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Nolwenn Cardinal, L'expérience de « l'émancipation féminine » en Russie soviétique de 1917 à 1936 : un jeu de dupes ?

L'expérience de « l'émancipation féminine » en Russie soviétique de 1917 à 1936 : un jeu de dupes ?

 

 

Bulletin n° 9, printemps 2000

 

 

 

 

Nolween Cardinal

 

 

 

Le discours marxiste attachait une grande importance à l'égalité de l'homme et de la femme et à l'émancipation de cette dernière. Dans ce discours, émanciper la femme signifiait en faire une citoyenne consciente, libérée de tâches domestiques avilissantes, à qui la participation à la production socialiste permettrait l'indépendance économique, source de liberté, notamment dans ses relations avec les hommes. Cette émancipation, qui verrait à terme la disparition de la famille, devait découler de la réussite de la révolution.

Au regard de ces ambitions reprises par les bolcheviks, l'expérience soviétique d'«émancipation des femmes», dont le régime de l'URSS se glorifia toujours, et qui put sembler un modèle, apparaît plutôt, à la lumière des nouvelles recherches, et malgré l'ampleur de certaines réalisations, comme un échec et un jeu de dupes, dont les femmes furent, dans une certaine mesure, les victimes.

 

 La confrontation du discours bolchevique à ses applications réelles et ses conséquences sur les femmes russes permet de retracer l'histoire de la révolution du côté des femmes, et, par là, d'éclairer tout un pan de l'histoire largement méconnu, en France particulièrement, où aucun ouvrage ne retrace en détail l'histoire de ces femmes de manière satisfaisante. L'histoire générale s'est bornée à rappeler les programmes d'émancipation dont les femmes bénéficièrent, comme par exemple les réalisations soviétiques en matière de protection de la femme et de l'enfant, le rôle exceptionnel joué par les femmes pendant la révolution, leurs responsabilités importantes dans le monde du travail, plusieurs dizaines d'années avant l'Occident, ou encore à cerner certaines grandes figures féminines.

 

Pourtant, l'étude des rapports entre l'État et les femmes, et de la vie des femmes en général, paraît indispensable à une meilleure compréhension du fonctionnement du pouvoir soviétique et des réalités sociales de la Russie post-révolutionnaire. D'autant plus indispensable que la réflexion sur la femme et la famille tenait déjà dans les écrits marxistes une place importante. Les femmes représentaient par ailleurs plus de la moitié de la population russe. Elles furent donc l'objet d'enjeux politiques, économiques et sociaux majeurs pendant toute la période.

 

 Les réflexions menées sur l'histoire des femmes viennent ainsi enrichir celles sur la révolution. L'étude des rapports entre les sexes est en effet nécessaire pour aborder le discours politique et les réalités sociales dans toute leur complexité. Elle permet d'apporter des éléments de réponse aux interrogations propres à toute étude des révolutions, sur les continuités de fait entre l'ancien régime, les premières années révolutionnaires et ce qu'on a pu appeler la réaction stalinienne, par delà les ruptures apparentes induites par la révolution.

 

 L'objet de cet article sera précisément de montrer pourquoi l'«émancipation féminine» mise en œuvre par les bolcheviks dans la période étudiée aboutit à l'instrumentalisation des femmes par le pouvoir. On verra comment, dans le domaine public, les femmes se virent retirer peu à peu tout espace de parole spécifique, ce qui revint à ôter aux plus influentes d'entre elles toute importance politique réelle. Comment ensuite, dans le monde du travail et la sphère privée, le pouvoir politique utilisa le discours de l'«émancipation» féminine pour répondre à des exigences d'ordre politique et économique, principalement la production et la reproduction.

 

 

L'ambiguïté de l'égalité citoyenne: du prolétariat «viril» à son incarnation dans un homme, un pouvoir masculin.

 

 

Lorsqu'ils arrivèrent au pouvoir, les bolcheviks proclamèrent l'égalité totale entre hommes et femmes, et la législation des années 1917-1920 attribua aux femmes tous les droits civiques, légaux et politiques dont elles bénéficièrent durant toute la période soviétique. L'égalité en droit faisait d'elles des citoyennes à part entière, que l'on voulait conscientes. Dans leur intérêt et celui de la société, il fallait que les femmes se rallient au socialisme. Lénine considérait que:


«Il est impossible d'entraîner les masses dans la politique sans entraîner les femmes dans la politique»[1]

 

 En effet, les femmes apparaissaient aux bolcheviks comme le premier vecteur du conservatisme. L'arriération des femmes et leur pouvoir dans la famille constituaient une menace pour la révolution. La nécessité d'éduquer et de politiser les masses rejoignait la méfiance que les bolcheviks entretenaient à leur égard. Le stéréotype de l'ouvrière arriérée accompagnait celui de la paysanne conservatrice, élément le plus rétrograde de la société. De Lénine à Staline, les hommes au pouvoir cherchèrent à se concilier les femmes. Staline, plus que tout autre, avait conscience de l'enjeu politique qu'elles représentaient. Il déclarait:


«[La femme ouvrière] peut contribuer à l'œuvre commune, si elle est éduquée politiquement. Elle peut ruiner l'œuvre commune, si elle est craintive et ignorante [...]. Les ouvrières et les paysannes sont les mères, les éducatrices de notre jeunesse, avenir de notre pays. Elles peuvent déformer l'âme de l'enfant ou donner à notre jeunesse un esprit sain.»[2]

 

 Traditionnellement, en Russie, en dehors de l'intelligentsia, la vie sociale et publique des femmes, leurs prérogatives politiques étaient très limitées. Les rapports de la paysanne à l'État et à la politique rejoignaient plus généralement ceux entretenus avec la ville: rapport de méfiance, de rejet et d'incompréhension. Si dans les villes, ouvrières, domestiques ou employées jouèrent un rôle important dans le cours des événements révolutionnaires, ainsi que dans la guerre civile, elles étaient très peu nombreuses à être vraiment politisées. La participation active à la politique était considérée, de manière générale, comme une prérogative masculine.

 

 Face à cette situation, les bolcheviks créèrent en 1918 un organe spécifique destiné à la propagande et à l'agitation révolutionnaire auprès des femmes, le Zhenotdel (zhenskii otdel), ou Section féminine du Comité central. Il était animé par les grandes figures féminines du Parti, car selon Lénine,


«l'émancipation des ouvrières doit être réalisée par les ouvrières elles-mêmes.»[3]

 

 Par ailleurs, la création de cette institution permit aux bolcheviks de confisquer la parole à tous les autres mouvements de femmes. La poignée d'intellectuels au pouvoir, «fraction éclairée» du prolétariat, représentait la masse des ouvrières et des ouvriers. L'action du Zhenotdel devenait, selon la rhétorique bolchevique «le mouvement ouvrier féminin.»

