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Nicolas Bauquet, « Un innocent flirt diplomatique». La France et la Coalition hongroise, 1905-1909

« Un innocent flirt diplomatique». La France et la Coalition hongroise, 1905-1909

 

 

Bulletin n° 9, printemps 2000

 

 

 

 

Nicolas Bauquet

 

 

Rien n'est plus redoutable pour l'historien que l'ombre portée des grands traumatismes historiques: s'ils transforment réellement les années qui leur succèdent en un «après», c'est souvent indûment qu'ils font de la période qui les a précédés un «avant».

L'historien des relations franco-hongroises se doit d'y être attentif, dans la mesure où il est confronté à un traumatisme historique de grande ampleur: le traité de Trianon, du 4 juin 1920, par lequel la Hongrie, à l'issue de la Première Guerre mondiale et du démembrement de l'Autriche-Hongrie, perdait les deux-tiers de son territoire historique, et voyait trois millions de ses nationaux devenir des minorités dans les États voisins. Ce désastre national, dont la responsabilité a été attribuée par les Hongrois à la France, et qui continue de marquer profondément la conscience nationale hongroise, a eu des répercussions évidentes sur l'historiographie des relations franco-hongroises: alors que les causes et les conséquences du traité ont fait l'objet d'un foisonnement d'études, l'analyse des relations politiques entre la France et la Hongrie dans les décennies qui précèdent la guerre à été négligée, ainsi que celle de l'image de la Hongrie en France pendant cette période: tant il apparaissait évident qu'il ne s'agissait là que d'un «avant-Trianon». Il convient d'y regarder de plus près.

 

 Certes, une certaine défiance de l'opinion et de la diplomatie françaises existe réellement avant la Première Guerre mondiale. Cette «image noire» de la Hongrie vient en premier lieu de l'alliance austro-allemande de 1879, voulue par les Hongrois et réalisée par un des leurs, Gyula Andrássy. S'appuyant sur l'Autriche depuis le Compromis de 1867, et sur l'Empire allemand grâce à cette alliance, les Hongrois ont les mains libres pour exercer leur domination sur leurs minorités, conformément au conseil de Friedrich F. Beust à Ferenc Deák, cité jusque dans les manuels scolaires français du début du siècle[1] : «gardez vos hordes, nous garderons les nôtres». Ainsi, les deux éléments principaux de «l'image noire» de la Hongrie, la germanophilie et l'oppression des Slaves, font système. Peu à peu, le capital de sympathie dont jouissent les Hongrois en France depuis 1848 s'effrite, et laisse place à la méfiance face à ce «pilier de la Triple Alliance».

 

 On pourrait nuancer ce premier tableau par l'image non-politique de la Hongrie: les travaux de Catherine Horel ont montré la manière dont les Français, à la fin du siècle, découvrent avec admiration la modernité hongroise[2]. Mais ce que nous voudrions montrer ici, c'est la grande instabilité qui marque l'image politique elle-même. En effet, l'image négative que nous avons décrite coexiste avec une image inverse, et ce jusque très tard, aussi bien dans la grande presse, chez les «observateurs autorisés» qu'au Quai d'Orsay. Cette image positive inverse trait pour trait les caractéristiques supposées de la Hongrie: marquée par la francophilie, luttant depuis des siècles contre l'influence allemande, prête à faire alliance avec les Slaves pour réorienter la politique de la Double Monarchie, elle serait «le maillon faible de la Triple alliance». On sait que c'est cette image qui prévalait dans certains cercles parisiens, notamment dans le salon de Madame Adam et dans les colonnes de sa Nouvelle Revue, lorsque, de 1879 à 1889, elle a rêvé d'une «alliance franco-hongroise». On sait aussi que quelques mois avant le début de la Première Guerre mondiale, Mihály Károlyi, le futur chef du gouvernement hongrois de 1918, était venu en France demander à Poincaré de soutenir cette Hongrie francophile et réconciliée avec les Slaves, sans grand succès. Mais c'est entre ces deux épisodes que se situe la période la plus riche des rapports politiques franco-hongrois, en particulier lors de la crise hongroise de 1905-1906 et lorsque, de 1906 à 1909, la Coalition hongroise est aux affaires. Il s'agit là d'un épisode exceptionnel dans l'histoire politique de la Hongrie du Compromis: pendant ces quatre années, le Parti libéral, pilier de l'édifice dualiste, est chassé du pouvoir par une Coalition dominée par le Parti de l'indépendance. La crise qui a précédé a profondément ébranlé la Double Monarchie et placé la Hongrie au premier plan de la scène européenne.

 

 Après avoir étudié les hésitations des observateurs français dans les premières années du siècle, attentifs à l'agitation anti-germanique qui semble se développer en Hongrie, mais très critiques à l'égard de l'opposition hongroise au début de la crise, on verra comment, à partir de l'été 1905, une partie d'entre eux s'est brutalement retournée en faveur de la Coalition et a cru pouvoir assister, avec son arrivée au pouvoir en avril 1906, à une réorientation de la politique hongroise. Mais très vite, les espoirs intempestifs font place à un certain désenchantement, tant au Quai d'Orsay que dans l'opinion[3].

