X
Bientôt fans, merci !
Pourquoi pas vous ?
Facebook J'aime Paris 1
Accueil » Institut Pierre Renouvin » Les revues » Le bulletin de l'Institut Pierre Renouvin » Tous les bulletins » Bulletin n° 06 : Centre Europe centrale » Julien Papp, La police en Hongrie à la fin de la Seconde Guerre mondiale (1944-1945)

Julien Papp, La police en Hongrie à la fin de la Seconde Guerre mondiale (1944-1945)

La police en Hongrie à la fin de la Seconde Guerre mondiale (1944-1945)

 

 

 

Bulletin n° 6, automne 1998

 

 

 

Julien Papp

 

 

Depuis la fin de l'été 1944, la retraite des troupes allemandes et hongroises devant l'Armée rouge a pour conséquence immédiate l'effondrement de l'ancien régime en Hongrie. Le signe le plus manifeste en est la dislocation de l'appareil administratif et policier de l'Etat horthyste.

"De l'automne 1944 au printemps 1945, le pays a vécu un semestre hallucinant, écrit le publiciste du Parti paysan, Imre Kovács. Au fur et à mesure que le front s'avançait, il écrasait les institutions, l'administration, l'appareil policier, l'économie et la société"[1]. 70 à 80% des fonctionnaires de l'administration auraient quitté les territoires touchés par la guerre pour se réfugier derrière la ligne du front[2].

  

Cet exode a affecté au premier chef la police et la gendarmerie, dont les unités ont quitté leurs postes souvent en formations serrées dès que les troupes soviétiques eurent franchi la frontière hongroise le 23 septembre. Les 9 et 10 octobre par exemple, le personnel des préfectures de police de Szeged, Hódmezövásárhely, Hajdúszoboszló, Túrkeve et de Kecskemét s'en est allé respectivement à Dunaföldvár, Kaposvár, Mosonmagyaróvár, Gyöngyös et Budapest[3].

  

Pourtant, jusqu'à l'arrivée au pouvoir des Croix-fléchées de Szálasi, le 16 octobre, le pouvoir a tout fait pour freiner l'exode et, le 10 novembre, l'Appel radiodiffusé du général Vörös aux Soldats et au Peuple hongrois a demandé expressément: "La Police et le Clergé doivent rester à leur poste. Ils ne subiront aucun mal et seront à même de continuer en paix leurs fonctions"[4]. Il est significatif que le général associe spontanément la police et le clergé. Il se trouve en effet qu'après un début de laïcisation de l'Etat à la fin du XIXe siècle, l'Eglise catholique était redevenue, dans l'entre-deux-guerres, plus qu'un facteur de pouvoir en fournissant avec "la pensée nationale-chrétienne" son ciment idéologique au régime de Horthy. Quant à l'appareil policier qui s'effondre en 1944, il est issu pour l'essentiel, lui aussi, du régime contre-révolutionnaire dont le nom de l'amiral-régent deviendra le symbole.

 

 

Regard sur le système policier de l'entre-deux-guerres

 

  

Après l'échec de la république des Conseils, le pouvoir considérant que les polices municipales héritées de l'étatisation partielle de 1881 sont trop libérales pour lutter efficacement contre le bolchevisme, il décide le 1er octobre 1919 que toute l'institution policière serait fondue en une seule unité organisationnelle. Un décret n°5047/1919 achève l'étatisation des polices urbaines encore municipales. Poussant à la centralisation, une loi de 1920 prévoit une direction unique pour la gendarmerie, la police d'Etat et la police fluviale, mais le préfet de police national, Nádasdy, institué à cet effet, est compromis et sombre dans le scandale de falsification du franc[5]. Le ministère de l'Intérieur reste l'organe principal de l'administration de la police avec une Division propre, comprenant plusieurs sections: 1. Organisation (a. Police,"Rendörség"; b. Gendarmerie, "Csendörség"; c. Police fluviale); 2. Sécurité publique; 3. Police administrative; 4. Tribunal de police, auxquelles s'ajoute l'inspection des polices municipales. Le réseau des commissariats urbains (parfois communaux) est encadré par des préfectures d'arrondissement de police. Quant au commandement de la gendarmerie, il est ordonné selon 3 échelons pour faire régner l'ordre (et souvent la terreur) dans les villages et le monde rural. Depuis 1930, la gendarmerie peut effectuer des tâches de police dans certaines villes. La réforme aboutit en 1931 (décret n°6500/1931) avec la réunion des 8 préfectures d'arrondissement des années 1920 en une préfecture de police nationale instituée définitivement à Budapest. En 1938, celle-ci disposait de 68 "autorités préfectorales" en province, c'est-à-dire qu'il existait alors des commissariats centraux dans toutes les villes importantes. Ce réseau s'élargit de 28 commissariats nouveaux en 1939 et de 21 encore en 1941[6].

  

Dans les communes rurales, afin qu'aucune localité n'échappe à la surveillance, les municipalités étaient considérées comme des autorités policières de plein droit, qui devaient prêter leur concours à la gendarmerie notamment. Le préfet utilisait leurs rapports, comme ceux de la police et de la gendarmerie pour renseigner le ministre de l'Intérieur sur la situation dans son département.

 

 A côté de la structure nationale, la préfecture de police de Budapest possédait ses propres services et exerçait son autorité sur les commissariats d'arrondissement de la capitale. Celle-ci avait à l'époque entre 1 et 1,5 million d'habitants. On comptait pour un policier 357 habitants en 1921, 248 en 1930 et 221 en 1941. L'ensemble du personnel de la police de Budapest passe de 3413 en 1914 à 7043 en 1940. Dans le reste du pays, il s'élevait à 4045 personnes en 1938 et à 5836 en 1940.

  

Le Bureau central de contrôle judiciaire dépendait de la préfecture de police de Budapest. Il enregistrait sur tout le territoire national les gens politiquement suspects et ceux relevant du droit commun. Les renseignements ainsi collectés étaient à la disposition des différents services de la police, de la gendarmerie et de l'armée: 834 525 individus fichés en 1921, 2 millions en 1936 , 2,5 millions en 1941. Dans un pays de 8 millions d'habitants, ce dernier chiffre revenait à désigner 30 à 35 % de la population comme suspects.

 

Les inspecteurs formaient un corps unique dépendant directement du ministre de l'Intérieur et ayant pour ressort tout le pays. (Il y avait 27 inspecteurs en 1881 et 1910 en 1941).

 

Pour rendre plus efficace la surveillance des syndicalistes, des partis et des militants ouvriers, la section politique de la préfecture de police de Budapest ne tarda pas de mettre en place un fichier séparé et, de son côté, la gendarmerie avait ses propres registres. Elle établissait en le mettant à jour chaque année, un "Carnet de la Sûreté nationale" qui, dans les années 1940, comportait les noms de plus de 40 000 suspects politiques. Après l'occupation des territoires "libérés", suite aux "arbitrages" de Vienne de 1938 et de 1940, on recensait par milliers les politiquement suspects. Avant d'être envoyés en prison ou en camp d'internement, les "politiques", surtout les communistes furent torturés, parfois pendant 2 à 3 mois. Ceux qui avaient connu les prisons des "Etats successeurs" ont pu confirmer que les tortionnaires de l'Etat horthyste étaient particulièrement redoutés[7]..

  

Pour définir la notion de politiquement suspect, il y eut des conflits bien avant la guerre entre le chef d'état major de l'armée et le ministre de l'Intérieur, celui-ci ayant contesté le professionnalisme et le sens des nuances des militaires. Ce n'est qu'en 1943 que fut créée une commission mixte pour élaborer des critères communs.

  

Il existait en revanche une véritable fluidité entre l'armée et la gendarmerie. Comme la police, celle-ci avait été réorganisée dès 1919. De même que dans la police, des unités entières de gendarmes avaient rejoint la révolution de 1918 et la république des Conseils et certaines d'entre elles avaient opposé une résistance sérieuse à la contre révolution. Il n'était donc pas question pour Horthy et son entourage de préserver les cadres anciens.

  

Toutefois, c'est la mission de l'Entente et en premier lieu la mission américaine de Budapest qui joua le rôle le plus important dans la réorganisation de la gendarmerie. Ainsi le colonel H.E.Yates allait-il devenir le chef de la commission d'organisation puis l'inspecteur de la gendarmerie hongroise.

  

La hausse des effectifs fut spectaculaire, puisque on passe de 14000 gendarmes en 1914 à 17000 en août-septembre 1919, bien que le pays ait perdu entre temps les 2/3 de son territoire. Mais le régime n'était pas satisfait de la nouvelle organisation dans la mesure où la concordance avec les circonscriptions de l'administration civile permettait à celle-ci, et notamment à ses éléments libéraux, d'intervenir dans les affaires de la gendarmerie.

  

Aussi, une loi du 15 décembre 1925 bouleverse-t-elle entièrement les cadres territoriaux de la gendarmerie: pour l'essentiel, elle les détache de ceux de l'administration civile tout en permettant la coopération entre les secteurs-clés. Par ailleurs, depuis 1922, différents mesures visent à perfectionner l'organisation interne de la gendarmerie.

  

Cette dernière dépend à la fois des ministères de l'Intérieur et de la Défense, ce qui nuit parfois à l'homogénéité politique de la direction. L'homme-clé est ici l'inspecteur de la gendarmerie, la plus haute autorité militaire de celle-ci en réalité, dont les services deviennent d'autant plus essentiels que la gendarmerie se militarise de plus en plus au fil des années.

 

 L'effectif des officiers ne cessa d'augmenter jusqu'en 1944. Cela permettait aussi de contourner les limitations imposées par les traités de 1919-1920, dans la mesure où les officiers de l'armée, et aussi ceux des douanes, pouvaient passer facilement à la gendarmerie.

  

Le recrutement des gendarmes s'effectue par priorité dans la paysannerie, que l'on pense moins contaminée par les "idées destructives". Le profil politique compte donc autant que l'aptitude physique et, avant le temps d'essai qui dure un an et demi, le candidat doit avoir obtenu dans l'armée un grade de sous-officier. L'équipement des gendarmes ressemble plutôt à celui des militaires et leurs droits d'utiliser les armes sont plus étendus que dans la police.