 

 Toutefois, directement lié à cette structure, un certain nombre de journaux fournit aux femmes un forum pour s'exprimer. Or, aux lettres décrivant leurs vies et les abus dont elles souffraient, y compris ceux que leur infligeaient les ouvriers, les rédactrices répondaient par des articles qui révélaient aussi bien les préjugés des bolcheviks que le décalage entre leur conception du rôle des femmes et les préoccupations des travailleuses elles-mêmes. Ainsi pouvait-on lire dans le journal Rabotnitsa:


«La question féminine, pour les ouvriers et les ouvrières, est la question des moyens à mettre en œuvre pour attirer dans l'organisation les masses arriérées des travailleuses, de mieux leur expliquer où résident leurs intérêts, de faire d'elles au plus tôt de meilleures camarades de combat.»[4]

 

 Ces impératifs idéologiques exprimés sans nuance privaient la propagande d'une partie de son efficacité auprès des femmes. Conséquence d'un tel décalage, bien que la lutte contre l'analphabétisme fut un véritable succès, la pénétration culturelle et l'entrée en politique des femmes fut très lente et les autorités manifestèrent à plusieurs reprises leur inquiétude. Néanmoins les efforts pour attirer les femmes dans la vie politique portèrent quelques fruits. A partir du milieu des années 1920, un nombre modeste de femmes accéda aux niveaux moyens de l'autorité politique et administrative; un petit nombre, qui présentait le profil adéquat, bénéficia de réelles opportunités en matière d'éducation et de politique, et prit une part active dans les diverses organisations communistes. Le pourcentage de femmes dans le parti passa ainsi de 7,8% en 1923 à 13,1% en 1927 et à 16% en 1932. Les villes et les campagnes présentaient toutefois des disparités importantes[5].

 

 

Mais alors qu'on encourageait la promotion de la femme dans les organes locaux du gouvernement et de l'administration, la position de celles-ci déclina au plus haut niveau politique. Avant et à l'heure de la révolution, les femmes du parti bolchevique, bien que très minoritaires, jouèrent un rôle essentiel, notamment Alexandra Kollontai, Inessa Armand, Nadejda Kroupskaia, Elena Stassova et quelques autres. Mais en dépit de la proclamation d'une stricte égalité, il existait au sein du mouvement bolchevique un sexisme certain dans les comportements à l'égard des femmes et de leurs activités. Bien des cadres bolcheviques cachaient à peine leur mépris pour le Zhenotdel, qualifié de Bab-kom (comité des bonnes femmes), ou de tsentro baba. Les syndicats répugnaient à y coopérer et les hommes à travailler sous la direction des femmes. Il y avait peu d'égalité pratique dans la machine administrative de l'État, et aucune femme ne se vit jamais attribuer le poste de Premier conseiller des commissaires du peuple[6].

 

 

Il faut souligner qu'en plus de ce sexisme, il existait au sein du parti des exigences particulières liées à l'image de la révolutionnaire forgée au XIXe siècle, dont l'engagement fut souvent passionnel et dont l'esprit de sacrifice la rendit chère à ses camarades masculins. Cette idéalisation fixa une norme de comportement que les révolutionnaires s'attendaient à trouver ensuite chez les militantes[7]. Lénine évoquait ainsi en 1920

«l'énergie, l'esprit d'abnégation et l'enthousiasme des femmes communistes»[8], à propos du travail réalisé auprès des ouvrières. A l'inverse, sans doute visait-il Alexandra Kollontai lorsqu'il déclarait:


«Je ne jurerais pas de la fiabilité et de l'opiniâtreté au combat de ces femmes pour qui une aventure privée se confond avec la révolution.»[9]

 L'ascétisme était un modèle de vertu révolutionnaire, ancré dans la culture radicale, et la conduite privée d'Alexandra Kollontai constituait un véritable défi à celle-ci. Mais cette femme demeurait l'une des grandes figures féminines bolcheviques. Or celles-ci, toutes nées entre 1869 et 1878, disparurent rapidement de la scène politique, et très peu nombreuses furent les militantes qui, en terme de travail politique et d'image publique, purent s'imposer à leur tour. Après 1923, il n'y eut plus de femmes remarquables proches du pouvoir. Entre 1924 et 1939, seules quatre femmes furent membres du Comité central[10]. Ce mouvement général, amorcé dès le début des années 1920, allait de pair avec la progressive «plebeinisation» des cadres de l'État, selon l'expression de Marc Ferro. Les préjugés traditionnels antiféminins devinrent alors plus forts que ceux de la première génération de bolcheviks au pouvoir. Une femme qui fit une longue carrière au sein du Parti et qui fut loyaliste toute sa vie, déclarait à propos de la période stalinienne:


«Ils refusaient aux femmes l'saccès aux positions des plus hauts niveaux. Il y avait un plafond. C'est la ténacité de la tradition.»[11]

 

 

Les femmes bolcheviques nourrissaient à l'encontre des femmes du «peuple» les mêmes préjugés que les hommes du parti, et rejetaient comme ces derniers le «féminisme bourgeois» qui prônait une alliance des femmes, hors de toute considération de classe. Chez des femmes comme Inessa Armand ou Alexandra Kollontai, comme chez toutes celles qui s'étaient engagées à la fin du XIXe dans des mouvements radicaux, cet «anti-féminisme» était né de leur volonté de se consacrer à la cause du peuple russe dans son entier. Alexandra Kollontai déclarait ainsi:


«Le communisme ne sera atteint que par l'union dans la lutte de tous les exploités, et non par l'union des forces féminines des deux classes opposées.»[12]

 

L'émancipation des femmes ne pouvait découler que de la réussite de la révolution, or le féminisme ne pouvait que diviser le prolétariat. Aussi, pour les femmes comme pour les hommes bolchéviques, la «politique féminine» était-elle


«conçue comme un élément d'une stratégie générale de la prise du pouvoir et de la révolution.»[13]

 

 Cependant, la question féminine avait joué un rôle souvent important dans l'engagement en politique des femmes bolcheviques, le rejet du modèle familial ayant souvent constitué la première révolte contre l'autorité[14]. Ce furent ces femmes qui donnèrent à la question féminine l'importance qu'elle eut dès 1917. Or, dans cette lutte, elles ne rencontrèrent que peu de soutien, malgré l'approbation de principe des autres bolcheviques.

 

 Des tâches importantes furent accomplies, notamment parce que dans les premières années de leur existence, le Secrétariat international féminin comme le Zhenotdel disposèrent d'une autonomie importante, en grande partie dûe au prestige de leurs dirigeantes. Ainsi Alexandra Kollontai, à la tête du Zhenotdel de 1920 à 1922, utilisa-t-elle tout son talent et toute son énergie à dégager l'institution de son travail auxiliaire des temps de guerre pour une mobilisation psychologique et sociale. Dans les années qui suivirent, privé de ses dirigeantes les plus capables, malgré la tutelle idéologique du parti et son rôle de propagande, le Zhenotdel continua de jouer un rôle important. Seul organe habilité à parler au nom des femmes, important centre d'idées et d'activités dans le cadre existant, il chercha à les mobiliser pour leurs propres intérêts. Il livra nombre de batailles pour faire valoir leurs droits et réaliser les structures promises, malgré une permanente pénurie de moyens: mise sur pied de gardes d'enfants, de cantines communautaires et autres services.