 

 

Les premières hésitations françaises

 

 

La reconstitution d'un réseau magyarophile français

 

 

Le véritable point de départ de cette période d'intérêt accru pour la Hongrie se situe à la veille de l'Exposition du Millénaire de la Hongrie de 1896. C'est à ce moment qu'on assiste à la reconstitution d'un réseau magyarophile en France. Les «amis de la Hongrie» groupés autour de Madame Adam se sont dispersés à la fin des années 1880 et le relais est pris par des hommes nouveaux, plus proches du gouvernement hongrois, et qui deviennent rapidement les personnalités de référence du domaine hongrois dans le milieu des revues parisiennes. Deux personnages, qui commencent tous deux leur carrière de publicistes de l'amitié franco-hongroise en 1895, jouent ici un rôle central. Le premier est Ignácz Kont, Hongrois installé en France au début des années 1880, et qui, grâce au soutien du gouvernement hongrois et à une thèse en Sorbonne, devient le promoteur attitré de la littérature hongroise en France. Publiant de nombreux livres et une foule d'articles, il ouvre, en 1902, un cours libre de littérature hongroise à la Sorbonne. Le second est Raoul Chélard, issu d'une famille française émigrée en Hongrie, et qui revient à Paris en 1895. Très vite, il est en charge du domaine hongrois dans certaines grandes revues, notamment la Revue blanche à partir de 1895, et surtout le Mercure de France de 1899 à 1904. A partir de 1901, il fonde même son propre journal, La France à l'étranger, dont il publiera 67 numéros jusqu'en 1910. Cette feuille sans doute confidentielle n'en contient pas moins de précieuses informations sur les contacts franco-hongrois. Il entretient de nombreux contacts, tant en France qu'en Hongrie: il est à la fois correspondant parisien du Budapesti Hirlap (le journal de Budapest), un des grands quotidiens de la capitale, et employé au service de presse du Quai d'Orsay.

 

 

1899-1901: la France et la campagne de Gábor Ugron

 

 

En marge de ces réseaux liés au Parti libéral au pouvoir en Hongrie, on assiste, dans les premières années du siècle, à une courte renaissance des espoirs placés par certains dans l'opposition hongroise, ce Parti de l'Indépendance opposé au Compromis, et dont la fraction la plus francophile, dirigée par Gábor Ugron, recommence à attaquer la Triple Alliance à partir de 1899. Fait notable, cette campagne anti-germanique qui reste marginale à Budapest reçoit un important écho en France. Une partie des observateurs français, gagnée par l'obsession du pangermanisme, voit aussitôt dans cette agitation le signe d'une possible réorientation de la politique hongroise, dans le sens d'une hostilité à l'Allemagne et d'un rapprochement avec les Slaves.

 

 C'est le cas par exemple d'André Chéradame. Dans son essai à succès, L'Europe et la question d'Autriche au seuil du XXe siècle, paru en 1901, il se réjouit du «courant d'opinion anti-allemand» qui se développe à Budapest. La très sérieuse Revue politique et parlementaire elle-même publie un article anonyme consacré au «rapprochement des races latines et slaves de l'Autriche-Hongrie»[4], présentant la Hongrie comme «le point faible» de la Triplice. Un observateur beaucoup plus «autorisé» que Chéradame, René Henry, révise lui aussi sa position à propos de la Hongrie. On le verra, ce n'est ni la première, ni la dernière fois, et les revirements réguliers de cet éminent spécialiste de l'Autriche-Hongrie, issu de l'École des sciences politiques et disciple d'Anatole Leroy-Beaulieu, sont d'excellents indicateurs de l'évolution de l'image de la Hongrie en France. Dans ses Questions d'Autriche-Hongrie, parues en 1898, il dressait un portrait très critique de la Hongrie, principale bénéficiaire de l'alliance allemande, acclamant sans mesure Guillaume II lors de sa visite à Budapest en 1897. Mais l'agitation anti-germanique trouve en lui un observateur attentif. Dès novembre 1900, il publie un article dans la Revue d'Europe, signé de ce pseudonyme évocateur: «un Gaulois qui aime les Hongrois et les Slaves»[5], dans lequel il encourage solennellement la Hongrie à se réconcilier avec les Slaves pour faire échec à «l'hégémonie prussienne».

 

 Ce court épisode est riche d'enseignements qui seront confirmés par la suite. Il montre l'extrême instabilité de l'image politique de la Hongrie en France. Mais si les observateurs français sont prompts à modifier leur jugement sur la politique hongroise, leurs aspirations, elles, sont constantes: ils rêvent d'une Hongrie qui, sans remettre en cause le cadre de la Double Monarchie, romprait avec son orientation allemande et se réconcilierait en même temps avec les Slaves. Pour eux, il n'y a donc pas de contradiction entre slavophilie et magyarophilie: ils ne demandent qu'à les conjuguer toutes deux avec la germanophobie. La crise hongroise sera le moment privilégié de cette conciliation.

