International

8 universités d'Europe s'allient pour que nos sociétés deviennent plus résilientes

Nos sociétés ne se remettront de la crise du Covid-19 que si elles collaborent au niveau international.

Les universités ont su prouver leur valeur lors la crise du coronavirus. De plus en plus de personnes à travers le monde font confiance aux compétences de la recherche universitaire. Toutefois, nos connaissances actuelles ne sont ni parfaites ni suffisantes. Nous fournissons des efforts considérables pour mieux comprendre le Sars-CoV-2 et le comportement d’autres virus, pour réfléchir aux fonctionnements des pandémies dans un monde totalement connecté et pour améliorer les traitements médicaux des infections. À l’avenir, il sera aussi nécessaire d’engager des recherches pour évaluer les capacités d’adaptation des sociétés et des populations face aux circonstances exceptionnelles actuelles. Il faudra également mesurer si ces sociétés et populations ont changé au cours de ces situations critiques et voir comment elles peuvent devenir plus résilientes afin de faire face aux crises à venir. Celles-ci pourront prendre différentes formes, sans même parler du seul changement climatique. Les recommandations des scientifiques destinées aux politiques sont cruciales, et pas uniquement lorsque nos systèmes de santé sont sous pression.

Les universités, de fait, ont travaillé d’arrache-pied et ont fait leurs preuves. Mais avons-nous fait tout ce qu’il fallait ? En réalité, nous avons dû nous concentrer sur nos propres missions face à la brutalité de la pandémie qui nous a touchés et réagir rapidement pour prendre des décisions importantes. Toutefois, aucune institution, aucun pays ne peut, à elle ou lui seul, relever les défis qui nous attendent.

La complexité de ces défis nécessite de penser dans le cadre d’une approche transversale internationale, grâce à de grandes alliances qui pourront tirer profit des forces, des compétences et des points de vue de scientifiques issus de domaines et de pays différents. Des efforts concertés et des moyens considérables seront nécessaires pour pérenniser ces futurs réseaux internationaux, pour garantir l’avenir de ces organisations et leurs activités. Les conséquences majeures de la crise économique mondiale supposent de développer de nouvelles compétences, de repenser la formation professionnelle et d’inventer de nouvelles façons d’apprendre.

L’initiative “universités européennes”, que nos établissements ont rejointe l’année dernière, offre un cadre prometteur pour faire converger ces efforts et ces investissements au sein de l’enseignement et de la recherche internationale. En 2018, nos huit universités ont été à l’initiative du projet Una Europa. Notre alliance, comme son nom l’indique, s’étend à travers toute l’Europe. Nous parlons neuf langues et, ensemble, nous travaillons en mêlant nos cultures et nos modes de fonctionnements. Même si nous avons dû nous concentrer sur nos propres domaines pendant cette période particulière, Una Europa nous a permis de rester connectés face aux difficultés plus ou moins similaires que nous avons rencontrées. Ainsi grâce à notre identité transfrontalière et notre engagement commun à travailler pour créer un campus virtuel européen, nous avons pu amorcer et initier des projets cruciaux en matière d’éducation et de recherche, nécessaires en cette période post coronavirus.

Nos recherches conjointes se concentrent sur des domaines essentiels pour améliorer la résilience et la durabilité de nos sociétés. Une seule santé, notre projet le plus récent dans nos domaines d’intérêt, nous incite à réfléchir à la santé en termes de réseau afin d’améliorer la détection, la prévention et le traitement des maladies. La pandémie du Covid-19 nous l’a montré, les défis sanitaires naissent d’interactions complexes entre les êtres humains, les animaux, les plantes et les écosystèmes et il est nécessaire de revoir les concepts et les méthodes existants. Une plus grande collaboration entre les secteurs et les disciplines, les sciences du vivant, la santé publique et les sciences sociales se trouve au cœur du projet Une seule santé.

Sur le front éducatif, toutes les universités doivent prendre des décisions importantes pour l’année universitaire à venir. Nous offrirons davantage de programmes en ligne tout en proposant de nouveaux formats d’apprentissage, mêlant le virtuel et le réel. Nous restons très attachés à un enseignement de grande qualité, en présentiel si nous le pouvons, en ligne parce que nous le devons. La crise actuelle nous a obligés à être plus créatifs et innovants, capacités que nous avons su développer depuis des siècles. Nous avons ainsi réussi à transformer la “mobilité” en “connectivité”. Nos étudiants n’ont pas forcément pu se déplacer mais ils ont réussi à travailler ensemble dans nos huit pays avec des partenaires locaux dans le cadre du projet Una.Ten, Transform Emergency Now. Pendant ce hackathon paneuropéen de dix jours, nos étudiants ont, par exemple, abordé des questions relatives à la ville, aux musées, aux prestataires de transport afin de proposer des solutions spécifiques aux défis liés au coronavirus.

Les universités ont beaucoup œuvré pendant cette crise. Mais nous travaillerons encore davantage sur la scène internationale parce que la collaboration au-delà des frontières, des langues et des disciplines est la seule manière de se remettre de cette situation sans précédent et de développer notre résilience pour faire face à la prochaine crise qui risque de se produire. Cette collaboration nous donne un nouvel élan pour créer l’université du futur. C’est un défi que nous sommes prêts à relever. Ensemble.

Tribune publiée sur le HuffPost et co-signée par :

  • Prof. Georges Haddad, président, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Prof. Günter M. Ziegler, président, université libre de Berlin
  • Prof. Francesco Ubertini, recteur, université de Bologne, Alma mater studiorum
  • Prof. Peter Mathieson, principal et vice-chancelier, Université d’Édimbourg
  • Prof. Jari Niemelä, recteur, université d’Helsinki
  • Prof. Wojciech Nowak, recteur, université Jagellonne de Cracovie
  • Prof. Luc Sels, recteur, université catholique de Louvain
  • Prof. Joaquín Goyache Goňi, recteur, université Complutense de Madrid

 

Photo : © Nic Cameron