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Estelle Fohr-Prigent, La « Honte Noire ». Racisme et propagande allemande après la Première Guerre mondiale

La « Honte Noire ». Racisme et propagande allemande après la Première Guerre mondiale

 

 

Bulletin n° 9, printemps 2000

 

 

 

 

 

Estelle Fohr-Prigent

 

 

 

 «Honte Noire» est la traduction de l'allemand «Schwarze Schmach», qui désigne la honte que représente aux yeux des Allemands l'occupation de la rive gauche du Rhin par des troupes coloniales françaises. Des troupes «noires» sont en effet chargées de surveiller, de contrôler des populations allemandes «blanches.»

Le gouvernement allemand s'empare de l'affaire et orchestre une campagne de propagande pour dénigrer d'une part ces troupes, accusées de violer les femmes allemandes, et d'autre part la France, accusée de vouloir humilier l'Allemagne dans un esprit de basse vengeance.

 

 

Une campagne de propagande moderne

 

 La campagne de la «Honte Noire» est, après la Première Guerre mondiale, un des premiers exemples de propagande structurée et définie à l'échelle internationale. A première vue, cette campagne semble émaner de petits groupes nationalistes. Elle s'avère en fait être organisée par le gouvernement du Reich, qui prend prétexte de l'occupation de la rive gauche du Rhin par des troupes coloniales françaises pour tenter de discréditer la France aux yeux de l'opinion publique internationale.

 

 L'Allemagne a tiré les enseignements du conflit mondial; elle sait le poids des opinions publiques et l'impact d'une propagande massive dans la bataille diplomatique qui l'oppose à la France. En montrant la France comme une nation belliqueuse, assoiffée de revanche, qui ne pense qu'à «humilier» et «asservir» l'Allemagne, le Reich entend déstabiliser la position de la France dans les négociations de l'après-guerre. Sont notamment en jeu l'occupation du territoire et le paiement des réparations.

 

 Remettre en cause le décompte des dommages de guerre établis par les Français est une stratégie possible, mais les propagandistes allemands ont conscience que provoquer l'indignation, voire la colère, est bien plus efficace qu'une argumentation rationnelle.

 

Les troupes coloniales françaises sont à cet égard un ennemi idéal, susceptible de fédérer contre lui toutes les nations «blanches.» Le Royaume-Uni et les Etats-Unis, alliés de la France, sont particulièrement ciblés par les propagandistes.

 

 L'efficacité de cette campagne de propagande est difficile à apprécier. Il semble que la pseudo-«neutralité» des propagandistes américains et anglais - à la solde de l'Allemagne-, n'ait pas trompé les gouvernements américain et anglais.

 

 

L'attitude ambivalente du gouvernement français

 

 Le gouvernement français prend néanmoins la campagne très au sérieux et cherche à réfuter point par point les allégations allemandes. Mais la France est accusée de mauvaise foi et sa contre-propagande est mise sur la sellette. Le gouvernement français envisage donc rapidement le retrait de ses troupes coloniales, malgré le manque de métropolitains susceptibles de les remplacer. Ce projet provoque aussitôt l'indignation de M.Diagne, député et commissaire général aux Troupes Noires, qui fait valoir le droit des troupes coloniales de participer à l'occupation de l'Allemagne comme elles ont participé à la victoire. De fait, le gouvernement hésitera longtemps avant de retirer les dernières troupes coloniales de la rive gauche du Rhin.

 

 Cette affaire permet finalement d'observer une singularité française: la France semble en effet moins touchée, à l'époque, par le racisme que les autres pays européens, et, a fortiori, que les Etats-Unis. Cela provoque un certain décalage entre les grilles de lecture des pays concernés et entraîne quelques incompréhensions diplomatiques, notamment avec l'Italie.