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Mathieu Staiquly, Les Français et l'exposition universelle de Saint-Louis (1904)

Les Français et l'exposition universelle de Saint-Louis (1904)

 

 

 

Bulletin n° 03, printemps 1997

 

 

 

 

Mathieu Staiquly

 

 

L'Exposition de Saint-Louis (Missouri) est la troisième Exposition Universelle organisée sur le sol des Etats-Unis. Comme les deux précédentes, elle commémore un événement majeur de l'histoire nord-américaine. Après le centenaire de l'Indépendance des Treize colonies (Philadelphie, 1876), et le 400ème anniversaire de la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb, (Chicago, 1893), on célèbre cette fois le centenaire de l'acquisition du Territoire de Louisiane, point de départ de l'expansionnisme américain.

L'événement était franco-américain par excellence: le territoire de Louisiane, français jusqu'en 1763, espagnol de 1763 à 1800, avait alors été rétrocédé à la France. Bonaparte avait en effet envisagé un moment de reconstituer un empire français d'Amérique. Mais la reprise de la guerre avec l'Angleterre en 1803 le conduisit à changer d'avis, et à vendre aux Etats-Unis, qui ne demandaient que le port de la Nouvelle-Orléans, tout le territoire de Louisiane, du Mississipi aux Rocheuses, pour la modique somme de 15 millions de dollars. Les Américains, doublant ainsi d'un coup la superficie de leur territoire national, se lancent dans la mise en valeur de cet Ouest fabuleusement riche. On comprend bien qu'un siècle plus tard ils souhaitent célébrer cette étape majeure de leur expansion, et associer la France à cette commémoration.

Mathieu Staiquly cherche donc à évaluer la signification historique et la portée politique, culturelle et économique de la participation française à cette Louisiana Purchase Exposition. Les sources utilisées sont en majorité françaises: Rapport Général de l'Exposition, articles de presse, cartons des Archives Nationales (séries F12 et F21) concernant l'organisation de la section française et l'exposition financées par le Ministère des Beaux-Arts. Quelques brochures de présentation et articles de presse américains viennent compléter sa documentation.

 

Un "lobbying" local très actif obtient, dès 1901 une décision du Congrès désignant officiellement Saint-Louis comme lieu de l'Exposition. Située au confluent du Missouri et du Mississipi, la ville est en quelque sorte la "porte de l'Ouest". Mais les Français comprennent mal les raisons de ce choix: assez ignorants des réalités économiques et géographiques américaines, ils pensent naïvement que l'Exposition devrait avoir lieu à la Nouvelle-Orléans, où la présence française est encore perceptible. La France est cependant la première nation étrangère à répondre dès 1902 à l'invitation américaine, et le Président Théodore Roosevelt s'en félicite publiquement.

 

 

Pourtant, la lenteur des travaux sur place et le peu d'empressement des autres pays invités obligent les organisateurs américains à repousser d'un an la date initialement prévue pour l'ouverture: au lieu du 30 avril 1903, anniversaire de la signature du traité de cession, l'Exposition n'ouvrira ses portes que le 30 avril 1904, soit cent un ans après l'événement. Ce retard, que beaucoup déplorent, a finalement plusieurs avantages: en premier lieu il donne à tous les exposants le temps d'être véritablement prêts; ensuite il permet de faire coïncider l'Exposition avec la campagne présidentielle de l'été et de l'automne 1904, et le Président sortant compte sur le succès de la manifestation pour lui donner un avantage supplémentaire. Mais surtout, le retard oblige à dissocier l'Exposition elle-même de la commémoration historique. En effet, du 30 avril au 3 mai 1903, d'importantes manifestations se déroulent à Saint-Louis en présence de l'ambassadeur de France Jusserand. La Nouvelle-Orléans connaît également sa semaine de commémoration en décembre de la même année. Toutes ces festivités sont évidemment l'occasion de proclamer bien haut la solidité de l'amitié franco-américaine.

 

Pendant ce temps l'Exposition se prépare Aux Etats-Unis, l'organisation est confiée à un comité présidé par D. R. Francis, le gouverneur du Missouri. Un budget initial de 15 millions de dollars (clin d'oeil à l'histoire?) est prévu: la ville, l'Etat et le gouvernement fédéral contribuant chacun pour un tiers. Ce budget sera ensuite largement dépassé. En France, le gouvernement ne consent toutefois qu'une participation financière limitée (s'élevant à 1,5 millions de francs, soit quatre fois moins que lors de l'Exposition de Chicago). L'essentiel des contributions seront donc privées et au total il y aura plus de 8 000 exposants français. Le gouvernement se réserve l'organisation de la section Beaux-Arts, placée hors-concours.

 

Dans l'ensemble l'opinion française manifeste peu d'intérêt pour l'Exposition de Saint Louis. Après le triomphe de l'Exposition parisienne de 1900, les Français font preuve de moins d'enthousiasme pour cette manifestation étrangère dont ils ne perçoivent pas bien le but. Pierre de Coubertin pense que l'Exposition ne servira finalement que les intérêts américains... D'ailleurs, les Jeux Olympiques qui se déroulent à Saint Louis pendant l'Exposition n'attirent qu'un petit nombre d'athlètes européens, et aucun français n'a fait le voyage.

