X
Bientôt fans, merci !
Pourquoi pas vous ?
Facebook J'aime Paris 1
Accueil » Institut Pierre Renouvin » Les revues » Le bulletin de l'Institut Pierre Renouvin » Tous les bulletins » Bulletin n° 09, Chantiers 2000 » Gilles Perroy, La Ville de Paris, les Américains et les Affaires étrangères françaises

Gilles Perroy, La Ville de Paris, les Américains et les Affaires étrangères françaises

La Ville de Paris, les Américains et les Affaires étrangères françaises

 

 

 

Bulletin n° 9, printemps 2000

 

 

 

 

Gilles Perroy

 

 

 

«La politique diplomatique de Paris [consiste] en des échanges de visites [...] qui produisent un je ne sais quoi qui rapproche les peuples par le contact de sympathies latentes.» C'est de cette manière, un rien fanfaronne, qu'un des principaux acteurs de la vie municipale sous la IIIe République, Ernest Gay[1], présente les contacts de la Ville de Paris avec ses hôtes étrangers.

 

Une ville, même l'une des plus puissantes et prestigieuses, a-t-elle vraiment la possibilité de développer des relations spécifiques, systématiques et politisées, avec une nation étrangère? De fait, l'assertion d'Ernest Gay n'a rien d'évident, au moins parce que les supports municipaux de l'échange international, ses tenants locaux et son articulation avec les relations d'État à État ont été très peu étudiés dans l'histoire des relations internationales. Deux raisons peuvent expliquer cette marginalité historiographique. D'abord, l'idée, plus souvent postulée que vérifiée, que ces liens sont nécessairement congruents avec les contacts interétatiques dont ils ne constitueraient qu'une «sous-histoire.» D'autre part, l'évocation des contacts entre une municipalité et des hôtes étrangers charrie assez spontanément toute une série d'images, telles que des visites d'élus en écharpe ou des missions de fonctionnaires obscurs, des banquets amicaux où la bonne humeur de règle crypte immanquablement le sentiment réel, des inaugurations, tantôt pompeuses, tantôt bancales... Autant dire une série d'objets épistémologiquement assez anecdotiques et périphériques dans le cadre des relations internationales.

 

 L'étude des rapports américano-parisiens sous la IIIe République, en déterminant les formes que peuvent prendre les relations d'une ville avec l'étranger, en étudiant les instruments dont celle-ci dispose, et l'intérêt que ces contacts peuvent revêtir, permettra donc de voir si l'expression de «diplomatie municipale» a un sens substantiel ou non. Encore s'agit-il aussi de comprendre comment s'opère l'articulation de ces contacts avec la politique étrangère de la France. Est-on devant un relais politico-cérémoniel de la diplomatie du Quai d'Orsay ou en face d'une production originale qui jouit d'une certaine autonomie et de finalités propres? Question d'autant plus sensible que dans le cas d'une ville-capitale comme Paris, la confusion des espaces politiques avec les services de l'État pourrait répondre à la confusion des espaces physiques, complexifiant par-là les rapports traditionnels de simple hiérarchie entre État et municipalités.

 

 La focale ici adoptée insistera sur la période de la Première Guerre mondiale et sur les années Trente, qui, en raison des tensions qui les caractérisent, confèrent une lisibilité maximale aux diverses formes de propagande qui se pratiquent à l'Hôtel de Ville, sous couvert de réceptions «urbaines» et de mondanités. Trois modèles se succèdent au cours de ces vingt-cinq ans (le modèle de la guerre, et deux modèles durant l'Entre-deux-guerres), se recoupant plus ou moins, et se fondant tous sur l'utilisation de souvenirs communs, instrumentalisant les différentes facettes du Paris, «lieu de mémoire» américain en France.

 

 

1914-1918: le modèle jusserandien de propagande à l'Hôtel de Ville, les formes de la translation municipal-international

 

 Alors qu'elles étaient jusque là restées circonscrites à une sphère strictement technique et édilitaire, les relations américano-parisiennes vont se transformer du tout au tout dès l'automne 1914, répondant politiquement à l'aide spontanée des Américains de la capitale. La Ville de Paris cherche alors à amplifier (plus de dons) et à transformer (pas que des médecins mais aussi des soldats) le secours des États-Unis selon une série de procédures qui rappellent particulièrement les mesures prônées par l'ambassadeur français en poste à Washington, J.-J.Jusserand[2]. L'autre option d'alors eût pu être la pratique d'une propagande plus lourde, celle prônée par Aristide Briand. Mais outre que la ville n'en avait ni les moyens ni les fonctions (encore que les frontières institutionnelles ont tendance à s'effacer en ces temps troublés), la propagande jusserandienne avait le mérite de réactiver des habitudes parisiennes qui dataient de l'alliance franco-russe. De l'étude précise de cette configuration, nous pouvons attendre de mieux connaître les moyens qui, ancrés dans les pratiques municipales, permettent d'intervenir sur la scène internationale, et de mieux cerner la part respective des consignes ministérielles et des initiatives locales.

