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Olivier de Lapparent, Raymond Aron et l'Europe, 50 ans de réflexions européennes

Raymond Aron et l'Europe, 50 ans de réflexions européennes

 

 

Bulletin n° 5, été 1998

 

 

Olivier de Lapparent

 

 

« L’homme d’action est celui qui garde le sens d’une tâche grandiose à travers les médiocrités quotidiennes. La communauté européenne ou la communauté atlantique, ce n’est pas le thème pour l’enthousiasme d’un jour, c’est le thème final de l’effort qui donne un sens à une vie ou fixe un objectif à une génération »[1].

 

Raymond Aron et son siècle

 

 L’intellectuel[2]

 

 « Aron est un honnête professeur d’une totale absence de génie. Un « honnête homme », c’est-à-dire un remarquable compilateur. Sa légende est née du retournement de l’esprit public, il a été porté par le refus idéologique de la gauche. Or, en France, on ne peut vivre que dans la logique du Diable et du Bon Dieu. C’est vrai, il y a eu une grande intolérance vis-à-vis de lui, il a été traité par le mépris (qu’il ne méritait pas). Il tranchait avantageusement dans l’hystérie générale. Il a été la charnière entre le milieu universitaire et médiatique. C’est l’intermédiaire, le traducteur, le médiateur, soit l’intellectuel en sa fonction première : non pas créateur, mais divulgateur. »[3] Aron est-il uniquement un « bon prof » ?

 Ce « spectateur engagé » nous offre un itinéraire lié à l’histoire du siècle. De 1933 à 1983 Raymond Aron vit l’une des périodes de l’histoire les plus déraisonnables et les plus riches en illusions. Etudiant, il vit les grandes heures de l’Ecole Normale Supérieure. Il enseigne en Allemagne et correspond avec des revues retraçant ses analyses sur la montée du nazisme et sur l’Europe en péril. Durant la guerre, àLondres, il écrit sur la guerre, sur la possible reconstruction de l’Europe à venir. Enfin, à partir de 1945, il est au centre de tous les grands événements et des débats intellectuels : évolution des relations internationales où Etats-Unis, Europe, URSS, ne sont plus les Etats-Unis, l’Europe, la Russie du siècle dernier ; défi communiste, avenir des démocraties, guerres coloniales, révoltes étudiantes, stratégies militaires et nucléaires, et construction européenne.

 A la Libération, dans un contexte intellectuel où le marxisme domine, où Jean-Paul Sartre prétend choisir entre les forces de progrès (l’URSS) et celles de la réaction (les Etats-Unis), la pensée libérale qui fait preuve d’anticommunisme est considérée comme l’incarnation de la réaction. Aron apparaît vite comme l’un des représentants les plus éminents des libéraux et sera voué aux gémonies par Sartre et ses disciples, ignoré, méprisé, condamné, avant que l’intelligentsia ne découvre tardivement, les vertus d’un travail de dénonciation du totalitarisme mené près de trente ans plus tôt. Mais Aron est-il simplement un intellectuel tel que le définissent P. Ory et J.-F. Sirinelli : « un homme du culturel, créateur ou médiateur, mis en situation d’homme du politique, producteur ou consommateur d’idéologie. »[4] Créateur ou médiateur, il n’en est pas moins homme qu’on aime écouter : « De petite taille, pâle, chauve, sans beauté, mais non sans charme, le regard ironique, Aron s’exprime d’une voix bien timbrée, posée harmonieuse, qui fait de ce pédagogue de haute intelligence et de passion contenue un éveilleur fascinant. »[5] Sans parler véritablement de réseau aronien, Aron peut prétendre à la place de « personnalité intellectuelle ». Il le doit à sa carrière universitaire, à son travail philosophique et sociologique, à ses ouvrages comme Le Grand Schisme, ou Les Guerres en chaîne. Si sa signature paraît dans Liberté de l’Esprit, Preuves, Commentaire..., c’est par ses éditoriaux au sein du Figaro qu’il touchera son plus large public.

 L’écriture journalistique devient le moyen pour faire partager ses convictions, ses hésitations ; un moyen d’expliquer la Politique qui impliquait non plus morale mais responsabilité, intentions et conséquences : « J’avais compris et accepté la politique en tant que telle, irréductible à la morale. Penser la politique, c’est penser les acteurs, donc analyser leurs décisions, leurs fins, leurs moyens. (...) Le national-socialisme m’avait enseigné la puissance des forces irrationnelles, Max Weber la responsabilité de chacun, non pas tant la responsabilité de ses intentions que celles des conséquences de ses choix. »[6] Aron, dans ses articles, mêle critique politique, analyse de l’histoire se faisant, associant politique intérieure et extérieure. Mais il n’est pas un journaliste au sens propre du terme. Un journaliste traque l’information. Aron, en revanche, reçoit l’information, la digère et la restitue à ses lecteurs nourrie de ses analyses. Il effectue le premier travail en replaçant l’information dans son contexte. Ses analyses prolongent et éclairent les problèmes qui se posent dans la cité. Il ne néglige jamais le poids des institutions, la logique des situations, la subtilité de la diplomatie, les passions du citoyen, et même les incertitudes de l’homme d’Etat. Celui qui n’était qu’un universitaire en 1945, commença d’affirmer son rôle d’après-guerre : l’éditorialiste du Figaro, passionné de journalisme et atteint du virus de la politique, allait devenir un des principaux commentateurs politiques.

  

 

L’Européen

 

 On connaît le journaliste, le professeur, l’agrégé de philosophie, le théoricien des relations internationales, mais Aron l’Européen ? Le Centre de Recherches Politiques Raymond Aron offre au chercheur toute la matière possible sur Aron. Au dépouillement de ces fonds on se rend compte que l’Europe comme théâtre privilégié des relations internationales, ou comme sujet de sa construction est présente d’une manière indiscutable dans ses écrits[7].

 Mais peut-on trier une vie, la faire entrer dans une seule ligne directrice ? L’objectif est de montrer cinquante ans de réflexions aroniennes à travers un exemple. Il faut dérouler le film de sa pensée : comment a-t-il pensé par ses écrits, journalistes, théoriques, comment a-t-il vécu l’Europe par ses conférences, par ses actions en tant qu’intellectuel et citoyen ?

 Pour ses contemporains, de 1933 à 1983, il est le chroniqueur de l’histoire du temps présent. Il prend position face à un siècle sans cesse en effervescence : le nazisme, la seconde Guerre Mondiale, le communisme, la guerre froide, la guerre d’Algérie, les guerres israëlo-arabes, la politique du Général, les relations franco-américaines, la construction européenne… Alors va-t-il envisager l’Europe pour elle-même, comme la solution aux problèmes nationaux, contre l’URSS, comme l’instrument et la continuité de l’aide Marshall, atlantiste, comme troisième voie aux deux blocs, neutraliste ? Il réfléchira aussi sur les rapports d’identité, de conscience, de sentiment : L’identité naît-elle et se forme-t-elle au gré des aléas de la construction ? Manque-t-il à cette construction le sentiment européen ?

 Ainsi sa réflexion est multiple. Mais Aron n’attend pas la construction (après 1945) pour vouloir l’Europe : Aron l’Européen naît en Allemagne, au moment où l’Europe y meurt.

  

 

Le spectateur engagé

 

 Du printemps 1930 à l’été 1931 Aron est assistant de français à l’Université de Cologne, puis boursier à l’Institut français de Berlin jusqu’à l’été 1933. Dès ses premiers articles, en février 1931, Aron découvre la politique : « (...) l’oeuvre d’organisation rationnelle en Europe se heurte aux difficultés politiques : les haines nationales cachent aux individus et aux peuples les exigences de la solidarité. (...) Il faut que l’âme du passé haineux n’empêche pas la création d’une Europe unie.»[8]  La politique doit satisfaire le nationalisme des peuples aux exigences diplomatiques et stratégiques.

 Or l’hitlérisme montre toute la puissance dévastatrice de la politique irrationnelle conduisant des peuples à la guerre. Aron rappelle dans ses Mémoires un texte publié en 1936 : « A mes yeux le national-socialisme est une catastrophe pour l’Europe parce qu’il a ravivé une hostilité presque religieuse entre les peuples, parce qu’il a rejeté l’Allemagne vers son rêve ancien et son pêché de toujours : l’Allemagne se perd dans ses mythes, mythe sur soi-même et mythe sur le monde hostile.[9] » Lorsque le national-socialisme prit le pouvoir et commença à étendre son voile menaçant sur l’Europe, le pacifiste fut contraint de s’effacer devant le patriote. Germanophile, Aron refuse d’assimiler la culture allemande à la dérive nazie qui lui inspire à la fois peur et répugnance. Il est passé « du refus affectif » à la « réflexion politique ». L’intellectuel, était désormais formé. Il avait acquis une méthode (refuser l’immobilisme, replacer un fait dans son contexte) et des principes : pour évaluer des faits politiques, il fallait d’une part engager sa responsabilité et d’autre part faire preuve de compétence (économique, diplomatique, stratégique). Aron était paré à affronter le siècle et ses troubles !

 Mais patriotisme n’est pas incompatible avec sentiment européen. Justement chez Aron le sentiment national favorise la prise de conscience de la nécessité européenne. Pour l’Europe, mais aussi pour la France elle-même, il propose un « Deus ex machina », la réconciliation franco-allemande : seule solution à l’affrontement en apparence éternel de deux pays qui fait obstacle à une paix durable sur tout un continent. Il faut créer l’idée (la mystique) et s’appuyer sur deux armes : un sentiment commun et des moyens institutionnels. Aron raisonne là en véritable stratège, non de guerre, mais de paix ! Pour cette recette de paix, il faut deux ingrédients principaux bien préparés : « Que l’Allemagne se délivre de l’obsession des frontières et des réparations (...) qu’elle s’attaque à ses maux véritables. Que la France apprenne à juger normal et souhaitable le relèvement de l’Allemagne. Par l’union, l’Allemagne réaliserait ses revendications, la France atteindrait la sécurité ; on pourrait, sans rire, reparler de SDN, de fédération européenne, de Super-Etat. (...) Ou faudra-t-il de nouveaux désastres pour nous enseigner, à nous Français et Allemands, que nous vivrons ou périrons ensemble[10]. »

 Mais la faillite du traité de Versailles était consommée. Tour à tour agressive et faible, la politique désunie des démocraties occidentales et l’esprit de conquête des puissances fascistes aboutiront à la guerre. A Londres dès le 23 juin 1940, Aron devient l’un des quatre permanents de la revue La France libre[11]. Ecrire sur la guerre sera pour lui le moyen d’y participer. Si les erreurs des années trente sont le repli national, la volonté d’autarcie, une coopération économique inexistante ; la solution est de faire tout ce que l’on n’a pas pu ou pas voulu faire auparavant. Pour ne pas revivre ces années de guerre il fallait redonner vie et sens à l’idée européenne. Pour convaincre du bien fondé de cette idée qui peut paraître, aux yeux de certains, hérétique, Aron fait le constat d’une Europe à genoux, montre que le Reich a capturé l’idée européenne, affirme l’inéluctabilité d’une communion de destins entre la France et l’Allemagne, et démontre le caractère passéiste de l’idée du concert européen.

 C’est dans la réconciliation et la coopération franco-allemande que le Vieux continent dévasté trouvera le point d’appui le plus solide à son effort de redressement : « Quels que soient les crimes de l’Allemagne, et rarement dans l’histoire un peuple en a commis de tels, du moment que 50 à 60 millions d’Allemands continueront à vivre au centre de l’Europe, il faudra bien que la France, d’une manière ou d’une autre, s’entende avec le voisin que la géographie lui a donné. »[12] L’union par la réconciliation, c’est profiter de la chance que nous donne l’Histoire !

  

 

L’Europe de Raymond Aron

 

 L’Europe se construit

 

Le « concert européen » reposait sur un équilibre régi par des alliances militaires en temps de paix. De contradictions en secrets diplomatiques, on passait de l’équilibre à l’équilibrisme, pour sombrer dans la guerre. Dorénavant ce qui suggère l’idée d’unité européenne c’est le constat d’impuissance politique des nations européennes, ou encore la contradiction entre la structure nationale et les empires américains ou soviétiques. L’unité européenne devient la solution : « …l’unité (…) est pour le vieux continent, la seule chance de relèvement[13]. » La seconde Guerre Mondiale a précipité le déclin de l’Europe amorcé depuis quelques décennies. L’Europe n’est plus sujet, mais objet de convoitise pour les deux grands gagnants de la guerre. Aron analyse les destinées des nations européennes avec la conscience d’un monde régi par des supergrands. La guerre froide met fin aux illusions d’une Europe unie. L’Europe coupée en deux, il faut choisir son camp. Choisir son camp, c’est choisir entre l’URSS et les Etats-Unis, pour Aron le choix est fait : « Pour adhérer à l’Union soviétique stalinienne en 1945-1946, il fallait une étrange cécité morale ou l’attirance de la force. »[14] Il est Européen par lucidité politique : la volonté de puissance manifeste de l’URSS nécessite une Europe unie pour préserver son indépendance. La division forcée de l’Europe, et l’existence, sous domination russe, d’une Europe orientale, apportent le moule préfabriqué : l’unification à l’Ouest par réaction immédiate. L’idée d’unité européenne est issue de la conscience d’une nécessité et non pas d’une soudaine passion commune : « Ne nous dissimulons pas, l’idée de l’unité européenne est d’abord une conception d’homme raisonnable, ce n’est pas d’abord un sentiment populaire[15]. »

 En outre face à la tentation de la neutralité, Aron oppose l’illusion d’une neutralité désarmée et l’impossibilité d’une neutralité armée : « La formule de la neutralité, même de la neutralité armée, est caractéristique de ce refus d’affronter le réel, de ce désir d’évasion qui caractérise, à l’heure actuelle, une large fraction de l’intelligentsia occidentale. Une Europe assez puissante pour défier la menace soviétique et, par conséquent, pour se réserver une entière liberté d’action, qui n’en serait pas partisan ? Mais qui ne voit également qu’il s’agit, à l’heure présente, d’un rêve et non d’une possibilité prochaine ? »[16] L’Europe ne peut se considérer comme un sujet indépendant. La liberté provisoire européenne face à la menace, ou tout au moins l’incertitude soviétique, dépend de la protection américaine. Dorénavant le refus de l’alliance atlantique à l’heure où l’Europe est incapable de se défendre seule serait un « candide optimisme »[17] . Son soutien à la reconstruction économique de l’Europe par le plan Marshall et son réarmement dans le cadre du pacte atlantique s’inscrira dans cette logique. Aron a ainsi inscrit l’Europe au sein des relations internationales. Il l’inscrit aussi dans l’action : « Il serait fatal que l’appel légitime au concours américain constituât un alibi et camouflât l’inaction. »[18] Prendre conscience de la nouvelle donne des relations internationales et de la nécessité de reconstruction en commun, telles sont pour lui les obligations de chaque nation européenne.

