Évènement

Les noms d’époque : entre réalité et imaginaires

À l’occasion de la parution de l’ouvrage collectif Les Noms d’époque : de "Restauration" à "Années de plomb" aux Éditions Gallimard, le Centre d’histoire du XIXe siècle et l’Institut universitaire de France (IUF) ont organisé une table ronde en Sorbonne.

Publié sous la direction de Dominique Kalifa, ce livre ambitieux réunit 14 contributeurs (dont 6 à Paris 1 Panthéon-Sorbonne) pour réfléchir aux significations revêtues par les noms que nous donnons aux séquences et aux périodes historiques. Si la périodisation a depuis près d’un demi-siècle fait l’objet de réflexions d’envergure, il n’en va pas de même pour la dénomination. Or, nommer n’est pas plus neutre que découper et l’opération est toujours porteuses d’intentions, d’effets ou d’imaginaires qui viennent altérer l’appréciation et donc l’historicité du passé. Les quatorze essais du livre s’attachent ainsi à élucider quatorze noms du temps, français et étrangers, ayant marqué l’histoire des deux derniers siècles comme par exemple la « fin de siècle » ou les « Années noires », le « Printemps des peuples », la « Belle époque » ou encore « l’Année Zéro ».

L’historien Dominique Kalifa, professeur à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre de l’Institut universitaire de France et maître d’œuvre de l’entreprise, a ouvert la discussion en rappelant l’origine du projet, ses ambitions et le chantier collectif auquel il avait donné prise (un cycle de journées d’études organisé en 2017 et 2018). Christophe Charle, professeur émérite, qui a suivi le projet sans y participer a également pris la parole. Il a proposé un exposé critique qui soulignait l’intérêt historiographique de la question des « chrononymes » (nom savant des noms d’époque) et pointait les avancées du projet, avant d’évoquer la fortune ou les infortunes de certains noms, leur difficile circulation internationale et surtout l’idée d’une « fin des noms d’époque », la période actuelle se révélant peu propice à l’invention d’expressions capables de la désigner.

Son intervention a été suivie de deux tables rondes auxquelles ont participé les auteurs présents. La première réunissait Venitta Data (professeure à Wellesley College, États-Unis, auteure de l’essai Gilded Age), Pascal Ory (professeur émérite à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, auteur de l’essai Trente Glorieuses), Jeanne Moisand (maîtresse de conférences à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, auteure de l’essai Transicion y movida) et Carlotta Sorba (professeure à l’université de Padoue, Italie, auteure de Risorgimento), et Johann Chapoutot (professeur à Sorbonne-Université, auteur de Stunde Nul). Ils se sont efforcés de répondre aux remarques formulées par Christophe Charle tout en présentant les grandes lignes du chrononyme étudié et les enjeux historiques, culturels ou politiques qu’il soulevait.

La seconde table a réuni deux auteurs : Philippe Boutry, professeur à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre de l’IUF et Jean-Claude Caron, professeur émérite à l’université Clermont-Auvergne. Ils sont revenus sur leurs contributions respectives : Restauration et Printemps des peuples. Leurs interventions ont été complétées par celle de Judith Surkis, professeure à Rutgers University (États-Unis) et professeure invitée à Paris 1 en janvier 2020, qui a donné son point de vue sur l’originalité du projet et sur le regard que l’on pouvait y porter depuis les États-Unis. Pierre Nora, membre de l’Académie française et éditeur de l’ouvrage a conclu cette rencontre en insistant sur l’ambition de ce livre qui renouvelle en profondeur l’écriture contemporaine de l’histoire.