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Frédéric Guelton Les conceptions géostratégiques du général Weygand 1930-1935

Les conceptions géostratégiques du général Weygand 1930-1935

 

 

Bulletin n° 1-2, printemps-automne 1996

 

 

 

Les conceptions géostratégiques du général Weygand 1930-1935

 

 

Frédéric Guelton

 

 

Le 21 janvier 1931, le général Weygand, qui depuis un an occupe la fonction de chef d'état-major de l'armée, accède à celle de vice-président du Conseil supérieur de la guerre. Il la conserve jusqu'à son départ du service actif le 21 janvier 1935. Au cours de ces quatre années il est le « commandant en chef désigné » c'est-à-dire qu'en cas de guerre, il devient le plus haut personnage de l'armée détenteur d'un pouvoir qu'il définit lui-même comme étant celui du

« Général qui aura la charge de commander des millions d'hommes à la frontière et devant les responsabilités duquel toutes les autres tomberont »[1].

De telles responsabilités militaires et morales impliquent, a priori, de la part du général Weygand une vision géostratégique à la hauteur de la mission dévolue. Mais qu'en est-il réellement?

Comment le général Weygand perçoit-il le monde qui l'entoure? Comment définit-il les éventuelles menaces susceptibles de peser sur la France? Limite-t-il son action à la transformation en termes techniques des décisions prises par le pouvoir politique? Ou, à l'inverse, de quelle liberté d'action légale ou réelle bénéficie-t-il ?

 

 

Une approche juridique

  

En temps de paix, le vice-président du Conseil supérieur de la guerre, également inspecteur général de l'armée, est un homme démuni de tout pouvoir, mais aussi de toute autorité autre que morale sur l'armée. Aucun état-major digne de ce nom ne travaille à son profit. Il ne rencontre le ministre de la Guerre que s'il en fait la demande ou si ce dernier désire s'entretenir avec lui. Son subordonné direct, c'est-à-dire le chef d'état-major de l'armée a pour supérieur direct...le ministre de la Guerre en personne. Ainsi, en temps de paix, l'armée est aux ordres du chef d'état-major général (Gamelin), alors que le personnage placé au sommet de la hiérarchie militaire (Weygand) ne possède qu'un pouvoir virtuel.

Weygand n'ignore rien de cette situation administrative[2]. Mais il est très certainement persuadé, en 1931, qu'il pourra surmonter cet handicap administratif.

Cette dichotomie paradoxale n'est pas nouvelle au début des années trente. Elle exista tout d'abord jusqu'en 1911, puis s'effaça avec Joffre devant la menace de guerre et réapparut avec Pétain après la Grande Guerre. Le général Weygand, chef d'état-major général en1930, puis vice-président du Conseil supérieur de la guerre jusqu'en 1935 est au cœur de ce système[3].

 

 

L'homme

 

 

Lorsqu'il devient vice-président du Conseil supérieur de la guerre, cela fait près de vingt ans que le général Weygand fréquente les plus hautes sphères de l'armée et de l'État, dans l'entourage de Joffre, dans l'ombre puis sous la férule de Foch, seul en fin après le décès de son maître.

Son apprentissage est jalonné de moments importants voire particulièrement intenses qui contribuent largement à son éducation politico-militaire. Ils contribuent à la naissance, dans l'opinion publique, dans le monde politique et dans l'armée, en France et à l'étranger, d'une image de plus en plus simple, nette et tranchée d'une personnalité dont rares sont ceux qui en discernent les nuances et en percent la complexité.

Si l'on exclut volontairement la Première Guerre mondiale, l'éducation politique de Weygand commence lors de l'élaboration du traité de Versailles comme le rappelle René Benjamin dans son ouvrage Clemenceau dans sa retraite, lorsqu'il prête au « Tigre» les propos suivants :

 

« Weygand... c'est quelqu'un... il m'a résisté. Mais... c'est un violent. Si l'occasion se présente, il sera un grand soldat. Sa violence, méfiez vous, peut l'emporter jusqu'à devenir un grand civil ! »[4]

 

Sa participation à la guerre russo-polonaise en 1920[5] détermine en partie la carrière à venir du général Weygand et contribue à le positionner, malgré lui, sur l'échiquier politique français.

Par ailleurs, la liesse qui entoure le départ de Weygand de Varsovie et son arrivée à Paris participent, dans les milieux de gauche et principalement chez les communistes français, à la définition d'une image d'un général Weygand homme-lige de la droite réactionnaire et héraut de la lutte victorieuse contre le bolchevisme.

