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Clément Thibaud, Puissance et souveraineté : sur l'institutionnalisation des armées patriotes

Puissance et souveraineté : sur l'institutionnalisation des armées patriotes. Venezuela-Colombie, 1813-1821

 

 

Bulletin n° 7, printemps 1999

 

Clément Thibaud

 

Au cours de la guerre civile qui depuis 1810 oppose au Venezuela et en Colombie actuels les partisans de l'indépendance et les fidèles au roi d'Espagne, les premiers sous la conduite de Simón Bolívar, les autres sous celle du général Pablo Morillo, les années 1818-1821 marquent le tournant crucial où le sort de la guerre se joue.

Vient alors le temps où les corps de guerre pratiquant la guérilla, qui menaient un combat sans merci avec les armées espagnoles dans les territoires mal contrôlés du Bassin de l'Orénoque, ont été captés et intégrés de jure dans un système organisé et hiérarchisé selon des normes écrites stables. Ils ont été transformés en un ensemble désigné le plus souvent par le terme d'" armée régulière " obéissant à une logique d'État. Les troupes patriotes, dont la capitale et le siège d'état-major se trouvent à Angostura[1] en Guyane, contrôlent presque toute la région des Llanos, grande plaine tropicale aux formations végétales de savane[2] qui court de l'arrière-pays de Barcelona jusqu'au piémont andin des plateaux qui portent Bogotá. Par un mouvement d'approche indirecte[3] d'une audace extraordinaire, elles vont conquérir la Nouvelle-Grenade[4]. Ce pas délicat franchi avec brio, les patriotes exploitent les ressources en hommes, les gisements fiscaux du territoire conquis afin de construire une sorte de New Model Army capable de mener la conquête des zones loyalistes du Venezuela, puis de descendre vers le Sud et d'attaquer la présidence de Quito - l'Équateur actuel - puis le Pérou, bastion royaliste.

 

L'approche évolutionniste, voire "progressiste", qui commande l'interprétation de ce moment déterminant pour l'indépendance des pays "bolivariens" est soutenue communément par l'historiographie dite "traditionnelle" ou patriote, celle des académies d'histoire et des militaires. Elle consiste à présenter les capitaines de la petite guerre des Llanos comme des caudillos sauvages locaux, certes utiles pour maintenir la flamme de la résistance après la destruction des armées de la Seconde République en 1814-1816, mais profondément hostiles à l'ordre républicain souhaité par les officiers éclairés groupés autour du Libertador Bolívar. On les présente comme des chefs de corps inorganisés et pillards aux habitudes clientélistes, à la volonté de puissance désordonnée, dont la simple existence nie la création d'un État de droit, universaliste, rationnel et codificateur. En ce sens, le temps des institutionnalisations aurait autorisé une juste et souhaitable progression des bandes entropiques aux bataillons réglés. Les représentations picturales exécutées longtemps après les faits montrent à loisir des corps bien rangés, bien armés et bien vêtus monter à l'assaut géométrique de leurs ennemis; elles témoignent du désir d'occulter le temps des guérillas pour constituer un monument de la mémoire nationale.

 

Au début du siècle, Laureano Vallenilla Lanz[5] nuance le modèle en présentant le caudillo comme un gendarme nécessaire face au vide politique et à la désintégration sociale nés du conflit. A la manière d'un personnage enfanté par une ruse ironique de l'histoire, le caudillo est un mal inévitable qui fait pièce à la barbarie historique et naturelle des populations vénézuéliennes, à leur capacité infinie de fragmentation, à leurs tendances anarchiques et capricieuses. Dans une visée d'ordre, il règne par un mélange de clientélisme et de force brutale. Avec Vallenilla Lanz, la problématique avance d'un grand pas. Les caudillos de la guerre d'Indépendance font le pont entre l'Ancien Régime et la Révolution, en organisant un espace politique et social orphelin d'un principe organisateur transcendant - le roi. Mais certains postulats n'ont guère changé: non seulement le modèle "progressiste" persiste (de la meute aux armées réglées), mais la pensée -subtile et nuancée par ailleurs- de Vallenilla s'enferme dans une alternative stérile entre barbarie et civilisation, lourde de jugements de valeur implicites. Elle aboutit à des impasses. Les llaneros ne comprennent pas le phénomène urbain, aussi pillent-ils les villes, ils n'entendent pas la discipline, aussi massacrent-ils les populations civiles; ils sont idéologiquement peu engagés, aussi changent-ils de camp lorsque le vent tourne.

 

L'inversion de ces valeurs, tout aussi dommageable à la compréhension historique, a été utilisée comme motif obsédant par Juan Uslar Pietri[6]. Le llanero, dans sa pureté originaire rousseauiste, dans le déchaînement d'une violence égalisatrice et heureusement tournée contre les élites corrompues de Caracas, représente la personnalité populaire du Venezuela. Ils sont la vraie révolution - anti-bourgeoise, anti-capitaliste- même s'ils ne le savent pas. Enfermé dans une identité romantique, le llanero offre le prétexte à des développements autour de la franchise et de la droiture brutale du "peuple", qui cède parfois à la fascination de la violence. Ces conceptions ne sont pas exemptes de préjugés sur la nature et la constitution des secteurs dominés de la population, ces anges exterminateurs: violence naturelle, pureté rurale contre corruption urbaine, etc. 

