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Bernard Michel, Editorial

Editorial

 

 

Bulletin n° 6, automne 1998

 

 

 

 

Bernard Michel

 

 

La Sorbonne a une très ancienne tradition de l'Europe centrale, avec Ernest Denis, spécialiste de l'histoire tchèque, Louis Eisenmann, historien du Compromis de 1867, Albert Mousset expert de la Yougoslavie. Victor Lucien Tapié a brièvement occupé la chaire d'histoire des Slaves, avant de reprendre la chaire d'histoire moderne, plus générale.

En créant ce poste pour l'Europe centrale, l'Université Paris I a devancé les révolutions de 1989, qui ont rétabli cette région à sa juste place, entre Europe occidentale et Russie. C'est le seul poste en France à porter officiellement le titre "Histoire de l'Europe centrale contemporaine."
Le centre d'Histoire de l'Europe centrale étudie l'espace de l'ancien Empire des Habsbourg et donc, après 1918, des Etats successeurs.

Le Sud-Est Européen, Yougoslavie, Roumanie, Bulgarie, est aussi présent dans nos travaux mais il est plus périphérique. Cette aire est commune aux populations slaves, Polonais, Tchèques, Slovaques, Slovènes, Croates, Serbes mais aussi à des populations non slaves qui vivent parmi eux : Magyars de Hongrie, Allemands d'Autriche, Roumains.

 

Aussi, si la connaissance d'une langue slave est importante pour qui veut faire des recherches sur cette zone, la maîtrise de l'allemand est elle aussi essentielle, en raison de l'importance des écoles historiques allemande et autrichienne.

Notre centre couvre chronologiquement tout le XIXe et le XXe siècle, y compris l'histoire la plus récente après 1989. Mais, à titre exceptionel, des étudiants de maîtrise peuvent entreprendre des recherches sur le XVIIe ou le XVIIIe siècle.

 

 Dans le cadre du DEA des Relations Internationales et des Mondes Etrangers, un des séminaires fondamentaux porte sur l'histoire de l'Europe centrale. Les thèmes principaux développés depuis 1985 ont été : Nations et nationalités en Europe centrale ; les villes et la vie urbaine en Europe centrale ; la chute de l'Autriche-Hongrie 1914-1918 ; l'histoire culturelle de l'Europe centrale.

 

Nos études ne peuvent être fondées que sur l'histoire comparative. Il s'agit de briser le cadre trop étroit des histoires nationales qui les enferme dans une vision trop nationale. Il n'est donc pas question de se limiter à une seule nation. La complexité de l'Europe centrale vient de ce qu'elle ne peut se comprendre que par une vue globale de l'ensemble.

 

Parmi les thèmes abordés dans les mémoires et thèses, les nationalismes du XIXe siècle fournissent un bon nombre de sujets, tout comme les rapports avec la France : interrogations sur l'avenir de l'Autriche-Hongrie ; contacts des municipaliés de Paris et de Prague ; Napoléon III et le principe des nationalités. La première guerre mondiale, à la différence de la seconde, présente encore de nombreux thèmes non explorés : étude du camp pro autrichien en France ; la vie culturelle à Vienne pendant la guerre ; l'étude des corporations d'étudiants en Allemagne.

 

Le règlement des questions territoriales à la conférence de la paix a été au centre de nombreux travaux : la naissance de la Yougoslavie, l'élaboration du traité de Trianon ; le rôle de Tardieu et du géographe de Martonne ; les enjeux économiques de la formation de la Tchécoslovaquie ; les relations franco-hongroises en 1919-1920. L'entre deux guerres a permis de prolonger l'étude du révisionnisme et de l'antirévisionnisme. L'expansion culturelle française a donné lieu à des travaux novateurs.

Pour la deuxième guerre mondiale, les sources ont été jusqu'à présent peu accessibles. Il faut donc se limiter à quelques cas privilégiés, comme l'étude récente des combattants français en Slovaquie.

 

Après 1945, la Guerre froide constitue le thème majeur. Grâce à la presse , on peut étudier les réactions de l'opinion publique française devant les grandes insurrections du monde communiste, la Hongrie d'octobre 1956, la Tchécoslovaquie de 1968, la Pologne de Solidarité. L'ouverture des archives de ces pays permettra, dans les années à venir, à une nouvelle génération de chercheurs de confirmer ou infirmer les analyses élaborées à parti de la documentation jusque là accessible.

 

Enfin, le centre a porté une attention particulière à l'élargissement de l'Union Européenne à l'Europe centrale. Son évolution n'est compréhensible que dans la continuité des traditions historiques qui, après l'ère communiste, ont retrouvé leur place légitime. Les seuls indicateurs macroéconomiques ne peuvent rien expliquer, s'ils ne sont pas éclairés par la vision de l'historien.

 

Notre centre de recherches ne peut travailler isolément. A l'étranger, il a des contacts privilégiés avec l'Université de Vienne avec laquelle nous sommes liés par un programme AMADEUS sur l'élargissement de l'Union Européenne vu de Paris et de Vienne. Nous avons des relations très anciennes avec les Tchèques, de l'Université Charles et de l'Institut d'Histoire, avec les Slovaques : depuis 1989, nous tenons avec eux des réunions régulières, tous les deux ans ; le Collegium Carolinum de Munich qui réunit des spécialistes de l'histoire tchèque, mais de l'Europe centrale au sens le plus large. Avec nos collègues américains, nous avons des relations personnelles, sans avoir malheureusement les moyens financiers nécessaires à l'établissement d'échanges organisés.

 

Mais, plus simplement nous travaillons dans le cadre de l'Institut Pierre Renouvin, avec nos collègues français spécialistes des relations internationales ou de la Russie. Sur l'Europe centrale proprement dite, Paris IV et l'INALCO sont aussi des partenaires dont nous recherchons la collaboration.

 

Au total, l'histoire de l'Europe centrale est vouée de manière privilégiée à la multiplicité des perspectives, seule capable de rendre compte de son extrême complexité.