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Mohamed-Mehdi Cheriet, Le Printemps croate de 1971

Le Printemps croate de 1971

 

 

Bulletin n° 9, printemps 2000

 

 

 

 

Mohammed-Mehdi Cheriet

 

 

 

 

«Large victoire de l'opposition croate»[1] ; «Débâcle électorale pour les nationalistes»[2] ; «La Croatie tourne sa page nationaliste»[3] ; «Tudjman mort, Zagreb sort du congélateur de l'histoire»[4].

Les titres de la presse française sont éloquents, après la défaite du parti nationaliste qui a dirigé la Croatie d'une main de fer pendant près de neuf ans: un vent de renouveau souffle sur le pays. Le défunt président FranjoTudjman, son successeur et dernier président de la fédération yougoslave Stipe Mesic, ainsi que le candidat libéral Drazen Budiša furent tous trois des acteurs du Printemps croate de 1971. Trois hommes d'Etat, deux projets de société: Budiša et Mesic font partie de la coalition victorieuse aux élections législatives de janvier 2000. Leur dénominateur commun, le Printemps croate de 1971, fut presque ignoré par les médias. La presse a une fois de plus manqué de mesurer la portée d'un événement majeur de l'histoire de l'ex-Yougoslavie. A travers cet article nous nous efforcerons de rendre intelligibles les événements qui ont conduit au processus de démocratisation de la Croatie, et peut-être même dans un futur proche à celui de ses voisins immédiats. Durant l'année 1971, des événements inattendus secouèrent la République croate de la fédération yougoslave. En quelques mois, les Croates réussirent à rassembler, dans le même projet, le pouvoir communiste, l'intelligentsia regroupée autour de l'institution culturelle Matica hrvatska, l'Eglise catholique et les étudiants de Zagreb. Ce projet issu du mouvement, que l'on appelle aujourd'hui le Printemps croate par analogie au «Printemps de Prague», était aussi appelé MASPOK (mouvement de masse) par ses détracteurs pour en souligner avec ironie le caractère populaire. Ce mouvement, lancé par une nouvelle génération d'hommes politiques, les réformistes du comité central de la Ligue Communiste croate, bien que cela soit contesté, a ouvert un espace de liberté dans lequel l'opinion publique croate a pu s'élever contre le centralisme et réclamer une plus grande autonomie politique, culturelle, et économique, au sein de la fédération yougoslave. Ce processus de libéralisation fut brutalement interrompu le 1er décembre 1971, par l'arrestation des leaders du mouvement et par une purge de la Ligue Communiste de Croatie décidée lors de la XXIe session du présidium de la Ligue Communiste de Yougoslavie (LCY) à Karadjordjevo. Longtemps qualifié de nationaliste, ce mouvement qui incluait des éléments de pluralisme politique était avant tout démocratique, même s'il se déroulait dans un contexte de monopole du Parti. Le Printemps croate fut en effet porteur d'une vision politique moderne, dans un contexte peu favorable aux idées démocratiques. La répression de ce mouvement a peut-être étouffé la dernière chance de voir la Yougoslavie échapper à un destin tragique.

 

 Compte tenu de la diversité des facteurs et des composantes du mouvement du Printemps croate, il est nécessaire de présenter, même sommairement, les différents éléments qui ont permis à un tel mouvement de prendre forme. Pour cela nous avons choisi délibérément de lier les origines du Printemps croate à des fait historiques qui ont incontestablement fait souffler un vent de liberté à travers toute la Yougoslavie.

 

 

La chute de Rankovic

 

 Au IVe Plénum du CC de la LCY, tenu le premier juillet 1966 sur l'île bien gardée de Brioni, le vice-président de la République yougoslave Alexandar Rankovic fut destitué et exclu de la vie politique, ainsi que ses plus proches collaborateurs. Il s'agissait avant tout de condamner la gestion de la police secrète, l'UDBA (service de sûreté), et de le rendre responsable des abus commis par celle-ci. Rankovic, à cette période, personnifiait la conception de la bureaucratie étatique et du système centraliste de la Yougoslavie. Dans l'organigramme de la Ligue Communiste yougoslave il existait une hiérarchie non écrite qui avait une grande importance dans les rapports en vigueur au sein de la direction politique. Rankovic et Eduard Kardelj se partageaient la seconde position au sommet de cette pyramide. Ainsi, la culpabilité et le niveau de responsabilité de Rankovic dépendaient de la position qu'il occupait au sein de cette hiérarchie. Dans ce cas, et de façon générale dans le système communiste, la culpabilité était d'abord fondée sur des suppositions et ensuite sur la réalité des faits incriminés. Il est évident que Rankovic ne portait pas l'entière responsabilité de la répression et de la terreur qui régnaient alors dans certaines régions de la Yougoslavie, et qui masquait en réalité une lutte pour la succession de Tito.

 

 Les deux plus proches collaborateurs du maréchal étaient Kardelj et Rankovic. M.Tripalo affirme dans son livre que les deux hommes ne s'étaient pas parlé pendant un certain nombre d'années en dehors des rencontres officielles et résume leur rapports en citant une conversation téléphonique entre Tito et Rankovic suite à une grève de mineurs. Tito avait alors demandé à Rankovic en 1958 de prendre la responsabilité de «pacifier» à Trbovlje et Hrstanik, en Slovénie, quelques milliers de mineurs qui, pour la première fois en Yougoslavie socialiste, s'étaient mis en grève pour demander de meilleurs salaires. Ce dernier l'avait commenté ainsi à M.Tripalo: «Quand il faut expliquer quelque chose de théorique, le camarade Bevc (on nommait souvent Kardelj ainsi) est là, et quand il s'agit de se salir les mains, alors tu y vas Marko! (Rankovic)»[5].

 

 La chute de l'homme qui représentait le centralisme brutal et la répression policière fut vécue comme un symbole par toutes les victimes de ses méthodes et par les tenants d'un socialisme libéral. Nonobstant le fait qu'il n'était pas responsable de tous les crimes qu'on lui imputait, car les décisions ne pouvaient se prendre sans l'aval de Tito, il restait tout de même l'incarnation d'une pratique policière brutale et d'un communisme violent et intolérant. Pour bien comprendre le rôle joué par Rankovic il suffit d'énumérer les postes qu'il occupa[6], chef de l'OZNA (la police secrète qui deviendra plus tard UDBA) de 1944 à 1946 et ministre de l'Intérieur de 1946 à 1953. Durant cette période, la lutte menée contre les partisans de Staline se solda par l'arrestation et le jugement d'un nombre incalculable de personnes (opposants de tous bords, surtout au Kosovo), déportées et torturées sur l'île de Goli Otok.

 

 Les services de sécurité ont cependant joué un rôle important dans la préservation de l'intégrité territoriale de la Yougoslavie face à la menace soviétique. Cette police de l'ombre et ses dirigeants constituaient un pouvoir parallèle dans le système communiste. Elle contrôlait toute la vie politique, économique et culturelle en pratiquant une politique de terreur à l'encontre de tous les opposants. Ce système perdura après la chute de Rankovic mais de façon moins brutale, la terreur finit par s'estomper. Le caractère symbolique que revêtait cette mise à l'écart des tendances centralistes au sein du pouvoir communiste eut un immense impact politique sur l'opinion publique croate, car Rankovic ne représentait pas seulement la dictature policière, il incarnait aussi les prétentions grand-serbe, ce qui engendra l'espoir de voir une injustice réparée. Cela eut aussi pour conséquence d'augmenter la marge de manœuvre des réformistes de la Ligue Communiste croate qui, non sans raison, vivaient dans la peur de la police politique.

 

 De 1966 à 1971, la vie culturelle croate connut la plus riche et la plus intense période de son histoire depuis la Seconde Guerre mondiale. Les journaux bénéficièrent d'une plus grande liberté, les nouvelles éditions ne furent plus étroitement contrôlées par le Parti, on constata également une plus grande tolérance au sein du Parti ainsi que dans l'opinion publique croate et un engagement de l'intelligentsia qui, consciente de la démocratisation du pays, se manifesta à travers des revues et des périodiques comme Kritika, et Encyclopaedia Moderna où l'on parla ouvertement des problèmes ayant trait à la nation croate, dont une question brûlante qui déclencha l'un des actes les plus importants de l'histoire du nationalisme croate: «la déclaration sur la position et l'appellation de la langue littéraire croate».

 

 

La déclaration sur la langue

 

 En 1967, la langue pouvait avoir une connotation politique, et le «croatisme» était un signe de reconnaissance: lorsqu'une personne disait «tisucu» (mille) au lieu de «hiljadu», on pouvait facilement conclure que son interlocuteur était un «nationaliste» croate car il soutenait ainsi les thèses qui établissaient une différence entre la langue littéraire croate et la langue littéraire serbe[7]. En Croatie, lorsque l'on demande à des personnes ayant participé de près ou de loin au Printemps croate de classer par ordre d'importance les événements qui ont engendré la manifestation du nationalisme en 1971, une majorité d'entre elles désigne «la déclaration sur la position et l'appellation de la langue littéraire croate». La question de la langue ne se limitait pas aux querelles linguistiques mais elle prit un caractère nettement politique, la langue était avant tout un critère de nationalité. Cette déclaration démontra qu'il existait des forces politiques hors du Parti communiste.

 

 Quelques années auparavant, la commission du dictionnaire de Novi Sad avait imposé l'expression «serbo-croate». De plus, la langue serbe et le cyrillique étaient obligatoires dans l'armée, la police, l'administration et la diplomatie. Tout cela avait tendance à donner un caractère provincial à la langue et la culture croate. Avec la libéralisation du régime, les cercles culturels croates commencèrent à manifester leur mécontentement devant cette tentative d'assimilation de la culture croate justifiée par l'idéal du «yougoslavisme».

 

 En mars 1967, la présentation de la déclaration par 130 intellectuels croates, dont de nombreux communistes, devant le Sabor (parlement) de la Croatie et l'assemblée fédérale, fut une action des plus importantes. Les journaux de Zagreb, le Telegram du 16 mars 1967 et Vjesnik publièrent la «Déclaration» qui réunissait en outre une vingtaine d'institutions et associations croates. Parmi les signataires se trouvaient l'écrivain croate le plus célèbre, Miroslav Krleža (qui était proche de Tito), et le défunt président F.Tudjman, alors président de l'Institut d'histoire du mouvement ouvrier en Croatie[8]. Les intellectuels exigèrent la reconnaissance de l'identité et de la langue croates, menacée de serbisation sous couvert de langue serbo-croate. Ils revendiquèrent le droit de l'utiliser pour nommer leur langue maternelle et reprochèrent au pouvoir de vouloir imposer aux Croates une langue dépourvue de toute caractéristique qui pourrait rappeler une tradition linguistique propre. Ils remettaient ainsi en cause le compromis de 1850 et tous les efforts de rapprochement réalisés au XIXe siècle. Ce qui portait atteinte aux fondements même de l'Etat et de la fédération yougoslave.

 

Cette «déclaration» fut un acte révolutionnaire qui réunit à la fois l'élite communiste et l'élite non communiste sur une idée commune, l'identité croate. Elle montra en outre que les dirigeants croates n'étaient pas en total désaccord avec les signataires. La campagne assourdissante menée contre les pétitionnaires était en définitive contre-productive car les communistes des autres républiques, et en particulier le CC de la Ligue Communiste serbe, ont, de ce fait, contribué à amener sur le terrain politique, y compris au sein de la LCY, une question strictement identitaire et linguistique. Les institutions et associations culturelles croates sont devenues un foyer d'opposition qui a agi comme un catalyseur sur les événements du Printemps croate.

 

 

Le système politique

 

 

Les cadres étaient un des piliers du régime communiste, leur principale caractéristique était la discipline imposée par le Parti, lorsqu'il s'agissait d'exécuter les ordres, et l'absolue obéissance à la hiérarchie. Dans l'illégalité, avant et pendant la guerre, le critère de sélection était le courage; une fois arrivé au pouvoir, le Parti communiste choisissait ses hommes en fonction du degré d'obéissance. Les cadres du Parti pouvaient donc faire carrière et garder leurs privilèges en toute quiétude s'ils ne s'opposaient pas par leurs idées ou par leurs actes aux structures bureaucratiques mises en place par le Parti-Etat. Dans cette organisation, la Ligue Communiste yougoslave était la seule force politique. La participation du peuple était limitée et rigoureusement contrôlée. Il est d'ailleurs intéressant de noter que, sous l'influence d'une conception qui incluait une participation massive du peuple aux décisions politiques, la Yougoslavie a, en 43 ans, changé quatre fois sa Constitution, et l'a amendée cinq fois[9]. Les citoyens et la classe dirigeante étaient bien conscients de la différence entre les possibilités théoriques de la participation au pouvoir et la réalité, qui les en excluait.

 

 Plus les désaccords et les conflits au sein de la classe dirigeante étaient visibles, plus on élaborait des programmes qui ouvraient les institutions politiques à un grand nombre de citoyens. C'est dans ce contexte que la politisation s'est élargie aux masses, mais le système était construit de manière à ce que la pression du peuple n'influe pas sur les décisions du sommet. Lorsqu'une libéralisation politique apparaissait, l'opinion avait à peine le temps de s'habituer: immédiatement après, on constatait un durcissement du régime pour, ensuite, revenir au temps des promesses utopiques. Si bien que les mêmes personnes qui ont mis en place le système l'ont critiqué, puis changé lorsque cela s'imposait. La politique des cadres évoluait ainsi selon les «affaires» qui secouaient le cœur du Parti: l'élimination de Andrija Hebrang, Milovan Djilas[10], Rankovic et d'autres personnalités. Il ne s'agissait jamais de procédés démocratiques, mais d'intrigues ou d'intérêts politiques du moment. L'essence même du régime yougoslave se trouvait dans la toute-puissance du Parti, qui, au plus haut sommet, instrumentalisait l'Etat pour réaliser son programme en contrôlant étroitement la vie politique d'abord, et ensuite le citoyen.

 

 Dans ce système politique, les cadres ont commencé à ressentir certains changements et ce, à partir de la chute de Rankovic. Le sommet du Parti a, comme dans d'autres pays communistes, compris que les arguments de la lutte antifasciste de la guerre de libération nationale n'avaient plus la même audience. En effet, la Yougoslavie commençait à récolter les fruits de la prospérité, le niveau de vie s'élevait et les aspirations des uns et des autres prirent de plus en plus une tournure revendicative dans tous les domaines de la société civile. A l'intérieur du Parti s'ouvrit une ligne de front entre la vieille garde communiste attachée au dogme et à la discipline et les jeunes cadres instruits, moins endoctrinés et surtout plus libres vis-à-vis de la hiérarchie. La libéralisation politique créa une situation nouvelle dans laquelle les cadres qui avaient une conception politique qui correspondait de moins en moins à la ligne du Parti purent exprimer leur point de vue sans avoir subir de représailles. Cette nouvelle tendance s'accentua au Xe Plénum du CC de la LCC[11] tenu du 15 au 17 janvier. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, une action politique indépendante était menée par le Parti d'une république fédérée avec, à sa tête, la présidente du CC de la LCC, S. Dabcevic Kucar, Miko Tripalo (membre du bureau exécutif de la LCY) et Pero Pirker (membre du bureau exécutif du CC de la LCC), unis pour s'opposer à la tendance dominante de la politique fédérale, le centralisme et l'unitarisme (incarné par Miloš Žanko qui sera condamné pour "opinion anti-Parti"). Autre fait sans précédent, les débats furent intégralement retransmis à la télévision[12]. En plaçant ainsi les discussions sur la place publique, la direction politique croate a créé une symbiose avec toutes les franges de la société, particulièrement avec les cercles culturels, même s'ils étaient plus radicaux dans leurs revendications. Dès lors, il était possible de se dire croate ou de parler la langue croate sans autocensure. De plus, les réformistes montrèrent, lors de ce Plénum, qu'il était possible de rompre avec les formules abstraites du communisme et de parler un langage compréhensible pour le peuple. Le Xe Plénum a ouvert un processus de politisation et d'émancipation des masses populaires croates. Cet état d'esprit se développa dans les milieux culturels, universitaires, littéraires et religieux. Une euphorie nationaliste se propagea, aboutissant à l'épanouissement du Printemps croate.

 

 

Le Printemps croate

 

 

Les réformistes

 

 

La direction du Parti croate a initié les changements et ouvert un espace dans lequel ont pu se manifester librement tous les acteurs du Printemps croate. Ce groupe politique a exprimé des idées beaucoup plus courageuses et audacieuses que celles qui ont été développées par les autres pays du bloc de l'Est, y compris les autres républiques de la Yougoslavie. La plus audacieuse fut sans doute le concept de légitimité du pouvoir, même si cela ne fut jamais exprimé en ces termes.

 

 Dans le système communiste, la légitimité du pouvoir vient du sommet, personne ne peut venir s'interposer entre le ou les dirigeants et le peuple. Tous les autres dirigeants politiques ne peuvent exercer le pouvoir que grâce à la légitimité que leur confère le sommet de la hiérarchie. La direction politique croate a donc été la première à promouvoir l'idée d'une légitimité de la base. Cette base ne représentait pas un concept abstrait, que la terminologie communiste désigne par segment national du prolétariat mondial. Il s'agissait de réels citoyens croates qui aspiraient à une politique représentative. C'est donc pour légitimer le pouvoir conféré par la base que la direction du Parti s'appuya sur l'intérêt national. Trop longtemps criminalisée, l'identité croate fut en quelque sorte affranchie. L'affirmation de l'identité nationale fut un facteur important, mais aussi un instrument servant à soulever un certain nombre de questions économiques, politiques et sociales. Les leaders politiques croates agirent en quelque sorte dans le sens d'une libéralisation de l'activité économique de la république croate au sein de la fédération yougoslave.

 

 

La Matica Hrvatska

 

 

Institution culturelle engendrée par le mouvement illyrien, la Matica illyrienne se transforma en Matica hrvatska le 29 novembre 1874[13]. Elle était tellement enracinée dans le patrimoine culturel croate que même le régime communiste ne put en venir à bout, toutefois son activité fut réduite jusqu'à la chute de Rankovic. Les membres de la Matica hrvatska commencèrent activement à participer à la vie culturelle pendant la période qui suivit, en exprimant de manière spontanée divers points de vues dans une atmosphère de moins en moins dangereuse, puis de façon plus organisée. Dans la période qui nous intéresse, c'est-à-dire au cours de l'année 1970-1971, donc juste après le Xe plénum du CC de la LCC, la Matica hrvatska augmenta ses effectifs. A la fin du mois de novembre 1970, l'institution possédait trente branches réparties dans les villes et villages de Croatie, et plus de 2000 membres; à la fin de l'année 1971, 55 branches, 41 000 membres et 36 filiales à l'étranger[14]. La Matica hrvatska n'était cependant pas une institution homogène, on pouvait trouver dans cette organisation, des anciens combattants, des membres et anciens membres du Parti, d'anciens militants du Parti paysan croate, ainsi que de farouches anticommunistes.