  

"Machine à gifler" redoutable[8], la gendarmerie devient pendant les années de guerre l'instrument principal de la terreur policière, ainsi que le montre un témoignage rédigé en 1946 par le Comité national hongrois de Suisse. Ce texte évoque d'abord le prestige dont jouissait ce corps dans la société hongroise: "C'est surtout dans la paysannerie pauvre que les gendarmes étaient recrutés...; leur éducation politique allait de pair avec un esprit de corps très développé, brisait tous leurs liens de famille et faisait de la gendarmerie une véritable organisation de Yanitchars (Janissaires).

 

 Les gendarmes étaient bien nourris, bien payés, ils étaient vêtus d'un uniforme somptueux. Ils étaient sélectionnés d'après leur bon physique. Ils recevaient une pension après leur retraite. Pour les filles du village hongrois, le mariage avec un gendarme signifiait un avancement social certain.

  

Pratiquement, le succès de l'occupation allemande en Hongrie dépendait du degré de collaboration de la gendarmerie hongroise avec les Allemands. Or cette collaboration a, malheureusement, été parfaite. La gendarmerie excellait dans la persécution des gauches. La cruauté de la gendarmerie dans l'exécution des ordonnances anti-juives dépasse toute imagination et il vaut mieux ne pas insister sur le zèle et les méfaits des gendarmes dans ce domaine"[9].

 

  

La Libération: comités nationaux et gardes civiques

 

  

Plus que la police, la gendarmerie allait donner lieu après la guerre à de vifs débats au sein du nouveau gouvernement. Mais avant que ce pouvoir ait pris forme, il y eut en Hongrie, surtout dansla partie Est du pays, plusieurs mois de vide politique. Ce contexte permit à certaines fractions de la population et aux éléments locaux des partis qui s'en réclamaient de réaliser, avec l'appui de l'Armée rouge, une expérience politique, dont précisément la question de la police constitua un aspect essentiel.

  

En effet, dans les territoires libérés de l'occupation allemande, et précédant la formation du gouvernement provisoire (GP) à Debrecen le 22 décembre 1944, divers groupements connus sous le nom de comités nationaux prirent en main la gestion des affaires locales. Ce mouvement avait démarré le plus souvent à l'initiative des hommes qui allaient constituer les "partis de la coalition", et dont le poids dépendait des traditions politiques et de la composition sociale des populations. Le Sud-Est du pays par exemple (départements de Békés et de Csongrád), dénommé depuis le XIXe siècle "coin des orages" en raison de ses fréquents mouvements sociaux, accueille avec plus d'enthousiasme le changement que le Nyirség au Nord-Est (département de Szabolcs-Szatmár). L'exemple de Vésztö est un cas extrême, mais non isolé, puisque I. Kovács affirme qu'il y avait plusieurs localités dans le pays, où l'on a créé, selon le précédent de 1919, des conseils de commissaires du peuple. "A peine à 100 km de Debrecen fut proclamée la République des conseils de Vésztö".

 

 Sur les chemins qui mènent au village, on enleva les anciens panneaux à couronne pour les remplacer par des neufs portant la faucille et le marteau... Le "gouvernement soviétique" de Vésztövoulait envoyer à Moscou une délégation pour demander son admission parmi les Etats membres de l'URSS, et lorsque le gouvernement de Debrecen ayant pris connaissance de cette affaire tragi-comique envoya un commissaire politique à Vésztö, le pauvre homme fut chassé du village. Et pour venger l'affront, les 36 policiers de la "république des conseils", montés à cheval et en chariots, se mirent en route contre Debrecen"[10].

  

Il n'empêche que ce sont le plus souvent les comités nationaux qui organisent ou participent à la mise en place d'une police provisoire, dont la dénomination est d'ailleurs aussi variée que celle des dits comités: gardes populaires, comités de sûreté, gardes rouges..., gardes civiques le plus souvent.

 

 Avant toute considération politique, cette improvisation correspondait à deux urgences: répondre aux besoins de l'Armée rouge en assurant sur ses arrières le ravitaillement, la sécurité des communications et l'exécution des travaux divers (le fameux "malenki robot"); apporter à la population éprouvée et démunie un minimum de ravitaillement et de sécurité[11]. Car, sans parler des exactions des soldats russes lors du passage du front[12], les vols et les pillages se généralisent après le départ de l'armée. Ils sont l'oeuvre de personnes isolées ou des bandes organisées (soldats déserteurs, prisonniers de droit commun échappés à la faveur de la guerre, etc).

  

Pour s'engager dans les gardes civiques ("polgárörség"), il fallait être politiquement sûr et avoir fait son service militaire. Les membres de cette police n'étaient pas armés, ils portaient seulement un brassard tricolore. Il arrivait cependant que pour renforcer leur efficacité, le commandant de la place affectât à leurs côtés des soldats armés.

 

 En général, les policiers improvisés effectuaient le service après leurs occupations ordinaires, sans être rétribués. Si les hommes acceptaient cette charge, c'était par dévouement au bien public ou par conviction politique, écrit M.Somlyai, en constatant qu'il n'y avait qu'une infime minorité d'habiles et de "prévoyants" à s'engager par carriérisme ou pour satisfaire leur désir du pouvoir; aussi, selon cet auteur, c'est à cette dernière fraction des gardes civiques que l'on doit attribuer les abus et les exactions[13]. L. Szücs note à ce sujet que la plupart "des hommes d'une moralité pas toujours sans reproche", qui étaient devenus membres des polices locales ou des gardes civiques après avoir gagné la confiance du commandement soviétique, allaient se retrouver au printemps 1945 dans la police d'Etat réorganisée, non sans y poser de sérieux problèmes[14]. La situation se compliquait dans la mesure où certains comités nationaux, dans le département de Szabolcs notamment, entreprirent de reconstituer la gendarmerie à côté des gardes civiques.

 

 Or le GP, malgré ses désaccords internes, était résolu à fonder la police nouvelle sur ces derniers. D'une façon générale, la présence des partis dans la police était un moyen essentiel de leur participation au pouvoir.

 

 

Genèse du Gouvernement provisoire de Debrecen

  

Pour situer l'origine du GP, rappelons que le pays fut occupé par les Allemands le 19 mars 1944 et que, à ce moment-là, il n'y eut pas de résistance ni volonté de rupture avec l'Allemagne hitlérienne. Quand l'Armée rouge franchit la frontière le 23 septembre, Horthy et son entourage comprennent qu'ils ne peuvent pas compter sur une occupation anglo-américaine. Le 28 septembre, une délégation est envoyée à Moscou, qui signe, le 11 octobre, un projet de traité d'armistice. Mais le 15 octobre lorsque Radio-Budapest annonce la décision de Horthy, les Allemands réagissent vite: ils obligent celui-ci à nommer pour lui succéder Szálasi, le chef des Croix-fléchées, et le régent lui-même doit se mettre sous leur "protection".

  

Cependant, le général János Vörös, chef d'état-major de l'armée, passe aux troupes soviétiques le 1er novembre et il va rejoindre à Moscou la délégation d'armistice. Celle-ci est conduite par l'ancien commandant de la 1ère armée hongroise, Béla Dálnoki Miklós, qui a changé de camp après l'appel de Horthy et qui fut effectivement suivi par plusieurs milliers de soldats.

  

Ce "Comité hongrois de Moscou", dépositaire de la continuité constitutionnelle, tient à sauvegarder l'ancien régime et n'a pas l'intention d'associer au pouvoir les partis dits démocratiques. Les dirigeants soviétiques arrêtent alors les négociations pour miser sur le "Front hongrois", dont les émissaires arrivent à Moscou fin octobre-début novembre.

  

Le Front est né en mai 1944 avec la participation des partis et organisations démocratiques. Pour organiser la lutte contre les Allemands, il a constitué un Comité insurrectionnel, dont l'état-major se prépare à ouvrir la capitale devant les troupes soviétiques. Mais l'avance de celles-ci est bloquée devant Budapest et le Comité insurrectionnel est décapité par les hommes de Szálasi.

  

A Moscou, les discussions reprennent alors avec les généraux horthystes puis, devant leurs dérobades, le Kremlin s'oriente vers l'émigration communiste. Dès la fin du mois d'octobre, un groupe de celle-ci a été autorisé à revenir en Hongrie afin de se renseigner et de développer l'organisation communiste dans les territoires libérés des Allemands. Ce groupe, dont faisaient partie Ernö Gerö, Imre Nagy, József Révai et Mihály Farkas, a pris contact avec les dirigeants locaux des partis qui vivaient dans la clandestinité depuis mars 1944: Petits propriétaires (parti fondé en 1909 et reconstitué en 1931), Social-démocrate (né en 1890), Parti national paysan (formé en 1939) et Démocrate libéral (issu de plusieurs mouvements, dont celui lancé par Géza Supka en 1943).

  

A Szeged, le 2 décembre 1944, ces partis proclament la création d'un Front d'indépendance sur la base du "programme d'action" proposé par les communistes et incluant le projet d'un gouvernement provisoire. En même temps, les négociations reprennent à Moscou (1-5 décembre), désormais sans la participation des officiers. Pour Staline, Horthy a commis un suicide politique en signant de sa propre main la nomination de Szalasi comme Premier ministre[15]. Il est tout de même décidé que l'assemblée à convoquer ne serait pas une assemblée constituante, mais une assemblée nationale provisoire (ANP) et qu'au lieu d'un comité national ou de libération, c'est un gouvernement qui sera formé, qui comprendra des officiers de la délégation d'armistice. Il est acquis que B. Miklós en sera le Premier ministre.

  

L'ANP, dont les 230 députés représentent 45 ou 50 localités du territoire libéré, se réunit le 21 décembre à Debrecen, et le 22 elle procède à l'élection du GP: 4 ministres sans parti (B. Miklos, G.Faragho, J. Vörös et Géza Teleki), 2 sociaux-démocrates (F.Takács et A. Valentiny), 2 petits propriétaires (J. Gyöngyösi, sympathisant communiste et I. Vásáry), 3 communistes (Imre Nagy, J.Gábor et E. Molnár) et 1 parti paysan (Ferenc Erdei, proche des communistes).