 

Les organisateurs américains ont pourtant attribué à la France la place d'honneur. L'architecte responsable de la conception d'ensemble de l'Exposition est d'origine française. Sur le très beau terrain vallonné de 550 hectares, il prévoit l'agencement de bâtiments de style "Beaux-Arts", alors très en vogue aux Etats-Unis, et directement inspirés de ceux de l'Exposition parisienne de 1900. La France, qui dispose d'une superficie deux fois supérieure à celle qu'elle avait à Chicago, choisit pour pavillon national une réplique du Grand Trianon de Versailles, rappelant ainsi à tous que la Louisiane française a été fondée au temps du Roi Soleil.  

Au total, quels bénéfices la France retire-t-elle de sa participation à l'Exposition? A première vue, son prestige international demeure intact. Elle obtient de nombreuses récompenses, arrivant ainsi au second rang, juste après les Etats-Unis. Ses liens historiques avec la république américaine sont renforcés, et les Américains de leur côté ne sont pas mécontents de voir la puissance qui les a aidés a obtenir leur indépendance reconnaître à présent leur remarquable développement.

 

Sur le plan culturel, la France semble toujours incarner la civilisation occidentale. Mais la culture classique qu'elle se donne pour mission de répandre dans le monde apparaît soudain comme figée dans le passé et en tous cas beaucoup moins dynamique que celle de l'Amérique moderne. A Saint-Louis, les Etats-Unis prétendent en effet prendre le relais du vieux continent, et ils le prouvent en donnant pour thème à l'Exposition "l'éducation des peuples". Sans doute l'évolution avait-elle déjà été perceptible à Chicago. Mais cette fois-ci il est clair que l'Amérique veut prendre la relève.

 

Sur le plan commercial, l'Exposition démontre également les carences de l'économie française par rapport à celle des Etats-Unis. Les exposants français n'ont fait aucun effort de publicité pour vendre leurs produits en Amérique. Leurs catalogues n'ont pas été traduits. Leurs représentants ne parlent pas l'anglais. . . Les Français se glorifie du succès de leurs industries de luxe, et déclarent que les Américains, s'ils produisent beaucoup, le font au détriment de la qualité. En réalité, les Français toujours si sûrs d'eux mêmes, commencent à s'inquiéter de la concurrence américaine et dans le concert de commentaires chauvins, quelques voix discordantes se font entendre, qui mettent le doigt sur les faiblesses de l'économie française. En fait, la Louisiana Purchase Exhibition confirme aux yeux de tous l'extraordinaire montée en puissance des Etats-Unis, qui non seulement se lancent à la conquête de nouveaux marchés, mais se présentent déjà en "leaders" du monde occidental.

 

 

Principales sources:

 

 

- Archives Nationales:

Série F21 (beaux-Arts): F21/4067,vol. VIII et F21/4068 vol. I.  

Série F12 (Ministère du Commerce, de l'Industrie des Postes et Télégraphe): F12/4466 à 4474.

 

- Exposition Internationale de Saint-Louis 1904. Section Française. Rapport général. Comité Français des Expositions à l'Etranger, 2 vol. Paris, 1904.

 

- Commissariat Général du Gouvernement Français: Exposition française de la Louisiane, Saint-Louis, 1904.

 

Catalogue Général Officiel de la Section Française.

 

Circulaire des douanes.

 

Classification Officielle.

 

Documents Officiels relatifs à la participation de la France.  

 

Rapport sur l'enseignement et les techniques commerciales et industrielles.

 

Rapport général des 114 groupes de la section française.

 

 

-Presse:

 

La Cocarde, mai 1903; mai1904

 

Le Figaro, avril-mai 1903; année 1904.

 

Le Petit Journal, avril-mai 1903; mars à décembre 1904.

 

L'Humanité, mai 1903; mai, août, septembre et décembre 1904.

 

 

-Articles divers:

 

BLONDEL, Georges, "Les enseignements de l'exposition de Saint-Louis", Bulletin de l'Union des anciens étudiants de l'Ecole commerciale et consulaire de l'Université catholique de Louvain, 2, 1904-1905.

 

COUBERTIN, Pierre de, "L'Amérique française et le Centenaire de la Louisiane", Revue des Deux Mondes, mars-avril 1904.

 

GERAULT-CARON, G. , "La France à l'Exposition de Saint-Louis", La Grande Revue, 30, 1904.

 

KLEIN, F., "Au pays de la vie intense", Le Correspondant, 1904.

 

 

-Sources américaines disponibles à Paris:

 

HERMANN, The Louisiana Purchase,Washington, G. O. P. , 1898.

 

JACQUET, G. , Memories of the World Greatest Exposition, Saint-Louis, 1904, Chicago, 1907.

 

REID, Robert, A. , The Universal Exposition Beautifully Illustrated, Saint-Louis, 1904.

 

WALTER, William, SThe State of Missouri, Saint Joseph, 1904.

 

The Louisiana State Commission of the Louisiana Purchase Exposition.

 

The World's Fair Bulletin (1903-1904).

 

New York Herald Tribune (avril-mai 1903; avril à décembre 1904).