X
Bientôt fans, merci !
Pourquoi pas vous ?
Facebook J'aime Paris 1
Accueil » Institut Pierre Renouvin » Les revues » Le bulletin de l'Institut Pierre Renouvin » Tous les bulletins » Bulletin n° 07 : Centre Amérique latine » Elisa Cardenas-Ayala, L'espace politique mexicain, modernité et autoritarismes

Elisa Cardenas-Ayala, L'espace politique mexicain, modernité et autoritarismes

L'espace politique mexicain, modernité et autoritarismes

 

 

Bulletin n° 7, printemps 1999

 

Elisa Cardenas-Ayala

 

L'existence d'un espace politique moderne dans le Mexique contemporain est une question qui traverse toute interrogation sur sa vie politique, que ce soit dans une perspective historique ou bien lorsqu'on considère son actualité. On ne saurait lui donner une seule réponse affirmative ou négative, sans réduire ainsi la complexité du système politique mexicain à un fonctionnement extrêmement simplifié.

La réponse ne peut donc que se décliner en de multiples nuances, qui tiennent compte de la diversité des acteurs et de la complexité du tissu relationnel existant entre eux, ainsi que d'une culture politique dans laquelle se confondent et se fondent les formes d'une pratique politique traditionnelle avec celles de l'emprunt d'un modèle, celui de la modernité libérale, de sa mise en pratique, adoption, apprentissage et adaptation. Du point de vue de l'histoire, l'espace politique mexicain contemporain est, comme tout autre, un espace en construction permanente. Si, au XVIIIe siècle, les réformes bourboniennes de l'Empire espagnol sur l'administration marquent un premier moment essentiel dans l'histoire de la modernisation de cet espace, dans le Mexique indépendant du XIXe, le triomphe des libéraux dirigés par Benito Juárez sur les armées de Napoléon III et ses alliés mexicains (les conservateurs), en 1867, décide de l'implantation "définitive" du modèle de nation libérale consacré dans la Constitution de 1857[1].

 

À partir de ce triomphe, le modèle libéral d'une nation d'individus, soutenu énergiquement par une élite modernisatrice, devra affronter dans la pratique une réalité sociale et politique fortement marquée par la présence et les logiques d'acteurs collectifs[2]. Le résultat de cette interaction, c'est un espace politique modernisant, dont on ne peut toujours qualifier le fonctionnement de "moderne", (en ce qui concerne notamment la constitution de l'individu en citoyen).

 

Un des moments privilégiés pour l'analyse du fonctionnement de l'espace public mexicain et du processus de construction d'un espace politique moderne est celui de la chute de la dictature de Porfirio Díaz, en 1911.

 

Le général Porfirio Díaz est arrivé au pouvoir en 1876, après avoir renversé, par une rébellion militaire, le gouvernement légitime de Sebastián Lerdo de Tejada. Il exerce, jusqu'en 1911, un pouvoir autoritaire de plus en plus étendu, légitimé par une légalité de façade fondée sur des réélections régulières, et justifié par les besoins de paix d'une société exsangue, au sortir de plus d'un demi-siècle de guerres civiles et internationales. Le régime de Díaz, qui mit enfin en pratique certains des principes libéraux de la Constitution de 1857 (notamment en matière économique), se consolida grâce à la mise en sommeil de son contenu conflictuel (notamment les lois de Réforme[3] et tout particulièrement celles qui concernaient les restrictions imposées au culte religieux dans le prolongement de la séparation de l'Église et de l'État posée par la même Constitution).

 

Le régime porfirien, à l'apparence si solide, succombe en 1911 aux attaques d'un mouvement anti-réélectionniste, le madérisme (du nom de son dirigeant, Francisco I. Madero), d'abord politique et urb ain, puis soutenu très largement par les masses rurales. Cette chute s'accompagne de l'émergence d'un espace public moderne, caractérisé par un espace politique enrichi de nouveaux acteurs, notamment (pour ce qui ici nous intéresse), d'une opposition politique organisée et ouverte, structurée en partis. L'importance de ce que l'on peut bien caractériser comme une explosion, ne peut se comprendre qu'à partir de la caractérisation d'un espace public porfirien, dans lequel ces nouveaux acteurs, tout comme les nouvelles dynamiques, plongent leurs racines.