 

 

Un jugement très critique sur le début de la crise hongroise

 

 

L'opinion française est pourtant très défavorable, au départ, à l'agitation politique provoquée par l'opposition hongroise à partir de 1903. Le Parti de l'indépendance, opposé au Compromis, pose ses conditions à l'augmentation du contingent de l'armée commune demandée par le gouvernement, gardien de l'édifice dualiste: il exige la transformation de l'organisation militaire dans un sens plus conforme à ses exigences nationales, et demande notamment le remplacement de l'allemand par le hongrois comme langue de commandement en Hongrie. Une telle revendication porte atteinte à l'un des fondements de la Double Monarchie, et François-Joseph, dans son ordre du jour de Chlopy, en septembre 1903, se montre déterminé à ne pas céder. L'affrontement se durcit entre une opposition qui pratique l'obstruction au Parlement, et un nouveau gouvernement, dirigé par István Tisza, qui utilise des méthodes de plus en plus expéditives pour en venir à bout, au point de provoquer, à la fin de 1904, le regroupement de tous ses adversaires en une «Coalition».

 

 Jusqu'à la fin de 1904, les observateurs français jugent très sévèrement l'action de l'opposition hongroise dont ils critiquent le nationalisme outrancier. En s'attaquant à l'armée, pilier de l'édifice habsbourgeois[6], la crise hongroise affaiblit une puissance considérée comme une pièce maîtresse de l'équilibre européen. Qu'il s'agisse de la presse, des revues «autorisées» ou des réseaux franco-hongrois, la réprobation est générale. C'est ainsi que le Figaro, qui deviendra un défenseur acharné de la Coalition hongroise, condamne pour l'instant «l'obstruction systématique et violente de l'opposition», et vante «l'habileté et le courage déployés» par Tisza[7]. René Henry, revenu de ses espérances de 1901, déplore que l'opposition «s'efforce d'ébranler l'édifice habsbourgeois»[8]. La Revue politique et parlementaire adopte elle aussi une position critique. En juin 1905, Alcide Ebray y décrit «l'évolution fatale» de la nation hongroisedont les revendications sont d'abord tournées contre les minorités: «Isolée au centre de l'Europe, sentant autour d'elle et en elle la menace des nationalités hostiles, elle exalte son patriotisme, son nationalisme. Elle voudrait faire de l'armée sa grande école de nationalisation»[9]. Susceptible d'ouvrir la voie au Drang nach Osten en déstabilisant l'Autriche-Hongrie, exaspérant les nationalités par son chauvinisme outrancier, l'opposition hongroise est doublement condamnée. Elle ne rencontre pas même de soutien dans les réseaux franco-hongrois, restés fidèles au Parti libéral.

 

 

Les espoirs français dans la Coalition

 

 

Juin-juillet 1905: le Quai d'Orsay a-t-il «sondé la voie hongroise»?

 

 

Au début de 1905, la crise change de nature: la Coalition formée à la fin de 1904 a remporté haut la main les élections de janvier, provoquées par la dissolution du Parlement par István Tisza. Elle n'est donc plus une minorité obstructionniste, mais une majorité opposée au gouvernement extra-parlementaire du général Géza Fejérváry, nommé en mai 1905. Cette nouvelle majorité cherche désormais à internationaliser la crise hongroise et, forte de sa légitimité électorale, se tourne vers l'Occident, et notamment vers la France.

 

Or, à ce moment, au Quai d'Orsay, on a beaucoup plus de raisons d'être attentif aux avances hongroises qu'en janvier 1900. Pendant que l'allié russe, défait par le Japon, perd toute crédibilité, la France est en difficulté face à l'Allemagne dans l'affaire du Maroc, qui provoque la démission de Delcassé le 6 juin 1906. Il n'était pas absurde alors de songer à utiliser la paralysie de la Double Monarchie, qui affaiblit indubitablement la Triple Alliance.

 

 C'est dans ce contexte qu'il convient d'analyser les révélations faites par Raoul Chélard dans ses Mémoires d'un nègre du Quai d'Orsay[10], parus en 1937. Il y affirme que «dans les premiers jours de juin 1905, M.Delcassé, à la veille de quitter le ministère, me fit sonder par M.Robert de Billy [...] pour savoir s'il m'était possible de coordonner le mécontentisme magyar avec le nôtre. [...] Je répondis par l'affirmative”. On sait qu'à l'époque, Raoul Chélard travaille effectivement au Quai d'Orsay, au service de presse, où il traduit les journaux hongrois. Or, si Chélard dispose souvent de très bonnes informations, et est effectivement introduit dans les milieux politiques hongrois, il n'est pas toujours fiable, et cette information apparaît impossible à recouper.

 

 Une des affirmations de Chélard peut pourtant être confirmée: «le résultat de mes conversations à Budapest fut que nous nous entendîmes sur une campagne de presse commune». Effectivement, dès le mois de juillet 1905, la cause de la Coalition trouve soudain des avocats au sein de la presse française. C'est d'abord le cas de Chélard lui-même: pendant l'été, il publie une brochure intitulée La crise hongroise et l'opinion[11], reproduite dans numéro 44 de La France à l'étranger, daté de fin juillet. Prenant le contre-pied des thèses qu'il défendait encore en novembre 1904, il y dénonce violemment les méthodes de Tisza, se veut rassurant sur les intentions de la Coalition («La Hongrie n'a nulle intention de se séparer de l'Autriche»), et considère les revendications magyares parfaitement justifiées. Surtout, dans son numéro du 8 juillet, la Revue bleue publie une interview de Ferenc Kossuth, le chef du Parti de l'Indépendance, qui explique à sa manière la crise hongroise: «bien certainement la France n'aurait jamais toléré que sa glorieuse armée soit commandée en allemand. Tout Français doit trouver naturel que la patience des Hongrois vient [sic] à bout sur ce sujet »[12]. Parmi les grands organes de presse, Le Figaro, sous l'impulsion d'Eugène Lautier, commence lui aussi à prendre le parti de la Coalition.

