Étudiant

Étudiantes solidaires et engagées

Rencontre avec Alizée et Valentine, 19 et 20 ans, étudiantes en licence 2 de science politique à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elles sont engagées dans l’association Une couverture pour l’hiver, qui vient en aide aux personnes sans-abris.

Alizée est la secrétaire générale de l’association et Valentine, sa vice-présidente.

Pouvez-vous nous en dire plus sur Une couverture pour l’hiver ?

Alizée : L’association a été créée en 2015 par quatre étudiants de science politique de Paris 1. Cependant Une couverture pour l’hiver (UCPH) n’est pas une association étudiante : nous sommes ouverts à tous. Nous avons une antenne  à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et une autre à Nanterre, c’est-à-dire que nous sommes indépendants mais que nous avons l’autorisation d’être dans l’enceinte de la fac, d’y organiser des évènements, de tracter. Nous travaillons parfois avec d’autres associations : par exemple avec SONU nous avons organisé une campagne de récolte de produits d’hygiène pour femmes en novembre dernier. 

Valentine : L’association se fait principalement connaitre par le bouche à oreille. Nous sommes de plus en plus médiatisés depuis cette année, notamment suite au reportage de BRUT et via notre réseau Facebook.

Pourquoi se tourner vers l’association Une couverture pour l’hiver et pas une autre?

V : En arrivant à Paris, je suis provinciale, j’ai été choquée par le nombre de personnes sans-abri et par le fait qu’elles soient totalement isolées.

A : Ça nous tient vraiment à cœur à toutes les deux. C’est parfois beaucoup de pression mais sur le plan personnel et humain, le simple fait de se dire qu’on peut aider c’est énorme. Et il y a tellement de personnes dans la rue : en hiver comme en été.

Comment arrivez-vous à gérer cet engagement ?

V : C’est un véritable investissement. L’UCPH c’est parfois 70 % de notre vie. Pendant les partiels on s’autorise à faire une pause pour revenir deux, trois semaines plus tard.

A : Les personnes en elles-mêmes nous encouragent à continuer. Elles peuvent parfois se mettre à discuter avec nous pendant deux heures, malgré la barrière de la langue.

Comment vous organisez-vous ?

A : Nous organisons deux maraudes par semaine une semaine sur deux, tout au long de l’année. On se retrouve à une station de métro, toujours à la sortie 1. On est environ une trentaine puis on se divise en " étoiles ", en plusieurs petits groupes de 4 ou 5. Il ne faut pas qu’on soit trop nombreux car ça peut effrayer les personnes qu’on va voir. 

V : L’association comporte 4 pôles : communication, sensibilisation, accompagnement et partenariats et subventions. L’objectif est d’aider le maximum de personnes pendant les maraudes mais aussi de les accompagner par la suite dans certaines démarches comme par exemple refaire leurs papiers d’identité qu’elles se font régulièrement voler. La sensibilisation est aussi un point fort de notre association. On passe dans les écoles, collèges et lycées pour discuter avec les jeunes qui sont particulièrement touchés par ces problématiques, ils se posent énormément de questions. C’est l’objectif de ce pôle : rendre visibles ces gens " invisibles ". Nous axons beaucoup notre action sur les femmes : il faut savoir qu’elles représentent 38 % des sans-abri.

Quelles sont vos actions en dehors des maraudes ?

V : À travers le pôle sensibilisation dont nous parlions à l’instant, il y a un travail de déconstruction des clichés : le vieil homme alcoolique et grognon, celui qui manque de volonté, etc. Le monde de la rue c’est une diversité de gens ! On ne peut pas se permettre de juger. Beaucoup de personnes sont sobres. Il y aussi énormément d’immigrés qui n’ont pas le statut de réfugié. Certains ont des enfants et ne perçoivent aucune aide sociale. Il y a aussi beaucoup de très jeunes de 18-19 ans, qui ne sont plus pris en charge par l’ASE (Aide sociale à l’enfance).

A : Concernant nos actions concrètes, nous avons une cagnotte permanente en ligne sur Hello Asso. L’argent récolté nous servira à financer notre projet de Frigo solidaire. C’est un réfrigérateur en libre accès dans la rue et comme il reste dehors il coûte très cher. Les restaurateurs déposent de la nourriture vérifiée. Les gens peuvent aussi y déposer de la nourriture. Nous pourrons également financer les maraudes. Avec, entre autres, les sacs de couchages, une maraude coûte plus de 500€.

V : Le Tricot solidaire est une campagne lancée en novembre dernier pour inciter les fans de tricots à nous envoyer écharpes, bonnets, gants, pulls. Dix-huit " mamies " nous ont envoyé énormément de vêtements tricotés. Nous avons également lancé la campagne " chaussette célibataire " ou " chaussettes solidaires ". Cela concerne surtout les chaussettes longues, on dépose des boîtes à l’université ou dans les écoles et les gens peuvent donner des chaussettes qu’ils n’utilisent pas, parce qu’elles sont toutes seules par exemple.

Nous organisons aussi, de temps en temps, des concerts solidaires, souvent le jeudi soir. C’est très " étudiant ". Tout l’argent du concert va à l’association. On s’occupe du buffet et des artistes qui jouent gratuitement.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

A : Notre principal problème ce sont les locaux. Les bénévoles nous prêtent leur caves mais ce n’est pas sain : c’est humide, il y a des souris… En deux semaines, les vêtements sont parfois déjà moisis. Et quand les bénévoles déménagent  ̶  souvent des étudiants  ̶   on doit rendre les locaux. 

V : Récemment, nous avons obtenu 5 000 € de subvention via le dispositif de développement de la vie associative de la Mairie de Paris. Nous avons également des tarifs sur les sacs de couchages et les couvertures de survie. Après notez que ce n’est pas que le matériel qui compte c’est aussi le contact social, humain. 

►Retrouvez toutes les informations sur le site www.unecouverture.fr
► La page Facebook de l’association ici.

Retour en photos sur la dernière maraude de la saison autour de la gare de Lyon à Paris à la rencontre des personnes sans-abri :

Crédits photo : Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne