X
Bientôt fans, merci !
Pourquoi pas vous ?
Facebook J'aime Paris 1
Accueil » Institut Pierre Renouvin » Les revues » Le bulletin de l'Institut Pierre Renouvin » Tous les bulletins » Bulletin n° 03 : Expositions Universelles » Hélène Trocmé, 1900, les Américains à l'exposition universelle de Paris

Hélène Trocmé, 1900, les Américains à l'exposition universelle de Paris

1900 : les Américains à l'exposition universelle de Paris

 

 

 

Bulletin n° 03, printemps 1997 

 

 

 

 

Helène Trocmé

 

 

Qu'y a-t-il de plus éphémère, de plus illusoire, qu'une Exposition Universelle ? Ses somptueux palais, à peine terminés, sont destinés à la démolition ; le public enthousiaste oublie vite la fête pour retrouver ses soucis quotidiens, les hommes politiques s'empressent de revenir aux affaires sérieuses et les rivalités internationales un moment suspendues reprennent de plus belle...

Est-il bien légitime d'évoquer à propos de cet événement de l'année 1900 une " présence " américaine à Paris ? Certes le Pavillon des États-Unis au Quai d'Orsay n'est pas passé inaperçu avec sa coupole haute de cinquante mètres surmontée d'un aigle doré. Mais les visiteurs semblent avoir prêté plus d'attention aux impressionnantes performances de l'Allemagne et aux curiosités exotiques des empires coloniaux, qu'à la présence de la " république-soeur " dont ils croient déjà bien connaître les réalisations techniques.En effet, les Etats-Unis o­nt participé depuis 1851 à toutes les Expositions internationales[1]. A Paris notamment ils o­nt exposé leurs produits en 1855, en 1867 en 1878 et en 1889 encore. Lorsque l'Exposition prévue pour 1900 se propose de faire le bilan des progrès réalisés depuis un siècle, ils sont, bien entendu, présents. L'occasion est donc favorable pour faire le point sur cette participation américaine aux expositions universelles, à la mesure du rôle international grandissant des États-Unis. Du même coup, o­n pourra s'interroger sur le rôle de ces expositions dans les relations franco-américaines de la seconde moitié du XIXe siècle, sur leurs prolongements éventuels et plus particulièrement sur la présence d'Américains à Paris en liaison avec l'événement de 1900.

 

 

Des préparatifs minutieux

 

 