 

John Lynch, dans un article et un livre plus récents[7] apporte des éléments décisifs dans l'analyse du moment de "l'institutionnalisation" de la guerre irrégulière. Son argumentation s'étaie sur une distinction première: d'un côté l'homme d'État Bolívar, ami des codes et des lois, de l'autre, les caudillos, amis de leurs amis et pères de leurs clientèles. Les idéaux-type de ces derniers sont Mariño -dans la version oligarchique- et Páez -dans la modalité "populaire". Voilà la nouveauté: loin d'entraver la marche vers l'État, ces caudillos, en organisant fermement leur segment de pouvoir, se seraient prêtés passivement à la construction d'une force armée régulière ergo d'un gouvernement central. Passivement? En effet, leur activité, trop circonscrite à l'horizon connu de leur territoire, appelait une coordination supérieure incarnée par la Libertador et ses officiers. Les caudillos dominaient la tactique, mais la stratégie était consubstantielle à la vision apollinienne des bolivariens. D'un côté la furor et l'hybris dyonisiaque du guerrier, de l'autre la réflexion froide et efficace du soldat. La représentation évolutionniste n'est toujours pas évitée. Elle se traduit sur le mode du manque, de l'imperfection. Il manque toujours quelque chose aux formations irrégulières: les formes institutionnalisées du pouvoir, qui sont par nature supérieures. D'autre part, le modèle expliquant l'adhésion des llaneros aux corps guerriers propose une évolution linéaire ayant pour point de départ le statut de fugitif, pour aboutissement celui de guérillero et pour point médian l'état de bandit[8]. Mais le canevas est faussé par un présupposé partagé en outre par Miquel Izard[9] : le llanero est un hors-la-loi, ou plutôt un marginal, situé hors de l'emprise des pouvoirs traditionnels. Par son mode de vie propre aux pâtres des troupeaux sauvages, il aurait comme vocation prédestinée le combat à l'arme blanche. On voit que le modèle de la chasse sous-tend cette interprétation: l'habitant des plaines est un chasseur proche de la nature, frugal et résistant; les bandes qu'ils forment dans la guerre possèdent la même structure que les groupes de chasse de la vie "civile". Si les llaneros embrassent imparfaitement l'état militaire c'est parce qu'ils vivent la guerre comme ils ont toujours vécu leur vie violente et aventureuse aux marges de la colonie. L'autre présupposé consiste à penser que Bolívar abaisse les caudillos et forge une armée régulière pour forger un État impersonnel. Mais l'institutionnalisation lui profite, à lui et à sa clientèle: en un sens le processus est un moyen pour lui assurer la domination politique sur ses concurrents; il se comporte, en quelque sens, en véritable caudillo.

 

Ainsi, toutes les interrogations à propos de "l'intégration" des troupes irrégulières se déploient-elles à partir de l'idée sous-jacente que l'évolution vers des formes codifiées d'organisation est un progrès nécessité par le caractère imparfait, fragmentaire, chaotique des groupes combattants du llano. Quand bien même l'aspect positif de ces groupes serait maintenant souligné comme créateurs de liens politiques dans le cadre d'une société divisée par la guerre civile, l'horizon de l'analyse reste l'évolution bénéfique vers des formes stables -ou, du moins, mieux reconnues comme telles par l'historien qui les considère! Tout mouvement inverse est lu comme une involution.

 

La question que nous voudrions poser travaillerait plusieurs de ces difficultés. Comment se composent les forces des llaneros avec celles qui soutiennent Bolívar? Comment lier une machine de guerre itinérante, fondée sur des régularités non écrites -un code de l'honneur sourcilleux nourrissant le goût des duels- et un corps normé fonctionnant à partir d'ordonnancements écrits et de lois? Comment incorporer la guerre qui délie et dénoue dans des institutions gouvernementales souveraines qui associent et joignent?

 

On imagine ce que ce type de questionnement doit aux travaux de Georges Dumézil, qui distingue dans la souveraineté politique deux versants: celui du roi-lieur et celui du prêtre-législateur. Le Janus souverain s'oppose à la violence de la fonction guerrière car la souveraineté de l'État capture les volontés sans brutalité, elle est opposée primitivement à la guerre. C'est le rôle de l'État que de s'approprier les corps sans exercer de contrainte visible tandis que la puissance guerrière délie par la furor et assujettit par la force. Néanmoins, Puissance et Souveraineté entrent en composition: Mars n'est pas un Dieu guerrier mais un Dieu "législateur de la guerre"[10]. Ces catégories, bien entendu, ne constituent pas le fond archaïque des pensées de nos llaneros, mais ont une valeur heuristique pour penser les processus contradictoires qui traversent l'intégration ou, mieux, la collaboration des organisations irrégulières à une forme nettement hiérarchisée et réglée de pouvoir. Les fonctions duméziliennes opposent le guerrier tout autant au soldat qu'au prêtre et au roi. Nous les formulerions comme trois processus distincts, qui parfois entrent en composition, mais qui le plus souvent s'opposent: devenir-souverain, devenir-législateur, devenir-guerrier (devenir-soldat à la jonction des deux derniers devenirs).

