Exposition d'Olga Kisseleva au Musée National de Wroclaw, Pologne.

Dès sa naissance, en 2012, le projet EDEN relève du bio-art. Celui-ci perpétue la tradition des jardins mythiques, Eden et Arcadie, par le biais d’installations plurielles, réalisées en collaboration avec des équipes scientifiques et tournées autour de l’élément de l’arbre.

Le bio-art se préoccupe de l’altération de la nature et de la lourde responsabilité qui en découle. En effet, dans le travail des bio-artistes qui créent des formes et des situations qui mettent en rapport l’homme et le monde, le naturel est non seulement pensé pour être socialement constructible mais il se rapproche aussi de la notion du vivant. C’est pourquoi le produit biotechnologique peut être également perçu comme naturel. La particularité des biotechnologies se résume dans le mariage d’un corps organique avec des paramètres établis par des manipulations technologiques. La démarche poétique de l’artiste Olga Kisseleva permet de protéger le naturel par une production artistique biotechnologique. En effet, de nos jours, beaucoup d’espèces végétales et animales éteintes peuvent être classifiées comme "éteintes physiquement, mais non génétiquement". Ces espèces ont disparu à cause des activités humaines ou du réchauffement climatique et de leurs conséquences immédiates sur les milieux naturels et les conditions de vie des organismes. Leurs ADN ont pu néanmoins être sauvegardés et sont conservés dans des laboratoires, des musées, et peuvent ainsi être réactivés. Grâce à l’avancée des recherches dans le domaine des technologies génétiques, l’ADN peut servir comme base à la renaissance de l’espèce à laquelle il appartient, exception faite de l’ADN des animaux ayant vécu à une époque très lointaine.

L’Union internationale pour la conservation de la nature a d’ailleurs créé une nouvelle "Liste verte", à côté de sa fameuse "Liste rouge" d’espèces en voie d’extinction. Les espèces qui figurent sur cette nouvelle liste qui étaient partiellement ou totalement éteintes, ont été rétablies grâce à des efforts importants et efficaces pour leur préservation. Les méthodes en cours de développement, pour le rétablissement d’espèces éteintes, seront aussi utilisées pour les espèces en voie d’extinction. Il est désormais possible de restaurer la diversité génétique naturelle lorsqu’il s’agit de population restreinte.

Son équipe a adopté une approche sensible du réseau non anthropocentré et s’intéresse à travers EDEN à un réseau organique, une entité biologique, en adoptant un médium végétal. Le projet cherche à créer un nouveau jardin d’Eden, à renouveler les approches classiques des problèmes écologiques et environnementaux, par la technologie. Plusieurs projets de régénération ou de réintroduction sont en cours, en collaboration avec les chercheurs scientifiques : pourrions-nous penser une méthode commune à la protection de la nature ? Comment reconstituer notre nature en déperdition et pourquoi faut-il agir immédiatement sur l’état naturel ? Comment réparer, écouter la nature altérée et prendre des responsabilités pour sauvegarder et prévenir des disparitions qui en découlent ? L’utopie peut-elle devenir réelle et prendre davantage d’ampleur pour sauver, ramener à la vie et faire communiquer les arbres entre eux afin de les préserver ?