Cette image est définitivement établie lors du séjour de Weygand au Levant, d'avril 1923 à mai 1924. Au cours de cette période, Weygand apparaît comme un organisateur capable, dans un contexte délicat, d'administrer un territoire avec la même efficacité que celle apportée à la direction d'un état-major. Mais les conditions de son rappel en France par Édouard Herriot après la victoire du Cartel des Gauches aux élections de 1924, son remplacement par le général Sarrail puis la polémique qui éclate le situent définitivement à droite, dans l'opinion et dans la classe politique française. L'impact de cette polémique est d'autant plus important pour Weygand que le ministre de la Guerre du cabinet Briand n'est autre que Paul Painlevé qu'il retrouvera quelques années plus tard au Conseil supérieur de la guerre puis à la tête du Haut comité.

Ainsi à partir de 1929 (année de la mort de Foch), tous les ingrédients d'une incompréhension mutuelle et la suspicion réciproque, entre la classe politique et le général Weygand, sont en place, faute pour chacun d'avoir su, comme l'écrit le professeur Bankwitz, « lire dans le cœur de l'autre »[6]

 

Pourtant, et contrairement à l'image qui existe de lui en France de l'extrême-droite à l'extrême-gauche, le général Weygand adhère tout à fait au sentiment général qui anime l'ensemble du pays depuis 1919 et se concrétise par les lois militaires de 1928. Il est, comme l'ensemble de la Nation, profondément marqué par le « bain de sang » de la Première Guerre mondiale qui se traduit par la définition d'une trilogie politico-militaire floue et sécurisante de la « Nation en armes, de la défense des frontières et de la défense du traité de Versailles ». Toutes les composantes politiques françaises se regroupent implicitement ou explicitement autour de cette conception « obligatoirement bonne » de la défense du pays qui amplifie les facteurs qu'elle considère comme étant ceux de sa victoire et gomme ceux qui furent le plus durement ressentis. Cet ensemble, mieux que n'importe quel corps de doctrine, explique et justifie aux yeux de l'opinion la naissance d'une structure nouvelle de l'armée française articulée autour de la ligne Maginot, de la Couverture et du service d'un an.

Le général Weygand adhère à cette trilogie qui réduit sa capacité de mise en perspective des problèmes. Il en devient même l'un des ardents défenseurs. Il estime en effet que les réformes décidées à la fin des années vingt, même si elles ne correspondent pas à ses sentiments les plus profonds, sont justifiées dans la mesure où elles représentent la formalisation des courants les plus forts qui traversent la société française.

Son action ne vise donc pas à battre en brèche les réformes opérées, comme voudraient le faire penser ses détracteurs du moment, mais à obtenir le respect strict des engagements pris, c'est-à-dire l'application de la loi[7]. Naïveté ou démarche politique consciente, toutes les actions qu'il développe au sein du Conseil supérieur de la guerre, avec (le plus généralement contre) les différents ministre de la Guerre ou les gouvernements, s'inscrivent toujours scrupuleusement dans le cadre légal défini en 1928. Il ne semble pas pour Weygand qu'il puisse exister un «esprit des Lois », seule la lettre compte[8]. C'est dans ce cadre général, ici réduit à l'extrême, que s'inscrivent, se composent puis se développent les conceptions géostratégiques de Weygand.

 

 

La dimension générale des conceptions géostratégiques de Weygand

 

 

Weygand fournit les éléments principaux de sa vision géostratégique dans une note qu'il rédige le 16 janvier 1933[9]. Elle est, dès l'origine, entachée d'une limite importante qui réside dans l'antagonisme profond et partagé qui existe entre Weygand et plusieurs des ministres de la Guerre ou membres des gouvernements successifs[10]. Weygand estime en effet qu'il doit définir une politique de Défense nationale qui se fonde sur sa propre vision géostratégique, non pas parce que cette tâche lui revient, mais parce que les gouvernements qui se succèdent sont incapables de le faire :

 

« La France est profondément pacifique. C'est vrai, c'est simple, mais c'est justement trop simple pour suffire à définir sa politique »[11].

 

C'est dans cette approche de Weygand que réside l'un des hiatus les plus importants de toute la période: en l'absence de toute liaison intellectuelle et de toute confiance réciproque entre le pouvoir politique et le vice-président du CSG, celui-ci estime qu'il n'existe pas de politique de défense donc que sa responsabilité lui impose d'en définir une à partir des éléments de réflexion dont il dispose. Il la définit de façon théorique et globale de façon à pouvoir répondre à toutes les menaces, d'où qu'elles viennent, même si une telle politique, militairement cohérente, est politiquement, économiquement ou socialement inacceptable ou irréalisable.

 

 

La situation géostratégique de la France d'après la note de janvier 1933[12] 

 

Le général Weygand dresse un tableau de la situation stratégique de la France en trois volets. Il aborde en premier lieu la position géographique du pays qui détermine largement sa situation stratégique. Puis il oppose, en deux ensembles, les nations hostiles à la France et celles qui lui sont favorables. Il inclut dans un premier ensemble l'Allemagne et les États qui remettent en cause les traités de paix et l'ordre établi à partir de 1919 parlant de ces

« voisins de l'est et du sud-est (qui) affirment ouvertement une politique de renversement de l'état de choses établi par les traités et des intentions agressives à son égard ».

