Rencontre d'universitaires et d'artistes européens et latino-américains autour de la thématique de la réappropriation artistique des religions vernaculaires latino-américaines.

A partir des années 40 et au cours des dernières décennies, l’Amérique Latine est devenue l’un des centres de production d’art contemporain les plus notables de la scène internationale. Sans vouloir nier les particularités de chaque artiste, ni la variété des contextes sociaux et historiques des pays de ce continent imaginé, il convient de souligner certaines tendances communes de beaucoup d’œuvres d’art latino-américain.

L’une d’elles est la fréquence avec laquelle beaucoup d’artistes traitent de la religiosité populaire. Certaines formes religieuses latino-américaines – le culte des vierges locales ou des héros de la patrie – relèvent de la définition des identités nationales, et constituent des caractéristiques particularisantes que les artistes exploitent souvent. Les religions syncrétiques de la zone caribéenne et Atlantique – la Santería cubaine, le vaudou haïtien et le candomblé brésilien entre autres, ont inspiré et continuent d’inspirer beaucoup d’artistes contemporains qui conçoivent des œuvres hybrides, d’après le terme forgé par Néstor García Canclini (1999), qui donnent des formes postmodernes et globalisées à des pratiques et des contenus ancestraux.

La mise en art de la religiosité vernaculaire permet d’identifier cet autre trait structurel de l’art latino-américain qu’est la capacité de bâtir « un pont entre l’art cultivé et l’art populaire, entre la tradition anonyme de notre peuple et ses créations les plus épurées » d’après les mots que Nancy Morejón (2015) employait pour parler de l’artiste cubain Manuel Mendive. Les noces entre ce qui est cultivé et ce qui est populaire est le nœud à partir duquel surgissent des courants qui ont marqué l’art contemporain latino-américain comme le muralisme, l’indigénisme, le primitivisme ou le kitsch, dont Luis Camnitzer (2003) dit qu’il « a été repris par des anonymes, ou utilisé comme source d’inspiration pour les produits de la haute culture ».
Parmi les religions latino-américaines, celles qui sont animistes – en grande partie d’origine indigène ou africaine – considèrent que les éléments de la nature contiennent des énergies divines. Pour cette raison, un certain nombre d’artistes ayant travaillé sur les religions populaires ont fini par aborder des thèmes en rapport avec l’écologie, souvent d’ailleurs avec une perspective spirituelle et mystique. D’Ana Mendieta jusqu’à Maizz Visual, en passant par Frans Krajcberg, Jesús de Armas ou Henrique Oliveira, l’art latino-américain, à l’instar des pensées d’Arturo Escobar ou Eduardo Viveiros de Castro, proposent des visions moins binaires de la relation entre l’homme et son environnement.

Enfin, cette approche de l’art latino-américain centrée sur la représentation des religions vernaculaires, permet de proposer une réflexion critique sur l’auto-exotisme à travers lequel les créateurs des anciennes périphéries du monde de l’art ont parfois tendance à se penser. Ce processus, que Gerardo Mosquera (1991) définit comme « autrisation » consiste à produire une image de soi-même qui corresponde à ce qui est attendu d’un latino-américain depuis l’Occident. Pour échapper à l’auto-exotisme, les artistes latino-américains ont deux options : abandonner la thématique religieuse, ou inventer des formes moins folkloriques, moins explicites de représenter les spiritualités ancestrales.

Il est donc difficile de comprendre la manière dont les artistes latino-américains représentent les religions sans aborder des questions sur l’identité nationale, la création d’hybrides culturels, sans prendre en compte les relations versatiles entre la haute et la basse culture, ou en ignorant les relations entre la spiritualité et l’écologie en Amérique Latine. Le projet Religions dans l’Art contemporain latino-américain propose des rencontres entre des artistes latino-américains, des chercheurs et des critiques pour aborder ces sujets et proposer une porte d’entrée, depuis l’Europe, à la création artistique latino-américaine la plus contemporaine.

Programme

  • David Castañer (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et Carmen Chazzin (Sorbonne Université) : Enjeux de la représentation religieuse dans les arts contemporains latino-américains.
  • Maria Josep Balsach (Universitat de Girona) : « Más allá del umbral de las estrellas ». Cecília Vicuña y la tradición chamánica andina.
  • Master class d'Alexander Apostol
  • Performance de Clemencia Labin
  • Guillermina Ramos Cruz (Universidad de La Habana/ Universitat de Girona) : Religiones afrocubanas en el arte cubano contemporáneo.
  • Cantaura La Cruz (EPHE) : Les multiples vies du Dr. Jose Gregorio Hernández. Religiosité, médecine populaire et politiques de santé au Venezuela. Un regard sur les appropriations artistiques contemporaines.
  • Rencontre avec Clemencia Labin

Programme détaillé