 

 Ce travail correspondait aux principes de départ. Pourtant, la défiance des hommes bolcheviques vis-à-vis de cette institution contribua à ce que le Zhenotdel entreprît, malgré lui, un travail de plus en plus indépendant de l'activité générale du parti, et cela lui fut reproché tout au long des années 1920[15]. Ainsi une résolution, adoptée au XIIème congrès du Parti en 1923, avait insisté sur le danger d'une «déviation féministe» du Zhenotdel, à savoir:


«la velléité d'améliorer le sort de la femme en dehors du travail général du parti.» [16]

 

 Sous prétexte d'améliorer la vie des femmes, le Zhenotdel les détournait, selon ses opposants, de la lutte des classes. L'année suivante, face à la faible participation des femmes en politique, on reprocha aux sections féminines l'excès inverse: elles planaient trop au-dessus des soucis matériels qui accablaient les femmes...

 

 A la fin des années 1920, le Zhenotdel avait perdu beaucoup de son influence. Symbole d'un «séparatisme féminin», il fut dissous en 1930, quand le courant sous-jacent du conservatisme arriva au sommet du pouvoir, derrière Staline. L'argument était qu'il existait désormais une solide cohorte de femmes libérées; un organe spécifique n'était plus nécessaire. Le Secrétariat international féminin subit les mêmes attaques, notamment en août 1930, lors de sa dernière conférence:


«l'absorption sans partage dans les prétendues questions féminines mène inévitablement nos sections féminines et nos militantes femmes à se trouver à la traîne par rapport au rythme de travail de masse du parti (...)»[17]

 

 En Russie, en 1930, la question féminine était ainsi déclarée «résolue», alors même que les femmes avaient disparu des plus hautes instances de l'État et du Parti, et que les promesses d'émancipation, pour leur grande part, nous allons le voir, n'avaient pas été tenues, hormis dans le domaine de l'éducation. Le Zhenotdel disparu, il n'y eut plus aucun lieu où les femmes purent faire entendre leurs voix. L'adhésion des femmes au bolchevisme était liée à un idéalisme qui refusait le sexisme; or elles en furent elles-mêmes victimes puisqu'elles furent écartées des hautes sphères du pouvoir. La révolution se faisait en réalité au profit des hommes, elle était basée sur une identité masculine. Lénine s'était exprimé en ces termes à propos de la classe ouvrière:


«La classe ouvrière ne va pas à sa ruine, elle devient plus forte et plus virile, elle se rassemble, s'instruit et se trempe dans le combat.»[18]

 

 Le prolétariat apparut toujours comme génériquement masculin, guidé par un Parti qui l'était tout autant et qui finit par s'incarner par glissement idéologique dans l'État, puis dans la personne de Staline. La féminité était bannie des sphères du pouvoir. Le comportement d'une Alexandra Kollontai dérangeait. Certains témoignages donnent le sentiment qu'être femme dans les sphères du Parti pouvait même provoquer un certain complexe. Elena Ponomarenko, femme journaliste et membre du Parti, d'origine paysanne, fit une réponse significative à la question d'Anastasia Posadskaya, historienne venue l'interroger dans les années 1990:


«- Ne vous semble-t-il pas que si vous aviez été un homme vous auriez été promue plus rapidement?


- (...) Bien, j'étais née femme, qu'est ce que je pouvais faire? Bien sûr, j'enviais les hommes, je les enviais (...) et certains également me comparaient à un homme (...). Oui, je n'ai jamais porté de nattes de ma vie, j'ai toujours porté mes cheveux courts, comme un garçon.»
[19]

 

 Si les femmes furent écartées des plus hautes sphères du pouvoir politique, elles participèrent en revanche de plus en plus, et à de hauts niveaux de responsabilité, à la production.

 

 

Les femmes et le travail productif: ambiguïtés des réalisations soviétiques.

 

 

L'entrée en masse des femmes dans la production au début des années 1930 constitua la rupture la plus importante avec l'ancien régime et la réalisation la plus nette des ambitions soviétiques pour les femmes. Pour les bolcheviks, en effet, les femmes devaient participer au travail productif au même titre que les hommes, en vue du développement économique et de leur émancipation, à travers l'indépendance économique et la libération du foyer. A la chute du capitalisme devait succéder une période transitoire, qui connaîtrait une prolétarisation rapide des masses, femmes comprises.

 

 Cependant, l'entrée des femmes dans la production ne se fit pas dans les années 1920, l'État ne pouvant pas leur garantir cette participation au travail productif dans le cadre de la NEP. Celle-ci, mise en place dans le but de faire redémarrer une économie ruinée, signifia un mieux-être économique général, grâce à la reprise de l'initiative privée et du petit commerce, mais les femmes en furent souvent les laissées pour compte.

 

Dans les campagnes, les paysannes, qui représentaient 80% environ de la population féminine, continuèrent de remplir leur tâches spécifiques dans un système agricole traditionnel maintenu dans les années 1920, c'est à dire la tenue du foyer, et leur participation aux travaux collectifs des champs. Mais la NEP exacerba les inégalités que la révolution n'avait pas fait disparaître, le départ d'un fils ou d'un mari à la guerre ayant souvent rompu le fragile équilibre entre la force de travail et les ressources.

 

 Dans les villes, la NEP fut dans l'ensemble très défavorable au travail des femmes, à cause des phénomènes conjugués de la démobilisation, du passage à l'économie de marché, et du désengagement de l'État. Les dépenses publiques furent réduites de manière drastique. Toutes les institutions qui permettaient à la femme de se débarrasser un temps soit peu des «tâches terriblement improductives, mesquines, énervantes, déprimantes» du foyer[20] (cantines, crèches, garderies et autres services sociaux) furent atteintes, leur accès devint payant et beaucoup fermèrent. Cela ôta toutes perspectives d'emploi à celles qui devaient s'occuper de leurs petits, et mit de surcroît au chômage leur personnel, très majoritairement féminin. Avec le retour des hommes de l'armée rouge, les femmes perdirent des emplois dans l'industrie lourde et retrouvèrent ceux qui leurs étaient traditionnels, moins payés: textile, couture, secteur alimentaire.

 

 Surtout, ce sont elles qui subirent l'essentiel du chômage engendré par la NEP. Entre 1921 et 1927 le nombre officiel de chômeuses connut une multiplication par six. Le monde de l'usine ne réagit pas du tout conformément à l'idéologie; face à la démobilisation, la concurrence homme-femme, liée à la mentalité très sexiste qui régnait au sein de l'usine, étrangère au schéma marxiste, joua en défaveur des femmes. Les caractéristiques progressistes de la législation du travail que les bolcheviks avaient mises en place des 1918, journée de travail de huit heures, l'interdiction des travaux dans les mines avant 18 ans et huit semaines de congés payés de maternité, se retournèrent cyniquement contre les femmes, licenciées en priorité. Les déléguées ouvrières au congrès du Parti en 1924 réclamèrent des mesures contre ces pratiques discriminatoires: élévations des formations, intégration dans les branches autres que traditionnelles. Le Parti reconnut les faits et souligna que la préservation du travail féminin au sein de la production avait une signification politique autant qu'économique. Mais il se contenta de promulguer des décrets stipulant que les hommes et les femmes devaient être licenciés dans les mêmes proportions, et que l'on ne pouvait licencier les femmes enceintes ou ayant un enfant à charge; or ces résolutions eurent peu d'effet sur les pratiques locales des entreprises. Aussi les délégués au sixième congrès des syndicats en novembre 1924 votèrent ils l'abrogation des dispositions interdisant le travail de nuit, et autorisèrent aux femmes l'entrée dans les industries où le travail pouvait avoir des conséquences nuisibles sur la santé; le Zhenotdel lui-même agréa la nécessité de ces dispositions.