 

 Au départ, le pouvoir de ce gouvernement ne s'étend que sur la ville de Debrecen et ses environs puis, en suivant une zone de 50 à 100 km derrière le front, il se déplace vers l'Ouest. Mais, en de nombreux endroits, les pouvoirs locaux (communes rurales et urbaines, départements) mènent une existence propre, et certaines administrations locales, celles de Szeged et de Budapest notamment, édictent des mesures d'intérêt national, précédant ainsi le fonctionnement du gouvernement central. En particulier, le Conseil national de Budapest (CNB) a pris l'allure pendant ces mois d'un second gouvernement, exigeant même des ministres de Debrecen qu'ils exécutent ses décisions. Or ces derniers ignoraient parfois jusqu'à l'existence du CNB, qui, au demeurant, était situé beaucoup plus à gauche que le GP. Alors que les combats font encore rage dans la capitale, le maire modéré, Janos Csorba prend contact avec le GP de Debrecen, en sorte que le CNB se retrouve sous la pression de ces deux institutions[16]. Au-delà des ces conflits, l'organisme tout puissant est la Commission de contrôle interalliée, sous la direction de Vorochilov et de son adjoint Sviridov; elle s'installe à Budapest en même temps que le GP, en avril 1945.

 

 

La réorganisation de la police

 

 

Le GP devait avant tout conclure l'armistice (Moscou, 20 janvier 1945) et organiser le retournement actif, militaire du pays contre l'Allemagne, ce qui supposait d'emblée le recrutement d'une armée nouvelle. Or Il se trouve que c'est à ce propos que l'organisation de la police fut évoquée dès la première réunion du gouvernement. Par la suite, la question revient souvent dans les débats du Conseil des ministres, en sorte que les procès-verbaux de ces réunions renseignent de façon continue sur les problèmes posés par l'organisation et l'activité de la police et l'attitude des partis à cet égard[17].

 

Dès la première réunion du Conseil, le 23 décembre 1944, le ministre de la Défense soutient que l'état de l'opinion publique est fondamental: un soldat ne peut se battre de tout son coeur, dit-il, que s'il a le sentiment que l'ordre règne à l'arrière, que la famille et les biens qu'il laisse à la maison sont en sécurité. Cela d'autant plus que le principal vivier de l'armée, c'est le monde rural, où se trouve précisément la plus grande insécurité. Il propose finalement le concours de la gendarmerie militaire...

 

 Ses collègues relèvent que la sécurité publique est une question plus générale que le recrutement de l'armée (I. Nagy), et que la plus grande incertitude subsiste du côté des Soviétiques: en l'absence d'une police organisée, les réquisitions de l'Armée rouge sont arbitraires et inefficaces (Gyöngyösi), et, le plus souvent, tout dépend de la bienveillance ou de la mauvaise volonté personnelle des commandants de la place. On constate que les hommes ne manquent pas pour la police (Erdei, Valentiny), ce sont les armes et les moyens de transports qui font défaut. Valentiny (Justice) signale qu'il a déjà fait, au sujet de la sécurité publique, "d'innombrables propositions" auprès du général Malinovski, qui a insisté sur les méfaits des soldats traînards.

  

Erdei (Intérieur) rapporte en revanche (séance du 28 décembre 1944) que l'entretien qu'il a eu avec l'adjoint de Kouznetsov "dans l'intérêt de la sécurité et de l'ordre public", a porté principalement sur la police politique. Si son interlocuteur a fait à ce propos "plusieurs conseils et propositions d'ordre général", il n'avait rien à dire concernant les délits de droit commun. S'agissant de l'armement et de l'étendue des pouvoirs des forces de l'ordre hongroises, il a précisé que les autorités soviétiques prendront des mesures générales mais que, auparavant, le gouvernement hongrois devait élaborer un projet. En attendant, les soldats russes aideraient au maintien de l'ordre.

  

C'est visiblement à la suite de cet entretien que le ministre de l'Intérieur tient un discours plus général devant le conseil du 4 janvier 1945. Il rappelle qu'en raison de la guerre et de la fuite des forces de police, l'ordre public, la sécurité des personnes et des biens se sont relâchés dans le pays. Le devoir le plus urgent du gouvernement est, dit-il, de mettre fin à cette situation par tous les moyens. En attendant qu'on puisse réarmer une police, il faut organiser partout des gardes civiques. Erdei demande enfin, de la part des tribunaux ou des autorités militaires russes, la plus grande sévérité contre les auteurs des crimes. (Vasary demande toutefois qu'on s'adresse de préférence aux autorités hongroises).

  

Le projet de décret sur la réorganisation de la police, Erdei le présente à ses collègues lors de la réunion du 12 janvier 1945. Il leur soumet d'abord un questionnaire puis on discute le texte, qui est adopté après plusieurs interventions (Faragho, Vásáry, Valentiny, Nagy et Molnár) et quelques modifications.

 

 Le texte du décret n°5006/1945 du ministre de l'Intérieur sur la défense renforcée de l'ordre public et la sécurité publique sera publié le 27 janvier 1945 dans le Journal Officiel hongrois.

  

Ce "projet sur la réorganisation de la police d'Etat" présente en sept points ce que doit être d'après son auteur une police instituée selon des principes démocratiques. En voici l'essentiel:

 

 1. La tâche de la police est double. D'une part, défendre l'Etat démocratique et assurer sa consolidation; d'autre part, préserver la sécurité et l'ordre public contre les crimes de droit commun. Dans cette perspective, une double articulation doit prévaloir dans toute l'organisation policière, à savoir la distinction entre section politique et criminelle, à l'exception des échelons inférieurs. Pour accomplir ces deux missions, la police doit être une police d'Etat, intégrée dans une organisation unitaire centralisée, qui laisse cependant sa place à l'autonomie administrative.

  

2. Le point de départ de cette organisation sont les gardes civiques et les polices municipales existantes. Celles-ci ont fait leur preuve; même sans armes ou à peine armées, elles ont rendu de grands services. Une fois qu'on les aura nettoyées des éléments indésirables, elles pourront servir de base pour la police d'Etat.

  

3. L'effectif de la police. Pour que la police puisse faire son travail convenablement, il faut compter environ 30 000 agents et 3000 officiers et rédacteurs. Ces effectifs sont pour la plupart disponibles dans les gardes civiques, auxquels s'ajouteront de nouvelles recrues et, après sélection, les membres de l'ancienne police. Les candidats pourront être soumis à une année probatoire, et devront satisfaire à diverses conditions: âge (18 à 35 ans), aptitude physique et profil politique; il faut en outre avoir répondu à des tests d'intelligence, avoir fait, si possible, au moins 6 classes élémentaires et avoir fait son service militaire.Quant aux officiers, dont la majorité venant des gardes civiques ne peut pas avoir la capacité nécessaire, il faut leur permettre qu'au bout d'un an ils puissent passer l'examen à partir d'un programme défini par le ministre de l'Intérieur. On compte en plus, après révision sévère, sur les officiers de l'ancienne police et on prévoit la création d'écoles d'officiers.

  

4. L'éducation démocratique de la police. L'ancien régime a éduqué les policiers et les gendarmes résolument contre le peuple. On les a convaincus que celui-ci était une masse subversive qu'il fallait tenir en laisse sans ménagement. On a surtout inculqué aux forces de l'ordre la haine implacable des communistes, et tout acte politique en faveur du peuple était considéré comme communiste qu'il fallait pourchasser. Pour changer la mentalité des policiers, il faut les instruire en permanence, non pas selon la conception de tel ou tel parti politique, mais en tenant compte des fondements communs de la démocratie populaire hongroise. Dans l'intérêt de la formation démocratique, il faut mettre fin au casernement: les membres de la police doivent vivre dans leurs foyers, pour ne se retrouver ensemble dans les casernes que pour la durée de l'instruction ou du service.

  

5. L'organisation de la police. L'unité de base est le commissariat de police, qui est à organiser dans chaque commune. Le commissaire qui en est le chef appartient au corps des sous-officiers. Le nombre des agents dépend de l'importance de la commune. Le commissariat des communes est une unité policière locale générale, qui n'est pas divisée en sections politique et criminelle et qui ne possède ni officiers ni corps de rédacteurs. Dans les communes plus grandes ayant des parties externes ainsi que dans les zones rurales, on doit installer des postes de police de district, dirigés par un caporal subordonné directement au commissaire. Au-dessus des communes, les commissariats cantonaux sont pourvus d'unités spéciales et ils sont divisés en sections politiques et criminelles. Le commandant de cet échelon est entouré d'officiers et de rédacteurs, et il est le supérieur des commissaires des communes de son ressort. Dans les villes du département, les commissariats urbains sont chargés de toutes les tâches policières. Par son organisation interne, cet échelon est du même rang que le commissariat cantonal. Dans les quartiers périphériques, il se prolonge par des postes de district, comme les commissariats communaux. L'ensemble des commissariats cantonaux et urbains sont sous l'autorité du préfet de police du département. De lui dépendent également diverses unités spécialisées qui desservent le département, comme l'école de police, certains inspecteurs ou les sections d'automobiles. Dans les villes qui sont des municipalités autonomes, on prévoit des préfectures urbaines. Celles-ci sont du même rang que la préfecture de police du département et elles sont commandées par les préfets de police de la ville. A Budapest, l'organisation de la préfecture de police devra tenir compte des conditions particulières de la capitale. L'organisme qui coiffe toutes les préfectures de police départementales et urbaines est la préfecture de police nationale, qui est directement subordonnée au ministère de l'Intérieur.

  

6. Nomination, mutation, discipline. Les officiers de police et les sous-officiers des commissariats sont désignés par les municipalités et nommés par le ministre de l'Intérieur. Les agents de police sont recrutés par des comités formés de représentants du ministère de l'Intérieur et des municipalités. Ils sont nommés par le préfet de police national. Celui-ci est nommé par le chef de l'Etat sur proposition du ministre de l'Intérieur et du Premier ministre. Pour la mutation des préfets et des commissaires de police, l'accord des municipalités intéressées est également nécessaire. Mais dans certains cas, le ministre de l'Intérieur et les chefs supérieurs de la police exercent librement leurs droits en matière de mutation. Les infractions à la discipline sont sanctionnées par le ministre de l'Intérieur, mais les municipalités ont droit d'initiative et elles se font représenter proportionnellement au cours de l'action disciplinaire. Pendant l'enquête, le fonctionnaire mis en cause est suspendu.