 

 Notre premier outil de travail, les discours prononcés à l'occasion des réceptions officielles et conservés dans le Bulletin municipal officiel créé en 1882 par les services de la Ville de Paris, permet de faire apparaître certains thèmes nouveaux qui attestent le virage pris par les relations américano-parisiennes. Ainsi de la thématique assénée jusqu'à la saturation de la proximité américano-parisienne, d'autant plus remarquable que la vision d'avant guerre était surtout différentialiste. Désormais tout se ressemble, et l'on va jusqu'à nier que le paysage des villes américaines diffère de celui de la capitale française «où il n'est pas une promenade [...] qui ne vous permettra de croire que vous n'avez pas traversé l'océan; nos constructions rappellent [les vôtres]; notre foule est comme la vôtre, active, variée, curieuse.»

 

 Plus abstraitement, on proclame dans la même perspective que«nous ne formons qu'une famille où les prénoms seuls diffèrent»[3]. Ceci est corroboré par une insistance sur l'hospitalité de l'Hôtel de Ville à l'endroit des Américains, en accord total avec les vœux de Jusserand en la matière. Chaque discours parisien devient ainsi l'occasion de rappeler «l'hospitalité coutumière de cette maison»[4], ou de préciser que «vous êtes ici chez vous; chaque foyer est votre foyer»[5],... le postulat sous-jacent de telles observations étant bien entendu que les Américains doivent défendre Paris avec la même pugnacité que s'il s'agissait de l'une de leurs cités. Mais les édiles parisiens vont, bien au delà de la proximité ou de l'hospitalité, jusqu'à évoquer des thématiques fusionnelles, la France, Paris ne formant qu'une seule entité guerroyante avec les États-Unis, «une nation commune en lutte pour le droit et la liberté». La similitude du tricolore des deux pavillons nationaux est souvent prise en prétexte pour opérer ce glissement; de l'avis des Parisiens en effet, «s'étaient unies dès les premiers instants de cette guerre, les couleurs américaines et françaises.»[6] La charge propagandiste de l'image est attestée dans un carton d'invitation à l'occasion d'une grande cérémonie américano-parisienne[7]. Il s'agit d'un programme cartonné, avec en couverture, une aquarelle représentant un navire aux armes de Paris, navigant sur la Seine. À la proue, trône une Marianne couronnée, vêtue d'un drapé français bleu, blanc, rouge, qui brandit six drapeaux de nations alliées. Le pavillon américain est au premier plan, à ce point mis en avant qu'il en rend les autres difficilement reconnaissables, et s'avère en fait rejoindre dans la même étoffe le costume de la femme, dont il n'est que le prolongement. Peut-être est-ce surinterpréter que de voir dans ce motif l'illustration de cette volonté de communion qui est celle de l'Hôtel de Ville à l'endroit des Américains. Cependant, le type même du document, destiné pour partie à être distribué à des Américains, sa convergence avec des expressions verbales de la même idée, autorisent selon nous à dire qu'il s'inscrit finalement dans un vaste projet propagandiste où l'on veut donner l'image de l'indissolubilité des liens américano-parisiens.

 

 Un autre type de document tout à fait remarquable rend bien compte de ces intentions: les plaquettes illustrant l'aide américaine à Paris, imprimées et distribuées par la Ville aux enfants de ses écoles. Le Conseil municipal, dans les temps forts de la guerre, s'érige ainsi en pédagogue et thuriféraire de l'amitié franco-américaine. La première est réalisée lors de la grande vague d'enthousiasme du mois d'avril 1917. À peine moins de trois jours après le discours du 2 avril du président Wilson, les conseillers municipaux délibèrent sur une proposition portant sur «le devoir de répandre cette belle page d'histoire et de la soumettre aux enfants de notre libre démocratie»[8]. Le résultat établit à l'unanimité que des exemplaires d'une plaquette reproduisant le message du président à la nation américaine seront gratuitement distribués aux enfants des écoles[9]. Au vu de la rapidité de la décision, il s'agit bien évidemment d'un enthousiasme spontané. Mais l'esprit de l'entreprise, tout comme la facture du document, montrent qu'il y va aussi d'une volonté calculée de propagande: témoignage de gratitude, apologie, large communication, ... que demandait Jusserand? Ce petit carnet gris-vert de seize pages[10], exécuté par les soins de l'école Estienne, est significativement intitulé: «les États-Unis dans la guerre pour le droit et pour la liberté; la Ville de Paris aux enfants de ses écoles.» Il est frappé de l'écusson aquilin de l'Amérique et consigne à la fois le discours du président Wilson et le récit de la réception de l'ambassadeur Sharp, qu'organisa l'Hôtel de Ville pour célébrer l'événement le 22 avril. C'est dire par-là la coalescence que l'on veut établir entre les hauts faits américains et la reconnaissance parisienne, saisies dans un même mouvement.