Il redoute que les modes de gouvernement totalitaire adoptés par ces États leur permettent de déclencher une guerre contre la France, ou ses alliés, sans le moindre préavis:

 

« Ils ne lui laissent même pas ignorer les modalités du conflit futur, résumées dans le terme nouvellement à la mode de "guerre brusquée", sur terre, par mer et dans les airs ».

 

Au nombre des pays ou groupes de pays qui entretiennent des relations privilégiées avec la France, il cite, à l'exclusion de tout autre, la Belgique, la Pologne et la Petite Entente.

En ce qui concerne la Petite Entente et la Pologne, Weygand estime qu'elles peuvent procurer à la France les avantages traditionnels de l'alliance de revers[13]. Encore faut-il qu'une politique de défense claire, qu'il appelle de ses vœux, existe:

 

« Il apparaît donc comme absolument indispensable de se mettre sans aucun retard à cette étude méthodique et approfondie. Ses résultats seront la base obligée de toute organisation ou réorganisation des forces de Défense Nationale. Elle ne peut être faite que par les chefs responsables : Ministres, Chefs militaires, c'est à dire par un Conseil de la Défense Nationale réduit et rationnellement constitué. [14]

 

En fait, l'image que Weygand se forge des pays voisins ou éloignés de la France est marquée du double sceau de la perception émotionnelle et militaire. Et, plus que dans tout autre domaine, le poids du passé y joue un rôle prédominant

Lorsqu'il s'intéresse, parle ou écrit sur l'Allemagne, son attitude est empreinte d'intransigeance lorsqu'il s'agit de faire respecter les traités, de suspicion face aux demandes qu'elle formule, d'attention lorsqu'il suit pas à pas la reconstitution de sa puissance industrielle et militaire, de craintes enfin lorsque ce qu'il appelle le «mysticisme germanique » est relayé par la propagande nationale-socialiste. Ses relations avec la majorité des autres pays qui entrent dans ses préoccupations (Belgique, Italie, Petite Entente, Pologne...) se situent dans une perspective identique, qu'il s'agisse d'assister aux obsèques du roi des Belges le 20 février 1934, ou de s'entendre dire par Lord Milner le 20 juin 1934 :

« Savez-vous pourquoi je viens vous voir ? Parce que dans ma dernière visite le Maréchal Foch m'a dit: Weygand sera toujours fidèle à l'amitié britannique. »[15]

L'URSS occupe une place à part dans la vision géostratégique de Weygand. En effet nous pensons que le général Weygand n'exclut pas une alliance de revers avec IURSS en dépit de la position polonaise. Mais le milieu auquel il appartient et dont il est le héraut lui interdit d'en faire état publiquement et lui impose des contraintes qui limitent la portée de son action en la matière.

 

 

L'Allemagne de Weygand

 

 

Dès qu'il quitte la politique intérieure française, qui apparaît régulièrement comme étant sa première préoccupation, Weygand s'inquiète de la menace allemande et du risque d'attaque brusquée qu'elle induit. Il puise sa définition de la menace allemande autant dans ses souvenirs de la Grande Guerre que dans les documents de 2e Bureau de IEMA ou les informations du ministère des Affaires étrangères.

Weygand affiche l'intime conviction que tôt ou tard l'Allemagne déclenchera, sans avertissement préalable, une attaque brusquée contre la France et que la survie puis la victoire française résideront dans la capacité de son armée à arrêter l'assaut initial grâce aux fortifications et à la Couverture, puis à contre-attaquer grâce à des réserves générales puissantes et mobiles. C'est ce à quoi il fait allusion à deux reprises en janvier 1933 après avoir relu les notes au jour le jour rédigées par Paléologue vingt ans auparavant entre les mois de mars et de mai 1913 :

 

« 12 mars 1913 : Visite du général Joffre à M. Poincaré. Ce dernier expose au général le dernier état des pourparlers secrets avec le War Office, et la valeur et la rapidité de l'intervention anglaise et l'avis de Lord Kitchener sur la nécessité pour notre couverture de tenir bon avec les forces actives en attendant le secours. Joffre écoute le tout et sur le seuil de la porte dit enfin de sa voix lente et calme : "ce sera plus dur encore que je ne croyais."

Remarque générale après la lecture du 1er trimestre. C'est à quel point on redoute l'attaque brusquée et la conclusion qui en résulte : il faut que les troupes françaises puissent y faire face avec les seules forces de l'active. C'est à quoi il faut revenir pour la forteresse: les Réserves immédiates, les Réserves Stratégiques autonomes.