Les six volumes du rapport officiel de la Commission américaine (ci-après désigné par Report) contiennent l'essentiel de l'information et The Real History and Wisdom of the US Participation (Report I, 34). Les préparatifs et l'organisation du côté américain rappellent par certains aspects les circonstances des expositions antérieures : mêmes réticences dans les milieux d'affaires aux États-Unis, mêmes lenteurs du Congrès et de la Maison Blanche dans l'acceptation de l'invitation française-près de deux ans !- (Report I, 34) et l'attribution de fonds, mêmes tracasseries des douanes et des autorités françaises pour l'acheminement et la présentation des produits. Le choix des responsables américains qui incombe au Président McKinley s'inscrit lui aussi dans la continuité. Il s'adresse en effet à des personnalités qui o­nt déjà l'expérience des expositions internationales, à Chicago en 1893 ou à Paris en 1889. Le Commissaire spécial, Moses P. Handy, son successeur, le Commissaire-Général Ferdinand Peck, Mrs Bertha Honore Palmer, l'épouse du célèbre Potter Palmer, appartiennent ainsi à l'élite active de Chicago.Cependant, le contexte politique a changé : si le régime républicain semble désormais consolidé en France, ce qui ne déplaît pas aux Américains, les tensions internationales sont pourtant nombreuses et menacent de compromettre la tenue d'une exposition à Paris. Les Allemands, depuis 1892, envisagent de célébrer l'avènement d'un nouveau siècle à Berlin et non à Paris ; les Britanniques, offensés par l'attitude française à Fachoda, menacent de ne pas participer ; quant aux Américains ils n'ont guère apprécié la position de la France, favorable à l'Espagne, pendant la guerre hispano-américaine de 1898. Pour couronner le tout, l'affaire Dreyfus a suscité dans l'opinion publique des pays anglo-saxons de très vives réactions anti-françaises. Aux États-Unis, le mouvement de boycott de l'Exposition prend une telle ampleur que l'on peut craindre un moment que les Américains ne refusent de venir à Paris. Fort heureusement les esprits se calment après que le Président Loubet eut décidé d'accorder sa grâce à Alfred Dreyfus, en septembre 1899 (Report I, 37).Mais la participation américaine à l'Exposition internationale universelle de Paris se démarque surtout des précédentes par son ampleur et sa qualité. Tout d'abord, le financement fédéral s'élève à plus d'un million de dollars, soit quatre fois plus qu'en 1889[2]. D'autre part, toute une campagne de mobilisation est entreprise, pour démontrer l'importance de l'enjeu aux chefs d'entreprise, aux élus locaux, et au public américain, facilement satisfaits de leur marché intérieur. Il y va en effet de l'avenir du commerce américain avec le reste du monde (Report I, 15). Il faut démontrer à l'Europe et au monde la qualité supérieure des produits américains. Pour convaincre, Ferdinand Peck aligne des chiffres et cite des rapports consulaires des années précédentes.Pendant la période préparatoire, la coordination entre les exposants américains et les autorités françaises est un souci constant de la Commission américaine. Dès 1897, le Commissaire spécial Moses P. Handy a été envoyé à Paris pour voir les lieux et négocier l'attribution d'emplacements. Après sa mort subite, il est remplacé en 1898 par Ferdinand Peck qui met en place toute l'organisation. La Commission aura trois bureaux situés respectivement à Chicago, au second étage de l'Auditorium, à New York, dans l'Equitable Building, 120 Broadway, et à Paris, 20 Avenue Rapp (à deux pas du Champ-de-Mars), auxquels il faut ajouter deux centres secondaires à Albany et à Washington, au Département de l'Agriculture. En plus des Commissaires, Peck a désigné des chefs de " départements " (coiffant plusieurs groupes de la classification officielle) chargés de coordonner les opérations dans chaque domaine. Un Directeur des Affaires, un Directeur de l'Exploitation, un Directeur des Exposants, et un Directeur de la Décoration veillent à éviter le désordre et le manque de coordination des expositions précédentes. o­n voit bien que les Américains o­nt profité de l'expérience acquise lors de l'Exposition colombienne de Chicago en 1893.Les Américains souhaitent donc donner à leur participation une ampleur encore inégalée. Mécontents de la superficie qui leur a été accordée, ils font pression sur le gouvernement français pour qu'il obtienne du Commissaire général, Alfred Picard, une augmentation de 40% de la surface d'exposition. L'affaire, mal engagée, se dénoue à la suite d'une intervention de l'ambassadeur Jules Cambon, de retour à Paris, et lors d'un dîner offert à tous les acteurs par la Chambre de Commerce américaine de Paris. Au total les États-Unis auront donc 31 000 m2, soit trois fois plus qu'en 1889 et plus de six mille exposants (Report I, 124). Ils obtiennent également l'autorisation de construire un pavillon sur le quai d'Orsay, entre celui de l'Autriche et celui de la Turquie, qui doit réduire son minaret pour qu'il ne dépasse pas la coupole américaine ! Voilà évitée l'erreur de 1889. Si l'on ajoute à cela le fait que les États-Unis, tout en affirmant qu'ils "n'ont pas de colonies" présentent sous leur autorité au Trocadéro l'exposition de Cuba et celle des îles Hawaï, o­n voit bien qu'ils o­nt tout mis en oeuvre pour être représentés à Paris, à l'égal des grandes puissances européennes.