 

 

Un espace balisé 

 

Lorsqu'on considère le porfiriat dans la continuité de l'histoire mexicaine depuis l'indépendance, il ressort que l'espace public qui lui est propre a une définition particulière, issue d'une part du processus de maturation de formes modernes de sociabilité et de l'importance attachée à la vigueur d'une fiction démocratique, mais aussi d'autre part, des limites imposées par l'exercice autoritaire du pouvoir, dans un régime soucieux de la maîtrise de l'espace conçue comme élément sine qua non de sa consolidation.

 

En effet, la consolidation de l'État porfirien s'accompagne d'un rétrécissement de la marge d'action dont disposent les acteurs sociaux dans la sphère publique et notamment dans l'exercice public de la critique, par rapport à celle dont ils disposaient dans le cadre du fragile équilibre de la República Restaurada[4].

 

Parallèlement, l'espace public porfirien n'a cessé d'être celui, ancien, concret, traditionnel, de la plaza, du marché, des portales, notamment loin des centres urbains, où la modernité est vécue en différé, par l'intermédiaire d'une presse qui provient des grandes villes. Cependant, les villes connaissent, elles aussi, quoique selon un dosage différent, cet emboîtement d'un ordre ancien et moderne de l'espace public et un renouveau même de l'espace ancien, notamment avec l'apparition des gares, qui deviennent sans tarder des lieux privilégiés de rencontre et de mise en scène de l'opinion.

 

L'espace public porfirien est donc ancien et moderne à la fois, sans qu'un cloisonnement rigide sépare ces deux registres, et se caractérise avant tout par une forte présence de l'État, qui veille au respect des normes implicites et tolère peu les effractions.

 

La modernité en particulier y est limitée par l'intérêt de l'État; ainsi il n'y a pas de place, dans la structure du système, pour une opposition politique moderne, formelle et ouverte, pour des organisations non soumises en dernier ressort à l'autorité de Porfirio Díaz. Au début du XXe siècle, ce sont particulièrement les anarchistes qui en font l'expérience: à l'échelle nationale le parti Liberal Mexicano[5], ou encore des groupes régionaux, comme Aurora Socialà Guadalajara[6] ; au déclin du régime, en 1909, ce sera le tour des organisations indépendantes, reyistes puis anti-réélectionnistes. On peut donc affirmer qu'à la fin du porfiriat, une opposition politique formelle se construit aux marges de pratiques reconnues, alors que l'espace public n'est pas prêt à la "loger". Structurée dans les premiers partis politiques au sens moderne du terme (c'est-à-dire, organisations politiques avec adhérents, programme et statuts, et non pas, comme il faut l'entendre pour le Mexique du XIXe siècle, des factions politiques), cette opposition est d'abord une opposition dans le régime, qui entend le modifier avec ses propres règles du jeu (et l'exemple majeur en est le reyisme), pour devenir ensuite une opposition au régime, construite autour du principe de la non-réélection madériste[7].

 

Par ailleurs, puisque le contrôle de l'espace ancien constitue un point fondamental dans la gestion de l'ordre public (il est perçu comme la garantie de cet ordre), son utilisation collective est soigneusement surveillée par l'État. Ainsi, les irruptions du "peuple" dans cet espace sont regardées avec méfiance et, au besoin, réprimées manu militari lorsqu'elles inquiètent l'ordre établi (les intérêts des propriétaires) ou qu'elles perturbent les bonnes consciences. Tristement célèbres sont les cas des grèves de Cananea (Sonora, 1906) et Río Blanco (Veracruz 1906-1907), l'une minière, l'autre textile, noyées dans le sang par les "forces de l'ordre", et chaque État de la fédération conserve en mémoire des exemples plus ou moins extrêmes de cette politique[8].