 

 Le plus souvent, l'expression de cette gratitude s'effectue sans médiation, par envoi direct de courrier aux organismes américains concernés. C'est précisément ce qui se passe le 6 avril 1917[11], alors même que le Congrès est en train de se prononcer sur l'entrée en guerre. Sans en attendre les résultats, et en se défendant de vouloir intervenir dans un débat strictement américain, les conseillers, «ne pouvant taire l'émotion qui déborde de [leurs] cœurs», «prient le président Wilson d'agréer l'hommage de [leur] admiration respectueuse.» Procédure significative, s'il est vrai qu'il y a bien quelque chose de propagandiste à remercier par provision!

 

 En dehors de ces temps forts, les dons ou aides américains suscitent systématiquement des lettres de remerciements officiels émises par l'un ou l'autre des Conseils (municipal ou général) ou les deux. Ainsi, en mars 1918[12], des remerciements sont adressés, au nom de la Ville de Paris, au gouvernement des États-Unis, qui vient d'offrir une statue de Lincoln; une médaille de donateur lui sera en outre décernée[13]. Fin avril 1917, reconnaissants des dons de toute nature que le Clearing House[14] a faits à la capitale, «les élus de Paris remercient leurs grands amis d'Amérique.» L'optique est donc nette: aucun geste, aucun secours américain, si ténu soit-il, ne doit passer inaperçu, et il convient à chaque fois de manifester sa satisfaction et sa reconnaissance. Mais si l'on peut dire de ces menus faits qu'ils s'inscrivent dans le cadre d'une propagande jusserandienne, c'est dans la mesure où ces remerciements ne restent pas dans la sphère «privée» et qu'on cherche au contraire à leur donner une large publicité. Toutes les décisions afférentes du Conseil municipal, comme la teneur de tous les courriers, sont en effet publiées dans le BMO. Ce dernier, propagande de guerre oblige, était alors largement diffusé: mairies, bibliothèques, affichage «sauvage», ... ce qui donnait une très large audience à ces témoignages de gratitude. Certains passages vont même jusqu'à exploiter la veine de façon très visible. À l'occasion de la distribution de cadeaux offerts par les enfants américains, la ville publie un long descriptif de la cérémonie et inclut dans le récit la lettre «émouvante» d'une jeune américaine, Katherine Roberts, «to a sister in Europe»[15], et sa réponse «chère petite sœur d'Amérique.» On touche là aux aspects les plus grossiers de la propagande.

 

 La diffusion de la gratitude parisienne et de ses manifestations peut aussi satisfaire les critères jusserandiens en passant par d'autres vecteurs comme la presse française ou américaine. Toutes les manifestations organisées par la municipalité sont étroitement observées par la presse qui en assure l'indispensable diffusion. Les archives VK3[16] permettent d'établir le rôle des responsables de la Ville sur cette question. C'est en effet le syndic du Conseil municipal qui est en charge d'expédier les invitations aux directeurs des grands journaux: Le Figaro, L'Exelsior, Le Petit Journal, Le Matin, L'Intransigeant, Le Temps, ... Concernant les journalistes américains, les services de la ville demandent le plus souvent la liste de la presse à l'ambassade américaine. Sont ainsi fréquemment présents le New York Herald, le Chicago Examiner, ...Au total, on compte une cinquantaine de journalistes-photographes à chacune de ces cérémonies. Par ce truchement, la diffusion de la gratitude parisienne est effective. Le Lafayette's Day de 1917 est ainsi très positivement répercuté par les quotidiens du 7 septembre qui ont correctement perçu l'intention parisienne: tous ou presque retranscrivent le témoignage de gratitude envoyé par le Conseil municipal au maire de Philadelphie; l'événement fait la première de couverture du Figaro, de La Liberté, de L'Intransigeant, ou encore du Temps. Quant au Matin, il a parfaitement compris que la propagande américaine de l'Hôtel de Ville équivalait à de la propagande française aux États-Unis, insistant particulièrement sur l'enthousiasme que suscite l'Amérique:« [...] une cérémonie qui a permis à la population parisienne de manifester une fois de plus sa sympathie à l'égard de la noble nation alliée.»

 

 Il est encore des formes de propagande beaucoup plus directes, à l'instar de la mise en spectacle de l'aide américaine. Durant ces années de guerre, le pavoisement en est incontestablement l'une des manifestations les plus visibles. Lors de toute grande cérémonie, la municipalité dispose en effet, sur les parcours ou sur les lieux symboliques, des drapeaux américains, parfois seuls, parfois mêlés au tricolore français et enserrés par les armes de Paris. À voir la minutie de l'administration en ce qui concerne leur nombre et leur emplacement, le pavoisement semble déterminant dans la tactique de montre propagandiste entreprise par l'Hôtel de Ville. La multiplication des directives et contre-directives en tous genres qui précèdent les manifestations organisées pour l'entrée en guerre des États-Unis ne laisse pas de doute à ce sujet: la Ville n'ayant prévu que le pavoisement des vingt mairies dans un premier temps, rectifie d'urgence le tir en pourvoyant finalement à l'ornement de tous les monuments publics de la capitale[17], comme à proportionner les symboles d'amitié pour les États-Unis à l'aide qu'on en attend. L'Hôtel de Ville se voit réserver un sort spécial puisque le campanile arbore pour les cérémonies ultérieures au 6 septembre 1917 le grand drapeau américain offert par Philadelphie[18]. En somme, la pratique du pavoisement fonctionne comme un rite des manifestations américano-parisiennes, régi par une double logique: au premier chef, galvaniser la population par ce signe d'une présence amie forte, mais aussi et surtout, témoigner brillamment de la reconnaissance française - topique jusserandien s'il en est.

 

 Représenter les liens américano-parisiens dans l'espace, c'est de cela aussi que procède la proposition du conseiller Fiancette au printemps 1918, visant à donner le nom de Wilson à une grande avenue de la capitale. Son compte-rendu au Conseil municipal est significativement introduit par cet impératif:«nous devons manifester notre gratitude.» Le vote est unanime, et cette avenue du président Wilson est inaugurée dès le 4 juillet 1918[19]. La propagande parisienne sait sans conteste manier les symboles américains, ce dont témoignent aussi, au plus haut point, l'organisation et le déroulement des grandes réceptions à l'Hôtel de Ville.

 

 La communication en Amérique même fait elle aussi partie des instruments utiles. La Ville, malgré d'évidentes difficultés financières, ne décide-t-elle pas finalement de maintenir sa participation en 1916 à l'Exposition internationale de San Francisco? Le principe en avait été voté en 1913, mais le contexte de guerre eût pu conduire à un abandon légitime. Or, c'est tout le contraire que l'on observe, puisqu'une délibération du 29 mars 1915 ouvre un crédit supplémentaire de 35000F, mis à la disposition de l'administration pour les dépenses occasionnées[20]. Y seront exposés les objets devenus habituels dans ce genre de manifestation, mais aussi quelques photographies de la guerre à Paris - la ville ayant auparavant multiplié les avis aux photographes parisiens pour que soient pris des clichés-choc[21].

 

Manifestations d'enthousiasme spontané, les cérémonies de l'Hôtel de Ville sont donc aussi le résultat d'une propagande calculée, ce qui autoriserait bien à employer le terme de «diplomatie» proposé par Ernest Gay. Au vu du contexte, favorisant le consensus politique, et des compénétrations institutionnelles existant entre l'État et la municipalité, il est permis de se demander si certaines d'entre elles ne sont pas encore le produit d'une manipulation du pouvoir central. Sans préjuger de la réponse, quelle est l'initiative réelle de la Ville de Paris et quelle est sa marge de liberté?

 

 

Une instrumentalisation par les Affaires étrangères françaises?

 

 En termes strictement fonctionnels, l'intervention de différents ministères pour réglementer tel ou tel aspect accréditerait la thèse d'une «manipulation.» Encore, une distinction s'impose-t-elle à ce stade entre les directives nationales (toutes les municipalités de France se voient contraintes d'organiser pareillement certaines cérémonies) et celles qui ne concernent que Paris.

 

 Pour les premières, peu de remarques, sinon qu'il y va d'une volonté - nécessairement un peu fausse et paradoxale - de montrer que les élans d'enthousiasme viennent d'en bas, de la société civile, plus que d'en haut, des ministères. La circulaire n°496 du 6 avril 1917 envoyée à tous les préfets de France par le ministère de l'Intérieur s'inscrit tout à fait dans cette logique, puisqu'il s'agit de pavoiser tous les bâtiments publics aux couleurs américaines en l'honneur de l'entrée en guerre des États-Unis[22]. La démarche est parfaitement comprise par les édiles parisiens qui insistent beaucoup sur cette dimension spontanée et populaire dans leurs discours. Aussi précisent-ils systématiquement que les réceptions officielles ne sont que le réceptacle de l'exaltation de leurs administrés. Paris joue résolument ici le jeu de la propagande gouvernementale.

 

 Pour les secondes, c'est la place particulière que Paris occupe dans la stratégie du pouvoir central qui est en question. L'ingérence des services centraux est quasi-permanente, prenant parfois un ton suggestif quand le ministre des Affaires étrangères propose à la ville de hisser sur le clocher de l'Hôtel de Ville le drapeau de Philadelphie le 6 septembre 1917, mais le plus souvent autoritaire à l'instar du ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts qui demande en juillet 1918 aux administrateurs parisiens que les établissements d'enseignement arborent les couleurs américaines. Ne parlons pas des services du Protocole ou des Affaires politiques du Quai d'Orsay qui tendent à régenter tous les aspects des réceptions américaines à l'Hôtel de Ville[23]. Toutes ces circulaires et recommandations jouent en faveur d'un renforcement et d'une amplification des mesures déjà prises: toujours plus de drapeaux, plus de cérémonies, plus d'invités. En soi, ceci n'a rien d'étonnant, Paris étant la capitale, une certaine confusion des espaces (physique et politique) doit nécessairement se produire avec les services de l'État. Si l'Élysée ou la présidence du Conseil veulent recevoir comme il se doit un hôte américain, il faut pavoiser son parcours, et cela implique obligatoirement de passer par la municipalité pour lui demander d'exécuter les décisions arrêtées. Pourtant, il y a plus, dans la mesure où le personnel gouvernemental assiste la plupart du temps aux cérémonies organisées par la municipalité: Ribot est présent lors de la réception de l'ambassadeur américain en 1917, les ministres des Affaires étrangères, de la Marine et des Régions libérées sont là quand est célébré à l'Hôtel de Ville le premier anniversaire de l'entrée en guerre, Pichon, Boret et Lebrun[24] co-accueillent Hoover en mai 1918. C'est à se demander si l'Hôtel de Ville est encore «la Maison du peuple parisien» ou l'antichambre des cabinets ministériels!

 

 Mais, sur le fond, quelle est l'intention des ministres qui participent aux réceptions municipales? Les discours qui y sont prononcés ne sont pas différents en vérité de ceux des conseillers: mêmes analyses, mêmes compliments, tant il est vrai que les ministres parlent à l'unisson des Parisiens. Il est d'ailleurs frappant d'observer que leurs discours sont strictement superposables, alors même que l'on sait par ailleurs que leurs positions sont tout autres. Un cas est exemplaire, celui de Pichon qui déclare en avril 1918 à l'Hôtel de Ville: «nous combattons pour la même chose, agréant totalement les buts fixés par le président Wilson», alors que les 14 Points ont été accueillis avec tiédeur par le gouvernement Clemenceau en janvier et que les buts ultimes des États-Unis et de la France divergent, Pichon étant bien placé pour le savoir. Tout se passe donc comme si l'Hôtel de Ville était un lieu où s'apaisaient les tensions et où s'affirmait une pleine et totale concorde. La propagande que fait le gouvernement par le biais de la municipalité parisienne est donc une propagande qui s'inspire elle-aussi de Jusserand.

 

 D'ailleurs, la présence de ministres n'est pas nécessaire à l'État pour intervenir dans les cérémonies, puisque le préfet de Seine et le préfet de Police (ou à défaut leurs représentants) y prennent systématiquement la parole: nommés par le pouvoir central et responsables devant lui seul, ils donnent à entendre sa voix en toute occasion. Là encore, on est frappé de la distance entre les positions réelles et le contenu des discours prononcés. Lorsqu'est reçue une délégation de l'American Federation of Labour en mai 1918, le préfet Autrand cautionne de son autorité les déclarations du président du Conseil municipal:


«Nous savons que, par la force de son idéal, l'Amérique nous préserverait, s'il en était besoin, de la tentation d'abuser de notre victoire.»[25]

 

 En somme, la stratégie est assez simple, consistant à afficher «le fameux sourire de Paris»[26] à l'heure même où l'État grince ou grimace. C'est bien à une utilisation jusserandienne de l'image parisienne que procède en ces années le gouvernement français.

 

 Mais c'est aussi de façon beaucoup plus tangible que la Ville de Paris est politiquement instrumentalisée par l'État, comme le montre, en 1916, l'opération d'emprunt sans nantissement contracté auprès de banques américaines par la Ville de Paris ... pour le compte de l'État.

 

 Ce qu'on peut retenir de tous ces éléments, c'est que l'État utilise l'image positive de Paris aux États-Unis, exploite les sympathies que la Ville s'est déjà acquises, soit spontanément, soit au moyen de sa propagande, pour servir ses propres intérêts. Mais il faut reconnaître qu'il s'agit là d'une instrumentalisation largement consentie, comme si la Ville avait contracté un pacte de «centralisation sacrée» en ces années de guerre, mettant fin à la période de tension et de crise politico-institutionnelle de l'avant guerre. Le terme de «manipulation» est donc trop loin de la réalité et on lui préférera ceux de coopération ou de subsidiarité, tant il est vrai que la Ville fonctionne alors plus comme une structure auxiliaire que comme un organe ancillaire.

 

 

Vers la pérennisation de la diplomatie américaine de la Ville de Paris: modèles de l'intervention dans l'Entre-deux-guerres

 

 

Durant les années 1920 et 1930, on aurait pu penser que les contacts américano-parisiens reprendraient mécaniquement la forme de relations techniques et édilitaires qui avait été la leur avant le conflit mondial. Or, c'est en fait tout le contraire que l'on observe. La Guerre signifie bien ici une rupture capitale, et les élus municipaux s'érigent, au cours de l'Entre-deux-guerres, en véritables intercesseurs du gouvernement français auprès de leurs hôtes américains, quoi qu'ils pensent par ailleurs de son action: il est vrai que les causes de dissensus sont nombreuses, qu'il s'agisse des dettes interalliées, des retombées de la Grande Crise ou de la montée des tensions en Europe. C'est sur tous ces sujets que la Ville de Paris intervient, à chacune de ces rencontres avec des Américains. Le fondement de cette position vient de ce que le nationalisme des conseillers l'emporte sur toute autre considération.

 

 Mais il resterait tout de même à expliquer la concordance entre la propagande des élus parisiens et les thèses adoptées par le Quai d'Orsay dans ses relations avec les États-Unis. Cette concordance n'a bien sûr rien d'un hasard. Pour les réceptions d'importantes personnalités américaines, les services du ministère des Affaires étrangères demandent, en effet, que les épreuves de discours du préfet de la Seine lui soit envoyées[27]. Mais il n'est pas jusqu'aux élus parisiens eux-mêmes qui ne bénéficient des conseils du Quai d'Orsay, lorsque se préparent d'importantes manifestations: des directives d'informations confidentielles (en fait très souvent normatives et prescriptives) sont expédiées à la présidence du Conseil municipal pour ces événements. Particulièrement exhaustive fut celle qui précéda le voyage de Raymond-Laurent[28] aux États-Unis en 1937. Le but affiché était de convier les municipalités américaines à participer à l'Exposition de Paris, mais l'occasion était trop belle pour la France de ne pas en faire une mission de propagande aux desseins plus généralistes. Dès leur retour à Paris, les délégués seront ainsi conviés au ministère des Affaires étrangères pour rendre compte des résultats qu'ils ont obtenus.

 

 Cette mission de 1937, correspondant avec la présidence de Raymond-Laurent, est d'ailleurs au plus haut point caractéristique de ce que peut-être la diplomatie de l'Hôtel de Ville au cours de l'Entre-deux-guerres.

 

 La municipalité met alors en place une «diplomatie de la présence», terme qui fut revendiqué par Raymond-Laurent pour sa présidence en 1936. Par ce nom, il s'agit en fait de désigner la politique très active de la municipalité à l'occasion de l'Exposition de 1937: celle-ci doit absolument réussir et montrer que la France n'est pas isolée sur la scène internationale. En dépit de cette vocation mondiale, elle se porte surtout sur les États-Unis, précisément dans la mesure où la longue mémoire qui les unit en renforce l'efficacité. Les élus vont désormais jusqu'aux États-Unis pour rappeler la profondeur de ces liens (mars-avril 1937). Faisant une communication radio quelques jours avant son départ, Raymond-Laurent précise parfaitement ces rapports entre diplomatie de la présence et utilisation de la mémoire américano-parisienne:

 

 «Je ranimerai les amitiés innombrables que Paris et la France possèdent à l'étranger... Je crois à l'utilité de ce que j'appellerai ‘la diplomatie de la présence', et j'ai voulu que mon mandat de président du Conseil municipal y fût en grande partie consacré. Elle est particulièrement efficace lorsqu'elle est faite dans des pays comme les États-Unis auxquels nous lient tant de grands souvenirs historiques en même temps qu'une communauté profonde de pensée et d'idéal.»[29]

 

 Les préparatifs de cette grande «ambassade» illustrent la relative autonomie de la municipalité. Beaucoup d'informations politiques et de conseils ne proviennent pas du Quai d'Orsay, mais sont le fait des réseaux que la présidence du Conseil municipal a su se nouer dans la sphère des «américanistes.» Exemple remarquable, un texte dont l'auteur n'est pas spécifié[30], d'environ quatre feuillets, lui est expédié quelques jours avant son départ. Il comporte trois remarques sur ce qu'il convient de dire à New York et en Louisiane sur le Père Marquette et Cavelier de la Salle. Sont données des informations historiques, mentionnées les personnes à rencontrer, et proposés les thèmes à aborder. Il est ainsi recommandé d'insister sur l'ancienne présence française à la Nouvelle-Orléans:

 

 «Dîtes tout ce que vous voulez [...] Plus les traces réelles de notre présence s'effacent - et elles s'effacent très vite en ce moment - plus le souvenir est tenu en très grand honneur.»

 

 À ces remarques sont ensuite adjointes quatre règles générales: exalter l'idéal démocratique, ne pas trop insister sur Lafayette et consorts, faire attention au prestige Blum et à la Presse Hearst, aux mains de «ce salaud de première», ... soit un véritable programme d'action.

 

 Mais au total, quoi qu'ils puissent faire appel à des avis extérieurs, les élus parisiens se conforment la plupart du temps aux directives gouvernementales dans le choix des thèmes politiques qu'ils abordent avec leurs interlocuteurs américains.

 

 Au cours de son «Tour de l'amitié», Raymond-Laurent prononce de nombreux discours (Mobile, La Salle, La Nouvelle-Orléans, Los Angeles, San Francisco, Chicago, New York)[31] qui tous exaltent les souvenirs communs, le devoir de mémoire et l'indestructibilité des liens: les municipalités américaines doivent en ce sens venir nombreuses à l'Exposition de Paris prouver leur amitié. Mais la mission de Raymond-Laurent se porte également sur des problèmes beaucoup plus politiques. Il donne en effet à New York de nombreuses interviews radio dans lesquelles il évoque les menaces allemandes en Europe, rappelant que la France veut la paix, mais dans certaines conditions[32]. On a désormais franchi le dernier stade de la politisation des relations américano-parisiennes.

 

 Cette extrême politisation des relations américano-parisiennes est définitivement consommée en 1939, lors de la présidence de Le Provost de Launey. Déjà, depuis le mois d'octobre 1938, il n'avait de cesse de féliciter les Américains de passage à Paris pour l'attitude exemplaire qui avait été celle du président Roosevelt tout au long de la crise de Munich: à la mesure parisienne répondit la sagesse de la Maison-Blanche qui «contribua à préserver des millions d'existences et notre belle terre de France»[33]. Le Conseil municipal parisien cherche donc à plaquer sur les Américains, assez abusivement, une image de sauveurs inconditionnels de la France. Du 14 juin au 3 juillet 1939, Provost de Launey va présider la délégation municipale qui assiste à l'ouverture de l'Exposition universelle de New York[34]. Le discours qu'il prononce en cette occasion est particulièrement déterminé et politisé. Il suffit pour cela de remarquer que sur les dix feuillets dont il est composé, six évoquent les risques de guerre en Europe. La stratégie est double: indirectement, en une figure qui nous est désormais connue, il s'agit d'utiliser le capital-mémoire acquis au cours des décennies précédentes - «les pays liés par des affinités de sentiments et des similitudes d'intérêts doivent se rapprocher de plus en plus» - mais aussi de manière plus directe, en cherchant à impliquer les États-Unis dans un possible conflit européen. Après tout, eux non plus ne sont pas à l'abri d'une propagation de la guerre, et Le Provost de Launey de se lancer dans une longue description comminatoire où il expose les motifs qu'a l'Amérique de craindre une nouvelle guerre européenne: progrès de l'aviation, moyens d'attaque longue distance, étau germano-nippon, propagande qui désagrège une nation dans sa substance même; en bref, et les termes choisis sont limpides, «un isolement sans grandeur ne saurait garantir la sécurité.» La «diplomatie de l'implication» de Provost, tout en s'inscrivant dans le prolongement des différents modes d'instrumentalisation du souvenir américain à Paris, poursuivant la ligne de «la diplomatie de la présence», en est surtout l'aboutissement ultime et paroxystique: s'adressant aux soldats de l'American Legion en 1939, c'est «sans détour» qu'il leur demande comment ils peuvent «concevoir une vie digne de ce nom dans un monde plié sous la loi de fer des États totalitaires en Europe et en Asie.»[35]

 

 Deux modèles «diplomatiques» se succèdent ainsi au cours des années Trente, celui de Raymond-Laurent et celui de Provost de Launay, qui, pour être morphologiquement différents, n'en utilisent pas moins la même tradition amicale unissant la ville aux Américains, et dont chacun prétend répondre aux enjeux du contexte international.

 

 

Une diplomatie pour quoi faire?

 

 

En fait, la Ville de Paris déploie autant d'initiatives en direction des États-Unis, c'est qu'il s'agit là d'un moyen pour elle de reconquérir un certain nombre de prérogatives dont l'avait privée le statut de tutelle de 1871.

 

 Les élus parisiens essaient en effet d'utiliser ces manifestations comme un moyen d'affirmation et de légitimation. Pouvoir prétendre à des relations spécifiques avec une puissance extérieure, c'est incontestablement pouvoir prétendre à une certaine autonomie. C'est pour cela que les officiels parisiens tentent systématiquement de singulariser leurs rapports avec les Américains au sein de l'amitié franco-américaine. Dans cette perspective, certains gestes ne laissent pas de doute quant à leurs fins dernières, comme cette offre d'une miniature de la statue d'Étienne Marcel au maire de New York: l'objet renvoie bien aux libertés et franchises municipales, avec d'autant plus de transparence qu'il est verbalement présenté comme tel. Il n'est pas rare non plus de voir les présidents du Conseil municipal revendiquer en présence de leurs hôtes américains le titre de «maire de Paris.»

 

Les résultats de tous ces efforts sont, au demeurant, difficiles à évaluer, même si la préséance cérémonielle qu'acquiert le président du Conseil municipal sur le préfet de la Seine au cours de cette période, leur doit incontestablement quelque chose. De nombreux signes autorisent donc à voir dans les relations américano-parisiennes un lieu utilisé par la Ville pour affirmer ses aspirations autonomistes. Sont par là mises en lumière des logiques purement endogènes: l'amitié entre la ville et les États-Unis provient bien pour partie dans des motivations d'ordre interne.

 

 L'État, quant à lui, a tout lieu de favoriser ces contacts, et contribue à faire de la Ville de Paris, par ses conseils et directives, un acteur de premier plan des relations entretenues avec les États-Unis. Constituer Paris en structure focale de la propagande française présentait en effet de nombreux avantages dont le moindre n'était pas de montrer aux Américains les sentiments d'un corps élu. En effet, peu d'Américains prennent contact avec d'autres assemblées issues du suffrage universel. Ni le Sénat ni la Chambre des députés ne sont généralement inclus dans les programmes de visite. Le gouvernement est quant à lui trop cantonné aux réceptions officielles pour pouvoir exprimer sur la corde sensible, l'enthousiasme populaire. En ce sens, ce sont bien les conseillers municipaux, les élus les plus proches du peuple, qui garantissent une certaine authenticité à beaucoup de ces événements, conformément aux intentions du Quai d'Orsay.