 

 

Septembre 1905-mars 1906: une vague demagyarophilie

 

 

Les derniers mois de 1905 marquent une évolution très importante dans la manière dont les relais d'opinion perçoivent et relatent la crise hongroise. On assiste alors, pendant quelques mois à une conjonction entre magyarophilie, slavophilie et anti-germanisme.

 

 La situation en Autriche-Hongrie semble en effet évoluer vers le rêve de nombreux observateurs français, depuis Madame Adam jusqu'à René Henry, un rapprochement des Magyars et des Slaves contre l'orientation allemande de la Double Monarchie. D'une part, l'hostilité des Hongrois envers Vienne commence à se doubler d'un ressentiment envers Berlin: on accuse Guillaume II de pousser François-Joseph à l'intransigeance, en vue de sauvegarder l'outil militaire austro-hongrois. D'autre part, un événement considéré comme décisif intervient le 3 octobre 1905: par la déclaration de Fiume, une partie des députés croates apporte son soutien à la Coalition hongroise dans sa lutte contre Vienne.

 

 Cette double évolution provoque l'enthousiasme d'une partie de la presse française. C'est le cas du Figaro, où Eugène Lautier mène désormais une vigoureuse campagne en faveur de la nouvelle politique hongroise. Il voit lui aussi la main de Berlin dans l'entêtement de François-Joseph: «on a fini par se rendre compte (...) qu'il y avait dans tout ceci l'inspiration de Berlin»[13]. Or, si Budapest rompt avec son orientation allemande, «qui sait si les Hongrois et les Slaves ne finiront pas par s'entendre contre Vienne?»[14].

 

 Raoul Chélard tente d'exploiter cette situation favorable pour amplifier ce courant magyarophile, et ce à plusieurs titres. D'abord en tant que correspondant à Paris du Budapesti Hirlap, un des principaux organes de la Coalition. Il relate l'effet produit en Occident par la déclaration de Fiume et encourage les Hongrois à adresser à l'étranger d'autres signes d'un changement de leurs intentions à l'égard des minorités. Ensuite, il se sert de La France à l'étranger comme d'une agence de presse officieuse, rassemblant les informations susceptibles de servir la propagande de la Coalition. Enfin, à partir de décembre 1905, il inspire directement la ligne de L'Echo de Paris, qui devient l'un des organes les plus actifs dans la campagne de presse[15].

 

 Plus encore que celle des publicistes, c'est l'évolution de certains des principaux spécialistes des affaires austro-hongroises qui est significative. La conversion la plus spectaculaire est celle de Charles Loiseau, un des promoteurs français de l'idée d'un «État yougoslave servant de rebord aux couches allemandes et magyares»[16], considérant avec constance les Magyars comme les auxiliaires de l'impérialisme germanique. Or, le manifeste de Fiume fait brusquement de lui un défenseur de la Coalition hongroise. Le 15 décembre 1905, il publie dans la Revue de Paris un important article intitulé «Hongrois et Croates». Il se fait l'écho enthousiaste de cette «contagion de concorde» qui a gagné la Hongrie et la Croatie, et fait l'éloge des «Hongrois de bon sens et de large culture, qui ont fini par former le noyau de la Coalition». C'est aussi à l'automne 1905 que René Henry retrouve ses accents magyarophiles de 1900. Le 16 octobre 1905, quelques jours après la déclaration de Fiume, il évoque la possibilité d'un changement décisif de la politique hongroise, et d'une éventuelle reconstitution de l'alliance entre les «trois forces qui firent la grandeur des Jagellons», les Tchèques, les Magyars et les Polonais. Mais c'est le voyage en Hongrie qu'il effectue à partir de décembre, comme envoyé spécial du Temps, qui le convainc d'apporter un soutien prudent mais réel à la Coalition: «Gardons-nous de nous montrer hostiles à des hommes qui demain - peut-être - feront une Hongrie nouvelle et amie ou tout au moins neutre». Ainsi, des interviews qu'il envoie au Temps pendant son séjour, publiées du 20 décembre 1905 au 7 janvier 1906, deux émanent de personnalités hostiles à la Coalition (Fejérváry et son ministre Jószef Kristoffy), alors que les six autres lui sont favorables. Ces six interviews dressent de la politique de la Coalition une image propre à séduire les observateurs français: Jenõ Rákosi met en avant l'hostilité grandissante du pays envers la Triple Alliance; Géza Polonyi insiste sur la volonté d'entente avec les Slaves, et en particulier le rapprochement magyaro-tchèque; le baron Deszõ Bánffy y ajoute une précision décisive: «c'est évidemment de votre intérêt que nous ne bouleversions pas l'Autriche-Hongrie; mais nous ne voulons pas la bouleverser. Dites-le bien. Telle est la vérité. Il est de notre intérêt qu'on le sache».