 

 7. Grâce à cette réorganisation, conclut le ministre, le pays disposera d'une police d'Etat unifiée. Cette police assumera aussi les tâches de l`ancienne gendarmerie, qui ne doit donc plus être reconstituée. Cela d'autant plus que cette institution s'est rendue, non sans raison, haïssable aux yeux du peuple. Naturellement, les services de police qui rempliront les tâches de la gendarmerie doivent être équipés et instruits de façon appropriée et, à cet égard, l'expérience de la gendarmerie peut être utilisée.

  

Mais si dans une déclaration du 9février1945, Erdei promet l'aboutissement de son projet dans quelques jours, ce n'est qu'en mai que sont publiés les décrets du président du Conseil portant sur l'institution (n°1700/1945) et l'organisation (n°1690/1945) de la police, et sur la dissolution de la gendarmerie (n°6690/1945).

 

 Le mois suivant, la présidence du Conseil adresse une "lettre semi-officielle à chacun des cinq partis politiques: la réorganisation de la police a commencé. Monsieur le Premier ministre demande aux directions nationales des Partis qu'elles veuillent bien communiquer à Monsieur le ministre de l'Intérieur les noms des candidats qu'elles souhaitent faire admettre dans le cadre de la police"[18].

  

Ce courrier, consécutif à la libération de tout le territoire, semble légaliser l'appropriation de la police par les partis, tout en impliquant une nouvelle distribution des influences.

  

En 1945 déjà, il aurait été couramment admis que la nouvelle police d'Etat, et en particulier les sections politiques, étaient pour l'essentiel une "police de parti" du PCH[19].

  

Il est plus exact de parler d'une prépondérance des deux partis ouvriers dans les postes de direction et le corps des officiers de la police, comme le montre le tableau suivant:

 

 

Composition du personnel selon les grades et l'appartenance politique de quelques préfectures de police de province au printemps 1945.

(Tableau réalisé par György Gyarmati, L'instauration du régime de parti. La métamorphose de l'administration hongoise, 1945-1950, Thèse de doctorat, Budapest, 1995, p.133).

 

 

 

Préfecture de police de la municipalité autonome de la ville de Kecskemét

Préfecture de police de la municipalité autonome de la ville de Miskolc

Préfecture de police du département Esztergom-Komárom

Préfecture de police du département de Békés

 

Officiers

Agents

Officiers

Agents

Officiers

Agents

Officiers

Agents

Parti communiste hongrois

49

27

49

25

40

205

18

420

35 %

15 %

33 %

7 %

28 %

30 %

62 %

50 %

Parti social démocrate

56

100

41

239

4

304

3

86

40 %

55 %

28 %

66 %

3 %

45 %

10 %

10 %

Parti des Petits Propriétaires

5

28

6

12

1

0

0

78 %

6 %

15 %

4 %

3 %

1 %

0

0

9 %

Parti national paysan

0

4

0

0

1

12

0

80

0

2 %

0

0

1 %

2 %

0

10 %

Parti démocratique libéral

1

0

5

0

0

0

0

0

1%

0

3,3 %

0

0

0

0

0

Sans parti

28

23

48

89

96

160

8

186

20 %

13 %

32,2 %

24 %

67 %

23 %

28 %

21 %

Total

139

182

149

365

142

681

29

850

 

 

A Budapest, la présence des deux partis ouvriers dans la police n'atteint pas les 50% parmi les catégories en uniforme; ils représentent en revanche 52,3% (27,6% pour le PCH et 24,7% pour le PSD) dans l'ensemble des rédacteurs et inspecteurs.

 

 

La police, enjeu des rivalités politiques

 

 L'hégémonie des communistes est nette dans les sections politiques, dont le PCH a revendiqué la direction dès les premiers moments. "Les combats se poursuivaient encore, écrit E. Gergely, lorsque, à Pest, la police politique se mettait déjà au travail le 17 janvier 1945. A ce moment, elle n'avait qu'une seule pièce à sa disposition, et c'est le 7 février qu'elle déménagea au n°60 de la rue Andrássy"[20].

 

 

G.Gyarmati apporte de son côté des précisions importantes sur les conflits internes du PCH au cours de la mise en place des sections politiques:

  

"Fin janvier 1945 à Debrecen, Ferenc Erdei envoya András Tömpe à Budapest avec la mission de préparer, avec l'aide d'un groupe d'inspecteurs, le nettoyage de la capitale des éléments fascistes croix-fléchées; Tömpe venait d'arriver de l'URSS. Le 7 février, son groupe entra en activité sous le nom de "Section politique de la Police d'Etat hongroise".

  

Mais à Budapest, un groupe organisé dans le même but fonctionnait déjà sous la direction de Gabor Péter, qui avait reçu sa mission des dirigeants du PCH ayant séjourné entre temps à Pest.

  

De cette rivalité initiale, G.Péter sortit victorieux. Le groupe venu de Debrecen fut intégré dans la Section de Sûreté politique (PRO) de la Préfecture de police de Budapest. Le statut de son chef fut confirmé dix mois plus tard (! ) lorsqu'une décision du Premier ministre datée du 4 novembre 1945 nomma Gábor Péter général de la police, avec effet rétroactif à compter du 20 janvier 1945".

  

Quant à son concurrent, il allait devenir le chef de la Section politique de la Préfecture de police régionale, instituée le 19 mai 1945[21].

 

 A côté de ces frottements entre communistes, l'organisation de la police dans la capitale comportait d'autres complications. Décrétée le 20 septembre 1945 (n°8490/1945), la préfecture de police de Budapest a autorité sur la ville (14 arrondissements) et sur 22 communes suburbaines. En réalité, la police de Budapest était en place dès le 23 janvier 1945, avec László Sólyom comme préfet[22] et János Kádár, son adjoint. Celui-ci écrit le 9 février à Debrecen:

  

"L'organisation de la police a commencé sans difficulté immédiatement après l'arrivée des troupes soviétiques. Presque sans exception, les comités nationaux d'arrondissement ont confié la direction des commissariats à des personnes civiles [...]. Le travail a démarré très difficilement car les autorités russes ont emporté les policiers [...]. Chaque jour, à peine 50% des agents parvenaient à leur lieu de service. Cela a pris de telles proportions qu'à Gödöllö, il y avait 2 à 3000 officiers et agents en captivité".

 

Il parle aussi de la NKVD, dont le harcèlement paralyse le travail. Et puis, il arrive qu'il y ait deux commissaires au même commissariat, ou plusieurs polices dans le même quartier. Dans certains commissariats, les effectifs sont pléthoriques, car beaucoup de gens croient pouvoir échapper au "malenki robot" ou à la déportation (ceux qui ont des noms germaniques) en se portant volontaires pour le service de police. Kadar note encore, parmi bien d'autres détails, les inadmissibles usages policiers selon la coutume des partis politiques présents (salutations, etc), l'existence de "polices illégales" ("Magyar GPU", Police politique du PSD...), ou encore, comme "phénomène caractéristique, la trop forte affluence des Juifs" dans la police[23]. Dans ses Souvenirs, M.Rákosi fait état, lui aussi, de la confusion qui règne dans la capitale:

  

"A Debrecen, dit-il, des individus louches commençaient à faire surface portant des lettres de commission ou des certificats délivrés par la préfecture de police de Budapest [...] Il s'est avéré que János Csorba, le maire de droite qui appartenait au Parti des petits propriétaires, avait mis en place un Comité national autonome de Buda, indépendant de Pest, qui avait créé sa propre police".

  

Après la libération définitive de Buda, le préfet L. Solyom confie la direction de la police de la rive droite au commissaire J. Csikkel, mais l'homme de Csorba refuse de se retirer et continue à exercer son autorité[24].

  

Au sein du gouvernement, la compétition des partis et l'inquiétude suscitée par la position du PCH, se traduisirent par des débats prolongés. Ainsi, le projet du 12 janvier fut-il discuté pour la cinquième fois le 23 avril. Parmi les points les plus controversés, on relève la dissolution de la gendarmerie, l'effectif et l'activité de la police nouvelle, celle en particulier de la police politique.

  

Concernant la gendarmerie, plusieurs ministres (Vörös, Faragho, Vásáry, Valentiny) rejetaient le principe de la responsabilité collective et défendaient l'idée que celui qui avait su rester correct au sein de cette formation, méritait de garder tous ses droits. Finalement, on se mit d'accord sur la notion de responsabilité de la gendarmerie en tant que corps. Les membres de celle-ci ne feront pas l'objet d'une épuration générale, puisque l'institution est supprimée, mais chacun individuellement pourra demander qu'on examine son cas. A cette fin, une commission spéciale sera installée au ministère de l'Intérieur[25].

  

Finalement, l'organisation de la police décrétée en mai "a tenu compte" du projet initial, surtout pour le schéma général de la hiérarchie policière, mais elle a renforcé la centralisation sous le contrôle du ministre de l'Intérieur. Avec quelques changements de détails, la structure mise en place en 1945 restera en vigueur jusqu'en 1948-49[26]. Si le ministère lui-même a été réorganisé selon l'ancienne structure, ses fonctions d'administration policière allaient progressivement prendre le pas sur ses fonctions "civiles". "A la fin de l'époque de la coalition, écrit A. Kozáry, le ministère de l'Intérieur est devenu un appareil directif strictement centralisé, qui allait fonctionner pendant longtemps comme un ministère de la police"[27].

 

 Pour mener à bien la réorganisation, Erdei et un haut fonctionnaire de son ministère, E. Szebenyi, créent un Groupe central d'Etatisation, dont les membres se déplacent de département en département. Leur travail est accéléré grâce aux avions que la Commission de contrôle alliée (c'est-à-dire l'Armée rouge) a mis à la disposition du ministère de l'Intérieur.