 

 Les membres de la Matica hrvatska entrèrent sur la scène publique de manière plus discrète que les autres protagonistes du Printemps croate, mais incitèrent et développèrent une activité culturelle intense: journaux revues et périodiques virent le jour. Le plus populaire d'entre eux, Hrvatski tjednik (l'hebdomadaire croate) tirait jusqu'à 120 000 exemplaires. Sa publication débuta en avril 1971 et prit fin en décembre de la même année. Il fut en quelque sorte la vitrine du Printemps croate[15]. La Matica hrvatska regroupait toute l'intelligentsia croate. Par son influence sur les diverses institutions de la société civile, elle représentait un formidable centre de contre-pouvoir, qui formellement pouvait s'apparenter à un parti d'opposition. Si la Matica hrvatska agissait comme une pieuvre sur la société civile, elle ne pouvait cependant prétendre à un objectif précis sur la base d'un programme commun. Que ce soit à travers les journaux, les livres, les manifestations culturelles, la Matica fut le lieu et le catalyseur de l'affirmation de l'identité nationale croate.

 

 

L'université de Zagreb

 

 La deuxième option politique qui se profila dans l'opinion publique lors du Printemps croate fut représentée par les étudiants regroupés dans les mouvements universitaires. Si l'ouverture politique amorcée par la direction politique croate a permis à ce mouvement d'éclore, cela n'empêcha pas les étudiants de prendre position contre le pouvoir politique, d'où qu'il vienne. Le mouvement prit forme dans un climat de contestation à l'encontre de la direction officielle de la ligue des étudiants (affiliée au Parti communiste) et de sa stratégie de noyautage des organisations estudiantines. Même s'ils réclamaient une réforme de l'université et du système économique, ce qui les intéressait, en réalité, c'était de débattre de la légitimité du pouvoir.

 

 La portée de leur action dépassa largement le cadre universitaire, car leur principale revendication au moment des grèves, l'action la plus radicale du Printemps croate, touchait à la question des devises. Leur objectif ne fut pas de réformer le système mais de le détruire. Ce changement radical dans les méthodes prit un caractère révolutionnaire. En effet, pour le CC de la LCC, l'affirmation de l'identité nationale était un instrument au service de la démocratisation et des réformes économiques, alors que, pour le mouvement des étudiants, l'Etat national était un but en soi et les revendications pour les réformes économiques une des stratégies pour les réaliser.

 

 Ces divergences constatées au sein du mouvement ont donné naissance à une sorte de pluralisme politique où les différents sujets liés à des organisations comme le mouvement des étudiants ou des institutions à l'exemple de la Matica hrvatska ont pu exprimer des idées politiques différentes. Ce pluralisme a brisé le monolithisme du Parti qui régnait alors dans ces différentes institutions. Par conséquent, il n'y eut pas qu'un seul courant politique, mais un ensemble d'individus traversés par différents courants d'opinions, regroupés dans diverses organisations et mobilisés autour de la même plate-forme politique: l'identité nationale. Cette constellation politique était cependant dominée par deux organisations bien structurées: le groupe des réformistes du CC de la LCC et le mouvement des étudiants. Le radicalisme de ces derniers accentua les divergences entre les partisans de revendications démocratiques à l'intérieur du système communiste et ceux qui étaient engagés dans le processus de destruction du communisme.

 

 

Le dénouement

 

 

Le Printemps croate s'est achevé le 1er décembre 1971, à Kardjordjevo, date anniversaire de la proclamation de l'Etat yougoslave (Royaume des Serbes, Croates et Slovènes) et 52e anniversaire de la fondation du PCY, devenu LCY. La date et le lieu hautement symboliques ont été choisis non sans arrière-pensée[16]. Ce 1er décembre, Tito convoqua les dirigeants croates pour annoncer une sentence en réalité déjà prononcée. Le limogeage des dirigeants croates avait été planifié par l'entourage de Tito, mais il fallait montrer à l'opinion que cette décision salutaire avait été prise à la suite de la radicalisation du mouvement étudiant. A la fin du mois de novembre 1971, les leaders étudiants déclenchèrent une grève pour demander que l'on diminue la spoliation de la Croatie par le pouvoir central: cela ne pouvait mieux tomber.

 

 Dans les jours, les semaines et les mois qui suivirent les décisions de la XXIe session du Présidium de la Ligue Communiste yougoslave à Karadjodjevo, le Printemps croate fut brutalement freiné par l'arrestation des leaders et par la purge de la LCC. Miko Tripalo évoque le chiffre de 50.000 exclusions et parmi elles de nombreux héros de la Libération, anciens résistants et anciens de la brigade d'Espagne. Près de 5.000 cadres politiques et économiques furent également écartés. Des journalistes, des professeurs, des étudiants furent victimes de la vague de répression à travers toute la Croatie. Pour certains d'entre eux, le simple fait d'avoir organisé une manifestation ou écrit des slogans, des tracts et des poèmes, était considéré comme un acte criminel[17].