 

 Somme toute, cette «diplomatie» doit bien être vue comme la convergence des intérêts de ces deux acteurs: l'ambassade américaine de Raymond-Laurent sert à la fois la ville, soucieuse de montrer qu'elle est encore à la pointe de la modernité et en espérant des retombées économiques, et le gouvernement, voulant prouver sa responsabilité (discutée pendant le Front Populaire...), son aptitude à mener de grands chantiers, et annoncer son credo pacifiste dans un contexte international tendu. Mais que cette convergence d'intérêts donne précisément naissance à une «diplomatie municipale» ne s'explique que par l'existence d'une configuration unique: le statut de capitale de Paris, son rôle historique dans la longue durée (caractérisé par un messianisme bien enraciné), la compénétration institutionnelle des services de l'État (le préfet de la Seine) et des organes élus au sein même de la municipalité résultant du statut de 1871. C'est bien ici cette coordonnée «capitale» qui explique la transgression du municipal en direction de l'international, et rend assez exactement compte de ces modalités.

 

 

 



[1] Syndic du Conseil municipal en 1914. Voir Les Coulisses de l'Hôtel-de-Ville, p. 248.

[2]

On peut la résumer comme suit: la propagande pour les États-Unis en France est la meilleure propagande pour la France aux États-Unis.

[4] BMO, 23-08-1918, p. 2550

[5] Ibid., p. 2552

[6] BMO, 02-05-1917, p. 1302.

[7] AP, VK3-199

[8] 5 avril, BMO, p. 1101.

[9] BMO, 20-04-1917, p. 1210

[10] Bibliothèque historique de la Ville de Paris.

[11] BMO, 06-04-1917, p. 1077.

[12] BMO, 29-04-1917, p. 1272.

[13] Ibid., p. 1273.

[14] Il s'agit du Comité central des secours américains créé dans les derniers mois de 1914, notamment sous l'initiative de l'ancien ambassadeur des États-Unis à Paris, Myron T. Herrick.

[15] BMO, 26-01-1915: «Dear sister in Europe, I am sending this doll which I have taken much pleasure in dressing for you. I am 12 years old and live in Chicago. I am sending my love and sympathies and hope that better times are coming, and peace will soon be restored in your's and other little girl's countries. I hope that she has found a good mother and that she'll be a comfort to you»; signed«your loving sister in America».

[16] AP, VK3, 190. Il s'agit du fonds des fêtes et cérémonies des Archives municipales de la Ville de Paris.

[17] AP, VK3-190.

[18] BMO, 10-07-1917; il s'agit d'une réplique du drapeau américain, brodé spécialement dans la maison historique où Belsy Ross broda le premier emblème de la nouvelle nation. Les treize étoiles représentant les treize États de l'époque ont été brodées par 6 petites Françaises et 7 petites Américaines.

[19] AP, VK3-194.

[20] BMO, 29-03-1915.

[21] Voir notamment «avis aux photographes», BMO, 06-03-1915.

[22] AP, VK3-190.

[23] AP, VK3-187, 190, 191, 193-195, 197.

[24] Respectivement ministres des Affaires étrangères, du Ravitaillement, et du Blocus

[25] BMO, 25-05-1918; or le Cabinet Clemenceau ne souhaite nullement que les grands idéaux américains prévalent sur les intérêts français à l'heure du règlement de la paix.

[26] Mentionné par le préfet Autrand en mai 1918 (BMO, 25-05-1918, p. 1304). Il devint un poncif dans l'Entre-deux-guerres.

[27] AP, DE1 fonds Debidour, carton 1.

[28] C'est une des personnalités particulièrement brillantes de l'amitié américano-parisienne. Un séjour de trois ans aux États-Unis au cours de son adolescence, des postes-clés au sein du Comité France-Amérique durant les années 1920, expliquent sans doute sa parfaite connaissance des États-Unis, ses réseaux personnels, et sa prodigieuse activité pour promouvoir les liens avec l'Amérique à l'heure où il accède à la présidence du Conseil municipal en 1936-1937.

[29] AP, 1221/64/1/147

[30] AP, D51/Z, carton 11 (voir annexe). L'auteur de ce texte est anonyme, mais on peut inférer qu'il s'agit d'un Français en rapport avec les sphères politiques, très bien informé sur les États-Unis. Peut-être appartient-il au Comité France-Amérique.

[31] Ibid. Il s'agit principalement des brouillons de ces discours.

[32] Compte-rendu de plusieurs d'entre elles dans le New York Herald tribune en date du 14 mars.

[33] BMO, 26-10-1938, p. 3787-3788.

[34] AP, 1221/64/1/153

[35] BMO, 30-0-1939, p.1256. La suite est tout aussi caractéristique de l'attitude de Provost vis-à-vis des États-Unis:«Quel serait alors le sort de l'Amérique elle-même? Pourrait-elle se flatter que les barrières de l'Atlantique et du Pacifique la mettent à l'abri des propagandes insidieuses et des attaques les plus inattendues et les plus brutales? Regardez l'Angleterre qui a découvert que son insularité ne la mettait pas à l'abri.»