  

Au cours de cette action, on met à contribution les comités nationaux pour le recrutement des policiers et l'on cherche à débarrasser la jeune police de ses moutons noirs. Szebenyi déclare précisémentdans le journal du PC: "Nous congédions les potentats locaux de la police. Nous avons besoin de policiers qui obéissent au gouvernement"[28].

  

Par ailleurs, les décrets se succèdent visant à organiser les différentes unités spécialisées: police des frontières (17 août 1945), des passeports et des devises (juin 45), police économique (septembre 45) et police fluviale, motivée par l'état dangereux des cours d'eau, encombrés d'épaves et de mines.

  

Avant même la création de ces unités, la question des effectifs divisa le gouvernement. Pour les forces de l'ordre proprement dites, certains ministres voulaient s'en tenir au chiffre de 30000 agents, avancé dans le projet initial d'Erdei. Pour Vásáry, ministre des Finances, c'était déjà trop lourd. Or entre temps, la suppression de la gendarmerie et la prise en charge de ses fonctions par la police amenèrent Erdei à justifier des effectifs plus élevés: 10000 pour la préfecture de police de Budapest et 24090 pour le reste du pays. Au Conseil du 13 juin, il annonça que la police d'Etat qui comprenait jusqu'ici 70000 individus serait ramenée à 34 090.

 

 Il venait de présenter son projet sur la création de la police des frontières, avec un chiffre réévalué (6500 au lieu des 5000 prévus), ce qui rendit encore plus critique son collègue des Finances. Celui-ci souligne qu'en temps de paix, la police hongroise avait fonctionné avec 22627 personnes, et qu'on devait rester en-dessous des 30000 agents. L'Etat sera incapable de supporter les charges, dit-il; il faut une police moins nombreuse mais de meilleure qualité. Il insiste pour que sa protestation soit bien consignée dans le PV du Conseil[29]. Il est soutenu par Faragho et F. Nagy tandis que les ministres communistes (Gerö et I. Nagy) approuvent Erdei; Bán, Vörös, Miklós et Valentiny suggèrent que l'on pourra diminuer les effectifs policiers avec la consolidation de la démocratie et de l'ordre public. Ce point de vue est adopté à la majorité des voix[30]. Nouveau débat lors du Conseil du 26 septembre à propos de la police de Budapest, dont le chiffre a été revu, lui aussi, à la hausse. Oltványi, le nouveau ministre des Finances proteste car, explique-t-il, la police hongroise est plus nombreuse qu'en 1938. Il s'avère en revanche que la police des frontières n'a engagé réellement que la moitié du personnel prévu.

 

 

Difficultés matérielles et action de la police

 

Ce problème des effectifs retenait d'autant plus l'attention du gouvernement que les policiers avaient fini par descendre dans la rue avec leurs revendications. Le 4 juillet 1945, à midi, un millier d'agents, d'inspecteurs et de fonctionnaires se rendirent, sous la conduite des officiers de police, devant le ministère des Finances et de l'Intérieur pour protester contre leur "situation matérielle insupportable". Dans le mémorandum remis à Erdei, ils demandaient le paiement immédiat de leurs salaires et énuméraient leurs revendications les plus importantes: 4 semaines de congés payés, début du service à 8 h du matin et relève toutes les 24 h au lieu de 48 h, respect absolu de la journée libre, ration alimentaire équivalent à celle des travailleurs de force, maintien de la gratuité du tramway et de la réduction de 50% sur les lignes du chemin de fer, extension des soins médicaux aux membres des familles, exemption des travaux collectifs, attribution d'un "supplément politique" pour les sentinelles de la police politique (en raison, probablement, du danger de mort permanent auquel ces gens étaient exposés)...

  

La réponse du ministre de l'Intérieur à la délégation des policiers laisse deviner que la manifestation, peut-être pas tout à fait spontanée, devait faire réfléchir son collègue des Finances[31] bien que le journal du PC ait commenté l'affaire en ces termes: "Les fautes et les abus de la police ont occupé pendant des mois l'opinion publique...". Pour le PCH le moyen le plus efficace pour améliorer la situation était

  

"de mettre fin au boycottage financier de la police. Certains n'aiment pas la police, c'est pourquoi la question des salaires n'est pas considérée comme une affaire urgente. Mais nous disons franchement: nous constatons sans plaisir que les forces de l'ordre de l'Etat démocratique manifestent et défilent pendant et au lieu du service [...]. C'est malsain si les relations entre la police et le gouvernement sont comme celles qui existent entre ouvrier et entrepreneur".

 

 

Au Conseil, qui a lieu dans l'après-midi du 4 juillet, le ministre des Finances reproche lui aussi, le manquement à la discipline[32].

  

La relation entre "les fautes et les abus de la police" et ses difficultés d'existence est bien exposée en juin 1945 par le préfet de police du comitat de Heves, un juriste d'ancien régime, qui se déclare avant tout respectueux des lois et des décrets en toutes circonstances, sans permettre "que des intérêts de parti ou la volonté et les désirs de certains hommes de parti puissent prévaloir selon le sic volo sic jubeo". Ce fonctionnaire se plaint donc que dans son département, les membres de la police et surtout le personnel de la garde, quittent le service par groupes entiers. C'est que ces gens ne sont pas payés, dit-il, ou ils ne touchent que très peu d'argent. En outre, comme ils n'ont pas de statut, ils vivent dans le sentiment du provisoire. Aussi, pendant la saison des moissons et du battage préfèrent-ils retourner à ces travaux, qui leur permettront au moins d'assurer le pain pour l'hiver. Il y en a d'autres qui se servent de leur pouvoir pour obtenir des avantages matériels, et les plaintes sont innombrables. "D'ailleurs, poursuit le rapport, il ne peut pas être question d'un véritable travail de policier puisque des commissaires aux agents de police tout le personnel se recrute dans les mêmes villages, et la parenté et les amis dressent un tel obstacle que dès le départ les enquêtes sont bloquées. Ce fonctionnaire est particulièrement scandalisé par les nouvelles qui lui parviennent tous les jours du canton de Heves, où le commissaire et plusieurs employés de la police rançonnent les gens qui traverse le territoire, et ils se partagent entre eux les denrées et les animaux confisqués. Qui plus est, les exactions se couvrent de justifications politiques, et cela d'autant plus que l'homme de la légalité est un fonctionnaire d'ancien régime. "Dès mon arrivée, dit-il, la garde civique déjà constituée dans tout le département, m'a accueilli avec une totale antipathie... on répète sans cesse que je suis un réactionnaire[33]".

 

 Par la force des choses, la délinquance de la police issue des gardes civiques met en cause le parti communiste. Le Premier ministre le dit sans ambages en critiquant "le point de vue politique" adopté dans le recrutement de la police, qui fait que des policiers chevronnés ne sont pas embauchés, "tandis que parmi les communistes, des hommes trop jeunes sont employés, d'où il résulte qu'un grand nombre de jeunes voleurs ayant fait de la prison doivent être arrêtés. Cela est confirmé par de nombreux exemples, constate-t-il[34]"

 

 

Une police de guerre civile

 

 

On doit distinguer de ce phénomène délictueux l'emploi du pouvoir policier comme moyen de règlement de comptes politiques. Il s'exerce en marge de la légalité nouvelle, qui s'organise, en matière d'épuration notamment, dans le cadre des tribunaux populaires et des commissions de contrôle, qui peuvent avoir recours aux internements administratifs[35].

 

 L'exemple le plus célèbre de "l'épuration sauvage" est le "cas de Gyömrö". Dans plusieurs localités de ce canton situé dans le voisinage Est de la capitale (Mende, Ecsed, Maglód, Tápiosüly, Tapióság, Téteri, Uri), les habitants internés pendant la guerre massacrèrent les dirigeant locaux de l'ancien régime dès que leurs villages furent libérés. Il y aurait eu 80 morts. Sous la plume de F. Nagy, devenu exilé et mémorialiste, les "communistes locaux" ont torturé à mort ou assassiné 26 habitants. Parmi les victimes se trouvait le comte Joseph Révai, philosophe, professeur d'université et sympathisant communiste... Le ministre de l'Intérieur a engagé des poursuites contre les responsables, mais Rákosi est intervenu pour les faire libérer[36].

  

Devant la multiplication des affaires engageant la responsabilité des préfets de police ou des commissaires communistes ( à Eger, Kalocsa, Kaposvár, Kecskemét, Szolnok...), Valentiny a proposé que les enquêtes sur les crimes de la police soient réservées au ministre de la Justice. Au bout d'un long débat mouvementé, le Conseil des ministres adopte le projet, mais celui-ci ne sera jamais appliqué car le 21 juillet 1945 Valentiny doit démissionner, sous la pression du PC semble-t-il. Mais il s'avère aussi que ce ministre socialiste n'a jamais montré trop d'empressement pour activer l'épuration et le jugement des criminels de guerre. Il lui arrivait même de manifester des sentiments inamicaux au sujet des Juifs qui sont revenus des camps de déportations[37].

  

Pour passer l'éponge sur les affaires antérieures au 1er juin 1945, le nouveau ministre de la Justice, István Ries, fait adopter un projet de décret accordant l'impunité à "tous ceux qui ont assumé des tâches administratives durant la transformation démocratique du pays, et qui ont pu agir en contradiction avec les lois pénales soit parce qu'ils se sentaient outragés par les agissements de l'ancien pouvoir fasciste, soit parce que, plus d'une fois, ils ne possédaient pas l'expérience et les connaissances nécessaires à l'accomplissement correct de leurs fonctions administratives[38]".