 

 Ainsi, le courant d'opinion favorable à la Coalition, qui commence à s'organiser à l'été 1905, reçoit une impulsion décisive à la fin de l'année. Au printemps 1906, il est même devenu assez important pour provoquer une certaine inquiétude dans le camp autrichien. En témoigne l'interview donnée par le général Fejérváry au Petit Parisien, au début de mars 1906[17]. Il s'y dit «réellement surpris, et même un peu stupéfait» du succès des thèses de la Coalition. «On ne peut qu'être surpris de voir que quelques journaux français ajoutent foi - une foi presque ingénue, passez moi le mot - à ces promesses abondantes de l'opposition hongroise, suivant lesquelles il suffirait qu'un cabinet Andrássy vienne au pouvoir, en Hongrie, pour que soit immédiatement et inévitablement rompue la Triple Alliance. [...] Que l'opinion française reste l'amie de l'opinion hongroise si cela lui fait plaisir, mais qu'elle n'en devienne pas la dupe!».

  

Même s'il parle d'un «innocent flirt diplomatique [qui] ne nous inspire aucune inquiétude», le fait que le Président du Conseil hongrois ait considéré cette mise au point comme nécessaire montre que les succès enregistrés en France par la Coalition sont réels et sont suivis avec attention par ses adversaires.

 

 

Avril 1906: les francophiles au pouvoir?

 

 

Le 7 avril 1906, la crise hongroise se dénoue brutalement: les leaders de la Coalition accèdent au gouvernement sur la base d'un «pacte d'avri» avec François-Joseph. Accueillis en vainqueurs à leur retour de Vienne par la population de Budapest, ils n'en ont pas moins renoncé à la majeure partie de leurs revendications, notamment dans le domaine militaire.

 

 Pourtant, les partisans français de la Coalition jugent ce dénouement porteur de promesses: pour eux, c'est le «parti francophile» qui est désormais au pouvoir, et la France pourra bientôt en tirer des bénéfices politiques. Telle est par exemple l'opinion d'Eugène Lautier: «il faudra compter dorénavant sur un facteur nouveau dans la politique étrangère de l'Autriche-Hongrie, c'est l'avènement du parti Kossuth, (...) dont les sympathies sont pour la France et l'Italie, et non pour l'Allemagne »[18]. Pendant les premiers mois du nouveau gouvernement, L'Echo de Paris, qui puise toujours ses informations auprès de Chélard, met en exergue tout les éléments susceptibles de confirmer ce tournant politique hongrois. C'est ainsi qu'en octobre 1906, André Mévil salue la démission de Agénor Goluchowski, ministre commun des Affaires étrangères, victime de l'hostilité des Hongrois à sa politique trop complaisante à l'égard de Berlin: «la victoire que viennent de remporter les Hongrois est significative. Elle prouve que désormais la politique autrichienne ne pourra plus se faire la complice des louches combinaisons de la politique allemande, car elle doit compter avec la Hongrie[19].

 

 Ces espoirs fondés sur le nouveau gouvernement sont partagés par le nouveau consul général à Budapest, Louis de Fontenay. Dès son arrivé en avril 1906, il se fait l'avocat de la Coalition auprès du Quai d'Orsay, et nourrit les plus grands espoirs dans un rapprochement franco-hongrois, qui permettrait de «faire de la Hongrie un rempart infranchissable contre lequel viendra échouer la poussée germanique»[20].

 

 Ces espoirs du consul sont-ils partagés par le Quai d'Orsay lui-même? S'il est difficile de savoir si Raoul Chélard est reparti à Budapest le 21 avril 1906 sur ordre du ministère des Affaires étrangères, comme il l'affirme dans ses mémoires, on sait en revanche avec certitude que Paris, sans nourrir de grandioses projets de retournement d'alliances, a tenté de tirer certains bénéfices politiques de l'arrivée au pouvoir de la Coalition, en particulier dans l'affaire des canons serbes. L'Autriche-Hongrie cherche, en effet, à empêcher Belgrade d'effectuer une importante commande d'armements à la France, et à l'obliger de se tourner vers Škoda. Encouragé par les déclarations de la Coalition réclamant une réorientation de la politique étrangère commune dans les Balkans, le Quai d'Orsay charge le consul de Fontenay et l'ambassadeur à Vienne, Reverseaux, d'obtenir du nouveau gouvernement qu'il fasse pression sur Vienne pour laisser à la Serbie sa liberté de choix.

 

 

Le temps des désillusions

 

 

Le jeu de la Coalition

 

 

Mais ces espoirs placés dans le nouveau gouvernement par une partie de la presse française et, dans une certaine mesure, par le Quai d'Orsay, sont rapidement déçus: le décalage apparaît bientôt évident entre les attentes françaises et les intentions réelles de la Coalition. Le nouveau gouvernement désire pourtant mener avec Paris une politique de coopération active, mais dans un tout autre domaine que la politique extérieure: en matière économique et financière. Le but est d'attirer en Hongrie des investissements industriels français, et de permettre l'inscription à la cote de Paris d'un emprunt de 500 millions de couronnes[21]. En matière politique, la Coalition cherche à nourrir les illusions françaises en évitant soigneusement tout geste susceptible de mécontenter Vienne. C'est notamment le jeu que mène Ferenc Kossuth, devenu ministre du Commerce dans le nouveau gouvernement, lors de ses conversations avec le consul, pendant lesquelles il «insiste sur la nécessité de créer «tout d'abord» des relations économiques entre nos deux pays» [22]: il s'agit de laisser miroiter des concessions politiques pour obtenir «tout d'abord» des avantages économiques et financiers.