 Au sortir de la guerre, le traumatisme est tel que l’espoir d’une union européenne semble envolé à jamais. Il fallait transformer les blessures de chaque européen après six années de guerre, et les menaces et incertitudes de l’avenir qui l’obsédaient, en une résolution d’action commune. Divisés, les pays d’Europe sont autant de proies exposées à l’ambition soviétique ; mais unis, ils peuvent opposer un barrage plus solide, car commun, à cette ambition : « Ma conviction profonde, c’est qu’au-delà des tombes, des ruines, et des crimes, Français, Allemands, Belges, Italiens, Anglais, Européens, n’ont et ne peuvent avoir qu’un avenir commun. Mais cet avenir commun ne nous est pas donné : à nous de le forger. »[19] C’est dans le cadre européen que chaque nation pourra se relever économiquement et s’affirmer. Si on ne veut pas dire je deviens russe ou je deviens américain, il ne reste qu’un choix, donner un sens à la formule : devenir européen. Assumer un destin sans illusion est l’attitude à adopter en politique. Ainsi les diplomates français se sont rendus compte que les habits de grande puissance étaient devenus trop grands pour la France de la quatrième République. La France prit la tête du mouvement qui devait conduire à la Communauté européenne.

Le plan Schuman et la CECA qui allait naître, apportaient une ébauche de solution : une tentative de construction. Au-delà d’oppositions sur la constitution même du pool du charbon et de l’acier, Aron approuvait la CECA pour deux raisons, la réconciliation enfin possible de la France et de l’Allemagne, et l’effort de tracer un chemin européen : « Le projet Schuman a pour objectif essentiel la réconciliation entre France et Allemagne.(…) En 1950, l’Europe ne peut se payer le luxe de décevoir les peuples et d’accepter l’échec d’une telle tentative. »[20] Il loue l’effort tout en reconnaissant les risques. De même il loue la tentative de la CED, tout en étant convaincu de son échec. Elle avait touchée un débat très délicat. Entre Européens convaincus, le débat était houleux dès que l’on parlait de supranationalité. Aron y était opposé. D’une part, elle excluait la Grande-Bretagne, d’autre part c’était pour l’instant, un projet grandiose, trop grandiose, qui faisait peur, qui était irréalisable dans l’état actuel des choses. Mais Aron ne veut surtout pas que l’Europe s’arrête sur un échec, la construction est un processus non linéaire qui ne doit pas s’achever : « Il s’agit d’entretenir l’idée moins par des projets grandioses et irréalisables, que par un travail humble et effectif. »[21] L’Europe est comme un feu qu’il faut toujours entretenir, petit à petit, et non par trop gros morceaux de risque de l’étouffer définitivement.

 

 

L’Europe se cherche : Communauté européenne ou Alliance atlantique

 

 Face à la CECA, à la CED, à la CEE, Aron ne fut ni totalement contre, ni réellement enthousiaste. Il est Européen sans être communautariste. Observateur du monde contemporain, il place l’Europe dans un contexte international plutôt qu’il ne la scrute de l’intérieur. Il envisage le Marché Commun non pas en tant que tel mais par rapport à. Durant les années soixante celui-ci peut ouvrir la voie à deux chemins : Communauté européenne ou Alliance atlantique, lequel prendre ? Face à cette question deux « tests » allaient donner matière au débat : l’entrée éventuelle de la Grande-Bretagne et la vision européenne de De Gaulle.

La première demande de la Grande-Bretagne se solde par un refus français. Aron l’approuve car il craignait de voir l’élargissement du Marché commun provoquer sa désagrégation. Cependant il conservait la conviction, qu’à terme, la Grande-Bretagne serait nécessaire à l’Europe : «Et si la Grande-Bretagne décidait finalement d’être sans réserve européenne, peut-être nous aiderait-elle, nous Français, à compléter notre adaptation au monde : pour la France comme pour la Grande-Bretagne, les forces nationales de dissuasion sont des mirages. Il n’en irait pas nécessairement de même pour une Europe politiquement unifiée. »[22] Ici Aron est plus européen qu’atlantiste. Réaliste et pragmatique il comprend que la Grande-Bretagne est encore trop « mondiale », trop attachée à l’alliance américaine, pour devenir européenne.

 Sa réflexion fut de même nature face à la politique gaullienne. Les gaullistes rêvent d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural, mais une Europe des nations, jalouses de leur indépendance. Aron récuse cette éventualité. Non pas qu’il soit pour ou contre par sentiment, là n’est pas la question. Il la récuse car impossible : «Une Europe unie avec une diplomatie commune, apparaît lointaine plus que jamais. »[23] Les gaullistes voulaient se distancier nettement des Etats-Unis pour, grâce à cela, créer une Europe indépendante et forte. Aron propose l’inverse : créer une Europe forte, grâce à l’aide américaine, et après, seulement après, penser à une Europe indépendante.