 

 

Une présence bien visible

 

 

Pendant le temps des préparatifs, la durée de l'Exposition, et les travaux de fermeture, de nombreux Américains sont présents à Paris. Ferdinand Peck et son équipe font plusieurs fois le voyage de Paris. Au bureau parisien, avenue Rapp, le Commissaire adjoint, Woodward, professeur à Columbia University est un personnage essentiel. Connaissant bien la France et le français, il négocie en permanence avec les autorités françaises, s'exprime dans la presse, s'entoure d'un personnel qualifié qui parle français et ne ménage pas sa peine. L'un d'eux se plaint de n'avoir pas pris un seul jour de repos de juillet 1898 à décembre 1900 (Report I 119-136 et 357).Pour la construction des bâtiments, la mise en place des stands d'exposition, le fonctionnement des machines d'imprimerie, o­n fait appel à des entreprises américaines qui font venir du personnel outre-Atlantique. Pendant les mois d'ouverture, les sections américaines sont placées sous la protection d'une cinquantaine de gardes venus tout exprès des Etats-Unis (Report I, 261). Enfin, grande nouveauté, cinquante-trois athlètes américains sont venus à Paris pour participer aux seconds Jeux Olympiques qui coïncident avec l'exposition. Quant aux visiteurs américains, o­n ne nous dit pas leur nombre, mais o­n sait que quinze mille d'entre eux o­nt signé le livre d'or du pavillon national, un quart du total, estime-t-on (Report I, 215). Évidemment c'est peu au regard des quelques quarante millions d'entrées payantes à l'exposition. Ceux qui viennent à "l'Expo" et aux Congrès qui se tiennent à Paris durant l'été 1900 sont des Américains cosmopolites, qui parfois résident déjà en Europe. Des noms célèbres surgissent du flot des inconnus : Daniel Burnham, Jane Addams, John Lafarge, John Sargent, et bien sûr Henry Adams qui raconte sa visite en compagnie d'un ami physicien (Adams 249-290). La communauté américaine de Paris a joué un rôle très important. Sur les soixante-douze Américains membres des jurys internationaux, pour lesquels il est indispensable de parler français, beaucoup o­nt une adresse parisienne, certains sont représentants d'une firme américaine à Paris (Report I, 78 et V, 9).La présence américaine est surtout visible sur le quai d'Orsay, car le pavillon national est avant tout un lieu de rencontre. Ce bâtiment qui veut évoquer la White City de Chicago sert de home à tous les Américains de passage. Ils y trouvent des salles de réunion, dont trois sont attribuées aux représentants des États de Californie, New York et Massachusetts qui o­nt contribué à la décoration, et une autre est spécialement réservée aux dames et aux associations féminines. Il y a également une antenne de la Chambre de Commerce américaine de Paris, un bureau de poste, un télégraphe, des dactylographes, des journaux. Le restaurant situé au sous-sol sert des sirloin steaks et des porterhouse steaks aux Yankees lassés des entrecôtes à la maître d'hôtel (sic ! Report II, 60 et suiv.). Les visiteurs français et étrangers considèrent les Américains avec une curiosité amusée semblable à celle dont ils entourent les sauvages de l'exposition des Colonies. Décidément, ces Américains o­nt des moeurs bizarres et peu distinguées ; ils semblent toujours pressés de faire des affaires, ils chiquent, crachent, et dans la corn kitchen spécialement aménagée par l'American Maize Propaganda Company, ils se délectent de pop corn et d'épis de maïs, toutes choses exclusivement réservées aux cochons en Europe (Boyd 546). Et puis quelle rigidité puritaine ! Leur pavillon est toujours fermé le dimanche (Report I, 40).Cependant ce pavillon n'est que le point central et le plus visible de la présence américaine à l'exposition. Les États-Unis exposent en effet dans presque tous les groupes. C'est-à-dire que dans chaque Palais du Champ-de-Mars et de l'esplanade des Invalides, la section américaine est clairement identifiable. Au Grand Palais, leur exposition de sculpture et de peinture est très centrale. Mais cela ne suffit pas encore à contenir tous les objets présentés par les États-Unis. Aussi o­nt-ils eu l'autorisation d'ériger des bâtiments annexes : comme le pavillon des Editeurs joliment aménagé entre les arbres de l'Esplanade, celui des machines agricoles au Champ-de-Mars, et les bâtiments plus techniques du Bois de Vincennes, présentant le matériel ferroviaire, les automobiles et les bicyclettes. La dispersion de ces stands leur a même fait envisager l'organisation d'un service de bateaux et de tramways reliant le quai d'Orsay à Vincennes. Mais les Français o­nt refusé (Report I, 63).Si les Américains sont partout présents dans l'exposition, ils n'oublient pas non plus de se montrer ailleurs dans Paris. Pour eux, en effet, l'exposition est l'occasion de confirmer leur amitié pour la France. Quelques manifestations incarnent ce désir de commémoration officielle ; le 3 juillet, une statue de Washington, est inaugurée, Place d'Iéna. Et surtout le 4 juillet une statue équestre de Lafayette est dédicacée en grande pompe dans la cour du Carrousel au Louvre. Don des enfants des écoles des Etats-Unis, sur l'initiative d'un certain Robert Thompson de Chicago, elle est placée sur un socle offert par les Daughters of the American Revolution. Les discours fleuris de l'ambassadeur Horace Porter, du président de la République Française, Loubet, de l'archevêque de Saint-Paul, Mgr Ireland, et de Mrs Manning présidente des DAR, exaltent cette amitié renouée. Pour quelques heures, Paris est " américanisé ". A l'étonnement des Parisiens, une immense bannière étoilée flotte sur la Tour Eiffel. Sur les boulevards o­n vend des pins (sic) et des souvenirs aux couleurs américaines. L'événement est considéré par les Américains comme le clou de leur participation à l'exposition.