  

Donc, aux yeux des protagonistes, l'outrage subi et le sentiment de vengeance auraient été déterminants dans la genèse de la police politique[39]. A l'échelon supérieur, un F. Nagy attribue cette motivation à l'avocat communiste Endre Szebenyi (1912-1950), chargé au ministère de l'Intérieur de la Direction de la police[40]. "Tous les parents juifs de cet homme ont été exterminés dans les camps de concentration par les Allemands et les Croix-fléchées, et il méditait vengeance contre tous ceux qui n'étaient pas marxistes, affirme F. Nagy. C'est avec ce sentiment, dit-il, qu'il s'occupait aussi des affaires de la police. Lorsque les candidats des départements et des villes parvenaient au ministère de l'Intérieur, rapidement il faisait nommer par le ministre Erdei des candidats communistes tout en faisant retarder la nomination des autres, en sorte que le choix des corps municipaux n'était pas pris en considération[41]". F. Nagy pense la même chose du ministre de l'Intérieur Erdei, "cet écrivain talentueux mais peu familier de l'administration", qui haïssait l'ancien système et préférait les individus les plus obscurs à l'ancien fonctionnaire compétent et sûr. "Dans les villes de province, il plaçait souvent à la tête de la police ses anciennes connaissances, des ouvriers agricoles ou d'autres éléments extrémistes. Il ne se souciait pas des pillages ou des assassinats perpétrés par la police, car dans chaque geste de celle-ci, il voyait l'application de son sentiment de vengeance"[42]. Un ancien communiste comme A. Hegedüs accorde lui aussi une grande place à ce sentiment lorsqu'il évoque les origines de la police politique. Il cite l'exemple d'un "jeune homme, devenu fonctionnaire du Parti", Pal Löcsei, "qui revint du camp et ne trouva personne en vie dans sa famille. Comme beaucoup d'autres, et malgré sa sensibilité humaniste, il allait devenir un communiste enthousiaste et radical.

 

 Beaucoup de ces gens admettaient que ce n'était pas seulement les Croix-fléchées qui devaient être punis mais tous ceux qui avaient assisté passivement à l'extermination du peuple.

 

 Beaucoup d'anciens persécutés sont devenus collaborateurs de la police politique (qui deviendra l'AVH), et ceux-là ne connaissaient pas la mesure. Ce qui, finalement, a contribué à aggraver la haine contre les communistes et, naturellement, l'antisémitisme. La répression a dépassé toutes mesures, les sentiments des persécutés devenant le critère. Dans cet emballement, l'amertume de la souffrance s'estompait peu à peu pour céder la place à d'autres motivations: l'orgueil du pouvoir avant tout et le sadisme[43]".

  

De leur côté, les communistes reprochent en 1945 déjà à leurs adversaires de ne répéter sans cesse que les cas scandaleux et isolés de l'activité policière, sans faire état du travail accompli dans les domaines comme le marché noir ou la criminalité. En effet, la guerre a laissé un pays dévasté[44] et une société disloquée. Des milliers d'enfants errent à travers le pays et la prostitution prend des proportions énormes. Les jeunes filles venues très souvent des provinces, se comptent par dizaines de milliers dans la capitale et dans leur grande majorité elles sont malades. En province aussi, lorsque la police rétablit le contrôle médical, on trouve en 1947 que 70 à 100% des prostituées souffrent de maladies vénériennes.

 

 L'administration des Croix-fléchées a emporté avec elle les registres de criminalité. Celui-ci sera rapidement reconstitué à partir des notes de prison et des archives judiciaires. On se sert d'autre part de l'expérience des inspecteurs réembauchés de l'ancienne police, qui connaissent les délinquants et les criminels "familiers". A Budapest, pendant les trois derniers mois de 1945, le nombre des délits et des crimes s'élève respectivement à 14487, 8874 et 18324. De novembre à décembre, les attentats contre les personnes (assassinats, coups et blessures) accuse une augmentation de 33%[45]. Rákosi affirme dans ses mémoires qu'il ne s'est pas passé de jour sans qu'il y ait eu mort de policiers, ces derniers étant désarmés et les malfaiteurs disposant d'armes de guerre automatiques (été 1945). Dans sa lettre du 9 février 1945, Kádár indique parmi les tâches quotidiennes de la police l'enlèvement des cadavres (hommes et animaux) et des affiches fascistes, la surveillance des travaux de déblaiement de rues, l'organisation des patrouilles du lever du jour au coucher du soleil. Ne pouvant pas avoir des armes, la police ne fonctionne que le jour et son action est peu efficace. En général, le ravitaillement et l'installation des personnes arrêtées posent des problèmes insurmontables.

  

Dans le domaine de la police politique, on a répété et admis communément que la lutte contre les "fascistes" était un prétexte pour les communistes de pousser aux exactions policières et d'asseoir leur contrôle sur la police. Or divers incidents significatifs montrent qu'il y avait lutte politique réelle pendant ces années de l'après-guerre. On lit par exemple, dans le Szabad Nép, sous le titre de "Provocation fasciste stupéfiante à Pécs, Törökszentmiklós et Jászberény: C'est le 26 juillet qu'au palais de Justice de Pécs le Tribunal populaire a discuté l'affaire de Béla Horváth, ancien commandant de camp disciplinaire... Une foule de 200 personnes environ est venue manifester devant le Tribunal en criant "Les Juifs au poteau!", "A bas le Tribunal populaire complice des Juifs!". Après avoir assiégé le bâtiment, la foule a pénétré dans les salles et jeté des oeufs contre les membres du tribunal.

  

Au même moment, un autre cortège de 200 manifestants également, a attaqué le domicile de l'un des témoins du procès en cours. La foule a écarté les 5 à 6 policiers présents, puis lancé des pierres contre les fenêtres et tenté de briser le portail.

  

La police a été incapable de maîtriser les deux manifestations. Le Tribunal populaire n'a pu terminer le procès qu'après avoir fait appel à une patrouille russe qui a évacué les rues avoisinantes. Mais les manifestations se sont succédées toutes la journée et l'on a même tiré des coups de feu.

  

A Törökszentmiklós, dans la nuit du 24 au 25 juillet, les murs ont été recouverts d'inscriptions telles que: "Vive la réaction!", "A bas les Communistes!", "Vive Szálasi!". Deux jours auparavant, la sentinelle du commandement soviétique avait été attaquée et blessée"[46].

  

Cependant, les pistes ont été brouillées dans la mesure où le PCH a accueilli de nombreux "petits Croix-fléchées" en son sein[47]. Il a dû faire face de ce fait à des accusations contradictoires, comme parti refuge des Juifs et parti antisémite à la fois; il devait en même temps assumer le soutien compromettant d'une puissance étrangère. Cela dit, ni ce soutien précoce ni l'établissement ultérieur d'un régime de dictature policière ne devraient altérer l'image d'une vie politique authentique en Hongrie pendant les quelques années qui ont suivi la Seconde guerre mondiale et dont l'histoire de la police révèle toute la complexité.

 

 

 


[1] KOVÁCS (Imre), L'occupation de la Hongrie, Györ, Katalizátor Iroda, 1990, p.209

[2] SOMLYAI (Magda), Après les grandes batailles. Les débuts d'une vie nouvelle en Hongrie 1944-1945, Budapest, Kossuth, 1975, p.42. KOROM (Mihály), Les comités populaires et l'administration en Hongrie, 1944-1945, Bp., Kossuth, 1984, P.17-18. Il semble que le retour aussi ait été parfois massif. Le 28 juillet 1945, le Debrecen reproduit la protestation de l'Association des policiers de Debrecen contre la réintégration de ceux qui se sont enfuis

[3] « Rapport sur la fuite des commissaires de police devant l'Armée rouge, 10 octobre 1944", dans Libération, 26 septembre 1944 - 4 avril 1945. Documents sur la libération de notre pays et sur l'histoire de la naissance de la démocratie populaire, Bp., Szikra, 1955, p. 10-11.

[4] Cet Appel diffusé le 10 novembre 1944 par Radio - Moscou et reproduit par les journaux russes, se terminait par le slogan: "Vive la Hongrie libre et démocratique sous la direction du régent Horthy!". Télégramme de l'ambassade de France à Londres, 17 novembre 1944, Archives du Ministère des Affaires étrangères (MAE), Z, 197 - 1/15. Pour les travaux de la délégation de Moscou, v. les 20 documents présentés par VIDA (István), "Sources d'archives russes concernant les négociations de l'automne 1944", dans FEITL (István), (sous la direction de), L'Assemblée nationale provisoire et le Gouvernement national provisoire 1944 - 1945, Bp., 1995, p. 52-107

[5] Vis-à-vis du Clergé, les officiers de l'Armée rouge ont reçu l'ordre formel de Staline de coopérer avec les Eglises locales. L'appareil d'Etat s'est effondré, mais le prêtre est resté le plus souvent à sa place, et c'est lui que les habitants reconnaissaient comme la seule autorité. De par ses fonctions: l'enterrement, le baptême, la messe, il représentait la continuité. En général, les soldats russes respectaient la soutane et le chasuble, dont les porteurs échappaient au déblaiement des ruines et autre "malenki robot". GERGELY (Jenö), "Les Eglises en Hongrie à l'époque de l'Assemblée nationale provisoire (décembre 1944 - novembre 1945)", dans I. FEITL, op. cit., p.190. Pour se venger de la France, qui portait la plus grande responsabilité dans le traité de Trianon, on eut l'idée d'inonder ce pays de faux billets afin d'y provoquer une crise financière. Les inspirateurs en auraient été des offciers allemands de l'extrême-droite. En Hongrie, parmi les principaux promoteurs figurent le prince Louis Windischgrätz et l'évêque Mgr István Zadravecz. Le stock était prêt à l'automne 1925, mais aucun billet n'a pu être échangé, les agents chargés de l'exécution ayant été découverts aussitôt après leur arrivée au Pays-Bas. La gauche hongroise, soutenue par les Tchèques et, de façon plus ambiguë, par la France, a tenté d'utiliser ce scandale international pour démocratiser le régime. BALOGH (Sándor) et alii, Histoire de la Hongrie 1918-1975, Bp., Tankönyvkiadó, 1986, p. 68. Rééd. par PÖLÖSKEI (Ferenc) et alii, Histoire de la Hongrie 1918-1990, Bp., Korona Kiadó, sd., p. 81

[6] Les renseignements sur la police et la gendarmerie hongroises dans l'entre-deux-guerres sont puisés dans CSIZMADIA (Andor), L'évolution de l'administration hongroise du XVIIIe siècle à la naissance du régime des conseils, Bp., Akadémiai Kiadó, 1976. HOLLÓS (Ervin), Police, gendarmerie. E.M.2., Bp., 1971. BORBÉLY (Zoltán) - KÁPY (Rezsö), Les 60 ans de la police hongroise. 1881-1941, Bp., 1942.

