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André Kaspi, éditorial, Le Centre d'histoire nord-américaine

Le Centre d'histoire nord-américaine

 

 

Bulletin n° 04, printemps 1998

 

 

 

 

André Kaspi

 

 

Le Centre d'histoire nord-américaine fait partie de l'Institut Pierre Renouvin. Ses liens sont de deux sortes: d'une part il anime l'une des options du DEA d'histoire contemporaine des mondes étrangers et des relations internationales; d'autre part, il poursuit des recherches en commun avec les autres centres de l'Institut dans le cadre du GDR 0956 qui a pour intitulé Histoire des relations internationales. J'ajouterai une particularité qui ne manque pas d'intérêt. Le CHNA est le seul centre d'histoire nord-américaine dans les universités françaises, et travaille à la fois sur l'histoire des États-Unis et sur celle du Canada.

Il est vrai que les difficultés ont surgi et continuent de surgir sur notre chemin. La plus importante touche aux distances. Comment accéder aux sources nord-américaines, alors que l'océan atlantique nous en sépare? Certes, il y a des archives françaises qui nourrissent l'histoire de l'Amérique du Nord. Elles relèvent de la politique étrangère de la France, de son évolution économique, de son rayonnement culturel. Il conviendrait d'ailleurs de ne pas oublier la dimension strictement scientifique que les historiens ont la fâcheuse habitude de passer sous silence ou de sous-estimer. Quand les sources n'existent pas en France, les chercheurs prennent l'avion et vont s'établir, le temps nécessaire, aux États-Unis ou au Canada. Il n'empêche, et personne n'exigera une plus ample démonstration, que l'historien américaniste et français ne choisit pas la voie de la facilité, qu'il éprouve des frustrations, qu'il aimerait bien disposer directement, sans recourir aux miracles de l'informatique, des richesses de la Bibliothèque du Congrès, des Archives nationales de Washington et de bon nombre d'universités.

 

 Voilà pourquoi le CHNA accomplit d'incessants efforts pour inciter les étudiants, débutants et avancés, à la recherche. Le séminaire de DEA et de doctorat porte sur les échanges culturels entre l'Amérique du Nord et la France. Le thème est relativement neuf. ll donne lieu à des communications originales et suscitera des travaux dont j'attends beaucoup. Un colloque s'est tenu, en mai 1996, à Reims, en collaboration avec le département d'histoire de l'Université, sur le temps des reconstructions, celles d'après 1918, celles d'après 1945, dans un cas comme dans l'autre soutenues par des Américains, individus et fondations. Les communications seront bientôt publiées.

 

 Les textes qui suivent sont issus du séminaire. Ils ont été élaborés et rédigés par de jeunes chercheurs. De ce point de vue, ils méritent de retenir notre attention, d'autant plus qu'ils démontrent qu'une génération nouvelle surmonte l'obstacle de la langue, de la distance, de la différence culturelle pour aborder, sans complexes, avec talent, l'histoire nord-américaine.

  

Hélène Harter a commencé son initiation à l'histoire des États-Unis, il y a quelques années. Son mémoire de maîtrise, puis son mémoire de DEA témoignent de son excellente connaissance des sources disponibles à Paris. Elle prépare une thèse de doctorat sur les ingénieurs municipaux américains entre 1870 et 1910. C'est un sujet particulièrement mal connu. La période est délaissée par la plupart des historiens de notre pays, et c'est bien regrettable. Le thème semble trop technique, alors qu'il touche à l'un des aspects fondamentaux de l'histoire de la civilisation américaine, une civilisation en partie mécanicienne, technique, tournée vers le progrès industriel. L'article d'Hélène Harter aborde le sujet des échanges entre la France et les États-Unis. Il pose la question suivante: dans quelle mesure les ingénieurs américains se sont-ils inspirés d'un modèle français pour acquérir un savoir-faire national?