 Par ces exemples, on comprend mieux les réflexions européennes d’Aron. Attaché ni aux institutions communautaires, ni à un parti politique, ni à un idéalisme illusoire, ni à des convictions dogmatiques, Aron analyse les différents choix possibles de l’intérieur et de l’extérieur. On doit s’adapter à l’Europe s’il l’on veut y rentrer, mais c’est à l’Europe de se construire de l’intérieur, surtout en matière de défense, si elle veut prétendre agir sur l’extérieur.

  

 

Identité, conscience, sentiments européens

  

Pour traiter de ces thèmes, un kaléidoscope des années cinquante aux années soixante-dix, est nécessaire.

Au lendemain de la guerre, les Etats-Unis par le biais de l’OECE, ont fait prendre conscience à différentes nations qu’elles faisaient partie d’une même communauté. Les Etats-Unis n’ont pas aidé la France ou l’Allemagne, mais ont aidé deux pays européens : le regard de l’autre a été révélateur. Une identité commune naît aussi contre autrui. Dans les premières années de la construction le seul sentiment qui inspire une organisation de l’Europe occidentale, c’est la peur de l’autre partie de l’Europe. L'idée européenne se nourrit dorénavant de l'anticommunisme. Les Européens ont compris qu’il fallait l’Europe, encore faut-il dorénavant qu’ils comprennent que l’Europe n’est pas qu’une contrainte mais une réelle chance. Accepter avec résignation et accueillir avec enthousiasme sont des chemins différents. Aron veut convaincre que le sentiment, l’émotion européenne, sont les clés de la réussite : « Mais encore faut-il que les nations que l’on veut fédérer éprouvent réellement le sentiment d’une communauté. »[24]

 Avec la CECA, avec le projet de la CED, les gouvernants ont posé les premières bases de la construction européenne. Est-ce suffisant ? L’opinion suit-elle avec enthousiasme ? Dans ses articles, Aron rappelle que l’Europe doit être aussi l’Europe des hommes : « Ce n’est pas en fusionnant les souverainetés au bénéfice de technocrates en prétendant ignorer la réalité séculaire des nations que l’on construira l’Europe(….) Les institutions aideront à faire naître les sentiments communs, elles ne sauraient les remplacer »[25] La construction, institutionnelle, peut précéder le sentiment, mais celui-ci doit prendre le pas pour une Europe peuplée de citoyens qui ont conscience d’un avenir commun. Il faut associer l’opinion, le, les, peuples, à une conscientisation progressive de l’Europe. Aron va plus loin en proposant « qu’on fasse élire au suffrage universel au même jour dans les six pays des députés à l’Assemblée européenne. »[26] Il sera écouté, 27 ans plus tard ! Il met en fait en relief le danger d’une Europe irréelle où la population ne se retrouverait pas. L’Europe serait semblable à une coquille vide où l’opinion, laissée de côté, ne se reconnaîtrait plus. Le fossé entre une population toujours inscrite dans son identité nationale et une Europe technocrate s’élargirait un peu plus au fil de la construction : « Les fédérations, dans l’histoire, ont été forgées par la contrainte du vainqueur ou bien elles sont nées du consentement des peuples. Que l’on mette ce consentement à l’épreuve. Les constitutions n’ont jamais suffi à créer les sentiments. »[27] Que de pertinence, chez un homme qu’on a souvent taxé de libéral !

Ce combat pour une « Europe des hommes » passe aussi par un engagement de sa personne. Son engagement au Congrès pour la liberté de la culture à Paris[28] (de 1950 à 1966) montre que le citoyen Aron luttait pour une Europe antitotalitaire et une Europe « intellectuelle ». L’identité européenne passe aussi par des échanges, des recherches communes, des voyages d’étudiants européens. Aux gouvernants de construire une Europe politique, aux intellectuels de construire une Europe « intellectuelle ».