 

 Il s'avère ainsi très rapidement que Budapest n'est pas prêt à faire les gestes politiques attendus par Paris. Ni de Fontenay ni Reverseaux n'obtiennent de garantie hongroise à propos de l'affaire serbe. Relatant sa rencontre avec Ferenc Kossuth au début du mois de juillet, l'ambassadeur à Vienne écrit à son ministre Léon Bourgeois: «à ma demande d'user de son influence pour assurer la liberté absolue de son choix au gouvernement serbe, M.Kossuth s'est dérobé. Nous n'avons donc pas plus à mon avis à compter sur les Hongrois que sur les Autrichiens dans cette affaire»[23]. Il s'avérera vite que, loin de jouer un rôle modérateur vis-à-vis de la Serbie, la Hongrie porte une lourde responsabilité dans la détérioration des relations austro-serbes: c'est avant tout pour satisfaire les intérêts agrariens hongrois que Vienne déclenche, à l'été 1906, la «guerre du cochon» contre la Serbie.

 

 

L'échec du consul

 

 

Malgré ces premiers éléments, Louis de Fontenay continue de croire à la possibilité d'un rapprochement à la fois politique et économique avec la Hongrie, au point d'entrer en conflit avec le nouvel ambassadeur à Vienne, Crozier, qui critique auprès du ministère le caractère hasardeux de la démarche de son consul.

 

 

Convaincu de la bonne volonté politique de la Coalition, même si «pour l'instant» elle ne peut réellement s'engager sur ce terrain, de Fontenay déploie une grande énergie pour satisfaire les désirs hongrois, parfois avec succès. C'est le cas à la fin de 1906, lorsque, grâce à son entremise, l'agence Havas ouvre un bureau d'information à Budapest[24]. Il s'agit là d'une revendication ancienne des Hongrois, qui déplorent que les informations sur leur pays parviennent à l'Occident déformées par le «filtre viennois». Toutefois, cette motivation politique, dominante pendant la crise, s'efface devant le souci économique (transmettre des informations économiques sur la Hongrie pour attirer les investisseurs), et devient même gênante pour le gouvernement: Sándor Wekerle, le chef du gouvernement, insiste sur le caractère strictement économique que devra revêtir le bureau. En février 1907, devant le mécontentement exprimé par Aloys Aerenthal, le ministre commun des Affaires étrangères, il envisage même sa fermeture.

 

 Le consul s'engage également sur la question de l'investissement français en Hongrie, chère à Ferenc Kossuth. Pour de Fontenay, il s'agit de contrer l'influence allemande et de prendre pied en Hongrie avant que n'intervienne la séparation douanière, prévue au plus tard pour 1917. Il obtient du Quai d'Orsay l'envoi en mission du consul de France à Bâle, Maurice de Coppet, à partir de décembre 1906, pour évaluer les opportunités d'investissement en Hongrie. Raoul Chélard et Hugues le Roux, directeur de la section commerciale du Matin, invité à Budapest par le consul, font campagne à Paris pour un engagement économique français en Hongrie[25]. Pourtant, malgré les efforts hongrois et leurs relais français, la mission Coppet n'aura pas de suite. Le ministère du commerce français met son veto contre toute installation en Hongrie, refusant de faire une exception au dogme de la protection de l'industrie installée sur le sol national, qui pourrait être concurrencée par les nouvelles industries hongroises. Il n'est donc pas question pour Paris d'accorder à la Hongrie des avantages économiques sans contrepartie politique.

 

 Mais la question principale qui concerne la coopération financière reste encore en suspens,: oui ou non la France acceptera-t-elle l'inscription de l'emprunt hongrois à la cote de Paris? Ici encore, Crozier et de Fontenay s'opposent. Alors que le premier, après quelques hésitations, finit par s'y opposer («notre coopération financière avec un État de la Triplice peut-elle s'accorder sans inconvénient?»), le second continue de croire que la France peut tirer bénéfice d'une coopération financière avec «l'aile francophile de la Triple Alliance». En août 1908, il convainc Joseph Caillaux de faire étape à Budapest[26]. Censé être là à titre purement privé, en vacances, celui que le grand hebdomadaire illustré appelle avec respect «le ministre des finances de la nation la plus riche du monde» n'en visite pas moins la bourse de Budapest en compagnie du Président du Conseil, Wekerle, et reçoit un accueil très empressé de la part des officiels comme de la population. Mais la question ne sera tranchée par Paris qu'en septembre 1910: elle reste en suspens pendant toute la période du gouvernement de la Coalition.