 

 Les mêmes discriminations eurent lieu lorsque l'économie redémarra après 1925, et que les entreprises embauchèrent à nouveau. Face au chômage, les syndicats au sein desquels les femmes étaient très minoritaires protégeaient jalousement les droits de leurs membres. L'égalité des salaires entre hommes et femmes avait été décrétée le premier septembre 1918 pour les ouvriers et les employés; pourtant, pour les mêmes positions, hommes et femmes ne percevaient pas toujours les mêmes salaires...Cette situation favorisa une recrudescence de la prostitution pendant la NEP.

 

 

Face à ces difficultés que connaissaient les femmes, en 1927, lors du deuxième congrès panrusse des ouvrières et paysannes organisé à Moscou par le Zhenotdel, les déléguées s'élevèrent contre la séparation des problèmes de la femme de ceux des travailleurs et de l'État. Les problèmes des femmes étaient


«fermement liés à la situation générale de la classe ouvrière et à aucune condition ne devait être considérés à part de ceux de l'État prolétarien»[21].

 

 Puisque l'État ne se préoccupait pas efficacement du problème de l'emploi des femmes, contre leur gré leur combat devenait un combat isolé. Ce congrès fut la dernière grande manifestation du Zhenotdel avant son abolition pour cause de «séparatisme»...

 

 Aussi, lorsque les autorités lancèrent en 1928 le premier plan quinquennal, il n'y avait plus de voix pour défendre la condition des femmes dans le travail. Or la mise en place de l'économie socialiste planifiée fut extraordinairement brutale. Les femmes résistèrent activement à la collectivisation, mais les déportations concernèrent avant tout la population masculine des villages. Dès avant 1941, la main-d'œuvre des kolkhozes se composait avant tout de femmes. Le gouvernement tenta de les convertir au nouveau système des kolkhozes, en leur expliquant les bénéfices de la collectivisation qui les «émancipait.» En détruisant le foyer patriarcal comme unité première de production, la collectivisation imposée leur permettait l'égalité avec les hommes, et l'indépendance. Staline déclarait ainsi au 1er congrès des kolkhoziens oudarniks de l'URSS le 19 février 1933:


«(les kolkhoziennes) ne doivent pas oublier que c'est seulement dans les kolkhozes qu'elles peuvent se mettre sur un pied d'égalité avec l'homme. En dehors des kolkhozes, c'est l'inégalité; dans les kolkhozes, c'est l'égalité des droits. Que les camarades kolkhoziennes s'en souviennent et qu'elles gardent le régime des kolkhozes comme la prunelle de leurs yeux.»[22]


Il déclarait encore:


«Au moyen de l'unité de travail, le kolkhoze a libéré la femme, il l'a rendu indépendante. Elle ne travaille plus maintenant pour son père, ni pour son mari »[23].

 

 Des crèches et des centres de garde de jour furent organisées, et les femmes furent entraînées dans des travaux qui auparavant étaient du ressort des hommes. On leur confia également des postes de direction. Des «brigades féminines» se constituèrent et obtinrent d'excellents résultats. Staline énonça en 1934 au congrès du Parti les raisons pragmatiques d'une telle promotion.

 

«Les femmes forment la moitié de la population de notre pays; (...)elles sont appelées à éduquer nos enfants, notre génération montante, c'est à dire notre avenir(...). Voilà pourquoi nous devons saluer l'activité sociale grandissante des femmes travailleuses et leur accession aux postes de direction, comme un signe certain des progrès de notre culture.»[24]

 

 Mais la situation d'ensemble était catastrophique. Les revenus misérables dépendaient du travail accompli, donc les femmes gagnaient moins que les hommes. La survie du kolkhozien et de la kolkhozienne passait par «l'économie auxiliaire individuelle», principalement l'exploitation d'un petit lopin de terre individuel. Au cours des années 30, le niveau de vie et le pouvoir d'achat baissa dans les campagnes. L'égalité en droit qu'elle avait acquise face au paysan ne profitait qu'à une petite minorité effectivement intégrée au kolkhoze. Pour l'immense majorité des paysannes, arrachées brutalement à un ordre, à une civilisation millénaire, cette égalité dans la misère n'avait pas grande signification.

 

 Dans le même temps, des millions de paysans et de paysannes avaient submergé les villes et les nouveaux centres industriels, et entre 1928 et 1937, ce furent 6,6 millions de femmes qui entrèrent dans l'industrie et les services. Cependant, à ses débuts, le premier plan quinquennal offrit peu d'opportunités aux femmes, à cause du primat accordé à l'industrie lourde, secteur au sein duquel les femmes étaient faiblement représentées. La mise au travail des femmes ne se fit pas progressivement mais s'effectua selon une véritable «révolution» et fut la conséquence d'une nécessité économique. Les femmes pénétrèrent en effet en masse dans l'industrie lorsque la main d'œuvre masculine n'y suffit plus, à partir de 1930. La proportion de main d'œuvre féminine dans l'industrie passa de 28,8% en 1928 à 43% en 1940, et elle augmenta dans tous les secteurs. Entre 1932 et 1937, 82% des nouveaux travailleurs étaient des femmes. Mais celles-ci étaient moins qualifiées que les hommes[25]. Or les salaires rétribués pour les travaux non qualifiés étaient extrêmement bas, sauf productivité exceptionnelle, puisque le salaire aux pièces fut institué en 1932. La grande encyclopédie soviétique proclamait dans les années 1930:


«la productivité du travail féminin n'est pas inférieure à celle du travail masculin.»[26]

 

 Mais en dehors des bataillons de chocs d'ouvrières stakhanovistes, il est évident que la plupart des ouvrières n'atteignaient pas, dans la même usine, les normes des ouvriers, surtout quand ces tâches demandaient un effort physique particulièrement pénible et prolongé. Aussi l'égalité des salaires était-elle illusoire.

 

 Dans le domaine de l'instruction, l'effort entrepris par le gouvernement soviétique fut cependant important, et permit à certaines d'obtenir ensuite un salaire décent. L'élévation du niveau d'instruction, étant donné le niveau de qualification des femmes et les besoins de l'industrie, principalement la pénurie de cadres, était un objectif de première importance. Le pourcentage de femmes parmi les spécialistes augmenta ainsi à mesure qu'elles sortaient des rabfaks, écoles techniques et établissements supérieurs. En 1937, environ un demi-million de femmes étaient inscrites dans les universités et les écoles supérieures techniques[27].