 

En matière d'opinion, les règles du jeu sont en apparence moins rigides, mais elles posent également des limites très claires, même si les sanctions aux effractions peuvent être considérées comme modérées. La politique porfirienne en matière d'opinion compte deux volets et s'illustre bien par la pratique courante d'incarcération des journalistes indépendants jugés trop critiques et la saisie des presses ayant permis la publication des propos dissidents. Les journalistes étaient en règle générale relâchés au bout d'un certain temps, souvent par l'intermédiaire de membres de l'élite, proches des autorités, qui réussissaient à obtenir leur liberté sous caution. L'"objet du délit" était lui aussi libéré, et les presses saisies pouvaient fonctionner à nouveau et contribuer ainsi à la mise en scène de la liberté de la presse, indispensable à la légitimité du régime. Tout cela dans le cadre d'une sorte de croisade nationale pour la paix et d'une action de concertation très large qui "exige" le sacrifice des attitudes extrêmes sur l'autel de la pacification et de la stabilité. C'est ainsi que la notion de "patriotisme" prend un contenu porfirien particulier et devient, en la matière, l'exercice modéré de la liberté de la presse. Le patriotisme y est entendu surtout comme le respect voire le culte de la nation, incarnée par son dirigeant suprême, Porfirio Díaz.

 

Le régime de Díaz se démarque donc nettement de celui de ses prédécesseurs et fait preuve d'un grand pragmatisme en matière de contrôle de l'espace public qu'il a le souci de gérer d'assez près. Contrôler, est donc le mot d'ordre porfirien à appliquer à l'espace public, ancien ou moderne, à quelque niveau du pouvoir que ce soit; voilà un des principaux tributs de la société à la pax porfiriana.

 

 

Et cependant... opinion et partis

 

 

Cependant, une relation plus complexe que la répression pure et simple s'établit entre la presse indépendante et le régime: pourquoi, en particulier, celui-ci ne s'est-il jamais défait physiquement de journalistes trop dérangeants comme le célèbre Filomeno Mata ?[9] Tout d'abord, le régime de Díaz se veut à la hauteur des régimes de l'Europe occidentale de l'époque, des régimes perçus comme "civilisés et respectueux des libertés", ce qui ne veut pas dire forcément démocratiques. Ensuite, dans sa conception de la justice et du maintien de l'ordre, ce régime a toujours adopté un système de privilèges et les opposants politiques recevaient un traitement différencié selon leur origine sociale. Ainsi, si l'État porfirien se permet d'écraser des ouvriers et d'exterminer des Indiens yaquis ou mayas[10], les élites insoumises méritent seulement l'emprisonnement. Les exemples sont d'ailleurs nombreux: ils vont de Filomeno Mata à Francisco I. Madero en passant par Camilo Arriaga ou José López-Portillo y Rojas[11].

 

 

En même temps, le régime choisit de participer pleinement à la formation de l'"opinion publique". Ainsi, le quotidien national "officieux"[12] El Imparcial, premier quotidien à tirage industriel dans le pays, lié au groupe des "científicos"[13], profitait des subventions gouvernementales. Tout comme El Imparcial, dans les divers États de la République, le journalisme "officieux" s'empresse de prêter ses services au pouvoir en place.

 

Cette politique a pour conséquence la délimitation bien nette d'un espace officieux, plus ou moins subventionné par l'État, et la constitution d'une "opinion officielle" face à laquelle le reste des "créateurs" d'opinion prenait sa propre place, dessinant ainsi le premier grand clivage perceptible dans la presse de l'époque porfirienne.

 

En procédant de la sorte, le régime porfirien a ainsi accompli - peut-être à son insu - de même que dans le domaine de l'exercice du vote, une tâche essentielle en termes de "pédagogie modernisatrice": en stimulant une opinion publique fictive, il a généré dans certaines couches de la société le besoin d'une "opinion publique" plus large et représentative de leurs intérêts.

 

C'est à l'intérieur de cet espace restreint, où la marge de manœuvre et d'action demeure assez réduite, que l'on constate l'existence d'une opinion publique moderne complexe, malgré tout bien consolidée et abritant les tendances les plus diverses. Celles-ci vont du soutien inconditionnel au régime à la contestation ouverte, en passant par les soutiens sous condition, les critiques modérées et radicales et ce, à partir de positionnements idéologiques variés, notamment différentes modalités du libéralisme (du libéral-conservatisme au réformisme social) et du catholicisme (en particulier le catholicisme social et la démocratie chrétienne).