 

 

Formes de guerre et formations guerrières

 

Comprendre le processus d'institutionnalisation commence par une tâche toujours négligée: celle de savoir qui étaient les llaneros. Une étude des origines des combattants ayant appartenu aux corps qu'ils formaient, comme le bataillon Bravos de Páez et les escadrons Caballerías del Alto Llano, montre que près de la moitié n'était pas originaire des plaines de l'Orénoque, mais des villes de la côte, des cités intérieures de la Nouvelle-Grenade: Mompós, Bogotá, Popayán[11]. Le "llanero" et les "llaneros" sont donc un concept réifié, qui englobe dans une ethnicité fantasmée des gens très différents. Le mode de combat -guérilla, guerre irrégulière - n'est pas plus à inférer d'une commune origine géographique. Si l'affinité des llaneros militaires avec un mode de vie civil fondé sur la pratique de la chasse reste évidente -aller se battre contre les Espagnols se disait "aller aux taureaux"- il ne concerne qu'une partie des hommes. Plus: il serait intenable de soutenir que la guerre ne transforme pas le mode de vie, la sociabilité, les hiérarchies sociales, le rapport à la loi de ces "llaneros". Un llanero guerrier n'est pas le même homme que le rude mais pacifique pasteur des plaines. Cela vaut aussi pour le territoire: bien que situés aux marges de l'espace peuplé, les llanos avant la guerre n'étaient pas un lieu vide où des bandits semaient continûment la terreur[12]. D'après un recensement de 1787, on ne compte pas moins de 716 haciendas, 12 ciudades et villas, 7 pueblos de españoles, avec presque 33 000 habitants hors des missions et près de 43 000 Indiens, pour un territoire il est vrai bien vaste, à peu près grand comme la France[13]. Il y existe une vie "normale" hors du vol de bétail et des activités délictueuses; des communautés d'habitants placides qui ne sont pas formées en bandes ni en meutes de guerre.

 

La transformation de l'espace en zone conflictuelle remonte à 1813 lorsque le colonel espagnol Boves formalisa une Vendée anti-républicaine autour des vallées du Guárico. Nulle appétence innée n'instaure la bonté des llaneros pour la petite guerre; elle est en tout point historique. Boves ne fut pas plus un caudillo sauvage menant des troupes déchaînées, mais un officier régulier de la Couronne qui conduisit des armées différenciées suivant les trois armes, capables de mener de longs sièges (Valencia), de produire un effort continu de plusieurs mois sans que ses troupes ne se débandent. Même si certains corps de cavaliers gardaient le style de combat propre à la vie des chasseurs, ils étaient pris dans un devenir-soldat instauré par la nécessité de lutter contre des armées puissantes loin de leurs bases. S'ils suppléaient, comme l'a magistralement montré Germán Carrera Damas[14], l'absence de train par la pratique du pillage des villages traversés, donnant parfois une nouvelle dimension politique à la guerre civile, formant dans leurs excès un bouquet de haines et de rancoeurs inouïes, ils n'en restaient pas moins fermement organisés autour d'une hiérarchie, différenciés suivant des logiques corporatives[15] et fonctionnelles, qui se complétaient sinon harmonieusement du moins efficacement.

 

La première expérience llanera de la violence eut lieu sous la conduite des "Espagnols". Elle impose le territoire des Plaines comme un lieu stratégique qu'il faut contrôler pour son abondance d'excellents guerriers et sa qualité de refuge inexpugnable. Dès lors, le caudillo républicain Páez déploie toute son activité pour capter cette ressource, après 1815. Tous les témoignages, loyalistes comme patriotes, concordent sur ce point[16] : José Antonio Páez a capté peu à peu l'armée de Boves; il a profité de l'inversion de la loyauté politique des llanos. Cette affirmation nous semble juste à condition d'ajouter que l'armée que Páez a peu à peu constituée dans les plaines occidentales du haut bassin de l'Orénoque, autour des villages de San Juan de Payara, de Guasdualito, ne se limitait pas à ces llaneros transfuges, mais qu'un noyau d'officiers, qui en formait l'armature, avait des origines très diverses: beaucoup avaient fui de Nouvelle-Grenade la déroute des armées de l'Union des Provinces-Unies, certains celle des armées bolivariennes à la fin de 1814.

 

Pour entrer plus avant dans l'analyse des groupes armés, il faut distinguer le mode de combat pratiqué (forme de guerre) et la structure de l'organisation des corps. Si les petits groupes de vingt cinq à trente personnes pratiquent volontiers la guerre de guérilla, faite de surprises et de coups de mains, les lourds régiments de mille hommes livrent plus souvent des combats réguliers. Pas toujours: des formes mixtes sont toujours possibles; probables dans le cas qui nous intéresse. Car la guerre d'Indépendance au Venezuela et en Nouvelle-Grenade ne mobilise que de petites armées: des guérillas coalisées, sur un terrain favorable, peuvent fort bien regrouper deux mille hommes et tenir tête à des armées de vétérans d'égale taille. En revanche, de la forme de guerre, on ne peut pas toujours inférer la conformation organisationnelle des corps. Aussi faut-il cheminer avec prudence dans les lacunes des sources, les ellipses, les silences de l'histoire patriote, qui préfère ignorer les épisodes les plus intimes, minuscules, infâmes[17], et pourtant décisifs, de cette histoire des petites guerres dans les plaines. Il convient de ne pas tomber non plus dans le piège de l'évolutionnisme, et lire les développements qui suivent en abandonnant l'idée de toute supériorité d'une configuration sur une autre; aussi bien y en a-t-il de mieux adaptées à certains combats et pas à d'autres.

 

Nous voudrions bâtir une typologie des dispositifs combattants comme logiques organisationnelles. Le premier dispositif est la meute, nommée ainsi à la suite d'Elias Canetti[18]. C'est une bande de moins d'une centaine de personnes, cavaliers pour la plupart, sous le commandement d'un chef très puissant. La discipline y est lâche, mais l'obéissance ponctuelle forte. La meute résiste au temps par un libre décret de ses membres, qui peuvent déserter à tout moment. Elle subsiste de manière itinérante sur un pays qu'elle contrôle souplement, ayant l'avantage sur les troupes adverses de la continuité, d'une présence vague et têtue, favorisée par la population. La hiérarchie y est écrasée vers le haut; l'échelon des grades raccourci, et les galons généreusement octroyés. Elles forment un tout parfait, sans besoin de légitimation de la part d'instances surplombantes. Le capitaine anglais Vowell, fugitif dans les llanos en 1818 en donne une description pleine de pertinence[19] :


"Il régnait parmi ces hommes un air d'égalité parfaite qui me fit soupçonner qu'ils ne pouvaient être compris parmi les troupes régulières. Ils ne montraient de déférence qu'à un seul d'entre eux. Cet homme privilégié était un nègre de haute taille, aux formes musculaires, dont la figure était sillonnée par plusieurs balafres, et qui ne comptait que trois doigts de la main droite. Leur habillement, quoiqu'il ne fût pas uniforme, était très bien en lui-même, et était évidemment le fruit du pillage. Tous étaient armés de carabines, de lances et de sabres, et portaient des valises de dragons derrière leurs selles. Mon ami Artaona, auquel je m'adressai pour obtenir des renseignements sur leur compte, me dit que ce détachement faisait partie de la guérilla del Palmar, qui avait pour chef le fameux Bicentico [Vicente] Hurtado, dont j'avais souvent entendu vanter les exploits, et qui n'était autre que le noir dont je viens de faire le portrait. Je ne doutai point alors que je ne fusse au milieu de véritables bandits qui avaient usurpé le titre honorable de guérilleros. Ils étaient, du moins, en bonne intelligence avec Bolivar, quoiqu'ils eussent éludé plusieurs fois l'ordre qu'il leur avait donné de rejoindre l'armée. Il est vrai qu'alors ils se contentaient de piller les royalistes; mais les patriotes étaient respectés dans cette partie du pays, il est permis de croire que c'est parce qu'ils n'avaient rien qui tentât la cupidité de Hurtado et de sa troupe."

 

Ces hommes n'actualisent pas la structure militaire naturelle des llaneros. Non seulement, ils n'ignorent pas les différences entre les partis, mais ils en usent, pillant les loyalistes, pour survivre. Ils ne forment pas plus une île solipsiste puisqu'ils n'ignorent ni l'existence de Bolívar ni celle du reste des forces républicaines. Ils sont bien armés, et utilisent du matériel des troupes régulières (les valises de dragons). La domination du chef, qui fait tenir le groupe, est de type clairement charismatique: Hurtado a montré sa vaillance, sa capacité au combat, sans doute sa férocité comme l'attestent des signes corporels; on peut lui faire confiance lorsque l'affaire tourne mal.

 

La carte que traceraient les guérillas figurerait des zones aux contours indistincts, mais où les itinéraires dessineraient des lignes reliant certains points privilégiés, hors de l'emprise des autres formes de puissance, élus pour leurs propriétés politiques et territoriales. La guérilla affecte des qualités aux territoires: tel village nous est favorable, telle rivière nous protège de la poursuite, telle plaine permet un combat à coup sûr gagnant, tel bosquet éloigné offre un campement abrité des ennemis. Elle lie naturellement le politique et le géographique. Páez pense ainsi que les déserts appellent spontanément l'indépendance, qu'ils sont républicains par essence[20].

 

Son mode de fonctionnement, souple, fondé sur des liens personnels forts mais non univoques, est en tout point opposé à celui des armées régulières: il ne faut pas voir une progression entre les guérillas et l'armée, ni même une évolution naturelle, mais des corps étrangers, dont les logiques s'opposent sur le fond. La discipline du bataillon s'oppose à l'obéissance, bâtie sur des liens de réciprocité, des meutes de guerre. La meute ne cherche pas l'anéantissement de l'adversaire, mais son effondrement stratégique, par une guerre d'usure où sa cohésion supérieure, l'économie des ses forces, son incomparable adaptation au territoire, lui donnent un avantage décisif.

 

Nous ne pouvons, dans le cadre de cet article, insister sur le mode de fonctionnement particulier de l'armée institutionnalisée; mais ce qui lui donne consistance est son rapport à la loi, alors que la meute répond à un ensemble de règles particulières et changeantes, dont la plus importante est sans doute un subtil code de l'honneur et de la bravoure. La meute suit des régularités qu'elle fabrique en relation avec les coutumes (de chasse, de sociabilités) tandis que les soldats suivent, même sans le savoir, une ordonnance écrite: le rapport à la rationalisation imposée par tout signe scripturaire témoigne d'un rapport à la souveraineté légitime. Lier les hommes dans un tissu d'obligations où leur vie est en jeu, préleverdes ressources fiscales ou nourricières: l'armée régulière se nourrit de ces processus souverains qui organisent le territoire.

 

Le rapport à l'espace en est changé. Alors que la guérilla affecte des qualités au territoire dans l'immédiateté, l'armée régulière appelle une transformation des espaces dans le temps. A son passage, il faut prévoir le ravitaillement, construire des routes, bâtir des casernements. Son mode de fonctionnement n'est pas le pillage: elle a besoin d'un fisc qui lui permette de prélever l'argent distribué aux soldats; pour s'armer, elle doit bâtir une production de munitions, passer des contrats avec des étrangers pour acheter des fusils et des carabines. Son accointance aux deux fonctions souveraines - royale et législative- est manifeste. Elle géométrise l'espace pour éviter toute déconvenue, pour le balayer à loisir dans la transparence, alors que le secret accompagne tous les mouvements des irréguliers. En réalité, l'armée régulière reste un rêve dans l'esprit des officiers professionnels jusqu'à la conquête de la Nouvelle-Grenade.

  

Il existe une troisième forme des dispositifs guerriers. Elle se comporte parfois comme un amas de meutes réunies autour de présences fortes et charismatiques: Páez, Zaraza, Cedeño, Monagas, mais sa nature est autre, puisqu'elle comporte un centre qui donne les impulsions d'ensemble, et qui fixe, pour chaque cellule, à la manière de l'ADN, le code implicite du fonctionnement. On pourrait nommer cette configuration: refuge guerrier. Composé souvent de plus d'un millier d'hommes, différencié autour de plusieurs armes[21], il articule ses activités autour de trois fonctions: d'abord il constitue un abri pour les nombreux migrants arrachés à leur vie normale par la persécution et la vengeance politique, d'où la présence de nombreuses femmes et la constitution de villages de fortune qui perdurent parfois de nombreuses années à l'image de l'île d'Achaguas. Ensuite il s'impose comme une machine de guerre défensive qui tient un territoire par la constitution d'un maillage souple de corps disséminés, nommés partidas, qui pratiquent la guerre d'observation et de harcèlement. Leur principale activité est de recruter des hommes de force[22]. La troisième fonction renvoie aux attributions de la souveraineté: il s'agit d'extraire sur un vaste territoire les éléments nécessaires à la survie de la machine de guerre itinérante, mais aussi d'organiser la production du bien le plus précieux, mis à part les armes: les chevaux pour les cavaliers et le bétail nourricier.

 

La grande différence du refuge avec les guérillas est sa capacité à utiliser plusieurs types de tactiques. Il peut ainsi livrer des batailles régulières lorsque les circonstances le nécessitent, même si le cadre général de sa grande stratégie est indirect. Il ne cherche pas à détruire directement les forces de l'adversaire, mais ne refuse pas le combat frontal lorsque les chances de vaincre semblent bonnes.

 

La hiérarchie y est marquée, mais l'abondance relative des officiers laisse à penser que les grades n'y sont pas fonctionnels mais honorifiques: la domination charismatique se nourrit des signes du prestige militaire: elle renvoie donc, en ce sens, à l'armée régulière. Surtout, elle est souvent inversée par rapport à la hiérarchie sociale: l'ancien hacendero Pulido, qui employait Páez à Barinas avant la guerre se trouve subordonné à lui, comme commissaire de guerre. La plume de José Antonio Páez compare à juste titre l'expérience de sa machine de guerre à celle de l'Exode, lui en "pauvre Moïse" -sans pouvoirs miraculeux, "sans nuage de feu qui [les] guidât sur le chemin", Morillo en Pharaon[23]. La comparaison biblique éclaire l'aspect patriarcal du pouvoir du chef, la nature civile et militaire du refuge guerrier. Elle évoque le moment de déterritorialisation des hommes et des femmes du Venezuela entre 1815 et 1821 dans les llanos. Là se construisent de nouveaux rapports d'hommes à hommes, hiérarchisés selon l'aptitude plus ou moins grande à "faire survivre" dans un monde de violence extrême et de pénurie généralisée.

 

 

Composition des trois formes et déliaison

 

 

La triade typologique permet de comprendre l'activité de Bolívar et de Santander entre 1818 et 1819. Après l'échec de la campagne de 1818 contre Caracas, due en grande partie à la désobéissance des caudillos des refuges guerriers, Simón Bolívar choisit de se passer de ces chefs lunatiques pour constituer, presque de toutes pièces, une armée dans le Casanare -région du piémont andin colombien- capable de renverser les indigentes troupes de la Nouvelle-Grenade. Il s'agit du moment décisif des guerres d'indépendance: ce plan aboutit à la bataille de Boyacá qui ouvre les portes de Bogotá aux patriotes. La maîtrise de la capitale leur assure les ressources fiscales d'un territoire vaste et riche, à peu près épargné par la guerre, un recrutement aisé des hommes, la légitimité que donne la conquête d'une capitale de vice-royauté. Boyacá permet à Bolívar la fondation réelle d'un gouvernement de guerre dont il avait rêvé sans pouvoir le construire.

 

Aussitôt une observation s'impose: la conquête de la Nouvelle-Grenade se fait sans les principaux caudillos des plaines, sans leur accord, sans leur participation directe. À la recherche d'une armée apte à renverser les troupes loyalistes du vice-roi Sámano dans un terrain montagneux qui donne un avantage décisif à l'infanterie sur la cavalerie, Bolívar et Santander vont conduire la création de corps de ligne disciplinés, en s'appuyant sur les officiers issus des vieilles familles des cités. Ces derniers étaient les seuls, bien entendu, à connaître les évolutions complexes des bataillons à pied, les ordonnances, la discipline, la loi écrite des corps. Cette démarche, qui résonne comme la revanche des élites traditionnelles, est d'une extraordinaire témérité dans son exécution. Santander est ainsi envoyé seul au Casanare exiger l'allégeance du caudillo local[24] et sa coopération pour former deux bataillons de soldats (Constantes de Nueva Granada et Primer batallón de linea de Nueva Granada). Il s'oppose de front aux logiques de meutes et de refuge guerrier, à la Puissance des chefs - Páez ne le fait-il pas arrêter sur son chemin?- et réussit à bâtir son armée de mille hommes en moins d'un an. Sans moyens, avec pour seule légitimité une commission de Bolívar[25], à coups de règlements, d'ordres, Santander engage un processus de captation des meutes afin de les discipliner et de les instituer dans le cadre d'une ordonnance (législation de la guerre, selon les fonctions duméziliennes).

 

 

Comment un succès si improbable s'est-il construit, comment un tel miracle a-t-il été possible?

 

Santander a trois atouts. Le premier se fonde sur le caractère évanescent de l'autorité du caudillo de meute ou de refuge guerrier. La désertion est endémique, l'obéissance floue, et conditionnelle. Peu à peu, le capitaine va désirer inscrire - au sens propre parfois, grâce aux règlements, à l'écriture- son pouvoir dans des rouages réguliers qui lui permettent de contraindre légitimement, se targuant d'une transcendance de la loi écrite, et captant des brides de légitimité souveraine. Le caudillo militaire est clivé: comme maître de la puissance violente, il a fondé sa légitimité charismatique, mais cette dernière s'avère trop instable pour pérenniser sa domination sur les hommes. Il souhaite donc bénéficier aussi des mécanismes impersonnels de légitimation dont il veut capter la puissance symbolique - le Règlement, la Compétence militaire, l'État. José Antonio Páez accuse réception en 1817 des deux volumes de l'ordonnance que lui envoie l'état-major de l'armée. Par une hyper-correction de parvenu, il se révèle en 1820 et 1821 un parfait élève quant au contrôle administratif: c'est lui qui envoie les états de ses troupes le plus régulièrement et le plus exactement au secrétariat d'État à la guerre, c'est lui qui respecte le mieux les formalités bureaucratiques, produisant par ailleurs une correspondance avec ses supérieurs pleine de subtilité et de finesse.

 

Le second atout de Santander se déduit de la demande des caudillos. Lui seul et les officiers professionnels qui lui ressemblent sont versés dans les arcanes de la science de l'état-major[26], eux seuls peuvent réaliser la formalisation des groupes irréguliers sur le mode administratif. D'abord en cassant les meutes et répartissant les hommes entre divers bataillons et escadrons - amalgame[27], parfois en reconnaissant une part d'autonomie aux groupes déjà constitués - incorporation. Une double hiérarchie structure ainsi ces corps: l'une, dite "naturelle", respecte la hiérarchie interne des ensembles incorporés; l'autre est réglementaire. Un capitán natural double ainsi le capitaine de la compagnie[28]. Enfin, Santander régularise en "promouvant" des chefs modestes du refuge guerrier, comme Arredondo, fait lieutenant-colonel de son corps irrégulier[29], lui-même transformé en bataillon de chasseurs - embrigadement. La "normation" du corps d'Arredondo est exécutée par un des amis de Santander, Joaquín París, nommé chef d'état-major. L'officier savant remplacera le caudillo quelques mois plus tard à la tête du bataillon. Paris s'appuie sur les articles de la quinzaine de règlements émis dans les premiers mois de 1809 par l'état-major général, qui tous, à la manière d'une basse obsédante, réitèrent les mandements à propos de la discipline et du nécessaire assujettissement des caudillos (en les privant de toute autorité hors des camps, par exemple). "Art. 76 [!] -Par ordre du général, aucun officier ne pourra commander un soldat hors du campement, ni même son assistant"[30]. On les désoriente en faisant référence à une norme mystérieuse qu'ils ne peuvent bien maîtriser: "l'article 1), traité 2), titre 4) de l'ordonnance générale stipule que..."[31].

 

Enfin, son dernier atout vient de l'accès aux ressources des institutions "souveraines". En d'autres termes, losqu'il partit d'Angostura le 27 août 1818, il conduisait mille fusils et trente quintaux de poudre, achetés par contrat aux Anglais, aux Allemands, aux Hollandais via Trinidad et Curaçao. Si Páez peut se permettre de s'approvisionner sur l'ennemi vaincu, d'autres souhaitent une fourniture moins chaotique. Ajoutons que l'arrivée de nombreuses troupes anglaises à Angostura, ayant combattu pendant les guerres napoléoniennes, crée la première base stable de l'armée "personnelle" du Libertador, impressionne les chefs des llanos.

 

 Mais ces atouts ne servent qu'une institutionnalisation limitée. L'armée que construit Santander ne groupe qu'un petit nombre d'anciennes meutes de guerre. Elle se fait loin des refuges, même si Páez confie un de ses bataillons et quelques escadrons pour la campagne de 1819.Ces derniers appuient la lutte militaire conduite par les troupes levées en Nouvelle-Grenade à partir de 1819-1820, mais elles ne s'amalgament pas à l'armée. Elles s'y intègrent avec leur propre structure. Avec le temps, le refuge adopte des formes de contrôle bureaucratiques sur les hommes, mais il n'en garde pas moins une hiérarchie propre. L'armée régulière et les refuges captent les guérillas, puis s'institutionnalisent de l'intérieur sans se mêler ni s'intégrer pleinement malgré des stratégies de rotation des hommes qui tentent de briser les indurations dans la logique étatique que constituent les corps des caudillos charismatiques.

 

Le processus qui unit pour un temps les trois formes guerrières, meute, refuge, corps régulier se produit sans l'amalgame des hommes qui avaient fait la guerre irrégulière de 1815 à 1819. Il y a association, mais limitée. La composition des trois formes est aussi réversible, dans la mesure où l'amalgame est brisé par la désertion des soldats habitués à la semi-liberté[32], où l'incorporation est défaite par la défection des corps agrégés, et où l'embrigadement suscite la résistance des caudillos pris dans la nasse d'une administration qu'ils estiment inutile et dont ils ne peuvent accepter les effets. Outre la centralisation du commandement, la dépersonnalisation des ordres, l'absence de contrôle des avancements les privent des outils de leur puissance: ils ne peuvent plus distribuer de gratifications à leurs affidés. Leur tempérament à la Folard, tout d'exécution, condamne l'expectative tactique de l'infanterie de ligne. Ils n'appartiennent pas au même monde militaire, même si parfois ils ont les mêmes origines sociales que les officiers réguliers.

 

Ainsi s'expliquent les difficultés rencontrées par Bolívar et Santander pour capter et formaliser les groupes armés après la victoire de Carabobo qui ouvre la route à la conquête de Caracas (1821). Les exigences de la guerre avaient fait tenir un assemblage en bien des points monstrueux, qui éclata une fois que la contrainte des combats s'évanouit. Les meutes et les refuges constituèrent alors les bases de clientèles politiques verticales, qui allaient communiquer un rythme violent à la politique des pays indépendants puis aboutir à l'éclatement du songe bolivarien d'unité des pays de la Grande Colombie. Il ne s'agit pas d'une involution, mais d'une résurgence des formes guerrières, transformées par les nouvelles nécessités de la conjoncture. Reste à savoir comment ces organisations mutent avec la paix, non seulement pour savoir si les ex-guerriers formèrent des réseaux d'entraide politique -ce qui est avéré- mais aussi comment les types de liens créés dans les diverses configurations informèrent ces réseaux, et pourquoi pas, comment l'expérience guerrière de chaque ensemble instruisit différentiellement les pratiques politiques, tant du point de vue des élites que des gens de peu. Après tout, l'accoutumance à certaines formes de violence a conduit à une "brutalisation" des moeurs qui tendit à instituer comme légitimes la négation du droit des gens et l'usage du coup de force dans la pratique politique. Cette accoutumance eut des visages variés suivant l'appartenance: citadin ou paysan, civil ou militaire, membre de meute ou soldat régulier, exilé du refuge guerrier ou fugitif dans les colonies.

 

 

 



[1]     Actuelle Ciudad Bolívar

[2]     IZARD (Miquel) ¸"Ni cuatreros, ni montoneros: Llaneros", Boletín Americanista, 31, 1981, Barcelone, p. 83-142, p.87 sq.

[3]     Que n'aurait pas renié Basil LIDDEL HART dans son ouvrage Strategy, New York, Frederick Praeger, 1955

[4]     Il s'agit, à peu de choses près, de la Colombie actuelle

[5]     VALLENILLA LANZ (Laureano), Disgregación e integración. Ensayo sobre la formación de la nacionalidad venazolana, t.1, Caracas, Tip. universal, 1930 et Cesarismo democrático, estudio sobre las Bases Sociológicas de la Constitución efectiva de Venezuela, Caracas, Monte Avila editor, 1990.

[6]     Par exemple USLAR PIETRI (Juan), Historia de la rebelion popular de 1814, Edime, Caracas, Madrid, 1962

[7]     Par exemple USLAR PIETRI (Juan), Historia de la rebelion popular de 1814, Edime, Caracas, Madrid, 1962

[8]     LYNCH (John), " Bolívar and the Caudillos ", op. cit., p.5

[9]     IZARD (Miquel), "Sin domicilio fijo, senda segura, ni destino conocido: los llaneros del Apure a finales del período colonial", Boletín Americanista, 33, Barcelone, 1983, p.13-83; IZARD (Miquel), "Sin el menor arraigo ni responsabilidad. Llaneros y ganadería a principios del siglo XIX", Boletín Americanista, 37, Barcelone, 1987, p.109-142; "Ni cuatreros, ni montoneros: Llaneros", loc. cit.

[10]    DUMEZIL (Georges), Heur et malheur du guerrier, Paris, Flammarion, 1985, p. 55-60 et les analyses de ce livre in DELEUZE (Gilles) et GUATTARI (Félix), Mille Plateaux, Paris, Minuit, 1980, chap. 12

[11]    Prosopographie personnelle fondée sur l'analyse de 185 états de service de la série Hojas de servicio des Archives Générales de la Nation de Bogotá et de Caracas

[12]    Miquel Izard le laisse parfois à penser. "Ni cuatreros, ni montoneros: Llaneros", loc. cit., p.120.

[13]    "Estado General de la Nueva Provincia de Barinas que manifiesta el numero de sus Pueblos de todas clases...", Archivo General de Simancas, Secretaria de Guerra, 7172, dossier n°31, fol. 5-6.

[14]    CARRERA DAMAS (Germán), Materiales para el estudio de la cuestión agraria en Venezuela (1800-1830), vol. 1, Caracas, Universidad Central de Venezuela, 1964

[15]    Sur la base du pueblo: ainsi chaque corps de cavalerie avait-il le nom du village d'où il provenait.

[16]    Il serait fastidieux de les citer tous dans le cadre de cet article. Le témoignage de l'intéressé et de son ennemi Pablo Morillo nous suffisent. PÁEZ (José Antonio), Autobiografía, New York, H. R. Elliot Co., inc. 1945, t. 1 [1867], p.123 et une lettre de Morillo cité dans RODRIGUEZ VILLA (Antonio), Don Pablo Morillo, primer Conde de Cartagena, Marqués de la Puerta (1778-1837), Madrid, Establecimiento Tipográfico de Fontanet, impresor de la Real Academia de la Historia, 1908, "A los habitantes del pueblo del Guayabal", Nutrias, 27 janvier 1817, t.III, p.264-265 et Morillo à Moxó, Calabozo, 15 mars 1817, t.III, p.288-289

[17]    Au sens étymologique…

[18]    CANETTI (Elias), Masse et puissance, Paris, Gallimard, coll. "Tel", 1966, p. 95 sq.: "La meute".

[19]    Campagnes et croisières dans les Etats de Vénézuéla et de la Nouvelle-Grenade, par un officier du 1° régiment de lanciers vénézuéliens, traduit de l'anglais, Paris, 1837, p.111. Le livre, anonyme, est unanimement attribué au capitaine Vowell.

[20]    PÁEZ (José Antonio), Autobiografía, op.cit., t. 1, p.101.

[21]    Páez crée son premier bataillon d'infanterie Bravos de Páez à la fin de 1816, ou au début de 1817. Voir Autobiografía, op. cit., p.117.

[22]    Là est la différence décisive avec la guérilla.

[23]    Ibid., p.97

[24]    Il se nomme Arredondo. Il est entouré d'une nébuleuse d'autres chefs, avec qui il est en compétition.

[25]    Bolívar le nomme "commandant en chef de l'avant-garde de l'armée d'avant-garde [sic] du Libertador de Nouvelle-Grenade, qui doit se former dans la province de Casanare" Sur tout ce processus, consulter les documents regroupés dans SANTANDER (Francisco de Paula), Diarios de campaña, libro de ordenes, y reglamentos militares 1818-1834, Bogotá, Biblioteca de la Presidencia de la República, 1988, p.8.

[26]    Leur modèle est un ouvrage français, écrit par un officier des armées révolutionnaires, qui explique à la manière d'un manuel comment fonctionne l'administration des armées. Voir THIEBAULT (Paul), adjudant-général, Manuel des adjudans-généraux et des adjoints employés dans les États-Majors-divisionnaires des Armées¸ Paris, Magimel, 1801 [an Huit].

[27]    Sur la distinction entre amalgame, embrigadement et incorporation, voir BERTAUD (Jean-Paul), La révolution armée. Les soldats citoyens de la Révolution française, Paris, R. Laffont, 1979, p.166.

[28]    "Libro de órdenes generales, 1819", in SANTANDER (Francisco de Paula), Diarios de campaña, libro de ordenes, y reglamentos militares 1818-1834, op. cit., ordre du 13 juillet 1819

[29]    Avant de s'en débarrasser

[30]    Ordre du 19 avril 1819 in SANTANDER (Francisco de Paula), Diarios de campaña, libro de ordenes, y reglamentos militares 1818-1834, op. cit..

[31]    Ordre du 20 février 1819, Ibid.

[32]    A titre d'exemple, lors de la formation des deux bataillons d'infanterie dans le Casanare, sur un total de 982 hommes, du 22 mars au 13 juin 1819, 246 hommes ont déserté ou ont été portés malades, soit un taux "d'inutilité" impressionnant de 25% en deux mois, soit à peu près un rythme d'effritement de 10% par mois. A ce rythme, l'armée disparaîtrait en moins d'un an. SANTANDER (Francisco de Paula), Diarios de campaña, libro de ordenes, y reglamentos militares 1818-1834, op. cit., "État des forces", p.82-83.