 

 Le mouvement de 1971 était donc voué à l'échec avant même d'avoir pu atteindre son essor: il était impossible d'instaurer l'autonomie de la Croatie à l'intérieur d'une fédération dirigée par des conservateurs qui n'admettaient le principe d'autodétermination que hors de leur frontière. Il était tout aussi inconcevable d'instaurer un pluralisme politique dans un système de Parti unique. S.Dabcevic parlera de «vol d'Icare» pour résumer le Printemps croate. C'est ainsi que l'immense espoir de tout un peuple fut anéanti au nom de l'unité.

 

 Un article du Figaro daté du 14 décembre 1971, soit deux jours après la démission des leaders croates, avait pour titre: «Le prestige de Tito renforcé par le dénouement de la "crise croate"». Plus loin, le correspondant du quotidien ne trouva pas de mots assez durs pour condamner les réformistes et les acteurs du Printemps croate: «La démission des membres de la "troïka" a mis un terme définitif à une véritable escalade de chauvinisme et de séparatisme qui troublait sérieusement le sommet du Parti yougoslave mais aussi les plus larges couches populaires, qui y voyaient un danger permanent pour l'unité du pays». Et plus loin, pour qualifier la répression, le journaliste écrira: «Ce nettoyage (il ne s'agit nullement d'une purge du haut) ne pourra toujours pas éviter certains procédés "plus énergiques". Déjà un groupe d'une dizaine de dirigeants étudiants qui s'étaient mis en valeur comme protagonistes d'une Croatie séparatiste et avaient mené une grève des étudiants à la faculté de Zagreb ont été arrêtés dimanche». La publication de cet article montre clairement le parti pris des médias occidentaux et explique en partie l'indifférence envers les mesures de répression brutale qui s'abattaient dans les différentes républiques de Yougoslavie et l'hostilité des dirigeants de l'Ouest envers ce qu'ils qualifiaient encore récemment de «nationalisme sauvage» ou de «luttes tribales».

 

 

Les conséquences du Printemps croate

 

 Le Printemps croate eut de multiples retombées. Après avoir engagé une politique de contrepoids pour éviter de voir surgir des leaders trop menaçants, en particulier en Serbie et en Croatie, Tito relança le processus de redistribution des pouvoirs et des compétences de la fédération aux républiques, et cela aussi bien dans l'administration publique que dans l'économie. En 1973, la politique de décentralisation fut appliquée à des secteurs sensibles, en l'occurrence aux capitaux de la Croatie et de la Slovénie accumulés à Belgrade, aux assurances au niveau des Républiques fédérées, à la redistribution des devises et, enfin, au monopole de l'import-export détenu par Belgrade.

 

 Ces réformes avaient été les principales revendications des acteurs du Printemps croate, confirmées sur le plan institutionnel en 1974 dans la quatrième Constitution yougoslave. Le juriste V.Primorac[18] nous éclaire à ce sujet: «Ce qui est intéressant et ce qui se révèle être le paradoxe de toute cette histoire, c'est qu'après le XXIe congrès, donc à la fin du Printemps croate, arrive en 1974 une nouvelle Constitution qui complète l'ancienne par de nouveaux amendements donnant un rôle significatif aux républiques, selon les normes constitutionnelles elles avaient même le caractère d'une confédération. Ce qui est primordial, c'est que cette Constitution a été élaborée sur la base du droit à l'autodétermination. Pour la première fois dans l'histoire de la Yougoslavie, la Constitution donne à chaque peuple le droit à l'autodétermination s'il le désire. C'est d'ailleurs la Constitution de 1974 qui a permis à la commission Badinter de statuer sur l'indépendance de la Croatie. Ainsi, malgré une réaction violente contre le Printemps croate pour préserver l'unité yougoslave, et retrouver une administration centralisée, on obtient une Constitution qui permet la sécession. Visiblement, Tito a compris alors les dangers encourus par la Yougoslavie, ce qui explique l'apparition d'éléments fédératifs dans la Constitution de 1974. Cette Constitution comportait également d'autres aspects positifs. C'est le cas pour le Kosovo et la Voïvodine qui acquirent un haut degré d'autonomie et dont les droits se rapprochèrent alors de ceux des républiques...»[19].