12 mai : à propos de l'alerte causée par l'acceptation de soutien d'Albanie par Nicolas de Monténégro, Jules Cambon fait connaître un propos du général von Molkte : "Il faut laisser de côté les lieux communs sur la responsabilité de l'agression. Il faut mettre toutes les chances de son côté…" D'où le problème de l'agression brusquée »[16].

 

Les renseignements et les informations qui lui parviennent le confortent tous dans ses convictions personnelles comme le montre la copie d'une lettre de François-Poncet à Paul-Boncour qui lui est communiquée en mars 1933[17] :

 

« Depuis le scrutin de dimanche dernier, le parti hitlérien a accentué son action en vue de s'emparer de la direction de la police allemande et d'en faire l'instrument de sa domination dans tout l'Empire. Maître absolu de la police prussienne, il semble s'être donné pour but de s'emparer successivement de la Police des divers États. »

 

Son intransigeance sourcilleuse devient même compréhensible lorsque lui parvient cette autre lettre de François-Poncer à Barthou datée du 2 mai 1934 au sujet des travaux et du livre Raum und Volk im Weltkriege du professeur Banse de Brunswick[18].

 

Les lignes consacrées aux races françaises et reproduitent par la RMF sont édifiantes. Banse explique, d'après l'article, que la France est constituée du mélange entre les races orientales et méditerranéennes et qu'elle est dominée par une minorité active de race nordique. Cette dernière composante, c'est-à-dire « l'élément germanique » est ainsi défini par l'auteur :

« (C'est) le nerf vital de la France. (Il faut) affaiblir cet élément germanique et au besoin l'exterminer. Des guerres impitoyablement menées, diminuant le nombre des gens de cette caste guerrière en France, déportation d'une partie d'entre-eux, par exemple vers l'Allemagne orientale où ils se germaniseront rapidement, mélange de ceux qui demeureraient dans le pays à des méridionaux et à des nègres... »[19] 

 

Cet environnement univoque conduit naturellement Weygand à émettre dans son Journal, le 10 juillet 1932, ce jugement sans appel :  

 

« Pour ne parler que de l'Allemagne : Réarmement, militarisation, mystique. Tout cela au service de desseins nullement cachés d'abord Pologne. Anschluss, en attendant la revanche à l'ouest. Tout cela le monde le sait. (...) Mes fonctions me font devoir de le dire au gouvernement, de le prévenir du danger que court la Défense nationale, de le conjurer de tenir ferme en usant de tous les moyens d'action sur son projet initial. Je manquerai à ma mission et compromettrai mon honneur militaire en me taisant »[20].

 

Pourtant, force est de constater qu'il n'est que rarement écouté entre 1930 et 1935, à chaque fois qu'il dénonce la duplicité allemande, la reconstruction de sa puissance militaire et les seuls atermoiements qui lui étaient opposés. Et si en 1930 la puissance allemande était réellement inexistante, la situation militaire allemande en 1935, telle qu'elle est perçue par l'EMA, ne permet plus aucune discussion et montre la portée, très limitée de l'action pédagogique menée par Weygand, quelle qu'ait pu être la pertinence de sa perception.

 

 

La Belgique de Weygand

 

 

La Belgique occupe une place à part dans la pensée du général Weygand. Elle est au centre des préoccupations du « généralissime désigné » en raison de sa situation géographique face à l'Allemagne, de son balancement stratégique perpétuel entre la Grande-Bretagne et la France, voire de son attirance pour la neutralité. De plus, au delà de cette préoccupation rationnelle, il existe chez Weygand, depuis la Grande Guerre, un attachement particulier pour la Belgique, jamais démenti par les faits.

Sur le plan militaire, toute l'action du général Weygand, à titre officiel ou privé, consiste à ancrer la Belgique dans le camp français. Ce faisant Weygand cherche à obtenir que la Belgique défende sa frontière orientale en barrant le couloir qui existe entre Namur et Longuyon afin qu'il puisse gagner des délais en cas d'attaque allemande, déterminer là où se situe l'effort principal de l'ennemie t y apporter la réponse la meilleure en évitant d'entrer en Belgique en aveugle.

Entre la fin du mois de mars et le début du mois d'avril 1931, le général Weygand expose clairement ses conceptions stratégiques vis-à-vis de la Belgique dans un brouillon manuscrit qu'il destine à l'attaché militaire français à Bruxelles et qui après avoir été mis en forme et repris par l'EMA doit devenir le document de référence, non diffusé, sur le point de vue français de la défense de la Belgique[21].