 A la fin des années soixante, Aron poursuit son combat européen. Au Winston Churchill Memorial Lecture à Lausanne le 8 décembre 1967 Aron fait le point de l’aventure européenne lors de sa conférence : L’idée européenne du discours de Zurich au marché commun. En 1950, l’Europe a voulu surmonter les habitudes enracinées de la politique de puissance des pays européens. Dorénavant, que reste-t-il de l’utopie pratique de Monnet ? Il reste la pratique - le marché commun fonctionne - mais l’Etat européen fédéral appartient au passé. Formée d’institutions aux logiques disparates et parfois contradictoires, l’Europe n’a de chance de perdurer que si l’art politique réussit à tisser ensemble institutions, traditions, passions, vertus. Si chacune était laissée à elle-même, cela détruirait le fragile équilibre pouvant donner naissance à une forte identité européenne. A présent la menace soviétique semble diminuer, et donc l’idée européenne s’affaiblit. Les Allemands aspirent à la réunification, les Français à la grandeur. Ni les uns ni les autres n’éprouvent ou ne manifestent en actes une ferveur européenne. Aron a l’impression que, lassés de vaines ambitions, les Européens veulent la paix avant tout et se déchargent sur d’autres des responsabilités de l’ordre mondial. Mais l’Europe doit tenir compte des soubresauts des relations internationales. Hier, les pays de l’Est appartenaient à un monde hostile et les Occidentaux les abandonnaient à leur malheur. Aujourd’hui ils deviennent trop proches pour qu’on les ignore, pas assez pour qu’on puisse les inclure en une seule et même Europe. Face au vieux rêve d’unité totale du continent, Aron met en garde : « Le rideau de fer n’existe plus assez pour que l’Europe se sente menacée, donc contrainte de s’unir. Il subsiste encore trop pour que l’unité de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural soit autre chose qu’une vision à long terme ou le souvenir d’un passé historique. »[29]

  

 

Vers les dernières années du siècle

  

Europe triomphante, Europe fébrile ?

 

 Face à la détente qui se met en place à la charnière des années soixante-dix, l’Europe est confrontée à diverses orientations décisives. Faut-il se tourner résolument vers l’Est ? Faut-il pour autant relâcher les liens avec l’Alliance atlantique pour se

sentir plus indépendant ? Pâtira-t-elle d’une relative pacification au détriment d’un retour des nationalités ?

Or, le conflit historique, idéologique et politique, entre les deux blocs, se prolonge. En dépit ou à cause de la détente, il continuera tant que les frontières seront fermées et tant que la coexistence idéologique sera condamnée par le dogme soviétique. Il serait hasardeux, voire dangereux d'en déduire, que les antagonismes idéologiques ont disparu et que la politique de puissance appartienne désormais, et pour toujours, au passé. Ainsi la justification de l’unité européenne subsiste : « Les raisons pour les Européens de s’unir afin de constituer un centre de force économique, politique et morale face à l’empire soviétique, continuent à s’imposer. »[30]

 Si l’Europe doit être réaliste face aux relations internationales, elle doit aussi, de l’intérieur, se prendre en main : « C’est aux Européens à décider de leur avenir et à démontrer qu’ils peuvent résister sans se renier, à une paix proclamée qui laisse côte à côte, deux mondes malgré tout fondés sur des principes tout autres. »[31] A la question, pourquoi progresser puisque plus rien ne l’exige, il répond par le refus de l’inertie : « L’Europe occidentale ne peut ni ne veut sortir de l’ensemble économique et militaire auquel appartiennent les Etats-Unis. Il n’en résulte pas qu’elle doive se satisfaire de ce qu’elle est aujourd’hui : une entité commerciale »[32]. L’émergence d’un pôle politique européen est nécessaire. Il pourrait entretenir avec les pays d’Europe centrale un dialogue nécessaire à l’instauration d’un nouvel ordre de sécurité et de coopération. Mais est-il réalisable ? Peut-on au-delà des bilatéralismes, concevoir un espace et une structure propres aux échanges européens ? Cependant mettre en place un chantier européen serait la chance de sauver l’Europe de deux écueils : un émiettement, voire une désagrégation de la construction, et la finlandisation de l’espace par l’extérieur. Mais l’Europe semble se complaire dans une léthargie autosatisfaite. L’incapacité et l’absence de volonté des différents partenaires à susciter une défense commune, en étaient les preuves. Cela montrait peut-être aussi l’épuisement de la course européenne vers toujours plus de coopération, plus d’intégration. Les Européens ont, semble-t-il, perdu leur patriotisme national sans avoir pour autant gagné un patriotisme européen. Cela signifie-t-il l’essoufflement du mythe de l’unité européenne, et la fin du mythe politique européen ?

 

 

Fin d’un mythe

 

Jadis, l’ensemble européen fut le foyer de la culture occidentale, l’agent de son expansion à travers le monde. En quelques décennies, l’Europe par des guerres fratricides a mit fin à son âge d’or. Puis on voulut reconstruire entre l’empire soviétique et la République impériale américaine. Y-a-t-on réussi ? Certes la construction européenne a redonné du sens à l’unité de l’Europe. Qu’en est-il aujourd’hui ? Pour Aron le souffle est retombé, «...en tant que mythe, je pense effectivement que l’idée européenne est morte »[33]. La vraie question est de savoir « si une part suffisante de l’idée est passée dans la réalité pour que les hommes d’Etat et les gouvernants avec le consentement de l’opinion, poursuivent l’entreprise ? »[34] Il faut faire passer l’Europe du mythe perdu à la réalité retrouvée.