 

 Cette timide ouverture confédérative ne pouvait s'épanouir dans un système peu démocratique. Les forces centrifuges et l'hégémonie grand-serbe bloquaient toute initiative qui allait dans le sens d'une autonomie des républiques. V.Gotovac[20] donne quelques explications à ce sujet: «En 1974 Tito avait compris qu'il avait fait trop de concessions aux partisans de l'unitarisme, ce qui l'amène à cette Constitution de 1974 qui reprend des idées exprimées lors du Printemps croate. Il accepte de facto des éléments confédératifs dans la Constitution. C'était pour Tito une façon de tirer les conséquences de toute cette période afin de baisser les tensions nationales et d'affaiblir les forces centrifuges. Cette tentative n'avait aucune chance d'aboutir car il s'est appuyé sur une direction qui avait de l'aversion pour la Croatie.»[21]

 

 Le Printemps croate aura donc eu de multiples conséquences dans les années qui suivirent, notamment en Croatie même. La diversité y fut reconnue dans le domaine culturel; dans le domaine économique les Croates obtinrent largement satisfaction, notamment en ce qui concerne la répartition des devises et la décentralisation des banques. Quant à l'aspect politique cependant, l'épuration et la répression des acteurs du mouvement coupèrent la Ligue Communiste croate de sa base populaire.

 

 

Le Printemps croate aujourd'hui

 

 Le Printemps croate de 1971 reste aujourd'hui un thème controversé. Les principaux acteurs, toujours actifs politiquement, se montrent très critiques quant à la manière dont fut traité cet événement historique. Dans une Croatie où, jusqu'à une date récente, les structures politiques sont restées patriarcales, le nationalisme substitué au communisme fut monopolisé pendant près de neuf ans par un parti-Etat, le HDZ, dont le président fut aussi le chef de l'Etat. Les événements passés continuaient à faire l'objet de manipulations partisanes. C'est pourquoi la Croatie de Tudjman, comparée au Printemps croate, considéré comme une période clé dans le processus de démocratisation, pouvait faire l'effet d'un miroir déformant. S. Dabcevic déclarait à ce propos: «Si l'on compare la situation actuelle à celle du Printemps croate, il est paradoxal de constater que, dans un contexte de monopole du Parti, nous avions des éléments de pluripartisme, alors qu'aujourd'hui, dans un contexte de multipartisme, nous avons des éléments de parti unique. Autrefois, dans le système socialiste, nous luttions pour une diminution du rôle de l'Etat afin de développer une économie prospère, et aujourd'hui, dans une Croatie souveraine et non-communiste, nous faisons le contraire...»[22].

 

 La politisation du Printemps croate a poussé les individus à prendre conscience de leur identité et des libertés auxquelles ils avaient droit. Dans l'ensemble des groupes qui composaient le mouvement, il existait diverses revendications, mais il est essentiel de préciser qu'aucune d'elles ne revêtait un caractère totalitaire. Ivan Zvonimir Cicak[23] déclarait à ce propos: «A cette époque il n'existait pas encore de multipartisme même si de facto ces regroupements cachaient ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui des partis politiques, avec, en plus, un quatrième groupe, celui des opposants politiques. Et ce rapport de force a engendré une forme de multipartisme. Ce qui n'était pas possible dans les pays communistes a donné, en Croatie, une sorte de pluralisme informel. Et ce que je considère aussi comme une caractéristique commune pour les trois groupes, c'est qu'ils ont, d'une certaine façon, représenté les libertés individuelles»[24]. Même si la dimension nationaliste a été stigmatisée par le pouvoir communiste, et par une partie des dirigeants occidentaux, il paraît évident que les acteurs du Printemps croate ont aussi cherché à affirmer des valeurs démocratiques.

 

 Une des conséquences de la grande purge de 1971, qui a vu toute une génération d'hommes politiques enclins à démocratiser la Yougoslavie disparaître des instances du pouvoir, fut d‘empêcher la maturation de la classe politique issue du communisme. Opposée à toute réforme, elle refusa de passer le relais aux démocrates. C'est donc le HDZ qui profitera de ce vide idéologique pour exprimer avec force un nationalisme radical, qui fera de la réhabilitation de la nation croate son cheval de bataille. Les acteurs du Printemps croate ont toutefois joué un rôle dans la création de l'Etat croate et, depuis quelques mois, dans l'affirmation de la démocratie lors des élections législatives et présidentielles de janvier et février 2000. En témoigne la déclaration de D.Budiša[25] : «Les protagonistes du Printemps croate se sont trouvés dans différents partis lors d'une nouvelle vague de démocratisation sous la Yougoslavie. Et tous ces partis se sont plus ou moins prononcés pour l'idée d'un Etat croate indépendant. Cette idée était fortement présente dans notre conscience politique. Quand vous regardez aujourd'hui où se trouvent les personnes en question, en partant du parti au pouvoir jusqu'aux partis d'opposition, alors vous comprenez que nous, les acteurs, avons eu un rôle considérable dans la formation de l'Etat croate...»[26].