En la matière, deux tendances s'opposent. La première privilégie la défense d'un « réduit national » appuyé sur la ligne de l'Escaut et articulé autour de la défense des places fortifiées de Gand et d'Anvers. Weygand pense que cette conception, proche de celle adoptée en 1914 est stratégiquement dangereuse pour la France comme pour la Belgique et ce d'autant plus qu'elle se fonde sur une approche britannique du respect de la neutralité belge et de la conservation d'une tête de pont maritime-si possible puissante -dans ce pays. Le général Weygand est opposé à cette solution qu'il souhaite coûte que coûte faire répudier.

Il lui préfère une défense de l'avant, sur la frontière orientale grâce à la création d'une véritable région fortifiée, doublée d'une défense plus à l'intérieur du territoire, en cas d'échec sur la position principale de résistance. Il pense que cette approche est la meilleure car elle est

« orientée vers une idée nationale juste : la défense du territoire et vers la préparation de la collaboration française »[22].

Weygand ne ménage pas ses efforts pour obtenir l'adhésion des autorités belges à ses conceptions comme l'attestent les entretiens réguliers qu'il mentionne dans son Journal[23]  avec M. de Broqueville, M. Devèze, les généraux du Bois ou Gallet, ou le Roi des Belges. Pourtant, la situation militaire de la Belgique, en dépit de la chaleur des relations personnelles qu'il y entretient, l'inquiète autant que les réticences du gouvernement français. Il s'en ouvre auprès de M. Devèze au début du mois de janvier 1933 lorsqu'il lui demande d'intervenir directement auprès de M. Daladier pour obtenir que leurs vues communes soient entendues du gouvernement français :

 

« Déjeuner avec M. Devèze -général du Bois. Très bien. Tout à fait d'accord sur tous les points. Moi je lui demande, quand il verra la semaine prochaine M. Daladier, de lui dire sur quoi la Belgique est en droit de compter de la part de la France »[24].

 

Général du Bois. M. Devèze avec qui j'ai déjeuné le Il me fait dire qu'il a déjeuné hier avec M. Chautemps à défaut de Daladier, il a appelé son attention sur la nécessité pour la France de ne pas s'abandonner. Si elle ne se défend pas, la Belgique devra changer sa politique. »[25]

Ses inquiétudes sur l'avenir des relations militaires franco-belges l'amènent à conclure avec fatalité, le 16octobre 1933 :

 

« Vu M. de Broqueville, il vient avec l'assentiment du Roi, me dire, que toutes les difficultés sont aplanies dans l'état-major, dans les rapports du Roi et de M. Devèze et que chacun s'embrasse sur les ouvrages de la frontière de l'Est, réel ami pour nous. Je ne crois rien de tout cela exact Il s'agit de nous endormir sans doute. Cela m'a été confirmé depuis).(...). Très cordial, nous faisons semblant tous deux de nous croire plus bêtes que nous sommes, mais le rite est accompli. »[26] 

 

L'Union Soviétique

 

 

Les documents auxquels nous avons eu accès sur la perception qu'a le général Weygand de l'URSS et la nature des relations qu'il envisage avec elle sont peu nombreux. Ils ne nous autorisent qu'à émettre l'hypothèse selon laquelle Weygand aurait vu en l'Union soviétique l'allié de revers puissant dont la France avait besoin à l'est, rôle que ne pouvaient remplir qu'imparfaitement les nations de la Petite Entente et la Pologne.

Plusieurs faits ou récits convergents permettent d'étayer cette hypothèse. Le plus sujet à caution, est la version qu'en donne Pertinax dans Les Fossoyeurs lorsqu'il écrit:

 

« Dans cette catégorie de faits, l'aventure la plus étonnante est celle de Weygand. Inspecteur général de l'armée, il s'est convaincu, dès 1932, qu'à l'égard des Soviets, la politique française se devait réviser ses principes. Nous devons profiter des premières querelles d'Hitler et de Staline pour miner et détruire la complicité germano-russe commencée à Rapallo, en 1922. (...). Au début de 1933, c'est-à-dire bien avant que le ministère des Affaires étrangères ne se soit mis en mouvement, il écrit à un homme d'État étranger qu'il a toujours trouvé en concordance avec lui, pour le chapitrer. Si la Pologne ne veut pas suivre la France dans l'alliance militaire avec les soviets que nous impose la croissance de l'armée allemande, eh bien, on se passera d'elle! Depuis 1932, l'un des officiers de son état-major, le colonel de Lattre de Tassigny, poursuit d'interminables échanges de vues avec le général Wenzof, attaché militaire russe à Paris. Notez bien que Weygand (d'après la lettre à laquelle je me réfère) prononça le mot d'alliance militaire alors que le quai d’Orsay, plus circonspect, s'en tenait à une sorte de Locarno de l'Est où la liberté de nos décisions ne serait pas aliénée. »[27]

 

 Nous pensons, que le général Weygand envisagea très tôt (peut-être à partir du début de 1932) un rapprochement avec l'URSS. Cette hypothèse, ne peut être démontrée de façon catégorique. Mais les documents réalisés lors de « l'exercice Méditerranée »[28] de 1932-1933 apportent des éléments nouveaux de réflexion.