 

 

Un bilan plutôt positif

 

 

Lorsque le grand spectacle s'achève, à l'automne 1900, chacun essaie d'en faire le bilan : les rapports français et américains, la presse à grand tirage, les revues spécialisées donnent de la participation américaine des appréciations diverses. Pour certains, les Etats-Unis ne se sont toujours pas dégagés de l'emprise esthétique et culturelle de l'Europe ; la preuve : en édifiant un pavillon dans un style académique et grandiloquent, ils o­nt manqué l'occasion de montrer au monde civilisé l'aspect le plus nouveau de leur architecture. Pourtant, la liste des récompenses confirme la qualité et l'universalité du génie américain. Ils o­nt obtenu des prix, et bien souvent des "Grands Prix" et des "Médailles d'Or", dans tous les groupes où ils o­nt exposé, et se placent donc au premier rang des nations étrangères. Même le pavillon national tant critiqué a reçu une Médaille d'Or. Si l'on compare ce résultat à la maigre prestation de 1855, o­n est émerveillé du changement (Schweizer passim). Leurs points forts demeurent toujours les machines agricoles, les chemins de fer, la mécanique en tout genre, l'électricité, les appareils photographiques, les pianos. Mais à cette supériorité technique, reconnue dès 1851 au Crystal Palace de Londres, viennent s'ajouter maintenant des domaines aussi variés que l'éducation, l'édition, la construction et les travaux publics ou les sports[3].En 1889 déjà, le public avait montré de l'intérêt pour la section américaine du département de l'éducation. En 1900, la présentation est encore plus remarquable. En dépit de la contribution prédominante de certains États comme le New York, le Massachusetts et l'Illinois, le but de la section est de montrer un système éducatif américain homogène, et d'en présenter les aspects les plus concrets. Brochures, monographies, parfois traduites en français, et spectacle de "projectoscope" présentent au public les réalisations que la Revue du Musée Pédagogique commente avec intérêt. o­n remarque une importante proportion de femmes dans l'équipe de ce département (Report II, 334-357).L'imprimerie et l'édition sont des domaines où les progrès techniques sont très visibles depuis 1889. Dans le Bâtiment des Publishers, sur l'esplanade des Invalides, le public peut observer les différentes étapes de l'édition d'un quotidien : le New York Times de "l'Expo ".Dans le domaine artistique, les Américains affirment maintenant leur autonomie. Paysages, portraits, gravures et sculptures ne sont plus seulement cette " branche de l'art français " que déplorait Picard en 1889. Et le public commence à acheter des oeuvres américaines ! (Report II, 487-523).En ce qui concerne les sports, les Américains se distinguent en remportant presque tous les premiers prix (18 sur 22). Ils excellent en particulier à la course, à l'aviron, au tennis, au sport cycliste (Report I, 57). Enfin, pour bien comprendre les performances américaines dans le domaine de la construction, il faut faire la synthèse entre deux classes différentes ; l'Architecture, qui forme la classe 10 du groupe Beaux-Arts, et les Travaux Publics, soit les classes 28 et 29 du groupe VI. on peut alors dépasser le constat négatif évoqué plus haut. Si les Américains o­nt délibérément choisi pour leur pavillon national un style académique, évocateur de leurs monuments publics, ils n'ont pas négligé pour autant la présentation des innovations techniques de leur architecture commerciale. A cet effet, une remarquable exposition collective est présentée par George Fuller Co. On peut y voir une grande maquette d'un immeuble de bureaux construit à New York par l'architecte Cass Gilbert, à l'angle de