 

 L'égalité totale affirmée du travail masculin et féminin permit l'emploi de la femme dans des métiers traditionnellement réservés aux hommes, parce que plus durs ou plus dangereux: en 1935, on comptait ainsi 27,9 % de femmes dans les mines[28]. De plus, l'industrialisation conduisit à enfreindre la législation ouvrière interdisant certains métiers aux femmes, et à diminuer les congés de maternité. L'esprit de sacrifice et d'abnégation pouvait justifier cela dans la littérature réaliste socialiste:


«Oui, Lélia savait: au bout de deux à trois ans de ce travail, les jeunes filles perdaient leur éclat, toutes étaient irritables et nerveuses, et ressemblaient à trente ans à de vieilles femmes. Mais elle n'y songeait pas(...)Ce qui l'enchantait, c'était des impressions nouvelles qu'elle éprouvait à l'usine.»[29]

 

 Dans les autres secteurs d'emplois, certaines professions furent progressivement occupées très majoritairement par des femmes, comme l'enseignement et la médecine, métiers traditionnellement tournés vers l'enfance et la santé. Or dans ces domaines, les salaires étaient misérables, inférieurs à ceux des ouvriers non qualifiés de l'industrie. Par ailleurs, dans les années 1930, une caste dirigeante privilégiée se développa, autour de laquelle gravitait nombre d'employés, notamment un personnel domestique féminin peu coûteux et absent des statistiques, qui déchargeait les femmes des bureaucrates ou les femmes membres du parti de leurs tâches ménagères. Mais les autres femmes russes connurent le phénomène du «double travail», particulièrement grave en Russie étant donnée l'ampleur des tâches domestiques, les «courses» en particulier. En 1937, «dans certaines villes de province, où le ravitaillement ne se fait pas avec la régularité des grands centres, les femmes sont obligées, avant de se rendre à l'usine, de faire leur marché dès quatre heures du matin, afin de se procurer les déchets de viande et de légumes, vendus à bas prix.»[30]

 

 L'État engagea des dépenses croissantes en direction des services sociaux. Mais la tâche était immense du fait de la brutalité des changements, et l'on eut souvent recours à des bénévoles, recrutées notamment parmi le «mouvement des épouses»[31]. L'indépendance économique de la femme n'était pas encore à l'ordre du jour: entre 1928 et 1932, les salaires réels chutèrent de 49%, et deux salaires étaient nécessaires là où auparavant un seul suffisait. Malgré une amélioration pendant le deuxième plan quinquennal, les salaires restaient en 1937 bien inférieurs au niveau de 1928[32].

 

 Néanmoins, cette mise au travail des femmes, leur promotion à des postes de responsabilités et l'affirmation systématique de leur égalité à l'homme donna à un très grand nombre de femmes le sentiment d'une véritable émancipation, de fait unique au monde...

 

 Cette application réelle de l'ambition primitive de la participation des femmes à la production se fit donc tragiquement dans le cadre de leur instrumentalisation par le pouvoir, et dès le début des années 1930, la femme travailleuse était au cœur de la propagande stalinienne. Par la propagande, le régime mettait l'accent sur tels ou tels aspects qui lui semblaient les plus importants d'une réalité «décrétée», inexistante en dehors du verbe et de l'image. Or peu à peu, l'image centrale de la femme travailleuse et de l'héroïne de la production fit place à celle de la femme mère, gardienne du foyer et héroïne de la reproduction. Dans le domaine de la vie privée comme dans les autres, le pouvoir tenta d'instrumentaliser la femme à des fins économiques et politiques. Comment en dix ans à peine, le pouvoir en arriva à cela? Quelles étaient au départ en ce domaine les intentions des bolcheviks?

 

 

Les bolcheviks, la famille et le couple: d'un discours libertaire à la réaction stalinienne.

 

 

Dès leur arrivée au pouvoir, ceux-ci avaient mis à bas la législation patriarcale d'ancien régime (difficultés de divorce, tyrannie du père et de l'époux, notion d'illégitimité des enfants, emprise de l'Eglise), et édicté un nouveau code de la famille. Le mariage devint une formalité. En novembre 1920, un décret légalisait l'avortement thérapeutique gratuit, qui devait permettre aux femmes réduites à la dernière des extrémités de recourir à cette mesure dans de bonnes conditions sanitaires. Aussi cette pratique fut elle autorisée


«aussi longtemps que les survivances du passé et les difficultés économiques du présent contraindront les femmes à recourir à cette mesure.»[33]


Mais Lénine déclarait par ailleurs que les bolcheviks étaient


«des ennemis absolus du néo-malthusianisme, de cette tendance propre aux couples petit-bourgeois(...)[34]

 

 Le code de la famille dans son ensemble était en fait une création provisoire, dont l'objet était de régir la phase «transitoire» et de préparer l'avènement de la société future, dans laquelle les relations matrimoniales, déchargées de tout poids économique et juridique, ne seraient plus fonction que des affinités réelles entre les individus. Ainsi, un nouveau code de la famille fut promulgué en 1926, conçu au départ comme une étape supplémentaire dans l'élimination de la loi «bourgeoise»; «les formalités abjectes qui accompagnent [le divorce]», selon l'expression de Lénine[35], y étaient simplifiées à l'extrême puisqu'elles ne requéraient la présence et la décision que d'un seul des deux époux. Par ailleurs, l'État devait se substituer à la famille dans l'exercice de toutes ses fonctions, celle de l'économie domestique et de l'éducation, grâce à la prise en charge par la collectivité des enfants et des tâches ménagères, dont des femmes, ou les femmes en général, seraient chargées. On souhaitait l'extension du sentiment maternel exclusif à tous les enfants. La famille serait ainsi réduite à l'union de deux êtres libres, égaux, au service de la collectivité: l'épanouissement personnel n'était en effet pas conçu hors de la collectivité.

 

 Mais la création de ce mode de vie et l'apprentissage des nouveaux droits fut largement mis en cause par le contexte socio-économique. Les situations extrêmes dans lesquelles furent plongées les populations pendant les sept années de guerre engendrèrent l'«ensauvagement «du pays, un effondrement des valeurs morales. Aussi, la législation très permissive mise en place dès 1917, favorisa en Russie, surtout dans les villes, un certain «relâchement des mœurs», considéré par certains comme une «libération des mœurs»[36]. Mais celle-ci était rien moins que féministe, puisqu'elle fonctionnait le plus souvent à sens unique.

 

L'instabilité familiale vint s'ajouter et bien souvent aggraver les problèmes économiques des femmes. Le taux de divorce augmenta tout au long des années 1920, surtout après la promulgation du code de 1926. A Moscou, il passa ainsi de 477 à 741 pour mille mariages entre 1916 et 1927. Souvent, les époux sollicités refusaient de payer les pensions alimentaires. Beaucoup d'enfants furent abandonnés, et le phénomène dramatique des Besprizorniki[37] ne tarit pas avec la fin de la guerre civile, puisque leur nombre était estimé en 1928 à neuf millions. Beaucoup de femmes eurent recours à l'avortement, et l'ampleur que prit le phénomène (à la fin des années 1920 le nombre d'avortements dépassait le nombre de naissance dans de nombreuses villes), déborda les autorités. Il constituait pour les femmes un véritable moyen de régulation des naissances, et touchait toutes les catégories de population, contrairement à l'interprétation qu'en avaient faites les bolcheviks.

 

 Dans les campagnes, l'application de la nouvelle législation en matière familiale accéléra la déstabilisation de la famille traditionnelle «élargie.» Le divorce devint une réalité statistique, et en 1926, on y comptait en moyenne un divorce pour dix mariages. Mais la famille y demeurait un pilier indispensable, et la politique très libérale du gouvernement y apparut vite inadaptée. Celle-ci se heurta d'abord à tout le système socio-économique paysan, pourtant reconnu par le pouvoir lui-même dans le code agraire de 1922. Ainsi, la distinction entre enfants légitimes et illégitimes, abolie par le code de la famille de 1918, était maintenue de fait puisque l'enfant d'une femme non mariée n'avait pas de droits sur la propriété familiale... Cette notion d'illégitimité constituait pourtant un aspect majeur des «lois infâmes»dont Lénine affirmait n'avoir «rien laissé subsisté.» Elle était forte encore également dans les mentalités, puisque le désir de se préserver de la honte d'une grossesse illégitime était un des motifs principaux qui poussait les paysannes à l'avortement.