 Si le succès de la CEE laisse une impression de demi-échec répandu dans l’opinion publique, il faut restituer la construction au monde de la jeunesse, se forger un destin propre et une diplomatie commune. Il faut dépasser un schéma, en apparence immobile. L’Europe fige sa politique, et s’isole des tempêtes lointaines. Or rendre à l’Europe, dans les affaires du monde, une place à la mesure de son passé et de ses ambitions, est une mission glorieuse ; en revanche, détourner ses regards de l’Afghanistan afin de préserver le commerce avec l’Est par exemple, c’est donner raison à Kissinger : l’Europe ne serait plus qu’une puissance régionale.

  

 

A l’aube des années 80

  

Au fil de ses réflexions, Aron ne démord jamais de principes énoncés trente ans plus tôt. Pour cela le prisme européen est le témoin opportun de cinquante ans de réflexion politique. La cohérence de ses propos force non pas l’admiration, mais tout au moins la reconnaissance d’une honnêteté intellectuelle. Le réalisme lui permet de ne pas tomber dans des espoirs vains. On note d’ailleurs qu’en 1947, qu’en 1962, ou qu’en 1983 Aron s’est efforcé de toujours inscrire l’évolution européenne dans un contexte international mouvant. Aron a toujours été conscient de l’omniprésence des deux grands dans les questions européennes, il s’est efforcé de ne jamais le faire oublier. En revanche Aron a toujours milité pour une Europe jour après jour plus indépendante et consciente d’elle-même.

 Aron peut se qualifier de militant européen, il le rappelle dans une conférence à Bruxelles les 28, 29, 30 avril 1975 à la fondation Paul-Henri Spaak : « J’ai le sentiment, par instants, d’être un grognard du mouvement européen, un ancien combattant. Cela fait près d’une trentaine d’années que nous avons commencé, au lendemain de la guerre, à travailler d’abord pour le rapprochement de la France et de l’Allemagne, ensuite pour l’unité de l’Europe. »[35] Aron est à la fois le combattant de l’intérieur et le combattant de l’extérieur.

Les Européens, divisés au sortir de la guerre, avaient besoin de s’unir contre vents et marées, vigilants face à la puissance soviétique. Mais pour construire ensemble il faut aussi de l’espoir. Peut-on alors reprocher à Aron d’avoir par souci excessif de réalisme, tendu vers le pessimisme ? Or ce réalisme était le moyen de dire : il faut agir ! Cela était partie intégrante de la compréhension qu’il avait de son propre rôle que de se montrer peu disposé à offrir des illusions à propos d’une évolution incertaine. Par la constance de sa pensée, Aron vit de la même manière, l’Europe en 1933 et en 1983. Si le contexte change, son approche des événements nationaux et internationaux, reste identique.

Si durant ce siècle des excès, les idéologies étaient parole d’évangile, sa réflexion européenne s'est voulu réaliste plutôt qu'idéaliste, pragmatique plutôt que moraliste, concrète plutôt qu’abstraite, constructive plutôt que passéiste. Aron a voulu rendre palpable l'Europe à ses lecteurs, auditeurs, et élèves. Mais pour cela il a été un démystificateur du mythe européen, le mythe d'une Europe centre du monde, d'une Europe égocentrique et trop sûre d'elle-même : « Tous ceux qui écrivent sur la politique par souci de la vérité furent de quelque manière des démystificateurs. »[36] Autonome dans sa réflexion, Aron a décrypté l’Europe pas à pas plutôt que de construire, ou même reconstruire celle-ci, téléologiquement.

  

 

La France perd son prof

 

 Non pas homme de foi, mais homme de pensée, Raymond Aron vécut les contradictions de l’existence historique, de la chute de la République de Weimar au renouveau pacifiste des années 1980, en passant par la déchirure de l’Europe coupée en deux et en vivant l’Europe au gré des aléas de la construction. S’il ne fut jamais un Européen institutionnel, il voulut allier la défense d’un idéal européen tout en inscrivant l’Europe dans le domaine du possible. Résolument tourné vers l’action, il fut pour une action progressive, au risque d’être lente. Il fallait nourrir l’idée européenne, non par des projets grandioses ou de rêves irréalisables, mais par des efforts constants de renouvellement pour la maintenir en vie. Il prenait en compte, à la fois, la construction européenne et ses vicissitudes, et l’idée européenne et ses espoirs ou craintes.

 En se voulant au-delà des querelles entre Européens monnétistes et Européens gaullistes, il est devenu un éducateur de la cité européenne. Educateur des intellectuels européens, il insiste sur le sens de la responsabilité. Educateur du citoyen européen, il veut convaincre les Français et les Allemands, puis tous les peuples européens d’une union comme solution. Educateur des gouvernants, il tente de les ramener à l’exigence de l’action historique qui ne peut s’accommoder ni d’illusions ni de fatalisme. Enfin éducateur de l’Europe, il affirme la nature tragique des conflits interétatiques, il allie la nécessité politique, la contrainte économique, le refus d’un quelconque déterminisme, le souci de la sécurité, à la volonté d’entraîner les peuples dans l’aventure européenne. Ce citoyen de l’Europe voulut marier « politique » et « citoyen », unique solution pour faire naître et pour faire, non survivre, mais vivre, l’Europe durablement.