Broadway et de Chambers Street, et une maquette de même taille de l'ossature métallique de ce bâtiment. En dépit des affirmations du rapporteur américain, cette exposition ne semble guère avoir drainé les foules ; les guides populaires ne la mentionnent pas. Mais les ingénieurs et architectes français et étrangers ne s'y trompent pas et en comprennent tout l'intérêt, comme l'indique le rapporteur du Jury de cette classe. Les participants au 5e Congrès international d'Architecture bénéficient même d'une visite commentée par l'architecte de Chicago William Le Baron Jenney (Report III, 212 ; VI, 53).Dans le même hall, o­n trouve aussi un gigantesque plan de New York présenté au public sur une estrade spéciale, et accompagné d'un livret explicatif signé du Commissaire aux Travaux Publics de la ville de New York, Louis Risse, d'origine française. Un exemplaire de ce travail, offert à la Ville de Paris, permet de se faire une idée de la haute qualité des travaux cartographiques américains au tournant du siècle. Une dernière remarque concernant la participation américaine à "l'Expo" ; pour la première fois en un demi-siècle les Américains o­nt édité un catalogue spécial de leurs exposants, et en o­nt publié trois éditions, en anglais, en français et en allemand. Cet inventaire illustré est précédé d'un texte explicatif et de très nombreuses publicités pour des produits américains. Dans l'édition française figurent les noms et adresses des distributeurs en France ou en Europe : les réclames vont des chapeaux de feutre Roelof (fabriqués 38, rue du Temple) aux produits de Bethleem Steel, en passant par les machines à coudre Smith (9, boulevard des Italiens), le lait concentré Helvetia, la joaillerie de Gorham (36, avenue de l'Opéra) etc. Quelle meilleure preuve du désir des Américains de profiter de l'exposition pour intensifier leurs relations commerciales avec les pays européens ? Alfred Picard note déjà une sensible augmentation des échanges entre les États-Unis et la France de 1870 à 1900. o­n comprend que les exportateurs américains veuillent poursuivre dans cette voie. Mais que reste-t-il en fin de compte de cette remarquable participation américaine à "l'Expo" ? o­n ne peut s'empêcher de penser que la communauté américaine de Paris, qui a joué un rôle important tout au long de ces mois, s'en trouve affermie, reconnue, fière de conserver après coup les signes plus permanents du resserrement de l'amitié franco-américaine, comme ces statues de Washington et autres Lafayette[4].Les responsables américains de l'exposition, une fois rentrés au pays, se montrent plutôt satisfaits du résultat obtenu. Certains déplorent pourtant le manque de temps et d'espace dont o­nt souffert leurs présentations. Aussi pensent-ils qu'il faudra encore mieux faire la prochaine fois (Report II, 13). Ils ignorent évidemment qu'il n'y aura pas de prochaine fois à Paris, et qu'avec la fin du siècle a sonné le glas des expositions universelles. Les Français, eux, ne sortent pas triomphants de cette exposition. Ce sont justement les étrangers qui y o­nt affirmé leurs talents. Parmi eux, les Américains tiennent désormais une place importante qui reflète sans nul doute leurs nouvelles ambitions internationales et leur remarquable essor économique. A quelques exceptions près, comme ce sympathique membre du jury, Alfred Schweizer, qui veut montrer les progrès accomplis par les États-Unis depuis un demi-siècle, les Français, aveuglés par leur chauvinisme naturel et obsédés par leur rivalité avec l'Allemagne sont rares à percevoir, en 1900, les signes de l'extraordinaire transformation de la jeune république outre-Atlantique en une grande puissance internationale.