[7] Parmi d'autres, les mémoires de KISS (Károly), Il n'y a pas de répit, Bp., Magvetö-Kossuth, 1974, et notamment les p.349-351 ("Dans le camp d'internement de Kistarcsa", "Dans la caserne Andrássy", "Ma lettre de libération est arrivée"), décrivent l'ambiance des prisons. V.aussi GOSZTONYI (Péter), Politiciens, soldats, événements..., Munich, sd., p. 101-102

[8] Cette expression fut utilisée en 1926 par un auteur, qui, pourtant, était un apologiste de la gendarmerie. A. CSIZMADIA, Op. cit., p. 345. La loi n°XXVI de 1920 avait rétabli le châtiment corporel comme une "institution chrétienne nationale". Le 23 décembre 1921, le député Gy. Drózdy fait état dans son interpellation de plaintes quotidiennes contre la gendarmerie dans le comitat de Békés. Il évoque notamment une réunion, où les autorités de la gendarmerie ont insisté sur la nécessité de corriger les individus "insolents", à condition de ne pas laisser des traces justifiant un certificat médical. JÁSZI (Oszkár), Calvaire hongrois-Résurrection hongroise..., Bp., Magyar Hirlap Könyvek, 1989, p. 194-195. On sait par ailleurs que les élections sous Horthy étaient des moments privilégiés de la terreur policière. NAGY (Ferenc) décrit par exemple, le déroulement, dans la circonscription d'Orosháza, d'une élection partielle en 1933, que le parti gouvernemental veut gagner à tout prix. Les gendarmes frappent avec une telle violence trois paysans du Parti des petits propriétaires que ces malheureux ne peuvent plus se tenir dans aucune position, leurs corps ayant étélittéralement brisé. Combat derrière le rideau de fer, Bp., Európa-História, 1990, t.1, p. 36-42.

[9] MAE, Z, 195-2/6, Informations Hongroises, n°XI, Genève, 18 avril 1946.

[10] Op. cit, p. 213.

[11] GYARMATI (György), La réorganisation administrative à l'époque du "provisoire", Revue Historique XXXVIII (1996), p. 64-65.

[12] Le témoignage d'un officier français, André Cazes de Mondenard, prisonnier évadé d'Allemagne et installé en Hongrie, évoque le comportement des soldats et le retournement de l'opinion: "On peut affirmer que lors de l'arrivée des Russes à Budapest, l'immense majorité de la population les attendait plus en libérateurs qu'en ennemis [...] L'opinion publique [...] ne tarde pas à se retourner de nouveau sous l'influence de l'attitude des nouveaux occupants. Ceux-ci, en effet, pillent magasins et simples particuliers, riches et pauvres, avec le même acharnement [...] et violant d'innombrables femmes". MAE, Z, 197-1/15. HEGEDÜS (András) remarque de son côté que "les soldats hongrois et allemands n'ont pas agi autrement en territoire soviétique occupé, sauf que la mémoire collective du pays n'a pas conservé tout cela. Pendant la guerre, dit-il, j'ai vu des photos dont le propriétaire se tenait à côté des cadavres russes exécutés [...] Dans certains milieux, on évoquait de façon anecdotique comment on avait violé des femmes russes et ukrainiennes". Dans la fascination de l'histoire et du pouvoir. Analyses autobiographiques, Bp., 1988, p. 104. RÁKOSI (Mátyás), qui se trouvait en Russie pendant la guerre et qui a visité le front, attribue aux "vingt années de barbarie du fascisme-Horthy" le comportement des soldats hongrois, dont "la bestialité et l'inhumanité ne restaient en rien derrière les pires et les plus sauvages bourreaux nazis", et fournit quelques détails pris dans les lettres trouvées sur les corps des soldats tués et sur les prisonniers. Souvenirs 1940-1956, Bp., Napvilág Kiadó, 1997, t.1., p. 74-75. Pour ce qui est des agissements des soldats russes en Hongrie, citons encore FEJTÖ (François): "En Hongrie [...], les Russes, exaspérés par la résistance prolongée des nazis et des croix-fléchées appliquèrent la loi du vainqueur dans toute sa rigueur. Le vandalisme avait quelque chose d'enfantin, de primitif. Il n'avait rien du sadisme froid des Allemands. Les soldats russes prenaient sans cruauté; ils ne tuaient qu'en état d'ébriété ou lorsqu'on s'opposait à leur désir de femme ou de vol [...]. Plus tard, les soldats se calmèrent, le commandement parvint peu à peu à rétablir la discipline volontairement relâchée au début de l'occupation. Mais cela n'alla pas sans difficulté. Des bandes s'étaient formées, dans les villes comme dans les campagnes, avec des déserteurs de l'Armée rouge auxquels se joignirent des débris de l'armée Vlassov et des pillards hongrois. Ces bandes devaient poursuivre longtemps encore, nuitamment, leurs activités de brigandage". Histoire des démocraties populaires. 1. L'ère de Staline 1945/1952, Seuil, 1952, p. 130-131.]

[13] SOMLYAI (M.), op. cit., p. 152-154

[14] SZÜCS (László), Les procès-verbaux du Gouvernement national provisoire hongrois, Manuscrit, 1998.

[15] KOROM (Mihály), Le contexte national et international de la naissance de l'Assemblée nationale provisoire et du Gouvernement national provisoire, dans I. FEITL, op. cit., p. 39.

[16] M.RÁKOSI notamment, évoque cette situation en précisant que le CNB bénéficiait de l'appui des prolétaires de la capitale. op. cit., p. 146, 150.

[17] L.SZÜCS, Conservateur honoraire en chef des Archives nationales hongroises, qui prépare la publication des procès-verbaux du Gouvernement provisoire hongrois (PVGP), a bien voulu mettre à notre disposition la partie de son manuscrit relative à l'organisation de la police. Qu'il en soit remercié très sincèrement

[18] Archives nationales hongroises (ANH), XIX A-16-j (XXIII/c), Lettre du 8 juin 1945

[19] GYARMATI (György), L'instauration d'un pouvoir de parti. La métamorphose de l'administration hongroise, 1945-1950, Thèse de doctorat, Bp., 1995, p. 131-136

[20] GERGELY (E.), op. cit., p. 222.

[21] András Tömpe (1913-1971), ingénieur, a fait ses études en Tchécoslovaquie. Il entre au PCH en 1934 et participe à la guerre civile d'Espagne. Après son retour en Hongrie en 1941, il est mobilisé en 1943. En mai 1944, il traverse le front de Galicie pour rejoindre les partisans. Colonel de la police après 1945, il est en mission à l'étranger de 1947 à 1959. Réintégré au ministère de l'Intérieur, il se suicide en 1971.

[22] László Sólyom (1909-1950), après avoir terminé ses études à l'Académie militaire (1931) et à l'Ecole de guerre (1939), devient membre du PCH. Préfet de police de Budapest, puis Chef d'état-major au ministère de la Défense (1947). Il est arrêté en mai 1950 et exécuté le 19 août. Réhabilité en 1990.

[23] KOZÁRY (Andrea), Documents sur l'organisation de la police et la situation générale de Budapest. Janvier-Février 1945, Társadalmi Szemle, n°1, 1997, p. 81-86.]

[24] RÁKOSI (M.), op. cit., p. 168 et notes p. 582-583. GÁSPÁR (Ferenc), HALASI (László), Procès-verbaux du Comité national de Budapest, 1945-1946, Publications des Archives de la Ville de Budapest, 1975, p. 52-53, "Séance du 7 mars 1945". Dans cette réunion, le CNB a également décidé, à l'initiative de L.Sólyom, de déléguer une commission de trois membres pour faire libérer les policiers arrêtés, qui, d'après lui, ont plutôt aidé la résistance, et, en tout cas, avaient refusé tout soutien au "régime fasciste". Cette commission devait prendre contact avec les autorités soviétiques à Debrecen

[25] PVGP, n°23, 23 avril 1945. E.GERGELY, op. cit., p.225

[26] E. GERGELY, op. cit., p.220-221

[27] A.KOZÁRY, Vue d'ensemble sur la formation et l'activité de la police (1945-1948), note, sd

[28] Szabad Nép, 22 juillet 1945. Dans cette déclaration, Szebenyi rappelle que la Hongrie se divise en "38 unités policières": 25 départementales, 11 urbaines et 2 pour la capitale.

[29] Dans une lettre au Premier ministre, le ministre des Finances écrivait en mai que l'effectif de la police d'Etat ne devait pas dépasser celui de la police et de la gendarmerie d'avant guerre. En 1935-1936, le chiffre était de 22 627, dit-il, officiers et sans grades compris. Il constate que non seulement à Budapest, mais dans d'autres villes aussi, les policiers sont deux ou trois fois plus nombreux qu'avant la guerre, et demande que l'on mette fin à ce que pratiquement toutes les villes fixent arbitrairement l'effectif et le salaire de la police. ANH, XIX A-1-j, (XXIII/c), lettre du 16 mai 1945. 

[30] PVGP, n°34, 13 juin 1945, et aussi les numéros 19 du 28 mars, 27 du 18 mai, 37 du 27 juin et 57 du 26 septembre 1945, où il a encore été question des effectifs de la police.