 

 Le divorce posait des problèmes économiques d'autant plus majeurs que les divorces n'avaient pas lieu dans les familles aisées. Les femmes divorcées étaient souvent obligées de vendre leur terre ou de payer un ouvrier, faute de pouvoir réaliser les travaux les plus difficiles. Les femmes ouvrières agricoles étaient d'autant plus vulnérables qu'elles travaillaient le plus souvent sans contrat, donc sans protection sociale. C'est parmi elles qu'on trouvait nombre de prostituées qui affluèrent vers les villes, ainsi que les «épouses d'une saison», phénomène qui constitua un des nombreux effets pervers de la législation. L'émancipation telle qu'elle était conçue par les bolcheviks requérait en fait le changement des mentalités et de tout le mode de production. Il aurait fallu que les paysans des deux sexes gagnent un salaire, et que la famille cesse d'être une unité de production[38].

 

 Aussi, lors des discussions au sein du Comité exécutif central qui présidèrent à l'élaboration du code de 1926, la plupart des ouvrières et des paysannes qui firent connaître leur opinion présentèrent une critique incisive de ce que coûtait aux femmes l'instabilité de la famille et l'irresponsabilité masculine, et préconisèrent une approche plus sérieuse et plus responsable du mariage, et une bien plus restrictive approche du divorce. Le décalage entre les lois permissives correspondant à l'idéologie et le contexte socio-économique étaient plus que flagrantes. Les politiques «progressistes» qui souhaitaient libérer l'individu et les relations entre les sexes de l'ingérence de l'État étaient des échecs. Dès le milieu des années 1920, il était avéré que l'État n'avait pas les moyens d'exercer les fonctions habituellement dévolues à la famille, que celle-ci ne disparaîtrait pas, et que toutes les activités du foyer restaient à la charge des femmes.

 

 Or, face à ces échecs, au milieu des années 1920, une tendance politique peu présente jusque là dans les discours sur les femmes et la famille tendit à prendre de l'importance. Autoritaire et volontariste, elle rejoignait les aspirations à la stabilité de la population féminine et était incarnée par des figures en vue dans l'État et le Parti. Celles-ci s'avançaient comme réalistes et considéraient que la politique familiale soviétique encourageait un comportement sexuel que l'économie des familles et de l'État ne pouvait pas suivre. Face au chaos social, ils proposaient l'ordre. C'est cette tendance qui arriva au pouvoir avec Staline à la fin des années 1920. Sa volonté d'intervenir dans la vie des individus put dès lors s'appuyer sur une idéologie socialiste «pervertie.» On assista, selon l'expression de Marc Ferro, à


«la lente subversion des idées socialistes ou libertaires par la mentalité traditionnelle.»[39]

 

 Les nouveaux hommes au pouvoir échafaudèrent dans les années 1930 un nouveau discours sur la famille et la sexualité, basé sur la rhétorique de la responsabilité familiale.


«Un père qui abandonne la mère de ses enfants et se sent libre comme un oiseau est un criminel.»[40]

 

 La famille et l'honnêteté des mœurs devenaient des devoirs sociaux pour le citoyen qui devait servir efficacement sa patrie socialiste. Des considérations éminemment politiques entraient en ligne de compte dans l'élaboration du discours sur la famille. Face à la catastrophe démographique, provoquée par la brutalité de la mise en place de l'économie socialiste planifiée, qui s'ajoutait aux pertes des guerres et de la répression, il fallait encourager la natalité. Par ailleurs, dans un contexte international de plus en plus tendu, la stabilité apparaissait comme une nécessité politique. Comme dans tous les régimes totalitaires des années 1930, le régime communiste remit donc sous Staline la famille à l'honneur.

 

 Mais le discours stalinien était d'une nature particulière. Il héritait d'abord du discours patriarcal de l'ancien régime, de la tendance traditionnelle de l'État russe à contrôler la famille, à exalter le principe féminin légitimé par la Nature, comme épouse et mère, éléments déjà présents dans le Domostroi[41]. Staline évoquait en 1936 ainsi le


«grand et noble devoir que la Nature lui a donné: elle est mère et elle donne la vie»[42]

 

 Il héritait également des conceptions bolcheviques sur la famille et le rapport des sexes. Le pouvoir exaltait le bonheur de la famille socialiste dans la propagande, mais il n'avait pas perdu de vue que la famille demeurait «l'un des principaux points de départ d'une distance entre l'État et la société[43] «, entre l'État et l'individu, qui devait se mettre tout entier au service de la collectivité, principalement en participant activement à la production et à la reproduction. Aussi l'État tenta-t-il de s'immiscer dans le couple et d'en briser l'intimité, de diverses manières. En encourageant la rivalité homme-femme, d'abord, dans le domaine de la production. La protection de la femme contre l'homme par l'État rejoignait cette idée, le pouvoir soulignant, comme dans le discours aux kolkhoziennes cité plus haut, que l'émancipation se faisait contre l'homme. Cet aspect était d'autant plus important que l'État était incarné dans la figure d'un seul homme et que celui-ci faisait l'objet d'un véritable culte de la personnalité. Le climat de terreur parvint également à miner les relations familiales, puisqu'on encourageait les pratiques policières comme la dénonciation des parents par leurs enfants[44]. Cette intrusion de l'État dans la vie intime des gens s'exerçait enfin par une pression morale «par en bas», tout membre de la société communiste devait être un gardien de la bonne morale de son voisin.

 

 Le pouvoir entretint une certaine frontière entre les sexes par l'instauration d'un tabou formidable sur le sexe en cultivant l'ignorance et les préjugés. Le sexe était frappé d'interdit, et la censure anti-érotique permanente était un des traits caractéristiques du régime soviétique dès la fin des années 1920. L'essentiel de l'information sur le sujet était de souligner les dangers terribles que pouvait entraîner la vie sexuelle, et prenaient souvent la forme de menaces: de stérilité, d'impuissance, de maladies vénériennes. L'attitude indifférente à l'égard du sexe était un modèle de comportement type de la femme honnête. Les jeunes filles étaient donc laissées à elles-mêmes dans la découverte de la sexualité, et les jeunes mères ne bénéficiaient d'aucune écoute, alors même que la naissance était encensée. La réponse d'une femme de l'époque à une question posée lors d'une entrevue est significative:


«- Est-ce qu'on vous préparait pour la naissance ou vous enseignait comment prendre soin d'un jeune bébé?


- Comment pouvez vous penser cela? Bien sûr que non.»
[45]

 

 Le tabou sur le sexe, traditionnel, rejoignait le thème de la pureté révolutionnaire, par opposition à l'impureté des relations de l'ancien régime, thème central de l'analyse marxiste des rapports entre hommes et femmes, et l'idée que le sexe était néfaste et pouvait être un obstacle à la révolution. A cet égard les hommes au pouvoir n'eurent pas de difficulté à trouver dans les textes de Lénine de quoi justifier leur discours. Chez les premiers bolcheviks, au-delà du consensus de principe sur la question du couple, la question de la sexualité avait déjà entraîné des désaccords. Certaines femmes bolcheviques avaient tenté de discuter ouvertement de cet aspect de la famille liée à la sexualité, dès avant la révolution; elles avaient reçu peu d'encouragements. Alexandra Kollontai, véritable théoricienne sur ce type de sujets, s'était interrogée.