 

 

Ouvrages cités

 

 

Sources

 

 

ADAMS, Henry. The Education of Henry Adams, An Autobiography, Boston, 1961 (1906).

BOYD, James. The Paris Exposition of 1900, Philadelphia, 1900. Catalogue special des États-Unis, édition française du Official Catalogue (ci-dessous), Paris, Lemercier, 1900. Cinquième Congrès International des Architectes, Paris, 1900.

CORDAY, Michel. " Les Étrangers à l'Exposition ". Revue de Paris VI (1899), 557-580. Exhibition of the Map of the City of New York, Paris Exposition, New York Board of Public Improvements, 1901.

Guide lllustré du Bon Marché, L'Exposition et Paris au XXe siècle, Paris, 1900.

Guide Bleu du Figaro de l'Exposition, Paris, 1900.

L'Illustration. Juillet-Août 1900. New York Times. Aout-Septembre 1900.

Official Catalogue of the US Exhibitions, International Universal Exposition, Paris, Imprimerie Lemercier, 1900.

PECK, Ferdinand. " The United States at the Paris Exposition of 1900", North American Review 168 (1899), 24-33.

PICARD, Alfred. Le bilan d'un siècle (1801-1900). L'Exposition Internationale Universelle de 1900 à Paris, 6 vol., Paris, Imprimerie Nationale, 1900. Rapports du Jury International, volumes 14 et 20 (Architecture et Travaux Publics), Paris, Imprimerie Nationale, 1901.

Report of the Commissioner-General for the United States to the Paris International Universal Exposition. 6 vol., Washington, GPO, 1901.

Revue Technique de l'Exposition de 1900, Ire partie, tome II, Paris, 1900.RISSE, Louis A. Report on Exhibits from the US in Class 29, (Annex to the Map of the City of New York), New York, 1901.

SCHWEIZER, Alfred. Les États-Unis à l'Exposition Universelle de 1900 Paris, 1900.

WAILLY, G. de. A travers l'Exposition de 1900, Paris, Fayard, 1900, vol. VIII, 54-70. Yearbook 1899. US Department of Agriculture Washington, GPO, 1900.

 

 

Bibliographie

 

 

CURTI, Merle. "America at the World Fairs". Arnerican Historical Review (1950) 833-856.

DUQUESNE, Jacques. L'Exposition Universelle de 1900, Paris, Éditions 1900, 1991.

Le Livre des Expositions Universelles, 1851-1989, Catalogue de l'Exposition du Musée des Arts Décoratifs. Paris, 1983.

 MANDELL, Richard D. Paris 1900. The Great World Fair, Toronto : U. of Toronto Press 1967.

ORY Pascal. Les Expositions Universelles de Paris, Paris, Ramsay, 1982.

PORTES, Jacques. Une fascination reticente. Les États-Unis dans l'opinion francaise, 1870-1914, Nancy, PUN, 1987.

TROCMÉ, Hélène. "Les Américains à l'Exposition Universelle de 1889". Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 37 (avril-juin 1990).

 

 



[1]     La participation américaine aux expositions a que rarement éte étudiée. Le seul article un peu synthétique est celui, déjà ancien, de Merle Curti (cité ci-dessous).

[2]     C'est seulement depuis 1867 que le gouvernement fédéral a financé en partie la participation américaine aux expositions. Quant aux États certains voudraient en 1900 y prendre part individuellement, mais le gouvernement français ne le permet pas.

[3]     L'étude approfondie des Rapports d'Expositions américains et français offre des possibilités encore inexplorées de recherches sur le développement technique et culturel des Etats-Unis dans la deuxième moitié du XXe siècle.

[4] [[Ce dernier, refoulé de la cour du Carrousel en 1984 par la construction de la pyramide de Léo Ming Pei, s'est rapproché de son ami Washington en venant s'installer sur le Cours La Reine à proximité du Grand Palais.]]