce sujet (La complexité humaine, Flammarion, 1994) où l'auteur a compilé plusieurs de ses textes sur la question. On lira aussi le beau livre d'Ilya Prigogine sur ce sujet (PRIGOGINE (Ilya), STENGERS (Isabelle), Entre le temps et l'éternité, Fayard, 1988).

[31]   Cf. supra

[32]   Edgar Morin s'est longuement penché sur ce problème, bien entendu, mais il n'est pas le seul: citons, entre autre, François Dosse qui demande que l'on tire «les leçons de la physique quantique.» Dosse (François), L'histoire, Armand Colin, 2000, p. 114 et suivantes.

[33]   Les réflexions qui suivent s'appuient sur les travaux très récents de l'équipe de physique quantique de Serge Haroche, Jean-Michel Raimond et Michel Brune du Laboratoire Kastler Brossel (CNRS, Université Pierre et Marie Curie - Jussieu). Serge Haroche a longuement décrit ces notions dans l'une de ses interventions à l'Université du savoir, le 31 juillet 2000. Cette conférence peut être téléchargée à l'adresse suivante (adresse longue): www.telerama.fr/edito/etc/savoirs/matiere_31/6matiere.asp.

[34] Cf. à ce propos les pages internet publié par le laboratoire Kastler-Brossel consacrées à «l'électrodynamique quantique en cavité», où le paradoxe du chat de Schrödinger est expliqué: www.lkb.ens.fr/recherche/qedcav/french/rydberg/nonresonant/catparadox.html

[35] Cf. sur le même sujet: FRANK (Robert), «Penser la complexité: l'histoire des relations internationales», BEAUVOIS (Yves), BLONDEL (Cécile), Qu'est-ce qu'on ne sait pas en histoire?, Presse universitaire du Septentrion, 1998, p. 103.

[36]   Bernard Lepetit, «Une autre histoire sociale», Correspondances, bulletin de l'IRMC, n°40, 1996. Cet article, l'un des derniers publié par Bernard Lepetit, est disponible en ligne à l'adresse suivante: www.irmcmaghreb.org/corres/textes/lepetit.htm.

[37]   Heureusement, on trouvera sur Internet un grand nombre d'articles introductifs aux principaux travaux de Paul Ricœur. Sans remplacer la lecture, ils permettent de s'initier aux concepts employés

[38]   Ricœur (Paul), Temps et récit. 1. L'intrigue et le récit historique, Édition du Seuil, 1983, p. 127.

[39]   Ricœur (Paul), op. cit., p. 89 et suivante

[40]   L'historiographie de la Guerre froide a parcouru le chemin classique dans le cas d'un grand conflit: d'abord la recherche des responsabilités, encore très marquée par le poids du combat politique; puis une description beaucoup plus apaisée et de plus en plus précise du processus de décision, des motivations des uns et des autres, des enjeux de toute nature; enfin une relecture des épisodes les moins bien connus, grâce à l'exploitation d'archives de plus en plus abondantes.» Soutou (Georges-Henri), La guerre de Cinquante ans. Les relations est-ouest 1943-1990, Fayard, 2001, p. 15.

[41]   Ricœur (Paul), op. cit., p. 332