 

La structuration d'un espace politique moderne, vers la fin du porfiriat, passe ainsi par l'établissement des bases d'une opinion publique diversifiée, produite, véhiculée et re-produite principalement dans la presse indépendante. C'est dans cette presse que se brise publiquement le caractère intouchable de Porfirio Díaz et son image immaculée; c'est dans ses pages que, à partir de la fin 1910, Porfirio Díaz cesse d'être "l'homme nécessaire" au salut de la patrie, pour devenir graduellement le dictateur[14].

 

 

Cette ouverture de l'espace politique porfirien est aussi très étroitement liée à l'apparition franche d'organisations ouvertement politiques, indépendantes de l'État. En ce sens, l'apparition des partis politiques est un des plus forts indicateurs de la maturité de formes modernes de sociabilité dans les dernières années du régime. À leur évolution d'ensemble, il est possible même de mesurer le déclin de ce dernier, manifeste dans l'affaiblissement du contrôle qui s'exerce sur l'espace public.

 

Si le parti Liberal Mexicano des débuts du siècle avait été contraint de se réfugier dans la clandestinité et l'exil, les partis qui naissent à partir de décembre 1908, à l'abri formel des déclarations de Díaz au journaliste étasunien James Creelman[15], jouissent d'une liberté totale qui leur permet de structurer une opposition dans le régime. Tel est le cas de l'Independiente, parti constitué en décembre 1908 à Guadalajara, dans le but de porter le général Bernardo Reyes, alors gouverneur de l'État du Nuevo León, à la vice-présidence de la République. Parallèlement, Díaz tolère la formation du parti Democrático, fondé à Mexico par des hommes étroitement liés au gouvernement, et dont la position restera ambiguë.

 

L'opposition au régime se construit quant à elle sous surveillance et se voit contrainte pour partie de se réfugier dans la clandestinité, mais elle se construit tout de même; c'est le cas du parti Antireeleccionista, principal foyer du mouvement madériste, jusqu'au soulèvement de Francisco I. Madero contre le régime de Díaz en novembre 1910.

 

Il existe enfin un autre cas de figure, celui des organisations qui ont attendu l'imminence de la chute de Díaz pour se présenter ouvertement dans l'arène politique; c'est notamment le cas du parti Católico Nacional, fondé à peine quelques jours avant la démission du dictateur. Le PCN naît cependant soutenu par plusieurs organisations structurées pendant les dernières années du régime, sous la forme d'organisations sociales ou de cercles d'études (c'est le cas notamment des operarios guadalupanos).

 

Au moment où Díaz quitte définitivement le pouvoir, en mai 1911, vaincu par la révolution madériste, l'espace politique mexicain est déjà investi par une variété d'organisations politiques (dont de nombreux partis), qui s'instaurent en intermédiaires formels entre la société civile et l'État. Plus ou moins proches, selon les cas, des pratiques politiques modernes ou traditionnelles, ces partis incarnent, tout autant et autrement que la presse, les différentes tendances politiques qui, maintenant de façon ouverte, cherchent à occuper une place sur la scène politique et à influer sur l'exercice du pouvoir sinon à le prendre. Ces organisations et partis se consolideront pendant le gouvernement provisoire de Francisco León de la Barra (fin mai-début novembre 1911), puis une fois Madero arrivé à la présidence (il l'assume le 6 novembre 1911).

 

La constitution des partis politiques en intermédiaires est un événement capital dans l'histoire de l'espace politique mexicain: y compris lorsqu'on reviendra sur la légitimité de la diversité de ces partis avec le régime dit "de la révolution" qui instaure, pour plusieurs décennies, un système de parti unique (à partir de 1929), on ne fera pas disparaître la figure du parti comme acteur politique principal et intermédiaire majeur entre les intérêts de la société et la volonté de l'État.