[31] Le ministre des Finances du GP, István Vásáry, maire de Debrecen, est décrit par M.Rákosi comme un "horthyste pur, une gentry typique jusqu'à la moelle, dans le style du "je t'en prie mon cher", que les pauvres de la Hajdúság haïssaient [...] Il était le seul homme, dit-il, à s'y connaître en administration, et cette connaissance, il a cherché à l'utiliser de toutes ses forces contre le nouvel ordre des choses [...] Lorsque, par exemple, il devenait clair que nous étions solidement implantés dans la police [...], nous avons remarqué que Vásáry sabotait la paye des policiers sous prétexte qu'il n'y avait pas d'argent. Nous en avons déjà parlé à Debrecen et avons estimé qu'il voulait affamer nos policiers pour qu'ils soient découragés et abandonnent le service. Il n'y eut plus de doute quand on s'aperçut que, sous le manteau, Vásáry continuait à payer la retraite des gendarmes. Pour cela, il avait de l'argent. Maintenant, pendant mon séjour à Budapest, j'apprends que les policiers d'ici n'ont pas touché non plus un sou depuis deux mois [...] Au même moment, les partis libéraux commencent à parler d'une "police apolitique" et du respect de la parité. Sur ce terrain, nous n'avons accepté que les concessions les plus minimes, et dès lors, jusqu'à ce que le tournant intervienne, la police est restée constamment au centre des débats et des attaques". Op. cit., p.156 et 166-167

[32] Szabad Nép, 5 juillet 1945 et PVGP, n°38, 4 juillet 1945. Par ailleurs, une lettre adressée au ministre du Ravitaillement informe celui-ci que les commissionnaires chargés des achats pour la police de la capitale, ne peuvent acquérir que très peu de marchandises, dans la mesure où les préfets interdisent de sortir les produits alimentaires de leurs départements. Il est donc demandé au ministre de délimiter une région, qui serait réservée aux achats pour la police de Budapest. ANH, XIX A-1-j (XXIII/c), lettre du 9 juillet 1945.

[33] Ibid., Lettres du 30 juin et du 11 juillet 1945

[34] PVGP, n°16, 10 mars 1945. D'après un ouvrage paru en 1947, la préfecture de police de Budapest employait au début de 1946, 13000 personnes, dont 370 officiers de l'ancienne police et 417 de la nouvelle. En ce qui concerne les inspecteurs et les agents de police, le personnel "ancien" et "nouveau" se répartit respectivement comme suit: 559 et 1054; 5147 et 2793. Le personnel administratif était de 2660. Cité par G.GYARMATI, op. cit., p. 134. La police partisane est critiquée par le préfet de police de Budapest, L. Sólyom, qui dans une lettre au Secrétariat du PSD fait état des propos répréhensibles du conférencier G.Forgách, tenus devant les élèves policiers lors de la séance du 7 juillet 1945. Celui-ci a déclaré notamment que parmi les partis, seuls le PCH et le PSD sont au service de la démocratie, le Parti paysan, plus que le Parti des petits propriétaires, étant le refuge de la réaction. Il approuvait la manifestation des policiers qui venait d'avoir lieu, et le fait que les policiers avaient chanté l'Internationale. En outre, écrit Sólyom, il avait l'air d'inciter les élèves à refuser la corvée publique et ne cessait de les appeler "camarades". Sólyom pense finalement que les déclarations de "Monsieur Géza Forgach" ne reflètent pas la position officielle du Parti social démocrate et que "tout ce qui a été dit ne contribue pas à la consolidation de la police et, avec elle, à celle de l'ordre démocratique". PIL (Archives de l'Institut d'histoire politique), 283.f., 10/263, lettre du 11 juillet 1945

[35] Les décrets n°15/1945 et 81/1945 du ministre de l'Intérieur, datés des 4 et 25 janvier 1945 prescrivent l'organisation des commissions de contrôle et des tribunaux populaires. Le réseau de ces derniers comprendra 24 tribunaux, dont certains fonctionneront jusqu'en avril 1950. Quant aux internements, c'était divers décrets de 1920 et 1939 qui en fournissaient les bases juridiques jusqu'en juin 1945. L'application était confiée à la police politique. Selon les statistiques établies par G.Péter, le nombre des internés de la capitale s'élevait, entre le 1er février et le 12 avril 1945, à 1869 personnes, dont 1547 "nyilas" (croix-fléchées), 196 volksbundistes et 126 divers. Entre le 12 et le 30 avril, il est question de 2643 internements nouveaux. A cette date, il y a sept camps d'internement sur le territoire du Grand-Budapest, qui vont accueillir au total 17418 individus jusqu'en mars 1946. Pour réduire les pouvoirs de la police politique, le ministre de la Justice, A.Valentiny veut transférer l'exécution des internements aux tribunaux populaires (dont chacun comporte un juge professionnel et que les communistes accusent souvent de complaisances), mais le vote de son projet relatif à la mise en place d'une police judiciaire va lui coûter son poste. Un décret confidentiel n°138000/1945 de F.Erdei réglemente le 21 juin 1945 les internements. Il en fait notamment plus une mesure préventive qu'une mesure de rétorsion; il élargit la compétence de la police politique et rend possible l'internement préventif des gens acquittés par les tribunaux populaires. S'agissant des divers mouvements d'extrême-droite et nationaux-socialistes, sont considérés comme membres d'un parti ceux qui ont payé au moins deux mois de cotisation. Le décret est clément pour les ouvriers, les petits paysans et les ouvriers terrassiers, sauf pour ceux qui ont adhéré à un parti "fasciste" après avoir appartenu à l'un des deux partis ouvriers. Selon un rapport du début de 1945, 60 % de la "matière" de la police politique proviennent des dénonciations de la population et 40 % de l'initiative privée de la police. Sur l'efficacité des internements, le responsable de la division administrative de l'Intérieur, István Bibó a porté un regard désabusé: "C'est une grande usine stérile qui broie les hommes, trop compliquée pour une justice populaire, trop policière pour une justice légale..., nous pouvons être sûrs que ceux qui sortent des camps d'internement, ils les quittent en ennemis mortels de la démocratie". PALASIK (Maria), "Les cadres juridiques et les organes exécutifs du règlement de compte", dans L'expérience et l'échec de la création d'un Etat de droit en Hongrie, 1944-1949, Thèse de doctorat, Bp., 1994. Décret confidentiel du ministre de l'Intérieur dans l'affaire des internements (1945), Társadalmi Szemle, n°7, 1997, p. 87-94. A. KOZARY, Texte cité, p.4.

[36] PVGP, n°27, 18 mai 1945. NAGY (Ferenc), Combat derrière le rideau de fer, t.1., p.153 et 433

[37] PVGP, n°37, 27 juin 1945. F.NAGY, op. cit., p.154.

[38] PVGP, n°57, 26 septembre 1945.

[39] Suite à une affaire de mouillage de lait destiné aux enfants et aux prisonniers de guerre rapatriés malades, le directeur de la laiterie "Alföldi Tejüzem" et ses complices sont arrêtés et passés à tabac. Le Debrecen, journal régional du Parti des petits propriétaires, dénonce la brutalité policière en écrivant que "la police emploie des méthodes qui feraient honte aux fascistes". C'est pour des méthodes semblables, dit-il, que le chef du contre-espionnage du régime fasciste a été pendu il y a quelques jours à Debrecen (6 février 1946). Il n'est pas douteux qu'une longue expérience des brutalités et des tortures subies ait laissé des traces dans les esprits comme méthode de pouvoir. Rákosi aurait été très explicite à cet égard en affirmant que tous les pouvoirs ont utilisé la contrainte physique dans les affaires de "crimes politiques", en commençant par la monarchie et le régime de Horthy, sans oublier les méthodes de la Tchéka. FARKAS (Vladimir), Il n'y a pas d'excuse. J'étais lieutenant-colonel de l'AVH, Bp., 1990, p.326

[40] Docteur en droit et secrétaire d'Etat à l'Intérieur à partir de 1947, Szebenyi sera arrêté dans le cadre du procès Rajk et exécuté en 1950. Il est réhabilité en 1955

[41] En effet, ce genre de situation ne manque pas. Le 8 septembre 1945, le Tiszántúli Népszava, journal régional du PSD, annonce par exemple la révocation du commissaire de police et de ses fonctionnaires à Hajdúszoboszló, bien que ce personnel ait été élu par le Conseil général de leur département (comitat de Hajdú). Tous ces officiers membres du PSD sont remplacés par des gens du Parti national paysan. Le PSD de la région proteste donc auprès du ministre de l'Intérieur et du secrétaire général du parti, A. Szakasits.

[42] F.NAGY, op. cit., p.153 et 155. Ferenc Erdei (1910-1971), diplômé de la faculté de droit de Szeged, rejoint en 1934 le mouvement de sociographie rurale des écrivains populistes, puis le Front de Mars (proclamé le 15 mars 1937 dans le vent des Fronts populaires), dont l'aile gauche fonde le 29 juin 1939 le Parti paysan national avec comme chef Pál Szabó. Erdei en sera plus tard le secrétaire général. Dès octobre 1944, celui-ci participe au Front d'indépendance et à la préparation de l'ANP, dont il est élu député. Ministre de l'Intérieur du 22 décembre 1944 au 15 novembre 1945, Erdei se retrouve ensuite dans divers postes ministériels, y compris le gouvernement d'Imre Nagy, formé le 30 octobre 1956, et "reste jusqu'à la fin de sa vie membre de tous les corps législatifs". L.SZÜCS, op. cit..]

[43] A.HEGEDÜS, op. cit., p.107

[44] La Hongrie a perdu 90% de ses ponts de chemin de fer, 69 % de ses locomotives, 86 % de ses wagons de marchandises. Les dommages subis ont été évalués en 1945 à une somme équivalente à cinq années de revenu national d'avant-guerre. F.FEJTÖ, op. cit., p.127

[45] E.GERGELY, op. cit., p.226-227 et Bulletin de la capitale. Journal officiel de Budapest, 30 août 1947

[46] Szabad Nép, 27 juillet 1945. Le chargé d'affaires français auprès des Gouvernements alliés estime que "les Tribunaux du Peuple font preuve d'un assez grand souci de la légalité"

[47] "Le Kommunista Part ou PCH était sans existence officielle avant la guerre, écrit A. Cazes de Mondenard, dans le témoignage précité (note 12). Il fonctionnait clandestinement, mais n'avait aucune activité politique et n'en a eu aucune pendant l'occupation allemande ou sous le régime de terreur Nyilas (Croix-fléchées). Ses effectifs se sont depuis quelque temps fortement accrus, du fait de l'entrée au parti d'environ 75 % des anciens nazis qui y cherchent une protection contre le contrôle russe et dont l'adhésion ne rencontre aucune difficulté". Le 6 septembre 1945, le journaliste Gy. Parragi, ancien déporté, s'élève avec vigueur dans Magyar Nemzet