 En réalité, la tension qui parcourt sa vie et son œuvre oppose moins le savant et le chroniqueur que le philosophe et le citoyen. Il maîtrise parfaitement sa passion sous l’expression modérée d’une pensée qui ne l’est pas. Il marquera par sa méthode d'analyse et de réflexion. Il a la triple pratique, du regard, de l’analyse, et de la restitution d’analyse enrichie de propositions issues de différents scénarios : voir, comprendre, réfléchir pour ainsi faire voir, faire comprendre, faire réfléchir. En voulant humaniser la Politique, il devint plus qu’un spectateur engagé, un pédagogue engagé.

 

 

 

 


[1]     Raymond Aron, « discours de Francfort », 30 juin 1952, Université de Francfort.

[2]     Cet article résume mon mémoire de maîtrise : Raymond Aron et l’Europe : 50 ans de réflexions européennes, Paris I, 1997, sous la direction de MM. R. Frank et J. - M. Delaunay, 178 p.

[3]     Entretien entre R. Debray et R. Rieffel; Les intellectuels sous la Ve République, tome 3, de R. Rieffel, Paris, Pluriel, 1995, p. 135.

[4]     P. Ory, J.- F. Sirinelli, Les intellectuels en France de l’affaire Dreyfus à nos jours, Paris, Armand Collin, 1996, 270 p.

[5]     M. Winock, Le siècle des intellectuels, Paris, Seuil, 1997, p. 586.

[6]     R. Aron, Mémoires, Paris, Julliard, 1983, p. 79.

[7]     Ce Centre est à l’EHESS, 104 bd Raspail, à Paris, et est dirigé par Mme Dutartre. Le chercheur peut avoir à disposition ouvrages théoriques, articles, conférences de Raymond Aron. Sur l’Europe, voir la typologie complète des sources dans ma maîtrise pages 158-170.

[8]     « La chronique des idées », Europe, février 1931.

[9]     Mémoires, op. cit., p. 83

[10]    « Lettre ouverte d’un jeune Français à l’Allemagne », Esprit, février 1933.

[11]    Tous ses articles sont regroupés : Chroniques de guerre. La France libre, 1940-1945, Paris, Gallimard, 1990.

[12]    Remarques sur la politique étrangère de la France », L’âges des empires et l’avenir de la France, Paris, Défense de la France, 1945.

[13]    « Politiques contrastées » , Le Figaro, 18 juillet 1948.

[14]    Mémoires, op. cit., p. 92.

[15]    Y-a-t-il une civilisation européenne, Semaines étudiantes internationales, Savennières, 5 août 1947.

[16]    « Le pacte atlantique », Liberté de l’esprit, avril 1949.

[17]    « L’illusion de la neutralité », Le Figaro, 17 février 1950.

[18]    « Le réarmement de L’Europe », Le Figaro, 17/18 décembre 1949.

[19]    « Discours à des étudiants allemands sur l’avenir de l’Europe », Munich, 1947 ; publié dans Table ronde, 1, 1948.

[20]    « L’Autorité internationale », Le Figaro, 7 juin 1950.

[21]    « La relance européenne », Le Figaro, 3 juin 1955.

[22]    « L’injustice de l’histoire », Le Figaro, 22-23 décembre 1962.

[23]    « Washington, Moscou, et l’Europe. », Le Figaro, 22 mars 1964.

[24]    « Fictions et réalités européennes », Le Figaro,5 septembre 1950.

[25]    « La possible révision », Le Figaro, 24 novembre 1952.

[26]    Ibid.

[27]    « Ce que peut être la Fédération des Six », Le Figaro, 4 décembre 1952.

[28]    Voir P. Grémion, Intelligence de l’anticommunisme, le Congrès pour la liberté de la culture à Paris, 1950-1975 , Paris, Fayard, 1995, 645 p.

[29]    « Mort ou métamorphose de l’idée européenne ? Garder confiance », Le Figaro, 12 décembre 1966.

[30]    « L’Europe entre les deux grands », L’Europe des crises : Robert Triffin, Raymond Aron, Raymond Barre, René Ewalenko, Bruxelles, Bibliothèque de la fondation Paul-Henri Spaak, 1975, 172 p.

[31]    La nouvelle conjoncture internationale", intervention de Raymond Aron le 28 juin 1973 au colloque : L’Europe occidentale dans le monde aujourd’hui, organisé par le mouvement pour l’indépendance de l’Europe (Hôtel Lutétia, 47 boulevard Raspail 75007 Paris).

[32]    « L’avenir de la Communauté européenne », Le Figaro, 4-5 novembre 1972.

[33]    « Fin d’un mythe ? » , L’Europe des crises, op. cit.

[34]    Ibid.

[35]    « Crise de l’énergie ou crise de civilisation ? », L’Europe des crises, op. cit.

[36]    Mémoires..., op. cit., p. 747.