 

C'est sur ces deux piliers, développement d'une opinion publique diversifiée et organisation d'une opposition politique ouverte, que se bâtit un espace politique de modernité à l'essai, au sein duquel les différents acteurs (modernisants, traditionnels, hybrides), se mesurent, s'affrontent, mettent à l'épreuve leurs conceptions de la politique et leurs pratiques.

 

Tout autant que la maturité de formes modernes de sociabilité, la perte de vitesse de l'autoritarisme au sein de l'État est une condition première de l'existence de cet espace-laboratoire de modernité, qui va de pair avec, dans un premier temps, une réduction des capacités de contrôle de l'État porfirien sur son déclin, puis, avec la volonté démocratique et la faiblesse du nouvel État madériste.

 

À plusieurs reprises, l'État madériste offre à l'opinion et aux partis, l'occasion de s'exercer sur un terrain particulièrement sensible et décisif, celui des élections. Dans l'étude de ces "exercices" électoraux, il est possible de mettre en lumière la richesse de ce laboratoire qu'est la période madériste dans l'histoire de la démocratie mexicaine. Non seulement, après plusieurs décennies, l'électorat y est confronté à des véritables enjeux électoraux, mais en outre, il s'élargit du fait de l'adoption du suffrage direct. Les élections de la période madériste ont, en ce sens, profondément changé, symboliquement et dans la pratique, par rapport à ce qu'étaient les élections pré-révolutionnaires. Qui plus est, après le coup d'État qui met fin au gouvernement comme à la vie de Francisco I. Madero[16], les élections ne seront plus le véritable enjeu de la vie politique mexicaine et ce pour la presque totalité du XXe siècle.

 

En effet, après la chute du gouvernement de Madero, le retour à l'idéal d'un espace politique uniformisé, en dehors duquel toute action politique ne peut qu'être illégitime, et plus tard, la prise en main de cette "uniformisation" par les gouvernements dits de la révolution, représente la clôture de cet éphémère laboratoire de modernité et le retour à un espace politique sous surveillance, de la part d'un État qui construit de nouvelles formes de contrôle.

 


 



[1]     La fin de l'aventure impériale de Maximilien de Habsbourg représente la défaite totale, militaire et politique, des conservateurs et rend à la Constitution promulguée en 1857 toute sa valeur symbolique et juridique.

[2]     Voir à ce sujet, GUERRA (François-Xavier), Le Mexique. De l'Ancien Régime à la Révolution, Paris, L'Harmattan-Publications de la Sorbonne, 1985.

[3]     Ces lois, promulguées entre 1861 et 1863, consacrent le programme libéral de laïcisation de la société (relégation du religieux aux espaces privés, création de l'état civil) et d'individualisation de la propriété (désamortissement des biens dits de mains mortes qui, en essayant de remettre sur le marché les propriétés collectives, a touché aux biens d'Église tout comme aux biens des communautés indiennes).

[4]     C'est par ce nom que l'on désigne la période des gouvernements républicains de Juárez et Lerdo de Tejada, qui s'ouvre avec la chute de Maximilien de Habsbourg, en 1867, et qui se clôt par la prise violente du pouvoir par Porfirio Díaz, en 1876. Voir KATZ (Friedrich), "México: la restauración de la República y el Porfiriato, 1867-1910", dans BETHELL (L.), (éd.), Historia de América Latina, t. 9, México, América Central y el Caribe, c.1870-1930, Barcelone, Cambridge University Press-Editorial Crítica, 1992, p.13-77.

[5]     Voir COCKROFT (James D.), Precursores intelectuales de la revolución mexicana (1900-1913), Mexico, SEP CIEN-SIGLO XXI, 1985

[6]     Voir RAMIREZ FLORES (José), op. cit., p.31-36.

[7]     Je me permets de renvoyer le lecteur à mon travail sur la question, Aux marges de la révolution mexicaine, le Jalisco 1908-1913, thèse de doctorat nouveau régime, Université de Paris I, mars 1998, sur lequel est par ailleurs fondé l'ensemble de cet article.