  

Evelyne Payen, agrégée d'histoire et ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure, a longuement vécu aux États-Unis, plus précisément sur la côte Ouest. Elle en rapporte une thèse de doctorat, qui viendra bientôt à soutenance, sur l'histoire politique des services publics à Oakland en Californie de 1890 à 1931. Elle y analyse la transformation du libéralisme américain, dans cette période marquée successivement par le mouvement progressiste, l'entrée des États-Unis dans la Grande Guerre et les années de prospérité. Dans une certaine mesure, Evelyne Payen établit une prosopographie des hommes d'affaires du nord de la Californie, de leurs activités politiques et sociales, en un mot de leur rôle dans la cité.

 

 L'article de Jean-François Boulanger nous entraîne à Reims, à la fin de la Grande Guerre. L'aide américaine est alors décisive pour la reconstruction de la ville. L'archevêché suit les événements avec beaucoup d'attention, car il ne s'agit pas seulement d'une présence matérielle de nos "associés" d'outre-Atlantique. Leur influence culturelle inquiète ou ravit; elle ne laisse pas indifférent, surtout dans un pays catholique qui redoute le prosélytisme protestant.

  

On retrouve un thème proche avec la communication de Sébastien Fath, allocataire moniteur normalien à l'Ecole pratique des hautes études. Fath suit, pour sa thèse de doctorat, l'implantation baptiste en France dans les années 1810-1950. Il nous ouvre les yeux sur une réalité que nous connaissons mal. C'est que les baptistes, sans être très nombreux, jouent un rôle non négligeable dans notre pays, au XIXe siècle comme dans la première moitié de notre siècle. Ils s'implantent en France, un pays de "christianisme presque éteint", pensent-ils, progressent de manière significative et font partie des 500 000 évangéliques qu'on dénombre aujourd'hui dans notre pays.

  

Adrien Lherm, agrégé d'histoire et ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure de Cachan, a décidé d'étudier la fête de Halloween dans les pays britanniques et nord-américains du XVIIe siècle à nos jours. Il prépare une vaste synthèse, diachronique comme l'indique l'intitulé de sa thèse, et centrée sur la notion de passage transatlantique. Il vient d'achever un long séjour aux États-Unis, où il a amassé une documentation considérable. Sa curiosité le pousse vers des territoires que l'historien ne fréquente guère, ceux de l'ethnologue et de l'anthropologue, parfois du psychologue. En tout cas, la réflexion qu'il poursuit devrait nous instruire sur "l'esprit américain" et sur la notion de fête.

  

François Zuber entreprend une analyse difficile et utile. Il tente de cerner la classe politique, composée des décideurs et de ceux qui tâchent de les influencer, pour mieux comprendre l'évolution des relations franco-américaines. Immense défi, d'autant plus que la période qu'il traite est toute proche, que les archives sont presque toujours inaccessibles. Heureusement, les documents ne manquent pas. Ce qui permet à François Zuber de détruire le mythe du consensus, y compris au sein d'un seul parti comme le Parti Républicain.

  

Enfin, Julie Thermes, qui fut trois années durant allocataire de recherche au CHNA, étudie le recrutement des étudiants dans les universités américaines de la côte atlantique. Sa thèse porte sur la politique d'affirmative action en faveur des étudiants noirs à Harvard, Yale et Princeton de 1960 à 1990. Elle aborde ainsi une période, exaltante et exaltée, au cours de laquelle bien des Américains ont pensé qu'ils parviendraient, en le voulant avec détermination, à résoudre le problème des relations interraciales, si du moins les établissements d'enseignement, tout particulièrement les universités prestigieuses de l'Ivy League, s'en donnaient la peine. Julie Thermes va plus loin. Elle pose la question du reflux de la politique d'affirmative action. Du coup, sa thèse revêt un caractère d'actualité, d'autant plus passionnant que la réflexion sur le temps présent repose sur la connaissance précise d'hier.

  

Je voudrais, en terminant cette introduction, exprimer un regret. D'autres travaux mériteraient d'être connus. Faute de place, ils ne sont pas publiés dans le présent numéro du bulletin de l'Institut Pierre Renouvin. Ils paraîtront, dans un numéro postérieur, et porteront témoignage du dynamisme de la recherche présente dans le domaine des études nord-américaines.