Les documents émanant de la direction de l'exercice, c'est-à-dire du général Weygand et ayant trait au ravitaillement de la Petite Entente et de la Pologne[29] sont très clairs sur le nécessaire rapprochement avec l'URSS en des termes qui ressemblent étrangement à ceux utilisés par Pertinax dans le tome 1 des Fossoyeurs. Confronté à une incapacité à ravitailler correctement ses alliés d'Europe Centrale, la direction de l'exercice ne trouve qu'une seule issue, une entente avec l'URSS :

 

« Ce problème angoissant du ravitaillement de nos alliés de l'Europe Centrale pourrait être non seulement résolu, mais supprimé si une entente convenable nous assurait la neutralité bienveillante de la Russie »[30].

 

Or que signifie l'expression «neutralité bienveillante» de l'URSS ? Cela signifie que l'URSS se substitue à la France en ce qui concerne le ravitaillement des alliés de la France :

 

« Le Rapprochement russe, en dehors de toute coopération militaire, nous permettrait peut-être de donner en outre à la Petite Entente l'alimentation en moyens de combat que nous sommes dans l'impossibilité de lui fournir par d'autres voies »[31].

 

En fait, la question générale qui apparaît est celle de l'attitude du général Weygand face à la traditionnelle alliance de revers nécessaire à la France. Dans le système existant en 1932, la Petite Entente et la Pologne d'un côté, l'URSS de l'autre ne font que compliquer, pour le général Weygand, la donne traditionnelle. Le premier ensemble, allié à la France et dont la France a besoin comme allié de revers, est incapable, en cas de guerre contre l'Allemagne et (ou) l'Italie de subvenir à ses propres besoins. Le général Weygand reconnaît également être incapable de la soutenir en cas de guerre.

Reste l'URSS, puissance aux ressources formidables contre laquelle s'est battu le général Weygand pendant la guerre russo-polonaise, Weygand est foncièrement anticommuniste, mais il est avant tout le généralissime désigné. Sa fonction en cas de guerre lui impose d'être en premier lieu un chef pragmatique, quelles que soient ses opinions personnelles.

C'est pourquoi nous pensons qu'il envisage un rapprochement avec l'URSS, en faisant abstraction de tout comportement idéologique, comme une nécessité vitale pour la France. Or s'il n'est pas envisageable de recréer une alliance franco-russe comme celle des années 1890, pour des questions peut-être idéologiques mais surtout en raison de l'existence des pays créés ou recréés après la fin de la Grande Guerre, il est possible, voire indispensable de se rapprocher de l'URSS afin que ce pays apporte soit à la Petite Entente et à la Pologne tout ce qui lui fait défaut, soit à la France la puissance militaire capable de s'opposer victorieusement à l'Allemagne.

 

 

En tout état de cause, dans une situation diamétralement opposée, c'est-à-dire celle d'une attitude agressive de l'URSS vis-à-vis des alliés de la France. Ces derniers, au lieu de représenter une alliance de revers que l'on ne peut renforcer, ne représenteraient qu'un poids pour la France. La notion d'alliance de revers se trouverait alors totalement vidée de son sens et disparaîtrait de fait.

Le pragmatisme de Weygand dans son attitude avec l'URSS apparaît une nouvelle fois, ce qui renforce notre hypothèse, lors de la question de la vente de matériel militaire à l'URSS, débattue à la fin de 1932 et au début de 1933.

Le 28 décembre 1932[32], M. Daladier informe l'EMA que le gouvernement ne voit aucune objection a priori à la vente de matériel militaire par la France (industrie privée et établissement d'État), au profit de l'URSS. Deux jours plus tard, M. Daladier reçoit M. Saint Sauveur représentant la société Schneider qui lui fait savoir que sa société refuse de vendre du matériel de guerre à l'URSS sauf si le gouvernement « couvre » cette société par une « lettre du gouvernement français l'y invitant formellement, en raison de l'intérêt attaché par lui à cette affaire »[33].

Les raisons des réticences de la société Schneider sont essentiellement politiques :

 

« -inopportunité de fournir des armements à la Russie dans la situation politique générale actuelle, crainte d'une vive émotion de l'opinion publique en France et dans les pays amis et alliés, voisins de l'URSS.

-probabilité d'une campagne de presse et même interpellation »[34].