«Comment s'expliquer la relégation hypocrite du problème sexuel dans le casier des 'affaires de famille' ne nécessitant pas un effort collectif? Comme si les rapports entre les sexes (...) n'apparaissaient pas dans tout le cours de l'histoire comme l'un des facteurs invariables de lutte sociale?»
[46]

 

 En appelant la femme à défendre, intérioriser et imposer l'idée de sa propre valeur, ces femmes étaient sorties du cadre marxiste. Clara Zetkin, Alexandra Kollontai et Inessa Armand furent rappelées à l'ordre par Lénine. La position de ce dernier était claire:


«Il me semble que cette abondance de théories sexuelles(...) provienne de nécessités toutes personnelles, c'est à dire du besoin de justifier aux yeux de la morale bourgeoise sa propre vie anormale ou ses instincts sexuels excessifs, et de les faire tolérer. (...)»[47]


Il avait écrit à Klara Zetkin en 1920:


«On m'a dit que les problèmes sexuels sont aussi l'objet favori de l'étude de vos organisations de jeunes. (...). Cela est particulièrement scandaleux, particulièrement dangereux pour le mouvement des jeunes. Ces sujets peuvent facilement contribuer à exciter, à stimuler la vie sexuelle de certains individus, à détruire la santé et les forces de la jeunesse. (...)Or pendant la révolution, cela ne vaut rien du tout. (...)Une âme saine dans un corps sain.»[48]

 

 A la fin des années 1920, une théorie de la «sublimation révolutionnaire» fut élaborée, qui déclarait que l'énergie sexuelle était limitée et que toute vie libidinale devait être canalisée et orientée vers la production. Le médecin Aron Zalkind, tenant éminent de cette théorie, déclarait:


«J'ai très peur qu'avec le culte des 'Eros ailés' nous construisions très mal nos aéroplanes.»[49]

 

 «Eros ailé» était le titre d'un des ouvrages d'Alexandra Kollontai, qui fit l'objet de vives attaques, comme si elle avait été à l'origine du chaos social. Si ses discours sur la liberté de l'amour étaient effectivement plus en phase avec ses propres préoccupations qu'avec celles des femmes du peuple à qui elle voulait les étendre, ils étaient néanmoins la seule variante «féministe» des théories de l'amour libre, qui aspirait au respect mutuel et à des relations de qualité.

 

 L'idée déjà soulignée d'une égalité des sexes virant à l'identité des sexes au profit de l'identité masculine, conjuguée à la théorie de la sublimation révolutionnaire, entraînait le type de discours suivants. Le Dr Zalkind déclarait à propos du «combattant moderne»:


«peu importe si c'est un homme ou une femme (...). Quant à la fragilité de la femme, elle ne sert de toutes façons à rien: économiquement et politiquement, c'est-à-dire aussi physiologiquement, la femme doit se rapprocher et se rapproche de plus en plus en plus de l'homme.»[50]

 

 La force physique, associée à la virilité, était une qualité essentielle pour la production. L'identité des sexes, transposée sur le plan physique, se retrouvait dans l'iconographie «réaliste socialiste.»

 

 Afin de guider les hommes dans la construction socialiste, de plus en plus s'affirmait la prétention de contrôler totalement les individus, et l'argument eugénique prit de l'importance dans les discours sur la sexualité[51]. Mais l'État central cherchait avant tout à réguler les comportements démographiques, et la lutte contre les méfaits de l'avortement fut la pièce maîtresse de la campagne nataliste vers le milieu des années 1930, qui culmina avec la promulgation d'un nouveau code de la famille le 27 juin 1936. Celui-ci proclamait l'interdiction de l'avortement, dont les femmes n'avaient plus besoin du fait de leur émancipation dans la nouvelle économie socialiste; il apportait des restrictions à la procédure du divorce, et renforçait les mesures de contraintes aux pères coupables de non-paiement de la pension alimentaire. Il prévoyait également l'extension d'un réseau de maternités, crèches et jardins d'enfants. Mais celle-ci ne fut pas réalisée à hauteur des promesses, et le régime, qui agissait par pilonnage idéologique sans promouvoir de mesures propres à améliorer la situation, échoua à demi dans ses objectifs. Les femmes continuèrent d'avorter de manière clandestine, donc très dangereuse pour la santé, car c'était en Russie le seul moyen de réguler les naissances et de profiter un tant soit peu des opportunités offertes par le régime. Une étude de 1960 montre ainsi que sur 1000 femmes interrogées, fertiles dans ces années là, seulement un tiers n'avaient jamais subi d'avortements[52]. Mais il semble que le pouvoir ait réussi à demi à briser les familles, par la répression, et à entretenir une certaine frontière entre les sexes: les difficultés du temps qui alourdissaient le quotidien, combinées à l'ignorance et aux préjugés, aux préoccupations différenciées des hommes et des femmes, ne pouvaient qu'empoisonner les relations entre époux et la compréhension mutuelle.

 

 Ainsi, dans les premières années qui suivirent la révolution, les promesses de l'émancipation ne furent pas réalisées, et dans les années 1930 le pouvoir stalinien passa à un discours rigide et conservateur, utilisant le discours de l'émancipation dans une idéologie pervertie pour instrumentaliser les femmes à des fins économiques et politiques.

 

 Deux facteurs peuvent expliquer cette évolution. Le premier est le décalage entre le discours bolchevique et les réalités du pays, donc le caractère inadapté des lois adoptées par les bolcheviks à une population qu'ils connaissaient en fait très mal. Ce décalage explique la fluctuation des politiques concernant les femmes après 1917, dans un contexte socio-économique particulièrement difficile.

 

 Mais ce facteur, maintes fois souligné, n'explique pas tout, et l'aspect le plus tragique de l'expérience soviétique découle d'un autre décalage, contenu dans la théorie «marxiste-léniniste» de l'émancipation féminine elle-même. Dans le schéma marxiste, la question du rapport des sexes était réduite à la théorie de l'exploitation de la femme par l'homme lié à la division du travail instauré par le capitalisme. La révolution, en renversant ces rapports de production et en affirmant l'égalité totale de l'homme et la femme, faisait disparaître tout rapport de pouvoir entre les sexes. L'émancipation de la femme signifiait dès lors son assimilation par le prolétariat. Or ce prolétariat était conçu comme génériquement masculin. L'émancipation de la femme ne pouvait dès lors que tendre à l'assimiler à l'homme lui-même. Ainsi, la révolution rendit impossible toute revendication des femmes en tant que telles, et se fit au bénéfice de l'identité masculine. Cet aspect est fondamental car il permet seul d'éclairer la continuité paradoxale entre les premières années «libertaires» et la réaction stalinienne, qui toutes deux se réclamaient du même héritage marxiste.

 



[1] Extrait d'un article de la Pravda à propos de la journée internationale des femmes, le 8 mars 1921, in FRÉVILLE (Jean), La femme et le communisme, anthologie de textes, Paris, Éditions sociales, 1951, p. 220-221.

