Mot du conférencier : "Cette conférence a pour objectif d’étudier, du point de vue du constitutionaliste, le processus d’autoritarisation du constitutionnalisme japonais sous le gouvernement de Shinzo Abe de 2012 à nos jours.

Le cas du Japon nous paraît particulièrement intéressant à discuter. La question se pose en effet de savoir si le Japon, généralement considéré comme une démocratie libérale, peut être caractérisé comme s’orientant vers un « régime autoritaire compétitif » (David Landau).

Mes recherches ont pour but d’identifier et de prendre la mesure de l’évolution d’une tendance croissante à l'autoritarisme du constitutionnalisme japonais sous le gouvernement actuel. L’exercice du pouvoir sous le gouvernement Abe est-il arbitraire et abusif ? Bénéficiant d'une vaste majorité de sièges dans les deux chambres de la Diète, la Chambre des Représentants et la Chambre des Conseillers relevant d'un régime parlementaire inspiré du modèle de Westminster, sa coalition (Parti libéral démocrate, ci-après « LDP », et Komeito, parti bouddhiste de centre droit) est parvenue à modifier les fonctions des systèmes gouvernementaux actuels dans un sens largement plus autoritaire qu’auparavant.

Il est particulièrement intéressant de noter que les systèmes politiques et juridiques japonais fonctionnent dans les limites de leurs propres cadres constitutionnels. Hautement controversée, la loi adoptée en septembre 2015 dans le but d’élargir les activités des Forces d'Auto-Défense, et ce en dépit d’une opinion publique ouvertement défavorable, est un exemple significatif.

Il convient d'examiner en outre un projet de révision constitutionnelle du LDP publié en 2012, et d’interroger plus précisément la conception de la révision de la Constitution qui est celle du gouvernement Abe, du point de vue de la tendance grandissante à l'autoritarisme du constitutionnalisme japonais."