 

Le gouvernement développe alors, à travers la personne de M. Daladier un argumentaire qui plaide en faveur des ventes demandées par l'URSS : moyen de lutte contre la crise, nécessité de faire travailler les usines de guerre, concurrence de la Grande-Bretagne, etc. Quelle est l'attitude de Weygand sur cette question? Le général Gamelin l'informe des tractations en cours entre le 9 et le 13 janvier 1933. La réponse du général Weygand mérite d'être citée in extenso car elle se situe aux antipodes des réactions à l'égard de l'URSS qui lui sont généralement prêtées depuis 1921 et sont très proches de celles de Daladier :

 

« Mon cher Gamelin, il y a quelques jours vous m'avez fait demander si je ne voyais pas d'inconvénients à la livraison de matériel de guerre à la Russie. Je vous ai fait répondre NON puisqu'il s'agit de donner du travail à notre industrie de guerre, ce qui présente des avantages incontestables d'ordre social en temps de crise et militaire.

À la réflexion, et si la livraison envisagée prend de la consistance, il m'apparaît qu'il s'agit là d'une affaire qui peut prendre une très grosse importance à tous égards, et je vous demande de me tenir au courant. Où en est-on? Le gouvernement a-t-il donné son consentement à ce projet ? Quelle est la quantité de matériel demandée ? etc... Bien cordialement. Weygand »[35].

 

Il est intéressant de noter le caractère catégorique et immédiat de la réponse de Weygand et les raisons, d'ordre social, qu'il invoque en premier lieu. Il faut aussi noter que la décision de Weygand est prise alors qu'il ignore encore les positions de Daladier puisqu'il écrit: « Le Gouvernement a-t-il donné son consentement à ce projet ? »

Sans doute, les éléments matériels qui tendent à démontrer que le général Weygand aurait envisagé, dès 1932, une alliance de revers avec l'Union Soviétique sont peu nombreux, mais ils sont suffisants pour que l'hypothèse ne soit pas écartée. Voilà donc un axe de recherche qui mérite d'être exploité.

 

Conclusion

  

La vision géostratégique de Weygand est en fait complexe. En temps de paix, il envisage nombre de paramètres que nous n'avons pas évoqués ici, qui concernent, par exemple l'Afrique, les États -Unis ou le Japon. Mais très vite sa perspective se réduit dès qu'il pense à une guerre avec l'Allemagne qu'il juge inexorable.

 

Alors, la France de Weygand n'est plus qu'une France isolée et continentale. L'ennemi, c'est l'Allemagne, l'Italie, rarement mentionnée n'est considérée que comme un trublion omniprésent et désagréable. Les nations de l'Europe orientale, alliées privilégiées de la France ne représentent qu'une puissance d'appoint incertaine et l'URSS n'est encore qu'un rêve. Même la Belgique, dont la place est essentielle dans le dispositif militaire français, apparaît comme un allié et un appoint incertain voire douteux et l'engagement des forces françaises outre-Quiévrain n'est envisagé qu'avec prudence. Quant à la place que confère Weygand à la Grande-Bretagne, elle est proche de celle qu'elle occupait avant la Grande Guerre c'est-à-dire une alliée fidèle mais lointaine.

Ainsi la France militaire de Weygand nous apparaît, à l'aube de 1935 comme une France qui doit se préparer, dans des conditions chaque jour plus difficiles. à affronter seule l'Allemagne comme si rien n'avait véritablement changé depuis le 11 novembre 1918 :

« Deux hypothèses :

-nous sommes seuls,

-nous sommes avec les Belges (soit que Belgique envahie, soit que Belgique ait compris) ».

 

Général Weygand, Journal, 26 avril 1930.

 

 

 



[1]    Journal du général Weygand. 10 février 1933.

[2]    Sa remarque initiale (voir note 1) écrite au futur est sur ce point significative.

[3]    À partir de 1935, le général Gamelin cumule, à l'image de Joffre. Les fonctions de chef d'état-major et de vice-président du CSG.

[4]    René Benjamin, Clemenceau dans sa retraite, Paris, Plon, 1930, 254 p. 114.

[5]    Le maréchal Foch, sollicité pour remplir une mission pleine de risques au profit de la Pologne décline la proposition et suggère que l'on envoie Weygand qui « fera ce que j'aurais fait »

[6]  « ... The patient understanding enabling each to see into the other's good heart » Bankwitz, Maxime Weygand and civil-military relations in modern France, Harvard University Press, Cambridge, Mass., 1967. p. 23.

 

[7]    À ce sujet voir Bankwitz, op. cit., p. 47 et l'interview accordée par le général Weygand au professeur Bankwitz sur cette question le 27 mars 1951 ainsi que les documents réalisés par Weygand lors de la préparation de son procès. SHAT 1K130, dossier 22 et enfin les procès-verbaux des séances du CSDN dont celle du 28 octobre 1932. SHAT 2N7.