[8]     Sur Río Blanco, voir ANDERSON (Rodney D.), Outcasts in Their Own Land. Mexican Industrial Workers 1906-1911, De Kalb, Northern Illinois University Presss, 1976; également HERNANDEZ (Salvador), "Tiempos libertarios. El magonismo en México: Cananea, Río Blanco y Baja California", dans CARDOSO (Ciro F.S.), G. HERMOSILLO (Francisco) et HERNANDEZ (Salvador), De la dictadura porfirista a los tiempos libertarios, t. 3 de la collection La clase obrera en la historia de México, Mexico, IIS-UNAM, cinquième édition, 1991, p.101-232.

[9]     Filomeno Mata, né dans l'État de San Luis Potosí en 1845, a fondé à Mexico, en 1881, El Diario del Hogar, le plus persistant journal d'opposition au régime porfirien, qu'il a dirigé jusqu'à sa mort (en 1911), ce qui lui valut des incarcérations répétées mais aussi le respect de toute la presse indépendante nationale. Le dernier numéro de ce journal est paru le 30 juin 1912. Voir Diccionario Porrúa. Historia, Biografía y Geografía de México, troisième édition, Mexico, Ed. Porrúa, S.A., 1971, t. II, p.1281

[10]    Parmi les principales actions militaires du gouvernement porfirien avant la révolution madériste, se trouvent les campagnes répétées contre les Indien yaquis du Sonora et la reprise d'une partie de la péninsule du Yucatán aux mayas, qui la contrôlaient depuis la mi-XIXe siècle. La cruauté observée dans les deux cas est restée tristement proverbiale et peut-être considérée comme une politique d'extermination.

[11]    Voir Diccionario Porrúa, op. cit., sur Arriaga, t. I, p.148, sur Madero, t.II, p.1230-1231, sur Mata, t.II, p.1280; sur López Portillo y Rojas, voir COSIO VILLEGAS (Daniel), Historia moderna de México. El porfiriato. Vida política interior, 2ª parte, México, ed. Hermes, 1972, p.837

[12]    « Officieux" dans le sens où, sans avoir le statut d'officiel, ce journal transmet l'opinion du gouvernement et cherche à servir ses intérêts

[13]    On surnommait ainsi péjorativement les membres du groupe d'Yves Limantour, ministre des Finances depuis mai 1893, et maître d'œuvre d'une politique économique libérale. La proximité du groupe avec la philosophie positiviste et son attachement, à ses débuts, à l'application des principes de la "science", dans le sens comtien du terme, à l'administration publique, lui valut ce surnom et on doit à cette "foi positiviste" une des justifications théoriques du régime de Díaz qui se résume dans la formule "ordre (ici, paix) et progrès". Le groupe a été constitué, vers la fin des années 1870, par de jeunes intellectuels et hommes politiques, notamment Justo Sierra, Miguel et Pablo Macedo, José Yves Limantour et Manuel Calero, autour de Matías Romero, le ministre des Finances de l'époque et sous la protection de Manuel Romero Rubio. La plupart des científicos sont devenus des hauts fonctionnaires du régime et, sur le déclin de celui-ci, couramment rendus responsables de toutes ses dérives et accusés de "manipuler" un président trop âgé.

[14]    Voir les exemples de La Libertad et El Globo, journaux indépendants imprimés à Guadalajara.

[15]    En mars 1908, El Imparcial reproduit cet entretien, connu désormais comme "l'entretien Díaz-Creelman", dans lequel Díaz déclarait estimer le pays prêt à s'initier dans la vie démocratique notamment à travers l'organisation de partis politiques

[16]    Le 9 février 1913 commencent les événements connus désormais sous le nom de "décennie tragique", dans lesquels participent notamment les généraux porfiristes Bernardo Reyes, Félix Díaz (neveu de l'ancien dictateur) et Victoriano Huerta, dans un complot largement soutenu par l'ambassadeur étasunien Henry Lane Wilson, contre le gouvernement de Madero, et qui aboutissent à la démission de ce dernier et du vice-président Pino Suárez, à leur assassinat et la prise du pouvoir par Huerta.