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Gilles Fumey - Le chocolat, une étrange passion suisse

Bulletin IPR  n°50 –  Alimentation et relations internationales

AUTOMNE 2019

 

 

Le chocolat, une étrange passion suisse

Gilles Fumey





Résumé : Comment la Suisse qui n’a pas de colonie tropicale le fournissant en chocolat a-t-elle pu devenir l’une des plus prestigieuses références culturelles du chocolat ? Sans société curiale ni corporation pâtissière dédiée au chocolat, ce petit pays alpin a transformé la culture du chocolat entre le moment où elle l’a reçue de l’Italie à la fin du xviiie siècle et la Première Guerre mondiale où l’industrie du chocolat tournait à plein régime. De la passion artisanale de quelques familles à l’adoption par la nation suisse du chocolat, le chemin passe par les villes, leurs confiseries et tout un écosystème symbolique que le protestantisme porte à son excellence.

Mots-clés : Chocolat – Suisse – Histoire culturelle – Industrie agroalimentaire – Mondialisation.


Abstract:

Chocolate: A Curious Swiss Affair

How is it that Switzerland, which has never had a colony to provide it with cocoa, has managed to become one of the most prestigious names in the world of chocolate? With neither a substantially aristocratic society nor an organized guild of chocolate makers, this small alpine country nonetheless transformed the culture of chocolate over a period that spanned the late 18th century – when chocolate making entered the country from Italy – and the eve of the First World War – by which time the chocolate industry was running at full steam. From the skill and passion of a few families to the nationwide taste for chocolate, there is a historical thread that runs through Swiss towns, their chocolateries, and a whole symbolic landscape which thrived in a largely protestant society.

Keywords: Chocolate – Switzerland – Cultural History – Agri-food industry – Globalization.



Comment les peuples embrassent-ils un produit alimentaire au point d’en faire leur référent symbolique (1) ? À l’instar des Italiens passionnés de pâtes, les Français de vins et fromages, les Allemands de saucisses, les Belges et les Tchèques de bière, les Écossais de whiskies, les Hongrois de goulash, les Grecs de l’huile d’olive, etc., les Suisses entretiennent avec le chocolat une passion proprement dévorante. Leur consommation annuelle dépasse les 10 kg de chocolat par personne, soit le record mondial. Ils ont fabriqué une industrie avec des marques telles Lindt & Sprüngli, Suchard, Cailler, Nestlé, Kohler, Favarger, Klaus, Villars et tant d’autres qui diffusent des images de « tradition » revendiquant l’excellence et l’exigence, le raffinement et les talents. Le chocolat suisse diffuser par les tablettes, présentes partout où se trouvent les voyageurs de la planète : dans les aéroports et les gares, les boutiques de luxe, les grands magasins et jusqu’à la moindre échoppe ne payant pas de mine et, bien sûr, dans toute la gamme de pâtisseries et de chocolatiers qui ne cessent de l’imiter et de la dépasser.

 

 

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1 Gilles Fumey est professeur de géographie culturelle à Sorbonne Université et rattaché à l’UMR Sirice.