 

 Refus hongrois de toute concession politique substantielle, refus français d'octroyer des avantages économiques ou financiers en l'absence de signe politique clair: le «flirt diplomatique» reste bien platonique, et les projets grandioses du consul se révèlent de plus en plus chimériques. C'est ce qu'illustre la tournure prise par l'inauguration à Pécs, le 31 mai 1908, d'un monument français à la mémoire des soldats de Napoléon restés prisonniers dans cette ville en 1809[27]. Conçue comme une grande manifestation d'amitié franco-hongroise, et suscitant à ce titre l'hostilité de Crozier, elle est finalement «rentrée dans son véritable cadre, (...) [celui] d'une cérémonie purement locale»[28], comme le constate avec satisfaction l'ambassadeur. C'est lui qui a en effet dissuadé le Président du conseil et les ministres de la Guerre et des Affaires étrangères français de figurer dans le comité d'honneur, comme ils l'envisageaient. Les «hauts-protecteurs» hongrois, Ferenc Kossuth et Albert Apponyi, seront eux-mêmes absents, préférant infliger au consul un camouflet plutôt que de risquer de donner à la cérémonie un caractère politique qui pourrait indisposer Vienne.

 

 Fontenay continue malgré tout de militer pour un rapprochement franco-hongrois. Dans une dépêche du 25 juin 1908, il expose à nouveau ses plans pour l'avenir. «Dans un conflit européen éventuel qui viendrait à surgir, l'Autriche-Hongrie peut être appelée à jouer un rôle. Or la France n'a rien à attendre de l'Autriche proprement dite, elle doit en être convaincue; c'est la Hongrie seule qui pourra peser de toute son autorité en faveur de la France dans l'attitude que prendra la diplomatie commune”[29].

 

 

Un peu plus de trois mois plus tard, le 5 octobre 1908, la Double Monarchie provoquait une crise européenne majeure en proclamant l'annexion de la Bosnie Herzégovine. Aucune voix discordante ne s'est alors faite entendre au sein du gouvernement hongrois et le soutien à cette décision a été unanime. Il est devenu clair que la France n'avait rien à attendre d'une influence modératrice de la Hongrie au sein de la Triple Alliance.

 

 

La presse française face à la politique de la Coalition

 

 

Pendant ce temps, les journalistes et spécialistes qui avaient salué avec enthousiasme l'arrivée au pouvoir de la Coalition connaissent un progressif désenchantement. La démission de Goluchowski paraît un résultat bien mince en regard des déclarations anti-triplicistes du temps de crise. Mais c'est surtout sur le problème croate que la déception est la plus profonde. Il apparaît très vite qu'en matière de nationalités, la Coalition n'a pas rompu avec les méthodes et les objectifs de ses prédécesseurs. Dès l'été 1906, les incidents avec les Croates se multiplient, notamment sur le problème de la langue à employer dans les chemins de fer. Au début de 1907, les députés croates en viennent à pratiquer l'obstruction au Parlement de Budapest. Les espoirs français d'une alliance entre Magyars et Slaves de l'Empire s'envolent en fumée. A la place, c'est à une aggravation de la politique de magyarisation que l'on assiste: malgré toutes les justifications officielles, la loi Apponyi de 1907 apparaît aux yeux de tous comme une machine de guerre contre les écoles des nationalités. Revenu en Hongrie pour une nouvelle enquête au début de 1907, René Henry ne nourrit plus guère d'illusions sur la politique de la Coalition.

 

 A l'instar du consul, Raoul Chélard défend au contraire jusqu'au bout la politique du gouvernement. Mais, d'animateur d'une vaste campagne de presse, il devient le défenseur isolé des thèses de la Hongrie officielle, et parvient de moins en moins à masquer l'écart entre les attentes françaises et la réalité de la politique de la Coalition. Il en est réduit à évoquer systématiquement l'idée d'un complot austro-allemand, notamment dans les événements de Croatie. La France à l'étranger, d'agence de presse officieuse de certains grands journaux parisiens, est redevenue une feuille confidentielle. Ayant pratiquement cessé de paraître depuis janvier 1909, le journal publiera son dernier numéro, le soixante-septième, le 5 avril 1910.

 

 Un des aspects marquants de cette période est donc la grande instabilité des jugements portés par les observateurs français sur la politique hongroise. Deux images diamétralement opposées de la Hongrie coexistent jusqu'à la fin des années 1900, et se substituent l'une à l'autre avec une grande facilité. L'annexion de la Bosnie-Herzégovine constitue à cet égard, comme à bien d'autres, une césure importante: la France ne croit plus, désormais, à un changement de la politique hongroise. C'est à la lumière de l'échec de 1906-1908 qu'il faut considérer la méfiance rencontrée à Paris par les projets de Károlyi. S'il fallait déterminer le début de «l'avant-Trianon», c'est sans doute entre octobre 1908 et septembre 1910, date du refus français des emprunts hongrois, qu'il faudrait le situer.