[8]    Il écrit à ce sujet dans son Journal le 11 décembre 1931, résumant une conversation qu'il vient d'avoir avec le ministre de la Guerre: « Le ministre me fait appe1er. Longue conversation faisant suite à une autre notée par ailleurs sur l'état moral (loyalisme de l'Armée>. Je lui dis : "l'Armée ne fait pas de politique, elle obéit au Gouvernement, quel qu'il soit Louis XVI, Bonaparte." » (Texte souligné par Weygand).

[9]    Note 138/S du vice-président du CSG, datée du 16janvier 1933. SHAT 1K130 et 1N33.

[10]   À titre d'exemple, Weygand qualifie régulièrement Paul-Boncour, dans son Journal, de «Vieille Cocotte» et écrit à son sujet le 18 octobre 1932: « Avant de quitter le quai d'Orsay, je vais avec le général Gamelin trouver M. Paul-Boncour pour lui demander les instructions sur ce que l'état-major de l'Armée a à préparer. "Mais ce que vous voulez !". TI a oublié qu'il était ministre de la Guerre. Je m'en étais déjà aperçu.» À l'inverse, Paul¬Boncour dans ses Mémoires (Entre Deux Guerres, Tome 1. Les lendemains de la victoire, 1919-1934, Paris, Plon,1945, 435 p., et Tome ll. Sur les chemins de la défaite, 1935-1940, Paris, Plon, 1946. 330 p.) n'évoque que de façon allusive ses rapports avec Weygand pour la période 1930¬1935.

[11]   Note 138/S, op. cit.

[12]   Note 138/S, op. cit.

[13]   Dans cette note officielle, Weygand n'évoque pas l'URSS qui occupe pourtant, comme nous le verrons plus loin, une place importante dans sa vision géostratégique.

[14]   Il est à noter que le général Weygand situe les chefs militaires parmi les «chefs responsables» du CSDN, ce qu'ils ne sont pas en réalité. Cette mention est à rapprocher de la lutte que mène Weygand auprès des gouvernements en vue d'une modification du statut des militaires au sein du CSDN.

[15]   Journal, 20 juin 1934.

[16]   Journal, 30 janvier 1933.

[17]   Lettre de François-Poncet à Paul-Boncour, ministre des Affaires étrangères, n°238/ambassade de France à Berlin du 8 mars 1933. SHAT 4N95.

[18]   Lettre n°645/ambassade de France à Berlin du 2 mai 1934, SHAT 4N95.]], fortuitement (ou non) relayée par la Revue Militaire Française, dont il est intéressant de citer un bref extrait sur les « races françaises »[[ Revue Militaire Française. n051, pp. 125-137 ; n052. pp. 5-42. Les citations sont extraites du n052. Raum und Volk im Weltkriege. Wehrwissenschaft, Gerhard Stalling, Oldenbourg. 1933.

[19]   Ibid., p. 33 et sq. Cet extrait est à rapprocher de cette mention concernantla nomination de Weygand comme chef d'état-major en 1930 reproduite dans le Kreu zzeitung du 26 janvier 1930, 2e édition. « Comme son seigneur et maître. le maréchal Foch. Weygand, cet homme au nom allemand, est lui aussi l'ennemi déclaré et acharné d'une entente franco¬allemande. »

[20]   Journal, 10 juillet 1932. Souligné par Weygand.

[21]   Brouillon manuscrit du général Weygand sur les directives à donner à l'attaché militaire à Bruxelles (fin mars, début avril 1931) et note sur la défense de la Belgique, EMA/sous-chef EMGA du 23 avril 1931, SHAT 7N2736.

[22]  Ibid.

[23]   Voir le Journal du général Weygand aux dates suivantes : 29 mars 1930, 16 avril 1931, 11 et 18 janvier 1933, 16 octobre et 30 novembre 1933, entre autres.

[24]   Journal, 11 janvier 1933.]]

[25]   Journal, 18 janvier 1933.

 

[26]   Journal, 16 octobre 1933.

[27]   In Pertinax, (André Géraud), Les Fossoyeurs, tome II, New York, Éditions de la Maison de France, 1943, 316 p., p. 43-45. Voir également dans le tome I, New York, Éditions de la Maison de France, 1943. 376 p. 15.

[28]   « Exercice Méditerranée », Direction. «Le ravitaillement de la Petite Entente et de la Pologne », Paris. 28 mars 1933. SHAT IN85.

[29]   « Exercice Méditerranée ». op. cit.

[30]   « Exercice Méditerranée », Ibid.

[31] « Exercice Méditerranée » , op. cit.

[32] Résumé établi à partir des éléments contenus dans une étude de l'EMA 2e Bureau, Section des Armées étrangères datée du 14 janvier 1933. sans numéro d'enregistrement. SHAT 7N3182.

[33]   Ibid.

[34]   Ibid.

[35]   Lettre personnelle du général Weygand au général Gamelin. Paris. le 14 janvier 1933. SHAT 7N3182.