Évènement

L'atelier Montage d'archives fait son cinéma

Le jeudi 20 juin, l’atelier Montage d’archives présentera 10 courts-métrages, réalisés à partir des fonds d’archives de l’ECPAD, de l’INA et de la Cinémathèque des Pays de Savoie et de l’Ain.

Leurs auteurs ont mené un travail de recherche dans le cadre du master 2 Histoire du cinéma. Présentation par Ania Szczepanska, maître de conférences en histoire du cinéma et responsable de l’atelier.

Comment est né l'atelier Montage d'archives ? Quelles sont ses particularités en termes de pédagogie ?

Ania Szczepanska

L’atelier Montage d’archives est né il y a trois ans d’un désir commun, porté par l’équipe cinéma du département d’Histoire de l’art et Archéologie. L’idée était de faire prendre conscience aux étudiants des spécificités et des contraintes des films documentaires à base d’images d’archives. Le but de cet atelier n’est pas tant de les former aux métiers de la réalisation et du montage, mais d’enrichir les outils théoriques qu’ils utilisent dans leurs travaux par une expérience pratique de la recherche en archives, de l’écriture et du montage. Quand je suis arrivée dans ce département, je venais de terminer la réalisation de mon documentaire Nous filmons le peuple, consacré au cinéma polonais à l’époque communiste, mené à partir de mon travail de thèse. J’ai alors souhaité exploiter cette expérience dans mon enseignement. Je suis persuadée que réaliser un film modifie notre manière de penser les images, de comprendre leur statut et de les interpréter. L’équipe y était très favorable. Certains enseignants-chercheurs, comme Stéphane Goudet ou Sylvie Lindeperg, avaient eux-mêmes une expérience pratique dans la production de films en tant que réalisateurs, co-auteurs ou conseillers scientifiques. Tous partageaient la conviction que de nouvelles passerelles doivent être trouvées entre la recherche et la création, entre la pensée théorique et l’expérience pratique.

Cet atelier répond par ailleurs à un changement générationnel et technologique très puissant : les étudiants sont des natifs  du numérique. Ils maîtrisent les techniques  d’enregistrement et les logiciels de montage, ils sont surtout curieux d’en apprivoiser de nouveaux. C’est d’autant plus efficace dans le cadre d’un atelier où les savoirs des uns et des autres sont mis en commun. Mais en même temps ils manquent souvent d’outils critiques pour penser les images qui défilent sur nos écrans. Il est donc fondamental pour nos étudiants de garder, dans notre formation, un socle théorique très solide. L’atelier Montage d’archives prend donc sens par rapport aux séminaires théoriques de M1 et M2 que nous menons en parallèle, comme ceux sur Cinéma et politique d’Agnès Devictor, les séminaires d’histoire du cinéma de Dimitri Vezyroglou et Guillaume Vernet, ceux de Sylvie Lindeperg sur les images d’archives ou celui que je mène sur le cinéma documentaire et les cinématographies de l’Est. C’est armés de ce savoir que la dizaine d’étudiants de l’atelier peuvent entreprendre en Master 2 la réalisation de leur film, en complément de leur mémoire écrit dans lequel ils reviennent d’ailleurs sur leur expérience de montage.

Une dizaine de films seront présentés cette année dans le cadre d'une projection exceptionnelle dans l'auditorium de la Galerie Colbert, à quoi peuvent s'attendre les spectateurs ?

Ce sont des films documentaires historiques qui abordent des périodes de l’Histoire et des thématiques extrêmement diverses : du travail des paysannes pendant la Première Guerre mondiale jusqu’à la mémoire de la violence au cours du génocide rwandais en passant par la création du MLF (Mouvement de libération des Femmes) en mai 68, l’observation des étoiles par les astrophysiciens, la guerre d’Indochine ou encore le sort des médecins cubains envoyés en Algérie sous Castro. Ce sont surtout de passionnantes histoires individuelles, écrites à partir de mémoires ou de journaux, et nourries des travaux d’historiens sur ces périodes.  Les étudiants y apposent un regard critique, parfois intime, qui donnent à ces films une facture singulière, souvent différente de la production télévisuelle.

Pour réaliser leurs montages les étudiants ont la chance de pouvoir puiser dans les fonds d’archives de l’ECPAD (Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense), et depuis cette année, dans les archives d’autres institutions-partenaires comme l’INA (Institut national de l’Audiovisuel) et la Cinémathèque des pays de Savoie et de l’Ain.  Ces institutions recueillent et conservent les traces fragiles du passé. Ce sont de véritables trésors pour les historiens et pour les spectateurs d’aujourd’hui. Je pense que cet atelier a été possible car ces institutions souhaitent les faire connaître à un plus large public et les valoriser scientifiquement, sans pour autant les voir diffuser de manière massive et incontrôlée.

 

Les films réalisés par les étudiants de Paris 1 Panthéon-Sorbonne s'appuient donc sur des images exceptionnelles. Comment se sont noués ces partenariats dont profitent vos étudiants ?

Oui, c’est la clé de l’atelier montage. Les étudiants ne tournent pas – en règle générale –  d’images complémentaires ; nous avons le privilège de pouvoir utiliser, dans ce cadre pédagogique et scientifique, des images d’archives formidables. Le partenariat avec l’ECPAD et l’INA a été possible car un lien de confiance avait été noué depuis longtemps. Sylvie Lindeperg a exploré leurs fonds d’archives et les a valorisés dans ses ouvrages, consacrés notamment aux images de la Seconde Guerre mondiale. Il a donc été possible de poursuivre ce partenariat sous une autre forme, celle d’un atelier de montage d’archives.

Si les responsables de ces institutions – comme  Christophe Jacquot pour l’ECPAD et Agnès Magnien pour l’INA – y ont été très favorables c’est parce qu’ils savent que nous transmettons à nos étudiants les règles déontologiques et la méthode historique qui sont celles du monde archivistique : un usage raisonné et sensible des images d’archives, respectueux des créateurs et des spectateurs à venir.

Laura Chelma à l'ECPAD

 

La projection se tiendra le jeudi 20 juin, de 17 h à 19 h (entrée libre), dans l’auditorium de la Galerie Colbert (2, rue Vivienne – 75002). Retrouvez ici toutes les informations liées à l’évènement.

L’atelier Montage d’archives sur le web

Il y quelques semaines, l’atelier Montage d’archives a lancé sa chaîne YouTube : Faire des films, écrire l'histoire. Celle-ci présente une grande partie des courts-métrages produits par les étudiants. Véritable outil pédagogique, cette chaîne sert également de carte de visite aux jeunes réalisateurs afin de faciliter leur sélection dans certains festivals. L’année dernière, certains des films issus de l’atelier de Montage d’archives ont ainsi eu les honneurs d’une projection au festival War on screen ou encore aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois.

 ► La chaîne Faire des films, écrire l'histoire