 

 Cet épisode met également en lumière la force, mais aussi les limites de l'influence des réseaux magyarophiles français. S'il n'est pas établi avec certitude que Chélard ait effectivement servi d'intermédiaire entre le Quai d'Orsay et la Coalition, il est en revanche certain qu'il a joué un rôle décisif dans la campagne de presse en faveur de cette dernière, et qu'il a joué à ce moment le rôle d'informateur d'une partie de la presse. Mais la crise hongroise, en plaçant la Hongrie sur le devant de la scène européenne, provoque un mouvement de curiosité qui dépossède les professionnels de «l'amitié franco-hongroise» de leur statut d'intermédiaire obligé. Avec René Henry, René Gonnard, Raymond Recouly, Gabriel-Louis Jaray et surtout Louis Eisenmann, le public français dispose désormais de spécialistes indépendants, aux informations de première main. De manière symptomatique, c'est Eisenmann qui succèdera à Kont à la chaire de littérature hongroise de la Sorbonne en 1912. Ainsi, cet «innocent flirt diplomatique», s'il a marqué un temps le triomphe des réseaux franco-hongrois, a joué un rôle décisif dans leur marginalisation.

 



[1] Voir ROHR (Jean), «La Hongrie dans les manuels d'histoire Malet au début du siècle», L'image de la Hongrie en France, Paris, Institut hongrois, 1995, p 33-44

[2] «Voyageurs français en Hongrie au tournant du siècle», in L'image de la Hongrie en France, p. 45-61; «Les fêtes du Millénaire de la Hongrie vues par la France», Cahiers d'études hongroises, 1996/8, p. 155-176

[3] Pour étudier les contacts politiques entre les deux pays pendant cette période, nous nous sommes appuyés sur deux sources restées inexploitées: d'une part, les différents écrits de Raoul Chélard, un membre particulièrement actif des réseaux franco-hongrois, et notamment sur le journal qu'il édite de 1901 à 1910, La France à l'étranger; d'autre part, les rapports envoyés au Quai d'Orsay par Louis de Fontenay, consul général à Budapest de 1906 à 1912. L'étude du Temps, du Figaro et de L'Écho de Paris permet une première approche de l'évolution de l'image politique de la Hongrie dans la presse, tandis que les différents travaux de René Henry et les articles de la Revue politique et parlementaire peuvent être considérés comme représentatifs des opinions «autorisées» sur la Hongrie. Pour plus de précision, on pourra consulter BAUQUET (Nicolas), Les francophiles hongrois entre nationalisme et occidentalisme, 1896-1914, mémoire de maîtrise sous la direction de Bernard Michel, 1999, 214 p.

[4] 10 février 1901, p. 245-269.

[5] Explication d'un Français de France», Revue d'Europe, novembre 1900, p.321-330. C'est Raoul Chélard qui affirme qu'il est de René Henry, voir «Appréciations françaises sur la Hongrie», La France à l'étranger, n°2, p. 2

[6] C'est d'ailleurs ce thème que développe un livre d'Émile Terquem, Armée, races et dynasties en Autriche-Hongrie, Paris, Cerf, 1903, XI et 108p.; l'étude est publiée en articles dans la Revue politique et parlementaire.

[7] 27 et 30 janvier 1905.

[8] Le Correspondant, 25 mai 1905, article reproduit dans Des Monts de Bohème au Golfe persique, p. 161.

[9] Revue politique et parlementaire, 1905/44, p. 619-620.

[10] Paris, 43 p., édité à compte d'auteur.

[11] Paris, Éditions de La France à l'étranger, 28 p.

[12] KOSSUTH (François de), «La crise hongroise», La Revue bleue, 1905/2, p.33-35.

[13] LAUTIER (Eugène), «La situation en Hongrie», Le Figaro, 28 février 1906.]

[14] LAUTIER (Eugène), «En Hongrie», Le Figaro, 28 décembre 1905

[15] CHÉLARD (Raoul), «La crise hongroise», L'Écho de Paris, 26 décembre 1905.

[16] LOISEAU (Charles), L'équilibre adriatique, Paris, Perrin, 1901, p. 232.

[17] Article repris dans la Revue d'Orient, 10 mars 1906

[18] «Les Hongrois et la Triplice», Le Figaro, 1er mai 1906

[19] MÉVIL (André), «La démission de M.Goluchowski», L'Écho de Paris, 23 octobre 1906, p. 1

[20] Rapport du 23 mai 1907 du consul de Fontenay à Stephen Pichon (Archives du ministère des Affaires étrangères, ci-après AMAE, NS, Autriche-Hongrie, volume 27

[21] Sur le problème décisif de l'emprunt hongrois, cf. MICHEL (Bernard), Banques et banquiers en Autriche-Hongrie au début du XXe siècle, Paris, Presses de la fondation des sciences politiques, 1976, p. 249-255

[22] Rapport du 10 juillet 1906 du consul de Fontenay, idem

[23] Reverseaux à Bourgeois, Vienne, télégramme n°89 du 4 juillet 1906, in Les origines de la guerre de 14.

[24] Voir les rapports du consul du 5 septembre et du 6 février 1906 (AMAE, NS, Autriche-Hongrie, volume 28).

[25] Voir LE ROUX (Hugues) , «France et Hongrie», Le Matin, 20 mai 1907.

[26] Voir «Louis de Fontenay», Vasárnapi Ujság [journal du dimanche], 30 août 1908

[27] Les documents relatifs à l'inauguration du monument de Pécs sont classés aux AMAE, NS, Autriche-Hongrie, volume 57, commémoration des batailles napoléoniennes, 1897/1914

[28] Dépêche de Crozier à Pichon, n°135, 9 juin 1908.

[29] Dépêche n°165, AMAE, NS, Autriche-Hongrie, volume 9