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Hélène Mugnier, Les pavillons de l'Autriche-Hongrie à l'exposition universelle de 1900 à Paris

Les pavillons de l'Autriche-Hongrie à l'exposition universelle de 1900 à Paris

 

 

 

Bulletin n° 03, printemps 1997

 

 

 

 

 

Hélène Mugnier

 

 

 

« Dans ce monde en miniature qu'est un site d'exposition, tout devient exhibition, tout est conçu pour faire un clin d'oeil au visiteur et lui délivrer un message »[1]

Une exposition universelle met à la portée du plus grand nombre les dernières conquêtes de la science ainsi que les plus récentes innovations techniques et les audaces artistiques du moment.Précisément, l'exposition universelle de 1900 à Paris qui inaugura le XXe siècle fut auréolée d'une noble mission: montrer avant tout la foi dans le progrès d'où avait émergé l'idée même d'Exposition Universelle autour de 1850. En même temps, elle devait être un lieux de divertissement et d'attractions.

 

 

Lors de ce type de manifestation, les nations exposaient et s'exposaient tout à la fois. Il en était ainsi plus particulièrement pour les pavillons des puissances étrangères. Ces édifices étaient effectivement l'occasion privilégié depuis 1867 pour les Etats qu'ils représentaient de diffuser un message.

Ces bâtiments éphémères avaient avant tout l'ambition architecturale de présenter un résumé synthétique de leur pays. Or en 1900, le foyer culturel et artistique de l'Europe, mise à part Paris, était centré vers l'Europe médiane avec des villes comme Prague, Vienne ou encore Budapest. L'analyse du pavillon austro-hongrois semble donc d'un grand intérêt puisque il est le reflet exceptionnel de cette position intellectuelle et culturelle

 

L'Autriche-Hongrie entra dans l'aventure de l'Exposition Universelle le 3 juin 1896[2] lorsqu'elle confirma officiellement sa participation et vota un premier budget de 2,5 millions de couronnes. Dés le 6 août 1897, l'archiduc François-Ferdinand fut nommé par décret protecteur de la section autrichienne, secondé par le Professeur Exner qui député et directeur du musée de l'industrie technologique de Vienne fut nommé comme commissaire général de l'exposition autrichienne. Bela et Lukats député et ancien ministre du commerce furent chargés quant à eux par le ministre hongrois du commerce de représenter les exposants magyars comme commissaire royal le 23 janvier 1897. Enfin Moser dirigea l'exposition du pavillon de la Bosnie-Herzégovine.

 

 

Le dispositif des pavillons de la double monarchie était le suivant:

- une exposition autrichienne;

- une exposition hongroise;

- trois pavillons autonomes : un pavillon de l'Autriche, un pavillon de Hongrie, un pavillon de Bosnie-Herzégovine.

 

 

Cette exposition arriva à point pour l'Autriche-Hongrie, puisque, sur le plan de la politique intérieure, l'État multinational que constituait la double monarchie était menacé dans sa propre structure par la question des nationalités et la contestation croissante des autorités hégémoniques autrichiennes ou magyares. L'Autriche-Hongrie souhaitait profiter de l'Exposition Universelle pour trouver une nouvelle place internationale. Les relations diplomatiques étaient difficiles avec la France puisque la double monarchie avait adhéré à la Triple alliance réunissant les intérêts allemands, italiens et autrichiens face à la Russie et à la France. La crise orientale de 1875-1878 aggravait la situation, lorsque à la faveur d'un voyage en Bosnie-Herzégovine François-Joseph encouragea le peuple à se révolter contre l'Empire Ottoman. A ce titre, la présence d'un pavillon de Bosnie-Herzégovine était significative. Les pavillons austro-hongrois cherchaient dans ce contexte à montrer un pays en plein développement économique, il s'agissait d'insister sur la modernité du pays, en donnant à voir les participations de l'Autriche aux progrès accomplis au XIXe siècle. Les pavillons cherchaient également à mettre en scène ce que l'on appellera le goût 1900 ainsi que "l'art nouveau".L'Autriche-Hongrie présenta de manière fort habile ses trois pavillons et remporta un très grand succès, ce qui lui permit de tirer profit du mode de représentation de l'Exposition pour retrouver une image positive face aux nations étrangères. Cependant ces pavillons entretenaient surtout la nostalgie du passé. Une sensation de décalage semble apparaître par rapport aux autres pays européens dits "modernes" comme la France, la Grande-Bretagne ou encore l'Allemagne. En effet, en 1900, le prestige historique ou culturel ne fait déjà plus la puissance d'un État, car les critères se sont déplacés. L'économie est devenue le facteur déterminant facilitant ainsi l'émergence de pays comme l'Allemagne, les États-Unis ou le Japon. L'Autriche-Hongrie s'évertue plutôt à montrer l'infaillibilité et l'invulnérabilité de son système, comme s'il lui fallait à tout prix prouver sa crédibilité. Le succès des pavillons austro-hongrois est révélateur de cette Europe de la Belle Epoque, tout à fait ambivalente, à la fois assurée de sa supériorité et inquiète de ne point pouvoir la maintenir.

 


[1]     F. Pinot cité dans " les Expositions Universelles.

[2] [[Catalogue de l'Exposition historique installée dans le pavillon de la Hongrie. Paris 1900 BH. in dossier "Pavillon de la Hongrie" n°122.]]