 

 Près de trente ans plus tard, les protagonistes des événements de 1971 ont retrouvé l'arène politique en reproduisant les clivages d'antan. D'un côté, la coalition victorieuse aux élections législatives et présidentielles composée d'anciens communistes reconvertis en sociaux-démocrates (SDP), et de sociaux-libéraux (HSLS), menée par D.Budiša, un des principaux organisateurs du mouvement des étudiants durant le Printemps croate. De l'autre, le parti nationaliste (HDZ), dirigé pendant près de dix ans par le défunt président F.Tudjman, acteur du Printemps croate sans avoir eu de rôle marquant. La défaite des nationalistes installés au pouvoir depuis les élections d'avril 1990 a démontré que la purge consécutive aux événements de 1971 a provoqué une radicalisation du discours nationaliste, écartant ainsi durant une longue période les cercles démocratiques de la vie politique yougoslave et des instances dirigeantes croates. Le processus enclenché en 1971 s'arrêtera une fois les libertés individuelles retrouvées, l'Etat de droit installé et la séparation des pouvoirs rétablis.

 

 Ainsi, l'apport des protagonistes du mouvement de 1971 dans la création de l'Etat croate aura été considérable et, au moment de l'accession à l'indépendance, les «printaniers» ont été, et sont encore, les plus actifs dans la formulation d'une vision démocratique. Comme l'indiquait Pierre Renouvin: «Le sentiment national, bien qu'il se manifeste souvent par opposition avec la conscience nationale des groupes voisins, n'est pas, en principe, dominateur: il s'affirme prêt à respecter les sentiments de ses voisins. Telle était la thèse des promoteurs du "mouvement des nationalités" au XIXe siècle »[27]. En conséquence, le nationalisme auquel font référence les médias, en particulier celui des présidents Tudjman et Miloševic, n'est en réalité qu'une déformation de cette idéologie.

 



[1] La Croix, 5 janvier 2000

[2] Le Figaro, 5 janvier 2000.

[3] Le Monde, 5 janvier 2000.

[4] Courrier international,13 janvier 2000.

[5] TRIPALO (Miko), Hrvatsko Proljece (le printemps croate), Zagreb, Globus, 1990, p.70.

[6] STEFANOVIC (D.S), Les origines de la crise croate de 1971, thèse de doctorat inédite, EHESS, Paris, 1979, p. 272-275.

[7] IVICEVIC (Jozo): "Sedamdesetprva u suvremenoj hrvatskoj povijesti" («Soixante et onze dans l'histoire contemporaine croate»), Vjenac, journal de la Matica hrvatska pour les sciences humaines, n°110, Zagreb, 26 mars 1998, p.20-21.

[8] STEFANOVIC (D.S), Les origines de la crise croate de 1971, op. cit., p. 439-440

[9] KRULIC (Joseph), Histoire de la Yougoslavie de 1945 à nos jours, Editions complexe, Campin, 1993.

[10] Hebrang et Djilas furent les principaux lieutenants de Tito à être victimes de la purge antistalinienne.

[11] Le comité central de la Ligue Communiste croate que l'on nommera dorénavant le CC de la LCC.

[12] DABCEVIC KUCAR (Savka), Hrvatski snovi istvarnost 71, Zagreb, Interpublic, 1997, 2 vol., p. 118.

[13] Hrvatski Leksikon, (Le lexique croate), Naklada Leksikon, Zagreb, 1996., p. 79-80.

[14] STEFANOVIC (D.S), Les origines de la crise croate de 1971, op. cit., p. 451, p. 465.

[15] Hrvatski Leksikon, op. cit., p. 79, p. 326, p. 477.

[16] STEFANOVIC (D.S), Les origines de la crise croate de 1971, op. cit., p. 24-25.

[17] TRIPALO (Miko), Hrvatsko proljece, op. cit., p. 196.

[18] Vladimir Primorac fut au moment du Printemps croate président du conseil de délibérations, il se fera remarquer pour sa clémence envers les acteurs des événements de 1971.

[19] Entretien réalisé le 16 mars 1998

[20] V.Gotovac fut l'une des personnalités les plus importantes des cercles culturels regroupés autour de la Matica hrvatska. Il sera condamné pour cette raison, en 1972, à quatre ans de prison ferme, puis en 1981, à deux ans de prison.

[21] Entretien réalisé le 19 mars 1998.

[22] Périodique croate Erasmus: casopis za kulturu demokracije (revue pour une culture démocratique), n°15, février 1996, p. 9.

[23] I.Z Cicak a été élu en 1971 premier étudiant pro-recteur de l'université de Zagreb. Il fut aussi un des leaders du mouvement étudiant, arrêté et condamné à ce titre à trois ans de prison ferme.

[24] Entretien réalisé le 3 avril 1998

[25] D.Budiša fut le président de la ligue des étudiants de Zagreb. Il sera condamné en 1972 à quatre ans de prison ferme.

[26] Entretien réalisé le 24 mars 1998.

[27] Renouvin (Pierre), Introduction à l'histoire des relations internationales, Armand Colin éditeur, Paris 1991, p. 210