[2] Extrait d'un article paru dans la revue Kommunistka en novembre 1923. Cité par FRÉVILLE (Jean), op. cit., p.138-139

[3] Extrait d'un discours de Lénine du 23 septembre 1915 à la IVe conférence des ouvrières sans parti de Moscou, cité par FRÉVILLE (Jean), op. cit., p. 203.

[4] ALPERN-ENGEL (Barbara), «Les femmes dans la Russie des révolutions, 1861-1926», in Encyclopédie politique et historique des femmes, Paris, PUF, 1997, p. 450.

[5] Pierre (André), Les femmes en Union soviétique, Paris, SPES, 1960, p. 130-132.

[6] Goldman (Wendy), Women, the State and Revolution: Soviet Family Policy and social life, 1917-1936, Cambridge University Press, 1993, p. 111 et ALPERN-ENGEL (Barbara), op. cit.

[7] Voir M.-C. Brunet-Vignel, «Femmes russes dans le combat révolutionnaire, l'image et son modèle à la fin du XIXe siècle», Cultures et sociétés de l'Est, Paris, 1990, n°12.

[8] Extrait de Zetkin (Klara), Lénine tel qu'il fut, 1934, cité par FRÉVILLE (Jean), op. cit., p. 224.

[9] Vaksberg (Arkadi), Alexandra Kollontai, Paris, Fayard, 1996, p. 188.

[10] STITES (Richard), The women's Liberation Movement in Russia: feminism, nihilism and bolchevism, 1860-1930, Princeton University Press, 1978, réed. 1996.]

[11] Posadskaya (Anastasia) et ALPERN-ENGEL (Barbara), A revolution of their own Voices of women in soviet history, 1998, entetien avec Sophia Pavlova, p. 83

[12] Citée par Marie (Jean-Jacques), «De Lénine à Staline, la Section féminine du Komintern», in Encyclopédie politique et historique des femmes, op. cit., p. 490-491.

[13] Cette phrase fut employée en 1920 à propos de la politique à mettre en œuvre par le Secrétariat international féminin, créé parallèlement au Zhenotdel au sein de l'Internationale communiste. Voir MARIE (Jean-Jacques), op. cit. La création du Zhenotdel fut par ailleurs approuvée par Lénine, sous réserve de ne pas créer un mouvement féministe séparé. Voir ALPERN-ENGEL (Barbara), op. cit., p. 463.

[14] ALPERN-ENGEL (Barbara), op. cit., p. 465.

[15] Certains s'étaient opposés à la formation du Zhenotdel, et certains leaders syndicalistes avaient appelé à son abolition. Sur le Zhenotdel et son évolution, consulter STITES (Richard), op. cit.

[16] Cité par Iswolsky (Hélène), Femmes soviétiques, Bruges, Desclée de Brower, 1937, p. 46.

[17] Cité par Marie (Jean Jacques), op. cit., p. 494-495.

[18] Lénine, De l'émancipation de la femme, anthologie de textes, Paris, Bureau de diffusion et de publicité, 1937

[19] Posadskaya (Anastasia) et ALPERN-ENGEL (Barbara), op. cit., p. 162. Selon la coutume, les paysannes russes tressaient leurs cheveux et coiffaient leur tête d'un foulard.

[20] Lénine, extrait d'un discours prononcé au 1er congrès panrusse des ouvrières, le 19 novembre 1918, cité par FRÉVILLE (Jean), op. cit., p. 197.

[21] Sur cette question, voir Goldman (Wendy), op. cit., p. 110-126.

[22] FRÉVILLE (Jean), op. cit., p. 225. Les oudarniks étaient les «travailleurs de choc.»

[23] Discours du 10 novembre 1935 à des «kolkhoziennes de choc», FRÉVILLE (Jean), op. cit., p. 228.

[24] Extrait d'un rapport présenté au XVIIe congrès du PCUS le 26 janvier 1934, cité par FRÉVILLE (Jean), op. cit., p. 226

[25] Goldman (Wendy), op. cit., p. 279-313

[26] Cité par Iswolsky (Hélène), op. cit., p. 34.

[27] Ibidem, p. 61

[28] Zamoyska (Hélène), «La femme soviétique», Histoire mondiale de la femme, Éd. NLF, Paris, 1966, p.407.

[29] Iswolsky (Hélène), op. cit., p. 21.

[30] Ibidem, p. 62.

[31] Fondé en 1933, il s'occupait un peu partout de travail culturel et social. Zamoyska (Hélène), op. cit., p. 408 et Iswolsky (Hélène), op. cit., p. 61.

[32] Goldman (Wendy), op. cit., p. 317.

[33] Cette phrase était inscrite dans le code de la famille de 1918.

[34] LÉNINE, De l'émancipation de la femme, op. cit, p. 32.

[35] FRÉVILLE (Jean), op. cit., p. 142

[36] Voir par exemple Stites (Richard), op. cit

[37] Les Besprizorniki étaient ces enfants sans domicile qui erraient souvent en bandes, orphelins ou abandonnés. Ce phénomène avait atteint son paroxysme avec la guerre civile puis la famine en 1922

[38] Sur les questions de l'application des codes de la famille à la population, voir Goldman (Wendy), op. cit., p. 221-230, et BÉrÉlowitch (Wladimir), «Les débuts du droit de la famille en RSFSR: pourquoi et comment», Cahiers du monde russe et soviétique, octobre-décembre 1981.

[39] FERRO (Marc), La Révolution de 1917, Paris, Aubier-Montaigne, 1976

[40] Cité par Pierre (André), op. cit., p. 26.

[41] Le Domostroi, rédigé vers la fin du XVe siècle, légitimait le modèle patriarcal, dans lequel la domination représentait le modèle fondamental des relations, celle du Tsar sur la société, celle du chef de famille sur la maisonnée. Il ne prit jamais force de loi mais exerça une influence importante sur la société. Voir Ivanitski (Vladimir), «La femme russe et l'époque du Domostroi», in Droits et cultures, Paris, L'Harmattan, 1995.

[42] Cité par MARIE (Jean-Jacques), op. cit., p. 498

[43] BLUM (Alain), Naître, vivre et mourir en URSS, 1917-1991, Paris, Plon, 1994, p. 185.

[44] Sur ces questions, consulter l'ouvrage de STERN (Mikhail), La vie sexuelle en URSS, Paris, Albin Michel, 1979

[45] Posadskaya (Anastasia) et ALPERN-ENGEL (Barbara), op. cit., entrevue avec Anna Dubova, p.30.

[46] Stora-Sandor (Judith), Marxisme et révolution sexuelle, anthologie de textes d'Alexandra Kollontai, Paris, Maspero, p. 52.

[47] Extrait de Zetkin (Klara), Lénine tel qu'il fut, cité par FRÉVILLE (Jean), op. cit., p. 79.

[48] FRÉVILLE (Jean), op. cit., p. 218-221

[49] Voir ALPERN-ENGEL (Barbara), op. cit., p. 467

[50] Cité par Bérélowitch (Wladimir), «Modèles familiaux dans la Russie des années 1920», in Cultures et sociétés de l'Est, 9, 1988, p. 37.

[51] BLUM (Alain), op. cit., p. 162.

[52] Enquête citée par Goldman (Wendy), op. cit., p. 162